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La prévention de la perte d’autonomie des personnes âgées

COUR DES COMPTES

Malgré une production abondante de travaux parlementaires, de recherche et de rapports administratifs publiés au cours de cette dernière décennie, la prévention de la perte d’autonomie occupe toujours une place marginale dans les politiques publiques. Alors que les constats et les actions pour mener une prévention efficace font largement consensus, la Cour a cherché à identifier les points de blocage, et à suggérer des leviers de progrès opérationnels qui permettraient d’améliorer la vie d’un quart de la population française – près d’un tiers demain. L’enquête publiée ce jour se situe en amont de la perte d’autonomie, sur le terrain de la prévention, et formule six recommandations.

Le cas français : vivre plus vieux, mais pas forcément en meilleure santé

La France connaît un vieillissement de sa population semblable à celui des autres pays de l’OCDE – phénomène qui va tendre à s’accélérer avec les nombreuses classes du baby boom, désormais en âge d’être concernées par la perte d’autonomie (au-delà de 85 ans). Si la France comptait 100 centenaires en 1900, et 1 120 en 1970, ils sont actuellement 26 300, et approcheront les 200 000 en 2060. Compte tenu de cette évolution démographique, la prévention de la perte d’autonomie est indispensable. En France, l’espérance de vie de 65 ans est certes plus élevée que dans les autres pays européens, mais les années de vie en bonne santé ne représentent que la moitié de cette durée – un constat qui se révèle plus négatif que dans onze pays européens.  Une marge d’amélioration reste donc importante, car bien qu’elle augmente statistiquement avec l’âge, la perte d’autonomie n’est pas la conséquence inéluctable du vieillissement. Par ailleurs, au-delà du bénéfice individuel et collectif pour les personnes concernées, la Cour a calculé qu’un gain d’un an d’espérance de vie sans incapacité représenterait une économie de près d’1,5 Md€ dans les dépenses de l’assurance maladie.

La dispersion des intervenants réduit les effets d’une politique pourtant consensuelle sur le fond

Les acteurs participant à la prise en charge de la prévention de la perte d’autonomie sont particulièrement nombreux : conseils départementaux, caisses de retraite, agences régionales de santé, caisses primaires d’assurance maladie, Agence nationale de l’habitat, communes et établissements de coopération intercommunale, conseils régionaux, bailleurs sociaux, mutuelles, associations… Un début de restructuration et de rapprochement entre organismes a certes eu lieu, mais l’ensemble reste foisonnant et complexe sur le plan administratif. Cette multiplicité d’interlocuteurs expose les usagers à un risque bien réel de découragement. Le contenu des politiques de prévention fait pourtant l’objet d’un large consensus : une prévention mise en œuvre à partir de 40-45 ans, son renforcement au moment du départ en retraite, la promotion de l’importance de pratiquer une activité physique, ou encore le maintien à domicile grâce à l’adaptation du logement. La Cour observe également que la prévention des chutes de personnes âgées (causant chaque année plus de 10 000 décès de personnes âgées) reste en France un axe de prévention relativement négligé. Deux autres domaines n’ont, à ce stade, esquissé qu’une faible prise de conscience : la lutte contre l’isolement des personnes âgées, générateur de perte d’autonomie, ainsi que la sensibilisation des professionnels de santé au dépistage des pathologies du grand âge et aux techniques de maintien des capacités fonctionnelles.

Mieux structurer la prévention

L’offre de prévention reste donc dispersée et inégalitaire. Pour la renforcer, la Cour préconise de construire une offre graduée, dont un premier niveau consisterait à livrer des informations générales par le biais de campagnes de communication grand public, à mieux articuler l’information nationale et celle des collectivités territoriales, et également à créer une plateforme téléphonique d’information. Un deuxième niveau développerait une politique plus ciblée, prévoyant notamment des visites à domicile réalisées par des professionnels formés aux problématiques de prévention, pour les personnes âgées qui en feraient la demande.  Enfin, un troisième niveau serait réservé aux plus précaires et aux personnes isolées, avec des plans d’aide déployés par l’action sociale des caisses de retraite. En parallèle, la Cour suggère d’amplifier l’adaptation des logements, tout en simplifiant les aides et en uniformisant les procédures. Elle recommande également au ministère des Solidarités et de la Santé de définir un objectif de santé publique ambitieux, destiné à réduire les chutes et les décès. Dans cet objectif, les agences régionales de santé seraient dotées d’outils tel qu’un recueil statistique systématique des chutes.

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