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Région La Réunion - La Nouvelle route du littoral (La Réunion)

CRC LA RÉUNION

La chambre régionale des comptes de La Réunion publie le rapport d'observations définitives sur la gestion de la Région La Réunion portant sur la nouvelle route du littoral (NRL) pour les exercices 2010 et suivants ainsi que les réponses qui y ont été apportées.
La chambre régionale des comptes de La Réunion est en mesure de rendre public son rapport consécutif au contrôle de la Région portant exclusivement sur la nouvelle route du littoral. Le contrôle ouvert en février 2021 a donné lieu à contradiction à l’été 2022 avant d’être adopté définitivement en août 2022.

La Nouvelle Route du Littoral (NRL) est un projet de construction d’une route stratégique de 12,3 km faisant la jonction entre les agglomérations nord et ouest de l’île, les plus peuplées et actives avec leurs installations portuaires d’un côté et aéroportuaires de l’autre. Cette route composée de sections en digues et en viaducs à une hauteur entre 20 et 30 mètres au-dessus de l’océan, suivant une ligne polygonale l’éloignant de la falaise. Il s’inscrit dans une zone exceptionnelle à aménager, tant sur le plan maritime que terrestre. Le projet, mûri par l’État, a été transféré en 2008 à la région, qui en devient ainsi le maître d’ouvrage.
Les objectifs retenus initialement par la collectivité dans sa déclaration de projet de février 2012 sont la sécurisation définitive de l’axe, son ouverture complète au plus tard en 2020, une infrastructure qui, dès sa mise en service, doit permettre le développement des transports collectifs routiers et de circulations douces avec une meilleure sécurité des cyclistes, un coût estimé à 1,66 milliard d’euros (Md€) « valeur décembre 2010 », avec une solution mixte comportant des digues et un grand viaduc, considérée la plus économique, d’importantes mesures en faveur de l’environnement, un financement assuré dans le cadre d’un protocole État - région.

Le choix de cette solution a entraîné des difficultés importantes dans la conduite du projet, des retards et d’inévitables surcoûts. La conclusion des marchés sur les digues, fin 2013 et fin 2014, n’aurait pas dû se faire sans que l’accès administratif aux carrières disposant des roches massives en quantité et qualité suffisantes pour la construction des digues n’ait été mieux anticipé et préparé.

Quant aux mesures de compensation des dégradations faites à l’environnement, elles ne sont pratiquement pas mises en œuvre, du fait des retards pris par le chantier.

Au-delà de la complexité technique du projet qui pouvait justifier un coût initial déjà élevé pour une région de cette taille, ce coût a été révisé jusqu’en 2021 à 2,5 Md€ sans toutefois avoir été clairement affiché, ni même totalement couvert par l’autorisation de programme budgétaire votée par la région d’à peine 2 Md€. Malgré le suivi des risques mis en place, aucune provision pour risques et charges n’a été constituée. Fin 2021, la région se retrouvait déjà avec une dette de 1,3 Md€, dont 800 millions d’euros (M€) d’emprunts nouveaux pour financer la NRL, sans avoir achevé cette nouvelle route, dont l’ouverture complète est reportée jusqu’en 2028 au mieux.

Le choix de la région en 2011 d’une grande digue, qui se voulait au départ le plus économique, aboutit à ce jour, au-delà de l’arrêt du chantier en 2019 en raison de l’inaccessibilité juridique aux matériaux nécessaires pour terminer la NRL, à une prévision de dépassement du budget initial de l’opération de plus de 50 %.

Compte tenu du niveau atteint par l’endettement de la région, des arbitrages s’imposent à elle dans la section de fonctionnement de son budget, essentiellement au niveau des dépenses afin de respecter les cibles d’épargne et de solvabilité que se fixe la collectivité régionale et que surveillent ses bailleurs de fonds, voire en recherche de recettes supplémentaires.

Deux grands enjeux sont identifiés. D’abord, un enjeu environnemental : la construction se fait en mer, près des récifs coralliens, dans un espace fréquenté par des espèces protégées. Le chantier doit tenir compte du climat et notamment de la saison cyclonique. Enfin son avancement dépendant d’un approvisionnement en matériaux en grande quantité. Ensuite, un enjeu financier. Le coût estimé au départ à 930 M€ a été réévalué à 1,6 Md€. Il s’établit désormais à 2,5 Md€. Ce coût est partagé entre l’Etat, la région et l’Union européenne. Des enveloppes ont été accordées par la Caisse des dépôts et consignations et la Banque européenne d’investissement.

La chambre régionale des comptes formule cinq recommandations pour la conduite de ce projet hautement stratégique dans des conditions plus transparentes et mieux coordonnées entre ses différents acteurs jusqu’à l’achèvement d’une NRL sécurisée et respectueuse de son environnement.

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