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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS,
ORGANISMES ET PERSONNES CONCERNÉS
LE CHANTIER
DE LA CATHÉDRALE
DE NOTRE-DAME
La réalisation des travaux
de restauration liés à l’incendie,
la réouverture et la poursuite
du chantier : troisième bilan
Rapport public thématique
Septembre 2025
Le chantier de la cathédrale de Notre-Dame - septembre 2025
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RÉPONSES
DES
ADMINISTRATIONS,
ORGANISMES ET PERSONNES
CONCERNÉS
Réponses reçues
à la date de la publication (03/09/2025)
Réponse de la ministre du travail, de la santé,
des solidarités
et des familles
.............................................................................................
4
Réponse de la ministre auprès du ministre de l’économie, des finances et
de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des comptes publics 7
Réponse de la ministre de la culture
...........................................................
9
Réponse du président de l’établissement public chargé de la conservation
et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris
......................
15
Réponse de l’Archevêque de Paris, président de la fondation Notre
-Dame
..................................................................................................................
17
Réponse du président de la fondation du patrimoine
................................
19
Réponse de la présidente du Centre des monuments nationaux (CMN) ... 22
Destinataires n’ayant pas d’observation
Monsieur le président de la fondation de France
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COUR DES COMPTES
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RÉPONSE DE LA MINISTRE DU TRAVAIL, DE LA SANTÉ,
DES SOLIDARITÉS ET DES FAMILLES
J'ai pris connaissance avec attention du projet de rapport public
portant sur l'expérimentation « Le chantier de la Cathédrale de
Notre-Dame - La réalisation des travaux de restauration liés à l'incendie,
la réouverture et la poursuite du chantier : troisième bilan ».
Ce courrier est tout d'abord l'occasion de vous remercier pour
la transmission de ce document. Il nous a permis de prendre connaissance
des constats et des recommandations formulées dans le cas de chantiers en
présence de plomb, qui est un sujet d'importance pour la Direction
générale du travail (DGT), en particulier eu égard au nombre important
de travaux réalisés sur des chantiers patrimoniaux en présence de plomb.
Vous relevez une recommandation principale qui concerne mon
ministère mais également les ministères de la culture, de l'économie, des
finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Cette
recommandation vise à élaborer d'ici 2026 une norme applicable aux
chantiers patrimoniaux confrontés à la présence et à l'emploi du plomb.
Votre rapport précise à ce titre que « les articles du code du travail
(R. 4412-59) relatifs aux substances classées et à leur emploi dans des
processus industriels n'interdisent pas le recours au plomb pour les
couvertures et les dispositions prises dans l'exécution du chantier
respectent en tous points la réglementation sous le contrôle régulier
de l'inspection du travail.
Ainsi que la Cour le formulait dès son précédent rapport et compte
tenu des résultats recueillis lors de cette expérimentation, il importe que les
ministères de la culture, de la santé et du travail puissent enfin définir une
réglementation propre à l'emploi du plomb dans les monuments historiques,
inexistante à ce jour et prenant en compte la réalité du risque sanitaire. La
Cour réitère la recommandation formulée dans son précédent rapport ».
Tout d'abord, il convient de rappeler que l'ingestion ou l'inhalation
de plomb (vapeurs ou poussières fines), provoque des troubles réversibles
(anémie, troubles digestifs) ou irréversibles (atteinte du système nerveux,
encéphalopathie et neuropathie) ; le plomb est également connu pour ses
effets sur la reproduction. En effet, il s'agit d'un agent chimique dangereux
classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction (CMR)
selon le règlement européen n°1272/2008, dit CLP pour classification,
étiquetage et emballage des substances et des mélanges.
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Aussi, l'exposition au plomb est soumise à une réglementation
stricte afin de protéger tant les travailleurs que leurs familles, des cas de
contamination
de
très
jeunes
enfants
via
des
parents
exposés
professionnellement au plomb sont documentés.
Le plomb fait donc l'objet d'une attention particulière de la part du
ministère chargé du travail et du système de l'inspection du travail,
d'autant que plus de 200 000 salariés seraient exposés au plomb en France,
selon l'enquête Sumer de 2017.
Les dispositions du code du travail applicables sont d'une part celles
prévues aux articles R.4412-59 et suivants du code du travail relatifs à la
prévention de l'exposition aux agents CMR et d'autre part celles prévues
aux articles R.4412-156 à R.4412-160 du même code, visant à prévenir
spécifiquement les risques d'exposition au plomb. Toutes ces dispositions
s'appliquent sur l'ensemble des chantiers, y compris patrimoniaux.
Le plomb et ses composés font l'objet d'une valeur limite
d'exposition professionnelle (VLEP) réglementaire contraignante pour le
plomb dans l'air ainsi que d'une valeur limite biologique du plomb dans le
sang (plombémie). Ces valeurs limites seront renforcées au 9 avril 2026
par la transposition de la directive (UE) 2024/869 du 13 mars 2024. Celle-
ci renforce aussi la surveillance médicale des travailleurs avec un focus
particulier pour les femmes en âge de procréer qui sont très présentes dans
la restauration d'œuvres d'art comme le vitrail.
Ces travaux menés au niveau européen démontrent l'importance
accordée à la prévention des expositions professionnelles au risque
de « plomb ».
La surveillance de la présence de plomb dans le sang des
travailleurs est le meilleur moyen pour vérifier l'efficacité des mesures de
protection mises en œuvre par l'employeur visant à éviter ou limiter les
expositions au plomb. Aussi, en 2023 un groupe de travail a été lancé afin
de promouvoir ces pratiques de surveillance biologique pour le plomb,
mais aussi d'autres substances dangereuses pour les travailleurs et
notamment pour mettre en place une base de données centralisée
permettant aux administrations centrales d'observer les résultats des
politiques de prévention, mais aussi aux employeurs et travailleurs de
comparer leurs expositions avec les autres entreprises de leurs secteurs.
Si la réglementation n'interdit pas le recours au plomb comme le
souligne le rapport, l'article R.4412-66 du code du travail impose à
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l'employeur d'appliquer des mesures de suppression et de réduction des
risques d'exposition aux agents CMR et notamment la substitution.
La recherche de substitution prévaut sur toutes mesures de
réduction du risque, lorsque celui-ci n'a pu être supprimé. Cette démarche
consiste à remplacer un agent chimique dangereux ou un procédé par un
agent ou un procédé non dangereux ou moins dangereux.
Elle doit être recherchée systématiquement. L'impossibilité technique
de substituer un agent chimique CMR doit être motivée et justifiée par
l'employeur. Ce n'est qu'en cas d'impossibilité de substitution, que les mesures
de prévention prévues par les articles R.4412-67 et suivants s'appliquent.
A ce titre, de nombreux exemples d'édifices et notamment d'églises
ne comportent pas de toiture en plomb mais en cuivre (cathédrale de
Chartres), en zinc (cathédrale de Notre-Dame-et-Saint-Privat de Mende),
en ardoise ou en or, démontrant ainsi que le plomb n'est pas le seul
matériau susceptible d'être utilisé dans la construction ou la réhabilitation
des monuments.
Dans l'hypothèse où aucune alternative au recours au plomb n'est
possible, la réglementation prévoit d'adapter des mesures de prévention
sous la responsabilité de l'employeur.
Compte tenu des risques présentés par l'exposition au plomb, il ne
serait pas opportun de prévoir une réglementation spécifique pour les
chantiers patrimoniaux qui viendrait amoindrir le niveau de protection des
travailleurs. Cela constituerait, en outre, un signe négatif pour d'autres
secteurs d'activités, tels que la cristallerie et la fabrication de vitraux, qui
travaillent à la substitution du plomb dans la fabrication de leurs produits et
sollicitent régulièrement la Direction Générale du Travail (DGT) sur le sujet.
Néanmoins, devant les contraintes opérationnelles des chantiers
patrimoniaux et l'impossibilité de substitution du plomb pour certains
d'entre eux, une politique d'accompagnement renforcé pour les entreprises
de ce secteur pourrait être mise en œuvre conjointement par les servi
ces
des ministères de la culture et du travail, en lien avec les fédérations du
secteur, des organismes préventeurs (INRS, CNAM, ...) et qui passerait
par l'élaboration d'un guide. Ce document pourrait décrire les
déclinaisons opérationnelles et les bonnes pratiques permettant de
respecter la règlementation applicable afin d'appuyer les entreprises dans
leur démarche d'amélioration de la prévention des risques liés à
l'exposition au plomb. Ce guide pourrait s'appuyer sur les enseignements
tirés du chantier de Notre-Dame.
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RÉPONSE DE LA MINISTRE AUPRÈS DU MINISTRE
DE L’ÉCONOMIE, DES F
INANCES ET DE LA SOUVERAINETÉ
INDUSTRIELLE ET NUMÉRIQUE,
CHARGÉE DES COMPTES PUBLICS
Vous avez bien voulu m’adresser le rapport public thématique,
intitulé « Le chantier de la cathédrale de Notre-Dame
La réalisation des
travaux de restauration liés à l’incendie, la réouverture et la poursuite du
chantier : troisième bilan ».
La lecture de ce rapport appelle de ma part des observations
d’ordre général sur le pilotage du chantie
r et une précision relative à la
dépense fiscale associée aux dons pour la reconstruction.
S’agissant du pilotage du chantier, si la création d’un établissement
public ne saurait constituer une finalité en soi, il ressort du cas du chantier
de la cathédrale de Notre-
Dame que la création d’un établissement
ad hoc
a néanmoins permis de tenir le délai fixé ainsi que le budget. Il convient
dorénavant d’acter le devenir de cet établissement, dont la vocation n’était
par définition pas pérenne. Je relève à cet égard que ce dernier va entamer
une réduction de ses effectifs pour les adapter à une période moins intense
et moins contrainte par le temps.
La conduite du chantier a révélé une procédure intéressante
s’agissant des fouilles. L’établissement public s’est ap
puyé sur une
disposition législative autorisant à saisir la direction régionale des affaires
culturelles d’une demande anticipée de prescription de fouilles, permettant
ainsi de réduire le délai entre le diagnostic préalable et la prescription de
fouilles
du Service régional d’archéologie. Un bilan de cette procédure
pourrait ainsi être réalisé afin d’envisager toute réplication, compte tenu
notamment des tensions constatées la mise en œuvre du plan de charge de
l’Institut national de recherches archéologiq
ues préventives.
Pour la suite du chantier, si je souscris au fait de disposer des
meilleures évaluations et études en amont du lancement de nouvelles
phases de travaux, le lancement d’une quatrième phase ne pourra
s’envisager qu’à la stricte condition de
la disponibilité de moyens
budgétaires dédiés, condition non remplie à date, au regard du contexte
budgétaire
globalement
contraint
pour
l’État,
et
encore
plus
particulièrement pour le ministère de la culture, qui doit faire face à un
«
mur d’investissemen
ts
» d’opérations déjà lancées ou programmées.
S’agissant plus particulièrement du projet de création d’un musée de
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l’œuvre, le contexte budgétaire actuel ne permet pas d’identifier les marges
financières permettant un tel investissement, qui reposerait sur un
équilibrage aléatoire du fonctionnement assis sur des recettes de mécénat
non sécurisées.
Pour conclure sur ces observations d’ordre général, il convient de
mettre en avant la gouvernance qui s’est faite par le biais d’un dialogue
étroit entre l’économiste de la construction et l’architecte en chef des
monuments historiques.
Ce mode opératoire nécessiterait également
d’être évalué afin d’en mesurer pleinement les avantages, avant
d’envisager toute réitération. Il convient également de saluer le rôle
p
répondérant joué par le comité d’audit vis
-à-
vis de l’établissement public
tout au long des différentes phases des travaux.
S’agissant des dépenses fiscales associées aux dons de particuliers
ou d’entreprises pour la reconstruction de l’édifice, le rapport
constate de
fortes disparités dans l’émission des reçus fiscaux par les différentes
fondations en charge de la collecte des dons et précise que l’exploitation
des données de la direction générale des Finances publiques serait
nécessaire pour en connaître
le coût fiscal associé (déduction de l’impôt
des intéressés).
Si les reçus fiscaux ont été émis pour un montant moindre que les
fonds effectivement collectés (moins de 40 %), il convient de préciser que
les dons retracés dans les reçus fiscaux émis n’ont
pas nécessairement été
utilisés pour bénéficier de la réduction d’impôt. L’estimation de la dépense
fiscale ne doit donc pas s’appuyer sur cette base de réduction potentielle
mais sur les déclarations des contribuables. Sur le périmètre des
particuliers, les données déclaratives au titre des revenus 2019 permettent
d’estimer à 16
M€
la réduction d’impôt associée à ces dons. En revanche,
sur le périmètre des entreprises, les déclarations de résultats déposées ne
présentent pas de données détaillées et ne per
mettent donc pas d’estimer
la part des réductions d’impôts associée aux dons au profit de la cathédrale
Notre-Dame de Paris
.
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RÉPONSE DE LA MINISTRE DE LA CULTURE
Vous avez bien voulu me transmettre le rapport public thématique
établi par la Cour des comptes, relatif au chantier de conservation et de
restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il s'agit du troisième
bilan réalisé, à la suite des enquêtes de 2020 et 2022, et je tiens à remercier
la Cour pour son engagement aux côtés du ministère de la culture dans ce
projet exceptionnel mis en œuvre pour assurer la conservation et la
restauration de ce monument historique cher au cœur des Français et dont
le rayonnement est international.
Je me réjouis de l'appréciation portée par la Cour sur le
déroulement de ce chantier qui mobilise si fortement mes services - en
particulier la direction générale des patrimoines et de l'architecture
(DGPA) et la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Île-de-
France - depuis le soir du 15 avril 2019, aux côtés de l'établissement public
chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-
Dame de Paris (EP RNDP) créé à la suite de l'incendie.
La Cour souligne très justement l'efficacité du dispositif mis en
place par la loi « Notre-Dame » du 29 juillet 2019 et la qualité de la gestion
de l'établissement public ad hoc créé pour assurer la maîtrise d'ouvrage
des travaux. Cette équipe, particulièrement investie, a su relever le défi,
dans un calendrier extrêmement serré, en coordination avec tous les
acteurs concernés - aux premiers rangs desquels le clergé, affectataire
cultuel de la cathédrale, et la Ville de Paris - en lien avec les services du
ministère et dans le respect des règles de la conservation du patrimoine et
de la commande publique. Les 7 et 8 décembre 2024, les cérémonies de
réouverture de la cathédrale se sont déroulées avec succès, en présence de
nombreux chefs d'État, et ont été suivies dans le monde entier.
L'EP RNDP achève actuellement la phase de travaux ayant permis
la réouverture (phase 2). La flèche retrouvera dans les semaines à venir
ses seize statues, rescapées de l'incendie - la statue de Saint-Paul a été
reposée avec succès le 23 juin - et le Centre des monuments nationaux
(CMN) pourra bientôt rouvrir au public le parcours des tours avec une
expérience de visite améliorée grâce au travail conjoint mené avec l'EP
RNDP.
Je tiens à souligner la mobilisation collective des entreprises du
patrimoine qui, sous la conduite de l'établissement et de l'architecte en chef
des monuments historiques, travaillent sans relâche à la restauration de la
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cathédrale. Ce chantier permet également la mise en valeur des métiers
d'art et du patrimoine auprès de tous les publics - qui constitue l'une des
missions fondamentales de l'établissement - avec une ampleur peu
rencontrée jusqu'alors. Je forme le vœu, comme la Cour, que cette
promotion puisse se poursuivre non seulement à Notre-Dame, mais
également, à une échelle adaptée, dans les chantiers de restauration de
monuments historiques sur le territoire.
Rien n'aurait été possible sans l'immense élan de générosité des
donateurs qui a permis à la souscription nationale d'atteindre près de
844 M
au 31 décembre 2024. Grâce à eux et avec leur accord, la
restauration de la cathédrale peut se poursuivre encore quelques années,
en commençant par le chevet, dont l'état sanitaire était déjà très dégradé
avant l'incendie. Le programme de cette phase 3 des travaux pourrait être
enrichi en cas de nouveaux dons éventuels, notamment des
Friends of
Notre-Dame
qui se tiennent aux côtés de la cathédrale depuis 2017.
Je me réjouis en particulier de l'aboutissement du cadrage juridique
de la mise en œuvre des activités non
cultuelles au sein de la cathédrale
(circuit de visite des tours du CMN ; visite du trésor et boutique de la nef
gérées par l'association Maurice de Sully, liée au clergé), conformément
aux règles de la domanialité publique et à la recommandation formulée
par la Cour dès 2020.
De la même manière, la convention de coordination relative à
l'exploitation et à la maintenance de la cathédrale permettant de préciser
ses modalités de fonctionnement, la répartition des financements et
l'organisation de la sécurité et de la sûreté a été établie dans le respect de
la doctrine en vigueur pour les 86 autres cathédrales affectées au ministère
de la Culture. La Cour rappelle la hausse très importante du budget de
fonctionnement de la cathédrale, tant pour les dépenses relevant de l'État
- notamment en raison du renforcement du dispositif de sécurité incendie -
que celles relevant du clergé, notamment la sûreté. Elle évoque la question
du développement de nouvelles recettes pour financer ces coûts accrus, et
ma position en faveur de la tarification de la visite touristique de la
cathédrale, au-delà des tarifs déjà existants (tours et trésor), dans le
respect des dispositions combinées de la loi de 1905 et de l'article L. 2124-
31 du code général de la propriété des personnes publiques.
La Cour propose un retour sur expérience permettant de tirer des
enseignements du chantier exceptionnel de Notre-Dame de Paris en
matière de maîtrise d'ouvrage. Exceptionnel, ce chantier l'est effectivement
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à tous égards compte tenu de ses délais et des moyens financiers et humains
mobilisés.
La Cour salue ainsi l'approche globale adoptée par la DRAC dans
la restauration des objets mobiliers de la cathédrale, en particulier les
tableaux de grandes et de très grandes dimensions. Le ministère a en effet
choisi de regrouper les tableaux par lots et de réaliser leur restauration en
un lieu unique permettant de mutualiser les moyens, de bénéficier de
l'imagerie scientifique et d'assurer un suivi exemplaire par le comité
scientifique et les laboratoires spécialisés. Une telle opération serait
difficile à reproduire, les autres cathédrales ne disposant pas d'autant
d'œuvres d'art et d'objets mobiliers permettant un regroupement des
marchés. Les programmations pluriannuelles sont bien en usage dans les
DRAC, en adéquation avec les moyens financiers et humains dont elles
disposent.
La Cour souligne également l'intérêt que peut avoir, pour un maître
d'ouvrage, l'apport d'assistance extérieure, en particulier celle des
économistes de la construction qui peuvent contribuer à l'analyse des
estimations des maîtres d'œuvre et apporter, le cas échéant, une contre
-
expertise en matière de coût. En tant que de besoin, les services de l'État ou
de ses établissements publics - pas uniquement au ministère de la culture -
peuvent effectivement intégrer dans le cadre d'un contrat d'assistance à
maîtrise d'ouvrage un économiste de la construction. Cette mission ne
saurait cependant être généralisée au regard de la diversité des chantiers
mis en œuvre sur le territoire nation
al, de leur échelle et de leur complexité
(impact fonctionnel ou structurel, structuration de la maîtrise d'œuvre,
etc.).
De son côté, le ministère de la culture renforce depuis plusieurs années le
parcours de formation des agents en charge de la maîtrise d'ouvrage afin qu'ils
soient toujours mieux armés pour analyser les projets des maîtres d'œuvre et
évaluer les coûts.
À la lumière de ce bilan, les recommandations formulées par la
Cour dans son rapport appellent de ma part les commentaires suivants.
S'agissant du patrimoine archéologique
,
la Cour recommande la
mise en place « d'une doctrine sur la conservation des vestiges
archéologiques prenant davantage en compte leur intérêt culturel,
patrimonial et scientifique, et après inventaire des collections, ouvrant des
possibilités de déclassement » (recommandation n° 1), ainsi que la prise
en charge par l'État, dès 2025, du coût du stockage du produit des
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opérations archéologiques menées à Notre-Dame de Paris dont le tri doit
être engagé (recommandation n° 2).
À ce sujet, je tiens tout d'abord à rappeler qu'il n'existe pas de procédure
de « classement en vestiges archéologiques ». Le régime des biens
archéologiques mobiliers est lié aux opérations archéologiques. Pour
Notre- Dame de Paris et ses abords, les vestiges issus de ces opérations font
partie du domaine public. Ils constitueront, pour une partie d'entre eux, au
regard de leur intérêt scientifique, des biens archéologiques mobiliers au sens
du livre V du code du patrimoine. Pour ce qui concerne le tri des vestiges issus
des différentes opérations archéologiques, je m'étonne de l'appréciation portée
par la Cour concernant une « fuite en avant » ou le caractère « variable » de
l'intérêt patrimonial et scientifique des vestiges. La sélection des vestiges
intervient tout au long du processus d'archéologie : lors de la phase terrain
(sélectivité des prélèvements), lors de la remise du rapport d'opération et des
vestiges à l'administration (proposition de sélection à l'administration), et, enfin,
lors de la conservation pérenne des vestiges (chantier de collections). La
méthodologie de la procédure de conservation sélective, qui consiste à trier les
vestiges pour ne conserver que ceux qui ont un intérêt scientifique, a été
explicitée par des fiches élaborées par le ministère de la culture dans le cadre
d'une très large concertation et largement diffusées à l'ensemble des acteurs de
l'archéologie au début de l'année 2023. L'objectif est de donner une impulsion à
cette démarche nécessaire de tri, qui est partie intégrante de la démarche
archéologique.
Concernant les opérations mises en œuvre à Notre
-Dame de Paris, je
rappelle le caractère exceptionnel du chantier de restauration, par son
ampleur, ses contraintes sanitaires liées au plomb et la haute responsabilité
induite par l'émotion nationale, qui nécessitait de mettre en place toutes les
procédures permettant de garantir une sauvegarde du patrimoine à la
hauteur des exigences. La procédure de tri a une dimension juridique
importante puisqu'il s'agit d'une potentielle sortie du domaine public, laquelle
doit être motivée et incontestable.
J'appelle l'attention de la Cour sur le caractère évidemment exceptionnel
de la découverte des fragments du jubé médiéval et des sépultures, et sur le fait
qu'il n'est pas envisagé que de tels vestiges soient déclassés du domaine public
au regard de leur intérêt scientifique et patrimonial majeur. Pour ce qui est des
vestiges issus de l'incendie et conservés pour étude (bois calcinés, pierres
rubéfiées, etc.), la DRAC d'Île-de-France finalise un processus de tri qui sera
mis en œuvre dans les meilleurs délais. Il s'agit d'une opération d'ampleur,
compte tenu du volume à traiter et de la contrainte liée à la pollution au plomb,
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et je suis convaincue que le déplacement des représentants de la Cour sur place
leur aura permis de saisir l'importance des découvertes faites et l'ampleur du
processus dans lequel s'est engagé le ministère de la culture. La méthodologie
de tri a été soumise pour avis à la commission territoriale de la recherche
archéologique en avril dernier et a reçu un avis favorable. La volonté du
ministère est de réaliser une sélection exigeante et exemplaire, compte tenu de
l'importance des études réalisées et de la nature de ces vestiges.
Ainsi, la DRAC et la DGPA sont déjà engagées dans la préparation de
l'opération de tri des vestiges issus de l'incendie de Notre-Dame. La
méthodologie a été préparée par la DRAC, en lien avec les experts du chantier
scientifique de la cathédrale, et la phase opérationnelle est en préparation et
sera bientôt lancée. La pollution des vestiges rend impossible leur déplacement
avant tri, c'est pourquoi I'EP RNDP assure le financement du stockage des
vestiges, jusqu'à la fin de l'année 2025. Les donateurs ne souhaitant plus
participer au financement de cette dépense, elle sera reprise par l'État en 2026
afin de permettre l'achèvement des opérations de tri. À l'issue de la sélection, les
biens archéologiques mobiliers conservés à des fins scientifiques ou de
présentation au public seront stockés par l'État dans un ou des lieux à
déterminer.
Concernant les chantiers confrontés à la présence et à l'emploi de plomb,
la Cour recommande aux différents ministères concernés - les ministères
chargés de l'économie, du travail, de la santé et de la culture - d'élaborer d'ici
2026, une norme qui serait applicable au contexte de ces chantiers
(recommandation n° 3).
La Cour rappelle tout d'abord les raisons pour lesquelles le plomb
constitue un matériau irremplaçable pour la restauration des monuments
historiques - malléabilité, aspect esthétique, durabilité - et, dans le cas de
Notre-Dame de Paris, pour la reconstitution de la flèche de Viollet-le-Duc
et du grand comble. Elle rappelle également la réglementation existante
au sein du code de la santé publique (lutte contre le saturnisme dans les
locaux d'habitation) et du code du travail (protection des travailleurs
exposés au plomb).
Elle note que le fait de conditionner la délivrance de l'autorisation
de travaux pour la reconstitution de la couverture du grand comble et de
la flèche à la mise en place d'un dispositif de recueil et de filtration des
eaux de ruissellement de la couverture ne relève d'aucune obligation
réglementaire, ce qui est exact.
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Cela étant, il est effectivement nécessaire de définir, avec les ministères
compétents notamment chargés du travail et de la santé, les protocoles, guides
et normes adaptés à l'emploi du plomb dans les chantiers du patrimoine
culturel et plus particulièrement des monuments historiques. Certains travaux
pourraient aboutir en 2026 mais la production d'un document normatif à
l'échelle de la France peut prendre plusieurs années, en particulier si la norme
s'appuie sur un programme de recherche. La métrologie du plomb dans les
monuments historiques et l'évaluation des risques associés sont intégrées dans
la programmation du nouveau réseau thématique MAESTRO 2025-2028,
lancé en partenariat entre le ministère de la culture et le CNRS, qui prend la
suite du chantier scientifique de Notre-Dame.
Enfin, s'agissant du projet de musée de Notre-Dame
annoncé par le
président de la République en décembre 2023, la Cour recommande d'arbitrer
sans tarder le sujet de son implantation, en prenant en compte la viabilité
économique et financière du projet (recommandation n° 4).
Après avoir pris connaissance du rapport Un musée pour Notre-Dame,
préparé par la mission pilotée par Charles Personnaz, directeur de l'Institut
national du patrimoine, j'ai confié le projet au CMN, afin d'unifier et d'affirmer la
présence culturelle de l'État sur l'île de la Cité (avec les tours de Notre-Dame et le
Palais de la Cité) et de permettre au projet de bénéficier de l'expertise de cet
opérateur dans le portage de grands équipements culturels. J'ai adressé deux
lettres de mission en ce sens, l'une à Marie Lavandier, présidente du CMN, l'autre
à Charles Personnaz, le 26 juillet 2024.
Comme le souligne la Cour, l'évaluation de la viabilité économique et
financière du projet doit tenir compte, non seulement du coût d'investissement
lié à l'aménagement du musée, mais également de l'équilibre de son
fonctionnement sur le long terme. Au-delà de l'équilibre économique de la
structure, la question des moyens humains se pose également, le contexte
budgétaire n'ayant pas permis à ce stade de doter le CMN pour constituer
l'équipe-projet du musée de Notre-Dame. Les études de préfiguration
se poursuivent cependant, grâce aux crédits délégués par le ministère
de la culture en 2025.
Le dossier établi dans le cadre de l'enquête publique préalable à la
déclaration de projet concernant le « Nouvel Hôtel-Dieu » (du 2 juin au
4 juillet 2025) comprend 3 volets : un volet hospitalier (porté par l'AP-
HP), un volet « Agora » (porté par un groupement conduit par la société
Novaxia) et un volet « musée de Notre-Dame » (porté par le CMN). Il
prévoit que le musée de Notre-Dame s'installerait dans la zone laissée
libre par l'AP-HP et Novaxia (au nord-ouest du site, sur la rue de la Cité)
Le chantier de la cathédrale de Notre-Dame - septembre 2025
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ET PERSONNES CONCERNÉS
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avec un accès des visiteurs depuis le parvis de la cathédrale, par le
vestibule.
Dans l'attente de la concrétisation de ce projet, le ministère de la
culture poursuivra son action en faveur de la conservation et de la
restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
RÉPONSE DU
PRÉSIDENT DE L’ÉTABL
ISSEMENT PUBLIC
CHARGÉ DE LA CONSERVATION ET DE LA RESTAURATION
DE LA CATHÉDRALE NOTRE-DAME DE PARIS
Par courrier du 6 juin dernier, vous avez bien voulu me transmettre
le rapport public établi par la Cour des comptes à la suite de l'enquête
conduite sur la réalisation et le financement des travaux de conservation
et de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Je tiens à remercier l'équipe en charge du contrôle pour la qualité
et l'intérêt des échanges intervenus au cours de cette enquête. À beaucoup
de points de vue la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris dans
le délai de cinq ans fixé par le président de la République en 2019 est une
opération hors du commun. L'enquête que le présent rapport restitue a
permis d'aborder les différentes facettes de cette «
aventure française
» qui
a mobilisé de multiples énergies, dans l'unité et la fierté collectives.
En appui aux observations figurant dans le rapport, je tiens à
souligner l'engagement exceptionnel de plus de 2
000 femmes et hommes
qui avec leurs forces, leur cœur et leurs savoir
-faire d'exception, ont rendu
possible ce succès national et restitué au culte catholique et à la visite, cinq
ans après le drame de 2019, cette cathédrale plus belle qu'on ne l'avait
jamais vue, donnant au monde en 2024 un bel exemple de la France qui
avance et réussit.
Cela vaut pour mon équipe resserrée de l'établissement public
Rebâtir Notre-
Dame de Paris, pour la maîtrise d'œuvre emmenée par les
architectes des monuments historiques, pour nos nombreux partenaires
institutionnels. Cela vaut tout particulièrement pour les compagnons,
artisans d'art et salariés des plus de 250 entreprises et prestataires de
toutes spécialités, PME ou TPE pour l'essentiel, situés partout dans le
territoire national, qui ont mené à bien ces travaux en visant
et
atteignant
la perfection et dans un magnifique état d'esprit qui a permis
de parler à juste titre d'un «
esprit Notre-Dame
». Je tiens à leur rendre
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hommage à tous et exprimer mon admiration pour ce qu'ils ont accompli,
individuellement et collectivement.
Je peux témoigner du trésor que représente pour notre pays,
pour la pérennité de notre patrimoine, pour notre dynamisme
économique, et en tant que gisement de beaux métiers pour notre
jeunesse, ces magnifiques savoir-faire, réelle fierté nationale. À
juste titre la loi Notre-Dame de 2019 a confié à l'établissement
public la mission de mettre en valeur les métiers et compagnons
impliqués dans le relèvement de Notre-Dame de Paris. Nous nous y
sommes consacré avec beaucoup d'énergie et je crois que ce n'est
pas sans résultat. À l'heure où l'argent public se fera plus rare,
j'espère que cette reconnaissance aidera à ne pas vulnérabiliser
cette base de compétences constituée de métiers dont beaucoup sont
rares et fragiles et dont le destin est lié à l'entretien de notre
patrimoine.
Dans la période qui s'ouvre où l'argent mobilisable sera plus
compté que jamais, il nous reviendra collectivement de dépenser au
mieux, et d'assurer donc une destination optimale des financements
disponibles. Sur ce plan je remercie la Cour d'inciter les acteurs
publics à beaucoup de discernement s'agissant, par exemple, des
dépenses occasionnées par le stockage des innombrables vestiges
de la cathédrale issus de l'incendie, ou par les dispositions à
prendre relativement aux eaux de ruissellement de la cathédrale.
Le rapport public évoque enfin la nécessaire poursuite des
travaux de restauration de la cathédrale, au-delà de ceux que nous
engageons sur le chevet de Notre-Dame de Paris grâce aux sommes
encore disponibles issues de la souscription nationale et à l'accord
des mécènes concernés. Je souhaite appuyer autant que possible
cette perspective. L'émotion et l'élan de générosité soulevés par le
drame de 2019 puis l'intérêt suscité par la restauration et la
réouverture de la cathédrale, ont révélé la place exceptionnelle
qu'occupe la cathédrale dans le cœur d'innombr
ables hommes et
femmes en France et dans le monde entier. Un tel monument mérite
de présenter, dans toutes ses composantes, son plus beau visage.
Depuis 2019, la plus grande partie du chemin a été faite pour
parvenir à une cathédrale entièrement restaurée. Dans la continuité
des travaux ainsi conduits qui auront restitué l'intérieur de la
cathédrale dans tout son éclat ainsi que le grand comble et la flèche,
il semble s'imposer d'aller jusqu'au bout, c'est-à-dire, au-delà du
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chevet, de traiter les parties, extérieures pour l'essentiel, que
l'incendie a épargnées, mais qui présentent de longue date des
dégradations et pathologies qui font injure à ce monument insigne
qui incarne dans le monde entier Paris et la France.
Nous préparons ainsi pour les mois qui viennent un schéma
directeur qui présentera, dans la continuité des travaux engagés en
ce début d'année 2025 pour trois ans, les opérations permettant
d'achever, au tournant de 2030, une restauration complète de la
cathédrale selon des modalités financières qui nécessairement
associeront
la
philanthropie
à
l'argent
public.
Un
tel
aboutissement, conjugué à la mise en place du musée Notre-Dame,
sera à la hauteur de la place unique et singulière que Notre-Dame
de Paris détient dans le monde entier.
RÉPONSE DE
L’ARCHEVÊQUE DE PARI
S,
PRÉSIDENT DE LA FONDATION NOTRE-DAME
Archevêque de Paris et Président de la Fondation Notre Dame, j'ai
pris connaissance avec grande attention du rapport intitulé « Le chantier
de la cathédrale Notre-Dame de Paris : La réalisation des travaux de
restauration liés à l'incendie, la réouverture et la poursuite du chantier :
troisième bilan ».
En premier lieu, en tant qu'archevêque de Paris, je veux saluer
l'aboutissement de la formalisation de conventions avec l'État, fruit d'un
dialogue constructif et d'une implication forte des équipes du Diocèse
de Paris. Les clarifications que la Cour appel
ait de ses vœux dans ses
premier et second rapports ont ainsi été permises.
Je relève également, dans ce rapport, les appréciations positives
formulées par la Cour envers la Fondation Notre Dame, tant sur la gestion
et l'affectation transparente des dons, la maîtrise exemplaire de ses frais
de collecte, que sur l'implication dans le dialogue avec l'Établissement
public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale
Notre-Dame de Paris.
La cathédrale Notre-Dame de Paris est entièrement affectée au
culte catholique et ouverte à tous, fidèles et visiteurs. L'édifice forme un
tout indissociable, bâti pour l'Église et les fidèles catholiques, et restauré
grâce à la générosité de milliers de personnes privées et morales - qui
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savent notre profonde gratitude - avec le concours efficace des services
compétents de l'État.
L'affectataire cultuel et l'association Maurice de Sully ont signé, le
17 février 2025, une convention avec l'État et le CMN après des mois
d'échange constant. Le coût d'exploitation de la cathédrale a été
lourdement augmenté par les installations techniques opérées par l'État,
ses exigences légitimes relatives à la sûreté des personnes et des biens, et
ses contraintes liées au chantier actuel. En vertu de la loi de 1905, de la
jurisprudence et du principe de libre exercice des cultes, nous souhaitons
clarifier les conditions de prise en charge par l'État d'une partie des
dépenses de sûreté, par exemple celles destinées à la protection générale
de l'espace public. En effet, à ce jour, ces dépenses, dont le coût a été
multiplié par plus de 7 depuis l'incendie, sont à la charge exclusive de
l'affectataire cultuel, ce qui ne m'apparaît pas justifié.
Inscrite dans la loi et l'usage, notre préoccupation première
demeure la garantie d'un accueil « généreux et gratuit » pour tous, tel que
rappelé par le Pape François dans le message adressé à l'occasion de la
réouverture de la cathédrale, le 7 décembre 2024.
Bien entendu, afin de faire face à l'ensemble de ces dépenses
nouvelles, l'affectataire cultuel recherche des moyens supplémentaires de
financement, comme l'appel aux dons en ligne ou une hausse de la
tarification de la visite du trésor, après en avoir assumé lui-même
l'ensemble du coût de conception et d'installation.
En renouvelant en 2025 son autorisation au CMN d'exploiter le
circuit des tours de la cathédrale, l'affectataire a également conscience
de soutenir la préservation et la restauration du patrimoine en France.
Cet engagement fort avait été opéré par l'Église bien avant l'incendie de
2019, depuis plusieurs dizaines d'années déjà. En revanche, l'accord de
l'affectataire, requis par la loi, n'a pas été recueilli pour les
modifications apportées au positionnement du parcours de visite des
tours, de sorte qu'il ne peut être considéré comme responsable d'un
quelconque retard dans l'ouverture du circuit
1
.
1
« Or
, l'accord du Diocèse sur le positionnement du parcours n'a été obtenu que
tardivement [...] À ce retard dans l'accord... », Le chantier de la cathédrale de Notre-
Dame, Rapport public thématique, Cour des comptes, Juillet 2025, p39-40.
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La proposition du ministère de la culture de mettre en place une
« tarification touristique » du déambulatoire de la cathédrale
2
ne peut
être retenue et nous sommes d'autant plus surpris de la découvrir dans
votre rapport. Elle est contraire à la loi, à la réalité des déplacements
indissociables des fidèles et des visiteurs à l'intérieur de l'édifice et à
la mission que l'Église a toute légitimité de définir en vertu de la
liberté de culte. Il est inenvisageable de tarifer le recueillement de
milliers de personnes devant la Sainte Couronne d'épines dans la
chapelle
Notre-Dame-des-Sept-Douleurs,
ou
de
restreindre
la
vénération des icônes des saints fondateurs des Églises orientales
dans la chapelle Saint-Georges et des chrétiens d'Orient. La rencontre
entre le gouvernement et l'Église catholique, du 25 mars dernier, a
d'ailleurs permis de réorienter la recherche de solutions réellement
efficientes à partir de la mise en place prochaine d'une instance de
coordination interministérielle chargée de définir, en lien avec les
cultes, de nouveaux leviers de financement procédant du tourisme
culturel.
Je me réjouis d'accueillir à Notre-Dame, chaque jour depuis sa
réouverture, des milliers de personnes dont je peux constater à la fois
l'émerveillement, l'émotion et la ferveur, dans la découverte, ou la
redécouverte, de notre cathédrale magnifiquement restaurée.
RÉPONSE DU
PRÉSIDENT DE LA FONDATION
DU PATRIMOINE
Vous avez bien voulu me transmettre le rapport public thématique
intitulé
Le chantier de la cathédrale Notre-Dame de Paris
La réalisation
des travaux de restauration liés à l’incendie, la réouverture et la poursuite
du chantier : troisième bilan
. Je souhaitais par la présente réponse vous
faire part des observations de la Fondation du patrimoine.
Tout d’abord et comme cela a été évoqué dans les précédents
rapports, il n’appartient pas à la Fondation du patrimoine de commenter
les travaux, les phases et durées de travaux ou bien encore les montants
2 « Le ministère de la culture qui a fait plusieurs propositions dans ce sens met en avant
la possibilité [...] d'une tarification touristique de la cathédrale [...] qui pourrait
concerner par exemple le déambulatoire [...] », Le chantier de la cathédrale de Notre-
Dame, Rapport public thématique, Cour des comptes, Juillet 2025, p38.
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engagés sur le chantier puisque les fondations collectrices n’ont pas été
associées à la gouvernance de l’établissement public.
La Fondation du patrimoine tient cependant à souligner que
plusieurs principes structurants mentionnés dans le rapport ont été établis
à l’initiative des fondations collectrices, et notamment de la Fondation du
patrimoine. Ainsi, la règle selon laquelle les dons des particuliers devaient
servir exclusivement à financer les deux premières phases a été proposée
et mise en œuvre par la Fondation du patrimoine, dès août 2019, dans un
souci de respect strict de l’intention des donateurs. De même, l’exigence
de solliciter l’accord explicite des grands mécènes et des entreprises pour
que leurs dons puissent contribuer à la troisième phase de travaux est le
fruit d’une démarche proactive des fondations collectrices, visant à
garantir une transparence exemplaire dans l’affectation des ressources.
Nous notons par ailleurs, avec satisfaction, que la Cour salue la
mise en place d’une gouvernance dédiée et spécifique dans le cadre du
chantier, en particulier avec la création d’un nouvel établissement public
spécifique et à l’action et la mission limitées à la durée du chantier. Nous
rappelons que la création de cet établissement a été encouragée et
soutenue par la Fondation du patrimoine dès les premières semaines
suivant l’incendie. Le modèle qu’il incarne –
pilotage resserré,
coordination forte des acteurs intervenant sur le chantier, comité d’audit
indépendant etc.
nous paraît pouvoir servir d’inspiration pour d'autres
grands projets patrimoniaux.
Parmi les recommandations formulées par la Cour dans son
rapport, nous souhaiterions souligner l’intérêt particulier de la première
proposition, qui vise à encadrer la possibilité de déclassement de vestiges
n’ayant pas d’intérêt patrimonial ou historique avéré. Cette orientation
nous semble d’autant plus pertinente que le classement systématique de
l’ensemble des débris issus du chantier a généré des coûts d
e stockage très
élevés. Il nous paraît nécessaire d’adopter une pratique plus souple et
différenciée, permettant d’articuler exigence patrimoniale et bonne
gestion.
À cet égard, l’initiative conduite par la Fondation du patrimoine en
collaboration avec l’é
tablissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris,
début 2025, constitue un exemple concret et utile de réutilisation de débris
de pierres sans intérêt patrimonial. En effet, les fondations collectrices ont
pu récupérer des blocs de pierres taillés dans des débris de la cathédrale.
Cent cinquante cubes de pierre calcaire, taillés à partir de blocs extraits
du chantier et formellement identifiés par les services de l’État comme ne
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présentant pas d’intérêt patrimonial, ont été remis à la Fondation par
l’établissement public. Cinquante de ces pierres ont fait l’objet d’un tirage
au sort organisé par nos soins. Cette opération a permis de recueillir
6 027 dons pour un montant total de 500 656
€, intégralement reversé au
bénéfice du patrimoine religieux des village
s dans le cadre de l’initiative
lancée en septembre 2023 par le président de la République.
S’agissant de la réouverture de la cathédrale, nous regrettons que la
visite des tours ne puisse reprendre qu’à compter du 20 septembre. Ce report
alors même que les tours constituent un élément emblématique de
l’expérience de visite –
se traduit par une perte de recettes estimée à plus de
deux millions d’euros pour le Centre des monuments nationaux. Par ailleurs,
le nombre particulièrement élevé d’agents mobilisés
sur le site interroge,
sinon la soutenabilité à long terme, du moins l’efficience du dispositif
imaginé. Dans cette perspective, et dans un esprit de pragmatisme, il
pourrait être opportun d’examiner, comme cela se pratique dans de
nombreux pays européens ou certains édifices français, la possibilité de
recourir à des bénévoles qualifiés pour assurer des missions d’accueil ou
d’orientation. Cette solution, complémentaire des effectifs existants,
contribuerait à alléger la charge de fonctionnement tout en maintenant un
haut niveau de qualité dans l’accueil du public.
D’une manière plus générale, nous ne pouvons qu’approuver les
constats que vous établissez et qui mettent en lumière l’action
déterminante, proactive et efficace des fondations collectrices aux côtés de
l’État, de l’établissement public et de l’ensemble des acteurs du chantier.
Le succès de cette mobilisation collective montre que la société civile
organisée peut jouer un rôle structurant dans la conduite des grandes
causes patrimoniales, en apportant des ressources, des compétences et une
dynamique de confiance.
Ce chantier, spécifique à bien des égards, en fournit une
démonstration éclatante, et permet de tirer plusieurs enseignements utiles
pour l’avenir de la politique patrimoniale que je souh
aiterais partager
avec vous.
La restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris a montré que
la philanthropie peut devenir un levier rapide, puissant et efficace,
mobilisant largement citoyens, entreprises et bénévoles. Ce chantier a
rappelé l’importance
d’anticiper les périls plutôt que de réparer les dégâts,
en donnant toute sa place à la prévention, à l’entretien, à la maintenance
et à la sécurité.
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Il a souligné la nécessité d’une gestion rigoureuse et transparente,
fondée sur des principes clairs de réalité budgétaire, et mis en lumière un
enjeu souvent négligé : le financement de la maîtrise d’ouvrage,
indispensable à la réussite des projets complexes. Ce chantier a également
révélé, à travers la mobilisation de compétences d’exception, la force mais
aussi la fragilité des métiers d’art français, qu’il convient de mieux
soutenir, de décloisonner et de transmettre.
Il a enfin illustré combien les outils numériques, les réseaux sociaux
et la modélisation pouvaient transformer en profondeur la relation du
public au patrimoine, en la rendant plus accessible, plus immersive et plus
participative. Au-delà de la restauration elle-même, ce projet pose aussi la
question du sens. Un patrimoine vivant ne saurait être seulement préservé ;
il doit retrouver un usage, une utilité, une capacité à générer des
ressources propres.
Toutes ces questions ne sont pas épuisées avec la réouverture de la
cathédrale en décembre 2024. Nous formons le vœu que les réflexions
ouvertes à l’occasion de ce chantier nourrissent durableme
nt les politiques
publiques et les initiatives privées en faveur du patrimoine, dans une
logique de dialogue, d’exigence et de responsabilité partagée. La réussite
de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, dans le contexte
et avec les conditions que vous évoquez tout au long de votre rapport, aura
définitivement démontré, s’il en était besoin, qu’une politique patrimoniale
efficace doit être portée par l’alliance et la convergence des compétences
et des points forts des acteurs publics comme des acteurs privés.
RÉPONSE DE LA PRÉSIDENTE DU CENTRE DES MONUMENTS
NATIONAUX (CMN)
Le Centre des monuments nationaux (CMN) a pris connaissance
avec la plus grande attention du rapport de la Cour des comptes consacré
au chantier de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Il souhaite uniquement apporter l
a
précision suivante.
Sur l’ouverture d
ifférée du circuit de visite des tours
La Cour indique que «
l’accord du diocèse sur le positionnement du
parcours n’a été obtenu que tardivement, ce qui a conduit après plusieurs
alertes sur l’absence de présentation du parcours de visite par le CMN à
l’E
P-
RNDP, à décider de dissocier la demande d’autorisation d’ouverture
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à la commission de sécurité, pour la partie exploitée par le CMN. Ce n’est
donc que tardivement que la commission de sécurité a été saisie et que les
demandes de cette dernière nécessitant notamment de modifier le
positionnement de la boutique ont pu être prises en compte. Dans ce
contexte et en l’absence d’échanges préalables avec la commission de
sécurité, la réouverture des tours n’aurait vraisemblablement pu intervenir
simultanément à
celle de la cathédrale. À ce retard dans l’accord à trouver
entre le CMN et le diocèse, s’est ajoutée la nécessité d’engager des travaux
préalables dans le beffroi sud. La base de la structure en bois a été altérée
par des infiltrations d’humidité ancienne
qui n'avaient pas été identifiées
et nécessite de procéder au remplacement des poutres pourries. »
Le CMN tient à souligner que dès le début des travaux de
reconstruction les besoins ont bien été identifiés conjointement avec l’EP
-
RNDP pour assurer une ouverture du circuit des tours concomitante à la
réouverture de la nef, en décembre 2024.
Le diagnostic réalisé au printemps 2024 par l'EP-RNDP a révélé
des désordres importants dans le beffroi sud, liés à des problèmes
d'étanchéité anciens. Il n’était pas c
oncevable de rouvrir le circuit des
tours sans des reprises structurelles à réaliser par l’EP
-
RNDP, qui n’était
cependant pas en mesure de les intégrer à ce stade dans un calendrier de
travaux déjà très fortement contraint.
C’est donc bien l’aléa du mauvai
s état de la structure du beffroi sud
qui a été l’élément déterminant dans le décalage d’ensemble du processus
(travaux préalables, travaux d’aménagement, saisine de la commission de
sécurité par l’EP
-
RNDP). Il n’y a pas de raison de supposer que, sans cet
aléa, le circuit des tours n’eût pu ouvrir simultanément à la nef, en
décembre 2024.
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