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Parc d’activités
La Providence
Kann’Opé –
Bât. D - CS 18111
97181 LES ABYMES CEDEX
Tél. 05 90 21 26 90
Courriel : « antillesguyane@crtc.ccomptes.fr »
Site internet : « www.ccomptes.fr/fr/antilles-guyane »
RAPPORT D’OBSERVATIO
NS DÉFINITIVES
SYNDICAT MIXTE DE GESTION DE
L’EAU ET DE L’ASSAIN
ISSEMENT
DE GUADELOUPE
(COMPÉTENCE EAU POTABLE)
(Département de Guadeloupe)
Exercices 2021 et suivants
Le présent document a été délibéré par la chambre le 1
er
avril 2025
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
2
TABLE DES MATIÈRES
TABLE DES MATIÈRES
..............................................................................................
2
SYNTHÈSE
......................................................................................................................
7
RECOMMANDATIONS
..............................................................................................
10
1
LE SMGEAG PEINE À DÉFINIR SON PROJET STRATÉGIQUE
...................
13
1.1
Une structure créée par une loi « spéciale » répondant à une incapacité à
assurer le service public de distribution de l’eau potable
.................................
13
1.1.1
Une crise durable de la gestion de l’eau en Guadeloupe
.........................
13
1.1.2
La présence d’acteurs inédits dans la gouvernance de l’eau
...................
15
1.1.3
Le non-respect des statuts du syndicat et notamment son article 7,
est facteur d’ambiguïté et de confusion
...................................................
16
1.2
Les instances du SMGEAG connaissent d’importants
dysfonctionnements
..........................................................................................
19
1.2.1
Une préfiguration trop courte pour une transition optimale de
l’historique vers le nouveau syndicat
......................................................
19
1.2.2
Un comité syndical inopérant du fait de la faible implication de ses
membres
..................................................................................................
21
1.2.3
Le binôme président/directeur général dysfonctionne et la mise en
œuvre opérationnelle du SMGEAG n’est effective que 18 mois
après sa création
......................................................................................
23
1.2.4
La commission de surveillance, destinée à restaurer la confiance, a
du mal à se positionner comme un acteur de la gouvernance
.................
24
1.2.4.1
Une défiance réciproque entre le SMGEAG et la commission de
surveillance
.............................................................................................................
24
1.2.4.2
Les droits de la commission ne sont pas toujours respectés par le syndicat
...........
25
1.3
La vigilance des bailleurs de fonds du SMGEAG
: la création d’une
structure non prévue par les textes
...................................................................
27
1.3.1
Une gouvernance informelle pour pallier les insuffisances du
comité syndical et structurer l’organisation administrative du
SMGEAG
................................................................................................
27
1.3.1.1
Une nouvelle gouvernance
.....................................................................................
27
1.3.1.2
La feuille de route est définie par le comité local d’accompagnement
...................
28
1.3.1.3
Les limites de cette gouvernance informelle
..........................................................
29
1.3.2
Une assistance technique indispensable, à repositionner
........................
30
1.4
Un projet stratégique mettant l’usager en son centre est à adopter
..................
31
2
LE NIVEAU DE FIABILITÉ DES COMPTES PROGRESSE
LENTEMENT
........................................................................................................
35
2.1
Des comptes irrégulièrement adoptés
...............................................................
35
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
3
2.1.1
Les comptes n’ont pas été votés dans les délais prescrits
.......................
35
2.1.2
Le comité syndical a voté partiellement la concordance entre le
compte administratif et le compte de gestion en raison du caractère
incomplet de ce dernier
...........................................................................
35
2.2
Des comptes non fiables en raison de nombreuses erreurs mais aussi de
choix d’inscriptions non conformes aux règles comptables
.............................
37
2.2.1
Un haut de bilan qui apparaît largement sous-estimé en raison de
l’absence de transfert par les EPCI des installations exploitées par
le SMGEAG
............................................................................................
37
2.2.1.1
Le transfert juridique et comptable des actifs toujours en suspens
.........................
37
2.2.1.2
Un sous-
amortissement porteur de risques pour l’avenir
.......................................
39
2.2.1.3
L’inscription irrégulière des dotations (19,25
M€) a pour effet de majorer
indûment le résultat
................................................................................................
40
2.2.1.4
L’inscription d’un emprunt bancaire (25
M€) bonifie le résultat
d’exploitation du SMGEAG
...................................................................................
41
2.2.2
L’équilibre du bas de bilan créances/dettes, est affecté par des
mauvaises inscriptions comptables
.........................................................
42
2.2.2.1
Une absence de comptabilisation des stocks
..........................................................
42
2.2.2.2
Conformément au principe de prudence, le risque de non recouvrement est
couvert par une provision de plus de 30 % du montant des factures émises
..........
42
2.2.2.3
La répartition des charges de personnel entre le budget principal et les
budgets annexes fausse la lecture des comptes
.......................................................
43
2.2.2.4
D’importants manquements concernant le suivi de la tréso
rerie
............................
45
2.2.3
Synthèse des observations sur la fiabilité et conséquences sur
l’analyse financière
.................................................................................
46
3
UN DÉSÉQUILIBRE STRUCTUREL DES FINANCES
.....................................
48
3.1
Une situation financière toujours préoccupante, trois ans après la
création du syndicat mixte
................................................................................
48
3.1.1
Les produits de la facturation des biens et services couvrent à peine
75
% des charges du budget de l’eau
......................................................
48
3.1.2
Des charges courantes d’exploitation en très forte augmentation et
sous-estimées
...........................................................................................
53
3.1.2.1
Des achats et charges externes en forte augmentation
............................................
54
3.1.2.2
Les charges de personnel augmentent de près de 20 % en deux ans et
représentent 45 % des produits de fonctionnement
................................................
55
3.1.2.3
Les charges calculées (dotations aux provisions et amortissements) sont
sous-évaluées
..........................................................................................................
56
3.1.3
Le résultat d’exploitation est fortement négatif
......................................
56
3.1.4
Le résultat de l’exercice est déficitaire malgré un soutien financier
exceptionnel de 71,25
M€
.......................................................................
57
3.1.5
La capacité d’autofinancement négative a été comblée par des
apports financiers extérieurs
....................................................................
59
3.1.6
Une dette non soutenable au regard des ressources propres
...................
61
3.1.7
Une trésorerie tendue
..............................................................................
61
3.2
Les résultats des actions entreprises en vue d’un retour à l’équilibre
restent insuffisants
............................................................................................
62
3.2.1
L’analyse financière prospective ne permet pas d’envisager un
rétablissement des finances dans un délai raisonnable
............................
62
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
4
3.2.2
Les mesures nécessaires au redressement du syndicat doivent
permettre de dégager 20
M€ par an
.........................................................
63
3.2.2.1
L’augmentation des produits de gestion
.................................................................
63
3.2.2.2
La diminution des charges de gestion
.....................................................................
64
4
LES INSUFFISANCES DU PILOTAGE DES RESSOURCES HUMAINES
ENTRAVENT LA PERFORM
ANCE DE L’ÉTABLISSEM
ENT
.......................
68
4.1
Les charges de personnel doivent être réduites
................................................
68
4.1.1
Le recours très couteux à du personnel extérieur malgré un effectif
nombreux
.................................................................................................
68
4.1.1.1
Un effectif en surnombre…
....................................................................................
68
4.1.1.2
…qui n’évite pas le recours coûteux et croissant à du personnel intérimaire
et à des prestataires externes
...................................................................................
70
4.1.2
Des rémunérations très élevées s’accompagnent de primes et
avantages irréguliers
................................................................................
71
4.1.2.1
Des rémunérations parmi les plus élevées au niveau national
................................
71
4.1.2.2
Des rémunérations qu
i ont continué de progresser sous l’effet d’une
concurrence entre catégories de salariés (statut de droit privé et de droit
public) 72
4.1.2.3
En l’absence de mise en place du RIFSEEP, nombre de primes accordées
n’ont plus de base légale
........................................................................................
73
4.1.2.4
Un accord de substitution qui aligne les avantages des salariés de droit privé
vers le haut
.............................................................................................................
75
4.1.2.5
Des pratiques d’octroi d’avantages
importants
.......................................................
75
4.2
Le pilotage des RH doit s’orienter vers la mise en place d’une
organisation-cible
.............................................................................................
78
4.2.1
Un pilotage des emplois et des compétences défaillant
..........................
78
4.2.1.1
La gestion coûteuse du recrutement de l’ancien directeur général des
services 78
4.2.1.2
Un poste de collaborateur de cabinet illégal
...........................................................
78
4.2.2
Une organisation du travail qui ne répond pas au besoin du service
public
de l’eau
.........................................................................................
79
4.2.2.1
Les maquettes organisationnelles sont critiquables
................................................
79
4.2.2.2
Le recours excessif à l’astreinte pour compenser les maquettes horaires
défaillantes
.............................................................................................................
80
4.2.2.3
Le recours excessif aux heures supplémentaires
....................................................
81
4.2.2.4
En conclusion, une organisation du temps de travail qui permet tous les
dysfonctionnements
................................................................................................
81
4.2.3
L’établissement doit mettre en place une gestion
prévisionnelle des
emplois et des compétences pour garantir le service
..............................
82
4.2.3.1
La connaissance partielle du SMGEAG de ses besoins en effectifs et en
compétences
...........................................................................................................
82
4.2.3.2
L’écart entre les besoins et les compétences n’est pas mesuré
...............................
83
4.3
Un management à mieux mobiliser
..................................................................
84
4.3.1
Une absence de projets de service et d’objectifs clairs fixés aux
membres du comité exécutif
...................................................................
84
4.3.2
Une faible capacité à anticiper et à coordonner, voire à
sanctionner…
..........................................................................................
85
4.3.3
qui génère de nombreux dysfonctionnem
ents
...................................
86
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
5
5
REGAGNER LA CONFIANCE DES USAGERS DOIT ÊTRE UN
OBJECTIF PRIORITAIRE POUR LE SMGEAG
................................................
89
5.1
Le SMGEAG n’assure pas la continuité de la distribution d’eau potable
et doit développer ses mesures palliatives
........................................................
89
5.1.1
Le principe de continuité du service public de l’eau est garanti en
droit
.........................................................................................................
89
5.1.2
Des interruptions du service aux causes multiples
..................................
89
5.1.2.1
Les tours
d’eau
.......................................................................................................
89
5.1.2.2
Les coupures d’eau non programmées
...................................................................
91
5.1.2.3
Les conséquences sur le quotidien des usagers privés d’eau
..................................
91
5.1.2.4
Une amélioration est cependant perceptible sur la fréquence des tours d’eau
........
92
5.1.3
L’absence d’identification des habitants privés d’eau et de
l’insuffisance des mesures palliatives
.....................................................
93
5.2
La potabilité de l’eau
distribuée à améliorer
....................................................
94
5.2.1
Une méfiance générale des usagers sur la potabilité de l’eau non
fondée
......................................................................................................
95
5.2.2
Cependant, des cas de non-conformité subsistent
...................................
97
5.3
L’information des usagers et le traitement de leurs demandes sont
insuffisants
........................................................................................................
98
5.3.1
L’usager n’est bien informé ni sur la stratégie et les résultats du
SMGEAG ni sur les interruptions de service
..........................................
98
5.3.1.1
Le SMGEAG doit mieux communiquer sur les origines de la crise de l’eau
.........
98
5.3.1.2
Le SMGEAG doit communiquer sur sa stratégie de sortie de crise et ses
objectifs intermédiaires et améliorer sa communication sur les interruptions
de service
................................................................................................................
98
5.3.2
Un traitement des demandes et un règlement de service à améliorer ... 100
5.3.2.1
La plateforme téléphonique ne transmet pas les demandes des clients aux
services opérationnels
...........................................................................................
100
5.3.2.2
Une facturation améliorée mais encore largement défaillante
..............................
101
5.3.2.3
Un règlement de service déséquilibré
...................................................................
102
5.4
Le prix moyen de l’eau est élevé et les écarts
de prix entre territoires sont
importants
.......................................................................................................
103
5.4.1
Un prix élevé en moyenne mais très inférieur au coût de production
de l’eau
..................................................................................................
103
5.4.2
Des tarifs différents sur un seul territoire
..............................................
103
5.4.3
Des coûts supplémentaires induits pour les usagers
..............................
104
6
LES INFRASTRUCTURES ENCORE DÉFAILLANTES
FONT L’OBJET
D’UN LARGE FINANCEMENT PAR L’ÉTAT ET LES
COLLECTIVITÉS PARTENAIRES
...................................................................
106
6.1
La performance du réseau d’eau potable reste très faible
..............................
106
6.1.1
Un morcellement du réseau et une montée en puissance de la
ressource d’eau brute du département
...................................................
106
6.1.1.1
À l’origine
: Un réseau unitaire disposant d’une ressource abondante
.................
106
6.1.1.2
Aujourd’hu
i : un réseau morcelé
..........................................................................
106
6.1.2
Le rendement de réseau sur la période 2021 à 2023 oscille entre
30 % et 40 %
.........................................................................................
108
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
6
6.1.3
Un réseau peu télégéré qui connaît des dysfonctionnements dans
son exploitation
.....................................................................................
109
6.2
Les actions entreprises par le SMGEAG ne donnent pas encore des
résultats probants
............................................................................................
110
6.2.1
Un plan pluriannuel d’investissement largement financé par l’État
et réorienté sur la sortie des tours d’eau
................................................
110
6.2.1.1
Un PPI largement porté par l’État et sans capacité d’autofinancement du
syndicat 110
6.2.1.2
Un PPI
réorienté vers la sortie des tours d’eau
.....................................................
111
6.2.1.3
Malgré des conditions dérogatoires, les crédits restent sous-mobilisés
................
114
6.2.2
La réalisation du programme d’actions reste insuffisante
.....................
116
6.2.2.1
Le nombre de réparations des fuites
ne permet pas d’améliorer
significativement le rendement du réseau
............................................................
116
6.2.2.2
Le renouvellement des canalisations
....................................................................
117
6.2.2.3
Le programme de remplacement des compteurs
..................................................
118
Annexe n° 1. Présence des élus au comité syndical du SMGEAG
......................
120
Annexe n° 2. Constats macro-
comptables du rapport d’audit de l’agence
comptable du SMGEAG
................................................................................
121
Annexe n° 3. Anomalies relevées par la chambre dans la comptabilité du
comptable
.......................................................................................................
122
Annexe n° 4.
Données exploitation
.....................................................................
124
Annexe n° 5. Données ressources humaines
........................................................
125
Annexe n° 6. Données sanitaires
..........................................................................
129
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
7
SYNTHÈSE
Le service de distribution de l’eau potable est, dans le droit commun, géré par l’échelon
communal et intercommunal.
En 2021, à sa création, le s
yndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de
Guadeloupe (SMGEAG)
hérite d’une gestion
dégradée
de l’eau en Guadeloupe.
À la
constitution du SMGEAG, le réseau connait un taux de perte de 70 %, un taux de recouvrement
des factures d’à peine 60
%, une dégradation continue du taux de réparation des fuites par
rapport à l’i
rruption de fuites nouvelles.
La loi n° 2021-513 du 29 avril 2021 veut répondre à cette faillite collective par
l’
élargissement de
la gouvernance de l’eau
assurée par les
communautés d’agglomération du
Nord Grande-Terre, de la Riviera du Levant, du Nord Basse-Terre, de Grand Sud Caraïbe en
introduisant le département et la région, dans la gestion de cette compétence.
Une gouvernance qui doit prendre la mesure des enjeux
Les progrès réalisés dans la gestion du service durant la période de 18 mois qui a succédé
à la création du SMGEAG sont limités. Le comité syndical, instance décisionnaire du syndicat,
n’est pas parvenu
à prendre la mesure des chantiers à réaliser et des compétences à intégrer au
sein de l’organisation.
Face à cet échec, en 2023, un encadrement de la gouvernance défaillante
est assuré par une instance informelle,
le comité local d’accompagnement (CLA),
dénommé un
temps «
gouvernance à 4
», constituée
par l’
État, le département, la région et le SMGEAG.
Cette instance
, parallèlement à l’eng
agement financier des partenaires, a initié la mise en place
d’objectifs précis et d’indicateurs de gestion, soutenu par une assistance technique de l’
État.
Toutefois,
d’importants progrès restent à faire.
Le président du SMGEAG et le comité
syndical, instances décisionnaires
in fine
, ont parfois pris des décisions contraires aux objectifs
fixés par le CLA. La commission de surveillance, chargée de mesurer et de donner un avis sur
l’atteinte des objectifs du syndicat
mixte
et d’être un relais entre ces ins
tances et les usagers,
n’est pas en mesure de jouer
son rôle. Ses prérogatives doivent être respectées par le syndicat.
Deux autres enjeux majeurs liés à la gouvernance restent à traiter. La mise en place de
la régie prévue par l’article 7 des statuts
n
est pas réalisée. Sa création doit permettre une
meilleure articulation entre la fixation des objectifs stratégiques dévolus au syndicat mixte et
l’activité
d’exploitation
confiée
à la régie d’autre part. Le
second concerne l
’ad
option et
l’appropriation d’un projet stratégique permettant la sortie des tours d’eau et l’établissement
d’un service de distribution d’eau potable permanent
.
Une situation financière dépendante
des aides extérieures, de l’État en particulier
La fiabilité des comptes, mauvaise dans
les premières années d’existence du SMGEAG,
s’est améliorée récemment. Cependant, d’importantes corrections sont à opérer pour donner
une image du résultat comptable conforme à la réalité. Le niveau réel de la dotation aux
amortissements constitue un risq
ue financier pour l’avenir qu’il est difficile
de préciser compte
tenu du retard dans le transfert des immobilisations des anciens opérateurs vers le SMGEAG.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
8
En raison des défaillances de paiement des factures par les usagers et des charges de
personnel et
de fonctionnement, les produits d’exploitation ne couvrent que 75
% des charges
d’exploitation alors que le service de l’eau
doit légalement se suffire à lui-même tant pour
l’exploitation que pour l’investissement. Hors dotation initiale, prêt exceptionne
l et subventions
de fonctionnement de l’
État, le résultat cumulé du SMGEAG sur les années 2021 à 2023 est un
déficit de plus de 37
M€. L’
État
l’a compensé tant par la facilitation d’un prêt de 25
M€ que
par des subventions de fonctionnement directes de 27
M€ en 2023 et 20
M€ en 2024, soit un
total de 73
M€. L
a région et le département ont apporté pour leur part une dotation de démarrage
de 19,25
M€
versée en 2021 et 2022.
Sans une action volontariste sur son train de vie et sur le recouvrement des factures, le
SMGEAG n’est pas en mesure de rétablir ses finances à moyen terme.
Le déficit cumulé en
2028 pourrait atteindre 130
M€, avec un manque de financement évalué à 20
M€ par an.
Des
mesures plus fortes doivent donc être engagées pour parvenir à un équilibre au moins sur
l’exploitation, en 2028. L
e taux de recouvrement des factures doit atteindre les standards
nationaux. Un plan de réduction des effectifs et des charges de personnel doit être entrepris.
Les charges de personnel pèsent lourdement sur la situation financière
Les charges de personnel représentent 45 % des produits
d’exploitation ce qui n’est pas
soutenable
pour un service industriel et commercial de distribution de l’eau potable.
Malgré un
sureffectif évalué à 150 agents par le syndicat mixte à sa création, celui-ci a continué à recruter,
l’effectif
progressant de 500 à 519 agents, entre 2021 et juin 2024. Pour autant, le SMGEAG a
recours à de nombreux prestataires extérieurs pour pallier le manque de productivité et de
formation de ses agents.
Les rémunérations sont supérieures de 70 % à la moyenne nationale de la fonction
publique territoriale
, non justifiées par un service de distribution d’eau potable performant
, que
la prime de vie chère de 40 % ne suffit pas à expliquer. L
’accumulation d’
avantages entre
chacun des statuts (public et privé), validée par le comité syndical,
a conduit à l’instauration
d
’un régime indemnitaire
irrégulier.
Tant en termes d’effectifs que de compétences ou de temps de travail, le SMGEAG doit
définir une organisation cible, à laquelle il indique travailler, pour augmenter sa productivité et
atteindre ses objectifs. Les outils de base du
management, comme l’instauration d’un règlement
intérieur, font encore défaut trois ans après sa création. Le sous-encadrement des équipes au
niveau opérationnel et une inaction au regard des dysfonctionnements graves constatés rendent
le management souvent inopérant et inefficace. Le soutien des membres du comité syndical du
SMGEAG à une politique de fermeté est la condition de la consolidation des légers progrès
constatés.
Des investissements à accélérer pour répondre aux attentes des usagers
Le
prix moyen de l’eau potable est plus élevé que la moyenne nationale, avec un prix
de 3,34
/m
3
contre une moyenne de 2,21
/m
3
au niveau national. Il est surtout très hétérogène
puisqu’il varie du simple au double. Le chantier d’harmonisation
des tarifs doit nécessairement
avancer en raison de la mutualisation de la gestion de l’eau.
Avec un rendement oscillant entre 30 et 40 % et une télégestion très hétérogène sur le
territoire, la performance du réseau est très faible. Les usines
de production d’eau potable
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
9
nécessitent également une mise à niveau technique pour améliorer la performance sur la
potabilité de l’eau produite.
La mise
en place d’un plan pluriannuel d’investissement (PPI)
massif et largement
financé par l’
État et les fonds européens (165,5
M€)
, et plus modestement par la région et le
département (35,5
M€)
, permet au SMGEAG de disposer de fonds importants sans la
contrep
artie d’autofinancement exigée habituellement
, à ce stade, inexistante. Il a été réorienté
vers la sortie des tours d’eau sous l’impulsion
du CLA. Le «
PPI accéléré
» représente une
somme de 213
M€ dont 134
M€ sont consacrés à l’eau potable sous la respons
abilité directe du
SMGEAG pour la période 2024-2026.
Grace à ce plan le syndicat mixte a obtenu des succès. Il a renouvelé, pour la première
fois, 18 000 compteurs
d’eau
en une année qui permettra une hausse des recettes. À cette
cadence, il faudra cependant dix ans pour renouveler tout le parc. Le nombre de réparation de
fuite a atteint près de 9 000 en 2024. Toutefois, il faudrait encore accroître la cadence pour
limiter
la quantité d’eau perdu
e
et réduire durablement les tours d’eau
. Enfin, 15 km de
conduite, en moyenne, par an, ont été changés. À ce rythme, il faudra 208 ans pour renouveler
à l’identique la totalité des sections du réseau.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
10
RECOMMANDATIONS
(classées dans l’ordre de citation dans le rapport)
Recommandations (
régularité
)
Mise en
œuvre
complète
Mise en
œuvre
partielle
Non mise en
œuvre
Devenue
sans objet
Page
Recommandation n
o
1 :
appliquer les dispositions
légales et statutaires relatives aux prérogatives de la
commission de surveillance lui permettant un
fonctionnement effectif.
X
27
Recommandation n
o
2
:
adopter un projet stratégique
conforme aux dispositions de l’article 2224
-7-1 du
CGCT
X
34
Recommandation n
°
4 :
fiabiliser les balances
comptables pour disposer d’une assurance raisonnable
sur la sincérité des comptes.
X
47
Recommandation n
o
6 :
adapter la flotte de véhicules au
strict besoin de la structure par une délibération
conformément à l’article L. 5211
-13-1 du CGCT
X
78
Recommandation n
o
7 :
mettre en place un contrôle
automatisé afin de rendre régulières les heures
supplémentaires.
X
82
Recommandation n
o
10 :
adopter et diffuser un
règlement intérieur tourné vers les principes du service
public et de la performance et sanctionner les
comportements contraires à ce règlement et aux
obligations statutaires.
X
88
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
11
Recommandations (
performance
)
Mise en
œuvre
complète
Mise en
œuvre
partielle
Non mise
en œuvre
Devenue
sans objet
Page
Recommandation n
o
3 :
définir une clé de
répartition des charges de personnel entre le
budget principal et les budgets annexes fondée sur
le coût réel du service.
X
46
Recommandation n
o
5 :
dégager des marges de
manœuvre à hauteur de 20 M€ par an en vue d’un
retour à l’équilibre financier.
X
67
Recommandation n
o
8 :
déterminer
l’organisation
-cible afin de répondre aux besoins
du service public de distribution de l’eau.
X
85
Recommandation n
o
9 :
former toute la chaîne
hiérarchique au management.
X
88
Recommandation n
o
11 :
développer une stratégie
de communication pour regagner la confiance des
usagers dans le service
X
101
Recommandation n
o
12 :
garantir le traitement
des réclamations des usagers par les directions
territoriales concernées.
X
102
Recommandation n
o
13 :
mettre en place un tarif
unique de l’eau qui tient compte des coûts de
production et de distribution.
X
105
Recommandation n
o
14 :
augmenter le nombre de
réparations de fuite afin de respecter le délai
affiché de sortie des tours d’eau.
X
119
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
12
PROCÉDURE
Le contrôle des comptes et de la gestion du syndicat mixte de g
estion de l’
eau et de
l’
assainissement de Guadeloupe (SMGEAG) a été inscrit au programme 2024 des travaux de la
chambre.
L’ouverture du présent examen des comptes et de la
gestion a été notifiée à
M. Jean-Louis FRANCISQUE, président et ordonnateur du SMGEAG depuis le 1
er
septembre
2021 par envoi dématérialisé en date du 25 mars 2024, dont il a accusé réception le 3 avril.
L’entretien d’ouverture de contrôle a eu lieu avec M.
FRANCISQUE le 3 avril 2024 au
siège du SMGEAG.
Les entretiens de fin de contrôle ont eu lieu avec M. FRANCISQUE le 28 octobre 2024
au siège du SMGEAG et par communication téléphonique le 13 novembre 2024 avec
Mme BROSIUS, ordonnateur intérimaire entre le 17 et le 30 octobre 2024, date à laquelle lui a
succédé M. LOUISY, avec lequel cet entretien a eu lieu le 15 novembre 2024.
La chambre régionale des comptes a délibéré sur ses observations provisoires le
10 décembre 2024. En application des dispositions des articles L. 243-2 et R. 243-5 du code
des juridictions financières, elles ont été envoyées dans leur intégralité par courriers du 5 février
2025 à M. LOUISY, à M. FRANCISQUE. Seul M. LOUISY a répondu par courrier daté du
21 mars 2025.
Des extraits des observations provisoires ont été adressés à vingt-trois tiers et
administrations. Cinq
d’entre eux
ont répondu dont le préfet de Guadeloupe. Les présidents de
la région et du département n’ont pas répondu.
La chambre régionale des comptes a délibéré sur ses observations définitives lors de la
séance du 1
er
avril 2025.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
13
1
LE
SMGEAG
PEINE
À
DÉFINIR
SON
PROJET
STRATÉGIQUE
1.1
Une structure créée par une loi « spéciale » répondant à une incapacité
à assurer le service public de distribution de l’eau potable
1.1.1
Une
crise durable de la gestion de l’eau en Guadeloupe
L’eau est une compétence exclusive des communes et de leurs intercommunalités en
vertu de l’article L.
2224-7-1 du CGCT, et à titre optionnel pour les communautés
d’agglomération (article L.
5216-5 du CGCT).
En application de l’article L.
2224-
7 du CGCT, constitue un service public d’eau potable
«
tout service assurant tout ou partie de la production par captage ou pompage, de la protection
du point de prélèvement, du traitement, du transport, du stockage e
t de la distribution d’eau
destinée à la consommation humaine
». La distribution d’eau est une compétence obligatoire
des communes. La production d’eau potable est une compétence facultative laissant la
possibilité d’acheter «
en gros
» de l’eau à un producteur d’eau
.
Les services publics de l’eau et de l’assainissement sont des services publics à caractère
industriel et commercial (SPIC). Ils sont financés par des redevances perçues sur l’usager en
contrepartie du service rendu. Leur spécificité les soumet en même temps à des règles de droit
public, comme celles applicables aux actes réglementaires, à la commande publique, à la
comptabilité publique, au contrôle par les chambres régionales des comptes, au règlement des
litiges en justice administrative, etc., mais aussi à des règles de droit privé comme celles
applicables aux relations contractuelles avec l’abonné/usager, au code de la consommation dans
les règlements de service, au règlement des litiges avec les usagers en juridiction judiciaire. Les
salariés sont de droit privé et les litiges avec les salariés sont réglés par le tribunal des
prud’hommes.
Le syndicat intercommunal d’alimentation en eau et d’assainissement de la Guadeloupe
(SIAEAG) avait initialement la compétence pour la majorité des communes de Guadeloupe. Il
gérait les services des eaux via une délégation de service public (DSP) avec la Générale des
Eaux de Guadeloupe, filiale de Veolia. Le contrat de DSP, signé en 1968, a été prolongé par 12
avenants sans remise en concurrence pendant 40 ans. Vers la fin des années 2000 une partie des
installations approchaient de leur durée de vie nominale, de 40 à 50 ans, sans avoir fait l’objet
par le syndicat et son prestataire, d’un renouvellement adéquat.
En 2008, le SIAEAG a modifié son mode de gesti
on en DSP pour le choix d’une gestion
par un marché de prestation de service, avec le même opérateur, ce qui a pour effet de
désimpliquer ce dernier, sans que le syndicat ne prenne la mesure des conséquences de ce choix.
Entre 2010 et 2014, l’application
de la loi n° 2010-1563 du 16 décembre 2010 de
réforme des collectivités territoriales entraîne la création de quatre communautés
d’agglomération, établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) en plus de Cap
Excellence. Avec le transfert de la
compétence de l’eau aux communautés d’agglomérations,
le périmètre des autorités organisatrices change radicalement, et certaines communes piliers du
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
14
syndicat sortent du SIAEAG ce qui déstabilise son modèle économique et crée des conflits lors
des transferts de propriété et de dettes entre les structures.
En effet,
l’inégale répartition des ressources en eau sur le territoire
induit des ventes
d’eau massives entre les opérateurs de l’eau et des déséquilibres
financiers. Dans ce contexte,
le SIAEAG producte
ur d’eau a augmenté fortement le prix de vente d’eau en gros entre mai
2008 et juin 2009. Certains acheteurs ont alors refusé de payer la fourniture d’eau, entraînant
des contentieux. Plutôt qu’une coopération des opérateurs, des stratégies individualistes
ont été
mises en place conduisant à des investissements par les entités non productrices d’eau dans des
unités de production sur leur territoire à partir de nouveaux forages ou du réseau d’eau brute
agricole, plutôt qu’à des investissements dans l’amélioration du réseau. Le réseau d’eau
agricole, géré par le département a été utilisé comme substitut pour pallier les carences de
distribution au détriment de l’agriculture.
Outre les stratégies individualistes sous performantes aboutissant à ne pas réparer les
fuites sur les réseaux et ainsi à diminuer dramatiquement les rendements, le fonctionnement de
la facturation et du paiement par les usagers va pâtir de deux circonstances : les incitations de
la part de certains élus à ne pas payer les factures d’eau et
un «
accident
» de facturation de la
Compagnie générale des Eaux survenu à l’occasion d’un changement de logiciel qui fait perdre
des recettes importantes au SIAEAG du fait de la prescription des créances.
En 2013 et 2014, des coupures d’eau tournantes a
ppelées «
tours d’eau
» sont mises en
place, compte tenu de la baisse drastique du rendement de réseau. Ces tours d’eau, initialement
mis en place en période de travaux sur les usines, s’étendent progressivement aux périodes
sèches (de janvier à avril), pu
is à l’intégralité de l’année en 2015.
Après plusieurs années de mauvais résultats financiers, la Générale des Eaux de
Guadeloupe quitte la Guadeloupe en 2016. La gestion est reprise par les communautés
d’agglomération avec leurs régies et prestataires.
D
ès 2010, la question d’un syndicat unique de l’eau en Guadeloupe avait émergé. En
2016, le projet de former un syndicat unique ouvert, baptisé «
Eau de Guadeloupe
» avait fait
l’objet d’un débat entre les autorités organisatrices de l’eau et de l’assainiss
ement en
Guadeloupe, la région et le département. La communauté d’agglomération de Cap Excellence
ayant marqué son refus de prendre part à ce projet, les perspectives de faire aboutir localement
ce projet se sont effacées.
La loi du n° 2021-513 du 29 avril 2021 rénovant la gouvernance des services publics
d’eau potable et d’assainissement en Guadeloupe a été le moyen de surmonter les oppositions
locales et de faire aboutir ce projet.
Le SMGEAG hérite alors d’un service d’eau non viable
:
le réseau connait un taux de perte de 70
%, la facturation n’est pas réalisée sur certaines parties
du territoire depuis plus d’une année, le taux de recouvrement des factures est d’à peine 60
%.
En outre, le taux de réparation des fuites par rapport à l’irruption de fuites
nouvelles se dégrade
de manière continue. Cette situation n’est pas homogène sur le territoire de la Guadeloupe, celle
observée sur le territoire géré par la communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbe
apparaissant comme étant la plus délicate.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
15
1.1.2
La présen
ce d’acteurs inédits dans la
gouvernance
de l’eau
Le s
yndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (SMGEAG),
créé par la loi n° 2021-513 du 29 avril 2021, assure cinq missions de service public :
l’alimentation en eau potable (AEP), le service public d’assainissement collectif (SPAC), le
service public d’assainissement non collectif (SPANC), la gestion des
eaux pluviales urbaines
(GEPU) et la d
éfense extérieure contre l’incendie (DECI). Ses membre
s sont les communautés
d’agglomération du Nord Grande
-Terre, de la Riviera du Levant, du Nord Basse-Terre, de
Grand Sud Caraïbe, le département et la région Guadeloupe. Sur le territoire des communautés
d’agglomération membres qui couvre toutes les
îles de
l’archipel à l’exception de Marie
-
Galante, le SMGEAG assure les missions de production, d’études et d’analyses sur les sujets
de l’eau, de l’assainissement, de
gestion des milieux aquatiques et de la prévention des
inondations (GEMAPI).
Le département et la région de Guadeloupe sont membres du syndicat mixte bien que
ne disposa
nt pas de compétences dans le domaine de la distribution d’eau,
hors la seule
compétence GEMAPI et, pour le seul département, hors celle de
l’irrigation des terres agricoles
.
Pour autant, ces deux collectivités interviennent
dans le domaine de l’eau potable depuis
plusieurs années, dans la maîtrise d’ouvrage pour le compte des opérateurs
antérieurs au
SMGEAG
ou, dans le cas du département, dans la vente d’eau brute agricole aux distr
ibuteurs
de l’eau potable.
Le SMGEAG détient depuis le 1
er
septembre 2021 l’ensemble des prérogatives
attachées aux missions dévolues aux services publics de l’eau et de l’assainissement. Il se
substitue aux autorités organisatrices préexistantes et devie
nt l’unique opérateur de l’eau et de
l’assainissement en Guadeloupe.
Faute d’accord
s entre les communes de Guadeloupe et leurs groupements pour définir
le mode de gestion publique jugé le plus approprié, la loi a imposé la gestion par un
établissement unique sur le territoire. Dans son exposé des motifs, le recours à la loi est justifié
pour des raisons
d’ordre public et en particulier de salubrité et de santé publiques (articles
L. 2224-7 et L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales, CGCT). Il est motivé
également par, d’une part
,
la situation très dégradée du service public de l’eau potable et de
l’assainissement depuis plusieurs années et
,
d’autre part
, «
les échecs antérieurs pour trouver
des solutions locales selon les procédures de droit commun
»
. Il s’agit donc d’abord d’une
réponse à une situation de crise majeure dans un domaine vital.
L’
État, pour sa part, est devenu, depuis le lancement du plan «
Eau Dom
»
1
en 2016, un
acteur de la gouvernance de l’eau. Il finance les «
contrats de progrès
2
», essentiels pour
l’investissement dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Il a dû intervenir
1
Le plan «
Eau DOM
», initié en 2016 pour
une durée de 10 ans, est un programme d’accompagnement
par l’Etat des collectivités d’outre
-
mer dans l’amélioration des services en eau potable et assainissement rendu à
leurs usagers.
2
Les « contrats de progrès » sont des engagements réciproques entre l
’État et les collectivités, des
établissements publics (Office de l’eau, Office français de la biodiversité) et des organismes financeurs (banque
des territoires, Agence française de développement) qui visent à planifier les investissements à réaliser, mobiliser
les fonds nécessaires aux investissements, favoriser le dialogue concerté entre tous les acteurs et financer les
mesures d’accompagnement notamment en ingénierie et études.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
16
ponctuellement en urgence par des réquisitions afin de rétablir un fonctionnement minimum de
la conduite principale de l’alimentation en ea
u potable de la Guadeloupe (
feeder
Belle Eau
Cadeau) entre mai et décembre 2020.
1.1.3
Le non-respect des statuts du syndicat et notamment son article 7, est facteur
d’ambiguïté et de confusion
La loi a créé un établissement
sui generis
relevant à la fois d’un EPCI et d’un
établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), avec un risque de confusion
et d’ambiguïté.
En effet, l
’article 1
er
de la loi du 29 avril 2021 dispose que le SMGEAG est un EPIC.
La loi spéciale, dans ce même article, en son al
inéa 2, rattache l’établissement à la catégorie
des syndicats mixtes régies par le chapitre 1
er
du titre II du livre VII de la cinquième partie du
CGCT, c’est
-à-dire les syndicats mixtes ouverts (SMO), aux collectivités autres que les
communes
3
, soit les articles L. 5721-1 à L. 5721-
9 du CGCT (à l’exception du premier alinéa
du I de l’article L.
5721-6-1-1 auquel il est expressément dérogé). Ces dispositions concernent
donc deux types d’établissement différents
. L
’articulation se fait de façon suivante
: sous
réserve des dispositions de la présente loi, le SMGEAG fonctionne comme un syndicat mixte,
les réserves concerna
nt le caractère industriel et commercial de l’établissement.
Cette double
nature du SMGEAG emporte des conséquences sur sa gouvernance qui tend à relever des
dispositions relatives aux SMO et sur sa gestion qui tend à relever des dispositions relatives aux
EPIC.
Le SMGEAG peut donc être qualifié d’EPIC local
sui generis
, avec les ambiguïtés que
cela comporte. En effet, la rédaction de l’article 1 de la loi peut non seulement conduire à une
confusion des fonctions entre autorité organisatrice et opérateur de réseau mais permet aussi
une application très large des règles applicables pour sa gestion, empruntant soit à la catégorie
des EPIC, soit à la catégorie des EPCI.
La confusion des deux fonctions d’autorité organisatrice et d’opérateur de réseau dans
une seule entité change la nature de la gouvernance dans le sect
eur de l’eau. En effet, l’autorité
organisatrice a normalement pour objet de fixer la stratégie et de contrôler les entités
opérationnelles, qui exécutent le service et rendent compte à l’autorité organisatrice. Avec
l’existence d’une entité unique, ce par
tage des rôles disparaît.
Les statuts (article 7)
, en prévoyant la création d’une régie, sont censés apporter une
réponse au risque de confusion et d’ambigüité
. Le syndicat, dans sa réponse aux observations
provisoires de la chambre, précise qu
’une
réflexion
sur la création d’une régie
a été initiée par
la présentation d’une information en comité syndical
du 12 septembre 2023. Cette instance
décisionnaire n’a pas été appelée à se prononcer
sur cette création. Par conséquent, les
dispositions de l’article 7
des statuts ne sont toujours pas appliqués.
L’ordonnateur
, en réponse,
soutient que cet article 7 ne fixe aucune date pour la création de la régie. La chambre ne partage
3
Les syndicats mixtes ouverts sont les syndicats de collectivités comportan
t d’autres collectivités que
celles relevant du groupe communal (communes et groupements de communes), comme des départements ou
régions.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
17
pas cette analyse. Elle considère que la création de la régie aurait dû intervenir dans un délai
proche après la publication, par arrêté préfectoral, des statuts et que les contrats de DSP
antérieurs au SMGEAG auraient dû prendre fin à leur terme sans prorogation possible. Dans sa
réponse, le préfet de Guadeloupe abonde dans le sens de la chambre en précisant qu’un nouvel
avenant au contrat d’accompagnement renforcé
en 2025 engagera le SMGEAG à créer cette
régie au plus tard le 31 décembre 2025.
La loi de 2021 est complétée par les statuts du syndicat qui déterminent les règles qui
ne figurent ni directement de la loi ni par renvoi aux articles L. 5721-1 et suivants du CGCT.
Les statuts, arrêtés le 26 août 2021,
par le représentant de l’État
à la
suite de l’
avis des organes
délibérants des membres du SMO, fixent les règles d’organisation de cet établissement. Il
reprend les éléments d’organisation prévus par la loi
: composition du comité syndical (quatre
délégués par membre du syndicat), l’élection du présid
ent par les membres du comité, la
présence d’un bureau (
un délégué par membre du syndicat), la composition, en termes de
catégories de membres, de la commission de surveillance.
Les statuts précisent certaines dispositions de la loi, comme le nombre dans chacune des
catégories de membres
de la commission de surveillance (article 13), et rajoute d’autres
dispositions non prévues par la loi. C’est notamment le cas de l’article 7 qui prévoit d’
instaurer
un partage des attributions entre l’autorité organisatrice du réseau d’eau et d’assainissement (le
syndicat lui-
même) et l’opérateur de réseau, par la création d’une régie. L’article 7 dispose
que
«
l’exploitation des services publics d’eau et d’assainissement des eaux usées et de la gestion
des eaux pluviales
urbaines donnera lieu à la création d’une régie unique sur l’ensemble du
périmètre du syndicat mixte, sous réserve des délégations de service public contractées avant
le 1
er
septembre 2021 par les membres du syndicat mixte
». L’article 7 des statuts
a donc pour
but de
répondre au risque de confusion et d’ambigüité évoqué plus haut.
Cependant, sa mise en œuvre aurait pour effet de restreindre les pouvoirs du comité
syndical (CS). En effet, par principe, les collectivités locales ont le choix de la gestion de leurs
services publics soit par une gestion directe en régie, soit par une délégation à un opérateur
(DSP
). Cette liberté de choix a été affirmée tant par la jurisprudence du Conseil d’
État que par
la législation de l’Union Européenne. Ce choix s’exerce
dans le droit commun par le CS, organe
délibérant du syndicat mixte, responsable de la stratégie et du contrôle du service. Dans le cas
du SMGEAG, l’article 7 des statuts fige le mode de gestion en ne prévoyant que la régie comme
mode de gestion, sans que
l’organe délibérant ne puisse choisir un autre mode de gestion sauf
à changer les statuts, ce qui impose une délibération de chacun des membres du syndicat mixte
et un nouvel arrêté préfectoral. L’article 7 des statuts restreint la liberté de choix du mode
de
gestion par les membres du CS.
Cette restriction des compétences du CS par
l’
article 7 des statuts apparaît comme une
des causes de sa non mise en œuvre
. En effet, les EPCI membres du syndicat ont manifesté leur
désaccord sur le choix du mode de gestion exclusif en régie
et l’abandon du mode de gestion
en DSP (commune de Deshaies et du Lamentin). Le SMGEAG a donc décidé de ne pas mettre
en œuvre
ces dispositions. À compter du 1
er
juillet 2024, trois nouveaux contrats de concession
de service public sont entrés en vigueur pour proroger de
cinq années l’exploitation du réseau
d’eau potable et du système d’assainissement des communes du Lamentin, de Pointe
-Noire, de
Bouillante et de Vieux-Habitants.
L’ordonnateur soutient que cet article n’exclut pas
explicitement la prorogation des DSP préexistantes avant le 1
er
septembre 2021. Or, la chambre
considère que le texte de
l’article 7 des statuts
ne laisse pas place à interprétation et que les
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
18
contrats de DSP antérieurs au SMGEAG auraient dû prendre fin à leur terme sans prorogation
possible.
M
odes de gestion de la distribution de l’eau potable
Le syndicat exerce ses compétences selon deux
modes de gestion distincts : en gestion directe
pour 23 communes de l’archipel guadeloupéen,
réparties en trois territoires (
Territoire Grande-
Terre
,
Territoire Centre
,
Territoire Basse-
Terre
) et en délégation de service public pour les
autres communes :
-
Deshaies
4
-
Lamentin
-
Pointe-Noire
-
Bouillante
-
Vieux habitants
En 2022, le syndicat dessert 178 087 abonnés et 331 241 habitants
5
avec un mode de gestion en
régie et 23 340 abonnés et 43 991 habitants par le biais d’une
DSP.
Le syndicat doit clarifier sa position sur les modes de gestion choisis : soit le syndicat
conserve des DSP sur une partie du territoire et modifie
l’article 7 des statuts
; soit il met en
œuvre la
régie sur l’ensemble du territoire comme cela est prévu à l’article 7 des statuts
et exclut
l’exploitatio
n du réseau par des entreprises. Il est donc
nécessaire d’indiquer clairement la place
des opérateurs privés dans l’exploitation des services d’eau.
4
Le mode de gestion du territoire de la commune de Deshaies passe à la régie directe au 1
er
juillet 2024.
5
Rapport sur le prix et la qualité du service (RPQS) 2022
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
19
1.2
Les
instances
du
SMGEAG
connaissent
d’importants
dysfonctionnements
1.2.1
Une préfiguration trop courte pour une transition optimale
de l’historique vers
le nouveau syndicat
1.2.1.1
Une durée courte au regard de l’ambition du projet
La préfiguration a pris place entre la date de promulgation de la loi et celle de sa mise
en application, c’est
-à-dire entre le 29 avril 2021 et le 1
er
septembre 2021, soit quatre mois. Le
recueil des actes administratifs spécial de l’arrêté préfectoral portant fixation des statuts du
SMGEAG a été publié le 26 août 2021. Le 25 mai 2021, soit trois mois avant la création du
syndicat, la conférenc
e territoriale de l’action publique (CTAP
6
), a pris des décisions de
principe :
le phasage de la construction du SMGEAG, l’association des usagers et des
représentants du personnel à la préfiguration, et, enfin, la mise en place d’un groupe de travail
sur
le financement du plan de départ volontaire portant sur 150 agents. Ces décisions n’ont été
mises en œuvre que partiellement.
Ainsi, p
ar exemple, aucun plan de départs volontaires n’a
été mené, conduisant au transfert d’un nombre d’agents bien supérieur au
x besoins
d’exploitation prévisionnels du SMGEAG.
La création du SMGEAG résulte de la réunion de quatre autorités organisatrices
7
et de
huit opérateurs de réseaux, tels que présentés dans le schéma suivant.
6
Instance
réunissant les présidents de région et de département, les présidents d’EPCI et le préfet en
qualité d’invité
.
7
Soit un syndicat intercommunal (SIAEAG) et trois EPCI à fiscalité propre (CAPEX, CANBT, CAGSC).
Les communes de Trois-Rivières et de Sainte-
Rose assuraient la gestion de l’eau et de l’assainissement sur leurs
territoires par délégation de leur EPCI.
S
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EAU ET DE L
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
20
Schéma n° 1 :
é
volution du système d’acteurs de l’eau
* Régie avec personnalité morale
Lexique :
CCMG
: Communauté d’Agglomération de Marie
-Galante
CAPEX
: Communauté d’Agglomération CAP Excellence
CAGSC
: Communauté d’Agglomération Grand Sud Caraïbes
CANBT
: Communauté d’Agglomération Nord Basse
-Terre
SIAEAG :
Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau et en Assainissement de la Guadeloupe
SAUR/CGSP : Compagnie Guadeloupéenne de Services Publics du Groupe Saur
GEG : Générale des Eaux de Guadeloupe
RENOC : Régie Nord Caraïbes
Source : chambre régionale des comptes (CRC) de Guadeloupe
L’équipe de préfiguration s’est structurée autour d’un haut fonctionnaire, ancien préfet
en poste au conseil régional. Elle a réuni des cadres et des experts du territoire provenant de
collectivités publiques et
d’
opérateurs public
s ou privés du domaine de l’eau. L’objectif a été
de rapprocher les données et les procédures des quatre autorités organisatrices et de leurs régies
pour les regrouper
dans une structure unique capable de gérer l’ensemble du réseau, sur
les
thématiques de la gestion financière, des ressources humaines la relation client et le
fonctionnement technique des installations.
Les membres du comité exécutif (COMEX
8
) du SMGEAG ont été destinataires de
l’ensemble des éléments travaillés durant les
quatre mois de préfiguration. Un embryon
8
Le COMEX est un comité de direction qui réunit de façon hebdomadaire l’ensemble des dire
cteurs sous
l’égide du directeur général délégué
.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
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21
d’administration a été composé avec notamment les animateurs et acteurs des groupes de travail
de la préfiguration, ce qui a accéléré la mise en œuvre opérationnelle du SMGEAG. Cependant,
l’équipe de préfiguration a manqu
é de temps pour préparer le transfert de près de 500 agents
sous statuts publics et privés issus des quatre anciennes autorités organisatrices et de leurs
opérateurs, structurer l’organisation du futur syndicat, allouer les moyens techniques
nécessaires à
l’exercice de ses compétences et anticiper la reprise de la facturation des abonnés.
1.2.1.2
Une implication variable des partenaires dans cette préfiguration
Bien que la phase de préfiguration ait été trop courte au regard des enjeux, l’implication
très variable des collectivités concernées a retardé le démarrage opérationnel du SMGEAG,
alors que le travail de préfiguration aurait pu être poursuivi pendant la première année
d’exploitation du SMGEAG.
Certaines collectivités se sont impliquées tôt dans la préfiguration, comme la région,
avec la mise à disposition de cadres de haut niveau et en jouant un rôle actif dans l’organisation
de cette préfiguration. Le
département, qui n’était pas dans la préfiguration, a eu l’occasion de
participer aux réunions de mise en place.
D’autres collectivités
se sont très modérément impliquées ou n’ont pas joué le jeu de la
formation d’un syndicat opérationnel. Le SIAEAG, pourtant principale structure concernée par
la reconfiguration du service de l’eau a peu associé ses cadres à ce
tte préfiguration. La
communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbe (CASGC) a transféré, juste avant la création
du SMGEAG, plusieurs dizaines d’agents qui n’avaient aucune compétence dans le domaine
de l’eau.
Trois objectifs non atteints à l’issue de cett
e préparation ont eu des conséquences
durables sur la capacité du SMGEAG à se structurer et à définir son projet stratégique : pourvoir
l’ensemble des fonctions de pilotage du SMGEAG, mettre en qualité les données des bases de
clientèle, condition
sine qua non
de l’efficacité de la facturation, et consolider la connaissance
des infrastructures du réseau.
1.2.2
Un comité syndical inopérant du fait de la faible implication de ses membres
En application des statuts, le comité syndical (CS) administre le syndicat. Il est
notamment compétent pour le vote du budget, la fixation des taxes et des redevances, la création
des emplois, la délibération des programmes d’investissement
,
la mise en place d’une régie
,
etc. Il assure donc la gouvernance du syndicat en votant les délibérations proposées par le
président, organe exécutif du SMGEAG.
Le CS est composé de 28 membres avec voix délibérative et un membre avec voix
consultative en la personne du président de la commission de surveillance. Le quorum
nécessaire pour délibére
r valablement s’établit donc à la majorité plus une voix, soit quinze
membres présents (article 11 des statuts). Le quorum nécessaire pour réunir valablement le
comité syndical est difficilement atteint. La chambre a recensé pas moins de huit procès-
verbau
x de carence constatant l’absence de
quorum. Durant la première année du SMGEAG,
le président a eu recours cinq fois à la procédure de convocation d’urgence (article
11 des
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
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(Compétence eau potable)
22
statuts) abrégeant le délai de convocation pour aborder des dossiers prioritaires pour la gestion
du SMGEAG (affaires budgétaires, passation des avenants de DSP, mobilisation de l’emprunt).
Il est à noter que jusqu’en décembre 2022, le président du SMGEAG n’a pas délégué l’exercice
d’une partie de ses fonctions aux trois vice
-présidents. La tenue des séances du CS ou des
commissions obligatoires (commission de délégation de service public et commission d’appels
d’offres
9
) est donc subordonnée à sa disponibilité.
Le CS s’est doté d’un règlement intérieur
10
lors de sa séance du 9 décembre 2022, soit
bien après le délai réglementaire des six mois suivants son installation
11
. À cette occasion, le
procès-verbal de la séance
fait état d’un manque
d’
assiduité des élus et envisage
l’idée d’un
signalement des élus absentéistes à leur collectivité. Par délibération du 24 septembre 2021,
cinq commissions thématiques permanentes ont été créées, puis confirmées dans le règlement
intérieur des instances : «
Finances
», «
Etudes et travaux
», «
Gestion de crises, prévention et
qualité
», «
Relations clientèles
», «
Communication
». Seule la commission «
Relations
clientèles
» fonctionne à ce jour.
Les statuts prévoient que le CS se dote d’un bureau
, ce qui a été fait, afin de «
préparer
et mettre en œuvre les décisions du comité syndical
». Le SMGEAG confirme que le bureau
syndical s’est réuni cinq fois depuis la création du syndicat et ne s’est pas réuni depuis
fin 2022.
Le bureau ne remplit donc pas sa mission statutaire.
Le faible taux de présence et le nombre de procès-verbaux de carence dénotent un
man
que d’assiduité et d’intérêt de la part des élus. Les élus ne répondent pas toujours présents
même quand des sujets majeurs sont à l’ordre du jour (par exemple, la séance où devait être
délibéré le contrat d’accompagnement renforcé du SMGEAG a dû être repo
rtée
12
). En outre,
certaines attitudes peuvent aller à l’encontre des intérêts du syndicat et plus globalement du
service public de l’eau
13
. L’absentéisme des élus rallonge les délais de prise de décision.
La transparence des activités institutionnelles du
SMGEAG n’est pas respectée
14
. Les
ordres du jour du CS, du bureau et de la commission de surveillance ne sont pas affichés sur
son site Internet dès leur envoi aux membres de ces organes. Les délibérations et les comptes-
rendus de ces organes n
’y
sont pas publiés dans le
délai d’une semaine
prévu par le règlement
intérieur des instances.
En conclusion, les organes statutaires se réunissent peu ou pas, communiquent peu sur
leurs décisions malgré l’obligation qui leur en est faite par les statuts du syndicat
.
9
Une délibération du 1
er
août 2024 a fixé un calendrier de commissions d’appel d’offres pour s’assurer
que l’attribution de marchés passés en procédure formalisée ne soit pas retardée par des considérations d’agenda
ou des défauts de quorum.
10
Le règlement intérieur fixe les règles de fonctionnement des différentes instances (conseil syndical,
bureau, commissions obligatoires, commissions thématiques).
11
Article L. 2121-8 du CGCT.
12
CS du 30 mars 2023.
13
Ainsi, le projet de fiche de poste «
agent d’intervention Eau Potable
» comporte en commentaire la
volonté des élus de voir retirer la mission «
détecter et signaler les branchements clandestins sur le réseau d’eau
potable
- Fiche de poste «
agent d’intervention Eau Potable
» présentée en CSE le 7 mai 2024.
14
Article 40 du règlement intérieur des instances.
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
23
1.2.3
Le binôme président/directeur général
dysfonctionne et la mise en œuvre
opérationnelle du SMGEAG n’est effective que 18 mois après sa création
Le président, M. Francisque, a centralisé sur sa personne la signature de l’ensemble des
actes de gestion du SMGEAG en tant que «
chef des services du syndicat mixte
»
15
. Cette
omnipotence a été renforcée par l’instabilité
du directeur général (DG)
et l’absence de
délégations de signature.
Le poste de DG du SMGEAG a été occupé entre le mois de septembre 2021 et le mois
de janvier 2023 par cinq personnes différentes. Depuis le 1
er
janvier 2023, le SMGEAG dispose
d’un directeur général délégué
(DGD) qui fait office de DG
sans en avoir le titre en raison d’un
contentieux du SMGEAG avec la dernière personne qui a occupé ces fonctions. Deux intérims
intercalaires ont été assurés par la directrice des affaires générales. En outre, la première année
du DGD a été consacrée principalement à la résolution des conflits sociaux et à la question du
transfert des personnels qui n
’était pas encore finalisée.
Ce n’est que le 2 janvier 2023 qu
e le président a accordé,
sous l’insistante
demande de
l’
État, de la région et du département, partenaires au sein du CLA, (cf. 1.3.) une délégation
provisoire de signature au DGD, M. A, mis à disposition du SMGEAG par le département
«
pour permettre la bonne administration de l’activité et fluidifier le fonctionnement des
services
»
16
. En effet, l’absence de délégation avant cette date a contribué à retarder la mise en
ordre de marche du syndicat et la prise de décisions cruciales pour son pilotage administratif.
Désormais, le DGD a délégation pour exercer la direction et le management de l’ensemble des
services, pour engager jusqu’à 90
000
HT,
les dépenses d’investissement et de
fonctionnement dans la limite des crédits inscrits et pour signer et notifier les marchés publics
inférieurs à 90 000
HT.
Cette délégation, dont le contenu est contractualisé dans le contrat d’accompagnement
renforcé signé entre le SMGEAG, la région, le département et
l’État
17
, qui
n’exonère pas le
président de sa responsabilité propre, n’a pas contribué à fluidifier les relations entre le
président et son DGD. Une méfiance
s’est installée
. Elle
a ainsi pu prendre la forme d’un
message dans lequel le président tient pour responsable le DGD
18
de la décision du comité de
suivi national (CSN
19
) de suspendre tout versement de la subvention exceptionnelle de l’État.
Dans ce courrier, celui-ci exprime également son intention de «
porter cette affaire à l’attention
15
Statuts du SMGEAG, art. 9, page 11
16
Arrêté n°2023/01/02/2/Jur portant délégation de signature à M. A
17
L’article 2.3 du contrat d’accompagnement renforcé du SMGEAG 2023
-
2025 détaille l’étendue de la
délégation de signature q
ue M. FRANCISQUE s’engage à attribuer à M.
A. Le contrat d’accompagnement
renforcé, signé en mars 2023 prévoit une aide transitoire au fonctionnement du SMGEAG en contrepartie d’efforts
de gestion visant au redressement financier du syndicat. Il inclut don
c une aide financière (27 M€ en 2023, 20 M€
en 2024) et une aide technique sous la forme d’une assistance technique. Le contrat d’accompagnement renforcé
s’inspire de la démarche des contrats COROM (contrats de redressement Outre
-
mer) qui conditionnent l’a
ide en
fonctionnement à des efforts de gestion. Le contrat d’accompagnement renforcé inclut une «
feuille de route
concertée
» précisant les modalités de redressement. Le comité national de suivi (CSN) interministériel valide les
mesures d’accompagnement f
inancier.
18
Courrier adressé par le président du SMGEAG au DGD le 28 août 2024.
19
Le comité national de suivi (CSN) est un comité interministériel composé de membres issus de la
délégation générale des outre-mer (DGOM), de la direction générale des collectivités locales (DGCL) et de la
direction générale des finances publiques (DGFIP). Il valide les mesures d’accompagnement financier.
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du comité syndical et du CLA
». Le DGD dans sa réponse aux observations de la chambre
indique avoir
rendu compte régulièrement au président du SMGEAG qu’il rencontrait au moins
une fois par semaine tout en déplorant son absence sur certains dossiers stratégiques. Cette
situation tend à montrer que leur relation a pu connaître des fluctuations dommageables pour la
direction du syndicat.
Depuis son recrutement, le 1
er
janvier 2023 le DGD a signé tous les arrêtés de
recrutement et les contrats des nouveaux personnels, alor
s qu’il n’avait pas la délégation de
signature pour le faire. En effet, l’arrêté de délégation susvisé inclut dans le champ de la
délégation que les actes de gestion courante relatifs aux ressources humaines. Il précise
d’ailleurs qu’une délégation lui est
donnée «
à l’effet de […] soumettre à la validation du
président des propositions de recrutement, pour optimiser le fonctionnement du SMGEAG
»,
ce qui confirme l’absence de délégation pour les actes de recrutement.
Dans leur réponse,
l’ordonnateur et le DGD s’accordent sur une lecture extensive de l’arrêté de délégation.
Cependant les délégations de signature sont d’interprétation stricte. Contrairement à ce qu’ils
avancent, la signature des actes de recrutement, qui ne relèvent pas des actes de gestion
courante,
n’a pas été expressément déléguée au DGD.
Le recrutement des postes de pilotage stratégique, qui incombe au président du
SMGEAG, n’a abouti que 18 mois après la création du syndicat
. Plusieurs fonctions de pilotage
stratégique n’ont pas été pourvus
ou ont connu une forte instabilité. Ainsi, en dehors de la
direction clientèle et de l’agence comptable dont les responsables sont en fonction depuis la
création du syndicat, les autres postes de direction ont été pourvus tardivement : le responsable
financier est arrivé en juillet 2022, le directeur général adjoint des services techniques (DGAST)
en août de la même année et la directrice des ressources humaines (DRH) en juillet 2023.
S’agissant de l’agence comptable, depuis la création du syndicat et jusqu’à la fin de
l’année 2022, les effectifs ont été mobilisés sur la liquidation des anciennes régies. Sur un
effectif de 22 agents, sept
agents dont l’agente comptable étaient à temps p
artagé entre le
syndicat mixte et la liquidation des anciens opérateurs dont ils étaient issus
20
au détriment des
missions propres de l’agence vis
-à-vis du SMGEAG.
1.2.4
La commission de surveillance, destinée à restaurer la confiance, a du mal à se
positionner comme un acteur de la gouvernance
1.2.4.1
Une défiance réciproque entre le SMGEAG et la commission de surveillance
La loi de création du SMGEAG a adossé au syndicat mixte une commission de
surveillance (COS)
dans l’objectif de donner aux usagers un moyen
de défendre leurs intérêts,
de connaître les actions entreprises,
de vérifier l’atteinte des résultats du syndicat,
et de faire
remonter leurs attentes au syndicat.
20
Audit de l’agence comptable du syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe
(SMGEAG), rapport d
’audit n°
2023-971-007, janvier 2024.
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(
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Outre la formulation d’avis sur la gouvernance, les investissements, la politique tarifaire
ou encore la gestion de la ressource en eau, la commission de surveillance
dispose d’un pouvoir
d’impulsion lui permettant de solliciter l’inscription de certaines thématiques à l’ordre du jour
du comité syndical. Chaque année avant le 1
er
juillet, son président
s’
exprime devant le comité
syndical pour dresser un état des travaux réalisés par la commission. Elle possède un pouvoir
d’audition large afin d’associer toute personne de son choix à ses travaux. Enfin, le président
du comité syndical doit y être auditionné annuellement pour faire état des travaux réalisés, des
emprunts contractés au cours de l’année précédente, des investissements programmés et de
l’évolution de la politique tarifaire des services publics de l’eau potable et d’assainissement. Le
président de la commission de surveillance est membre de droit avec voix consultative du CS.
Les relations entre la commission de surveillance et le SMGEAG sont conflictuelles
depuis l’origine du syndicat
, ce que confirme le SMGEAG dans sa réponse aux observations
de la chambre. Le sens du mot «
surveillance
» a en particulier cristallisé un climat de tension
entre le président de la commission et les directions du SMGEAG qui a entraîné une méfiance
réciproque. La gouvernance du SMGEAG
l’a
marginalisée
au risque de se priver d’un
e alliée
précieuse dans la reconquête de la confiance des usagers. La COS a mis en exergue le fait
qu’elle n’a
vait pas été associée au règlement intérieur des instances du syndicat pour la partie
qui la concernait
et à l’inverse
le SMGEAG n’a pas été consulté
lors de la rédaction du
règlement intérieur de la COS. Appelée à émettre un avis sur le règlement du service public de
l’eau potable,
cette dernière
a préféré faire part d’un certain nombre de propositions
, selon elle,
pertinentes. Pourtant la délibération approuvant ce règlement indique dans les visas un avis
négatif de la COS.
Un projet de convention visant à rétablir le dialogue entre les deux partenaires, en cours
d’élaboration
, est en suspens, ce qui témoigne des difficultés de communication entre deux
instances statutaires.
1.2.4.2
Les droits de la commission ne sont pas toujours respectés par le syndicat
Conformément à l’article 14 des statuts du SMGEAG, la commission de surveillance
formule des avis sur l’exercice de ses comp
étences par le syndicat mixte qui sont transmis au
CS
. La commission examine chaque année les rapports mentionnés à l’article L.
1413-1 du
CGCT et doit être consultée pour avis sur les projets mentionnés au même article.
En 2023,
alors que la loi l’y obli
ge, le président du CS
n’a pas
présenté, à la COS, son
«
rapport, faisant état des travaux réalisés,
des emprunts contractés au cours de l’année
précédente, des investissements programmés et de l’évolution de la politique tarifaire des
services publics d’eau potable et d’assainissement
»
21
. Si dans sa réponse, le président du CS
conteste les observations de la chambre sur les manquements à l’information de la COS
, celle-
ci rappelle que
son observation fait référence au rapport d’activité 2023 du syndicat qui n’a pas
été présenté devant la COS.
21
Article 2, chapitre V. de la loi du 19 avril 2021
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26
Rapports et projets mentionnés à l’article L.
1413-1 du CGCT
La commission examine chaque année sur le rapport de son président :
1° Le rapport, mentionné à l'article
L. 1411-3
, établi par le délégataire de service public ;
2° Les rapports sur le prix et la qualité du service public d'eau potable, sur les services
d'assainissement visés à l'article
L. 2224-5
;
3° Un bilan d'activité des services exploités en régie dotée de l'autonomie financière ;
4° Le rapport mentionné à l'article
L. 2234-1
du code de la commande publique établi par le
titulaire d'un marché de partenariat.
Elle est consultée pour avis par l'assemblée délibérante ou par l'organe délibérant sur :
1° Tout projet de délégation de service public, avant que l'assemblée délibérante ou l'organe
délibérant se prononce dans les conditions prévues par l'article
L. 1411-4
;
2° Tout projet de création d'une régie dotée de l'autonomie financière, avant la décision portant
création de la régie ;
3° Tout projet de partenariat avant que l'assemblée délibérante ou l'organe délibérant ne se
prononce dans les conditions prévues à l'article
L. 1414-2
;
4° Tout projet de participation du service de l'eau ou de l'assainissement à un programme de
recherche et de développement, avant la décision d'y engager le service.
Ses avis ne font l’objet d’aucune publicité sur le site du SMGEAG. En contradiction
avec ce que prévoit le règlement intérieur des instances, la commission de surveillance organise
seule la publication de ses travaux via une page internet www.comsur-smgeag.com et par voie
de presse à travers la diffusion de communiqués. La commission de surveillance doit pouvoir
par exemple lancer des enquêtes de satisfaction pour mieux connaître la situation concrète des
usagers et conforter ainsi sa crédibilité.
Le silence de la loi sur les moyens matériels et financiers nécessaires à son
fonctionnement a conduit à créer une situation de dépendance de la commission vis-à-vis du
syndicat mixte à l’égard duquel elle est censée exercer une surveillance.
À ce jour, la
gouvernance du syndicat mixte a accordé à la commission, notamment, une salle de réunion et
l’appui d’une assistante administrative.
Au total la
mise en place d’une
commission de surveillance témoigne d’une volonté
d’implication des usagers dans le processus de gouvernance de l’eau mais l’objectif n’est pas
atteint.
Recommandation n° 1.
: (
Régularité
) appliquer les dispositions légales et statutaires
relatives aux prérogatives de la commission de surveillance
lui permettant un fonctionnement effectif.
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27
1.3
La vigilance des bailleurs de fonds du SMGEAG
: la création d’une
structure non prévue par les textes
1.3.1
Une gouvernance informelle pour pallier les insuffisances du comité syndical et
structurer l’organisation administrative du SMGEAG
1.3.1.1
Une nouvelle gouvernance
Compte tenu des graves difficultés de fonctionnement durant la première année
d’existence
du
SMGEAG
(problèmes
de
gouvernance,
gravité
des
problèmes
d’approvisionnement et de qualité de l’eau, des difficultés financières
, cf. supra, et des dégâts
matériels consécu
tifs à la tempête Fiona en septembre 2022 sur les réseaux d’eau et
d’assainissement
22
), le président du syndicat a sollicité les partenaires financiers du syndicat
pour un accompagnement renforcé.
Cet appel lucide consacre l’incapacité du syndicat, à ce sta
de de sa création, à remédier
aux dysfonctionnements ci-dessus mentionnés. Il se caractérise par la création, à partir de
janvier 2023,
sous l’appellation «
la gouvernance à quatre ou G4
»
d’une instance réunissant
autour du syndicat ses bailleurs de fonds
que sont l’É
tat, le département et la région, pour
assurer le suivi des décisions stratégiques du syndicat dans le cadre de la mise en place du
contrat d’accompagnement renforcé dit «
COROM
»
23
. Dans leur réponse aux observations de
la chambre, le président du SMGEAG et le préfet ont demandé à ce que le vocable « comité
local d’accompagnement
» (CLA), dénomination utilisée
par l’article 6 du contrat
d’accompagnement renforcé
, soit retenue, laquelle est prise en compte dans la suite du rapport.
Non prévue par la loi de création du syndicat mixte, ni par ses statuts, le CLA
s’est
constitué comme une instance de supervision. Il se conçoit comme une instance de pilotage, de
concertation, de décision et de validation des livrables soumis au Comité national de suivi du
contrat d’accompagnement renforcé.
Il est composé des présidents de la région, du département,
du syndicat mixte et du préfet accompagné du directeur régional des finances publiques. Il se
réunit autant que de besoin pour définir les orientations qui seront soumises pour validation au
comité syndical du SMGEAG, évaluer les indicateurs et initier des actions correctives.
22
Un état des lieux des dégâts occasionnés par Fiona sur les réseaux d’eau et d’assainissement, présenté
devant le comité de l’eau et de la biodiversité de Guadeloupe
(i
nstance d’information, d’échange et de consultation
sur l’ensemble des sujets liés à la biodiversité terrestre, littorale ou marine, notamment en matière de continuités
écologiques
) le 10 janvier 2023, a recensé 72 infrastructures d’eau potable endommagées (casses/fragilisations de
canalisations, chemins d’accès aux ouvrages stratégiques détruits, prises d’eau en rivière endommagées) pour un
coût total de réparation de 6,7 M€.
23
Les contrats de redressement en Outre-Mer (COROM) ont été introduits en loi de finances pour 2021.
Le dispositif s’adresse en priorité aux communes qui ont des difficultés financières. Les syndicats en sont en
principe exclus, mais une exception a été faite pour le SMGEAG.
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(Compétence eau potable)
28
1.3.1.2
La feuille de route est définie par le
comité local d’accompagnement
La signature de la «
feuille de route
» le 8 novembre 2022, entre l’
État, la région et le
département pour soutenir le syndicat a officialisé leur implication dans la gouvernance du
SMGEAG en contrepartie de leur engagement financier. Elle comporte cinq axes : la mise en
place d’un plan de retour à l’équilibre financier
; la mise en œuvre d’un comité de pilotage
resserré entre la préfecture, le conseil régional, le conseil départemental et le SMGEAG ; la
réalisation d’une liste de travaux d’urgence et des réseaux à renouveler en priorité
; l’assistance
technique des services de l’
État sur les missions prioritaires ; le soutien financier exceptionnel
et massif de l’
É
tat pour accompagner le SMGEAG dans son plan de retour à l’équilibre.
Tableau n° 1 :
engagements des signataires de la « feuille de route »
Département
Région
État
SMGEAG
-
Mise à disposition d’un
cadre de l’office de l’eau
comme
directeur
général
délégué
-
Prise en charge de travaux
d’urgence
-
Maintien de la capacité de
maîtrise d’ouvrage pour le
compte
du
syndicat
en
fonction des besoins
-
Prise en charge de travaux
d’urgence «
sans regret
»
et «
post Fiona
»
-
Maintien de la capacité de
maîtrise d’ouvrage pour le
compte du syndicat en
fonction des besoins, et de
l’urgence sur une période
de 3 à 5 ans
-
Mise
en
place
d’une
assistance technique opérée
par l’Etat pendant 3 ans
-
Appui financier en 2023
(dotation exceptionnelle de
fonctionnement de 27
M€)
-
Intégrer le directeur
général délégué
-
Intégrer les assistants
techniques
mis
à
disposition
-
Mettre en place le plan
de retour à l’équilibre
Source : c
omité de l’
eau et de la biodiversité (CEB), séance du 10 juillet 2023
À la suite de cette feuille de route, un «
contrat d’accompagnement renforcé
» a été
signé le 22 mars 2023 entre l’
État, la région, le d
épartement et le SMGEAG avec l’objectif de
rétablir un service de l’eau potable «
régulier et de qualité
». Il décline jusqu’en 2025 les
objectifs concrets fixés au syndicat mixte et contractualise les contributions respectives des
partenaires. L’
État soutient le fonctionnement du syndicat mixte par une dotation de 27
M€ en
2023 et de 20
M€ en 2024
24
, et fournit un appui technique avec le déploiement d’experts au
sein de l’équipe de direction du SMGEAG. Le décaissement de ces subventions d’exploitation
est conditionné à la remise de livrables
25
et leur validation par le CSN.
L’
É
tat s’est mobilisé au titre de ses compétences générales en matière de sécurité et de
salubrité publique. En effet, le préfet est compétent en cas d’atteinte à la salubrité, la sûreté
ou
la tranquillité publiques
26
. À
ce titre, il a eu l’occasion d’intervenir directement quand la
24
Une subvention exceptionnelle de 20
M€ a été accordée par un avenant au contrat d’accompagnement
renforcé du SMGEAG, signé le jeudi 18 avril 2024 entre les représentants des collectivités locales et la ministre
déléguée chargée des Outre-mer.
25
Un « livrable » est un document dont la production par le SMGEAG conditionne les versements des
acomptes de la subvention exceptionnelle prévue par le contrat d’accompagné renforcé déjà cité.
26
L’article L.
2215-1 1° du CGCT dispose «
Le représentant de l'Etat dans le département peut prendre,
pour toutes les communes du département ou plusieurs d’entre elles, et dans tous les cas où il n’y aurait pas été
pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
29
distribution de l’eau potable
a été gravement perturbée. Il a ainsi pu, avant la création du
SMGEAG, utiliser son pouvoir de réquisition
27
pour faire réparer des fuites par des entreprises.
Il est intervenu également dans la gestion de la crise lors de la coupure prolongée de fin mars
2024 suite aux actes de malveillance sur la conduite principale d’eau (
feeder
). Il publie
régulièrement des communications à l’atte
ntion des usagers
28
. La nomination récente
29
d’un
sous-
préfet, chargé de mission sur les questions d’eau et d’assainissement, est venue confirmer
l’attention particulière qu’il porte
à
la question de l’eau en Guadeloupe.
1.3.1.3
Les limites de cette gouvernance informelle
Informelle, cette gouvernance ne peut pas assurer le pilotage et la stratégie de
l’établissement sans en avoir le pouvoir institutionnel et donc la légitimité
. Autrement dit, il ne
peut
lui échoir d’
imposer un contrôle plus strict sur les décisions stratégiques du SMGEAG,
notamment celles qui affectent profondément et durablement les finances du SMGEAG. Elle
ne peut pas plus viser
a priori
les décisions relatives aux finances.
Par conséquent, le CS et son président ne sont pas tenus de mettre en
œuvre les décisions
ou de suivre les objectifs du CLA comme par exemple la réduction de la masse salariale
(cf. partie
ad hoc
)
30
ou
la mise en œuvre
d
es recommandations du rapport d’audit de la
direction
régionale des finances publiques (DRFiP), remis en janvier 2024
31
.
Ils ont même pris parfois des décisions contraires
32
. Par ailleurs, cela a pu conduire à
une absence de responsabilisation
33
de son président et des membres du CS parfois peu enclins
à assumer des situations critiques.
Il appartient en toute responsabilité au CS du SMGEAG de prendre les décisions les
plus pertinentes pour répondre aux objectifs qui lui sont assignés pour un service public de l’eau
potable accessible à tous au meilleur prix, quitte à mieux tenir compte des conseils et avis du
CLA.
tranquillité publiques. Ce droit ne peut être exercé par le représentant de l’État dans le département à l’égard
d’une seule commune qu’après une mise en demeure au maire resté sans résultat
».
27
Article L. 2215-1 4° du CGCT.
28
11 points de situation eau.
29
Décret de nomination du sous-préfet chargé de mission eau, environnement et ruralités du
21 février 2024.
30
Le DGD, dans le procès-
verbal du comité social d’entreprise du 23 mars 2023,
a ainsi affirmé «
que la
masse salariale
du SMGEAG n’[était] pas sa priorité
».
Or, l’une des pistes d’économie portées par le
plan de
retour à l’équilibre
est,
a minima
, le gel de la masse salariale.
31
À
l’exception du recours à un cabinet de commissariat aux comptes, avant le début du mois d’août 2024
alors que le DGD avait un pouvoir d’impulsion à exercer
. Compte-rendu de la réunion « Task Force finance &
comptabilité », 12 août 2024.
32
Le président a d
écidé d’attribuer une prime coûteuse à ses personnels, celle relative à la valeur ajoutée.
33
Courrier du préfet de la Guadeloupe au président du SMGEAG en date du 9 août 2024.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
30
1.3.2
Une assistance technique indispensable, à repositionner
Bien que ne faisant pas partie de l’assistance technique proprement dite, l’arrivée du
DGD,
le 2 janvier 2023, marque le lancement du processus d’accompagnement technique d
u
syndicat mixte. L’assistance technique est présentée dans le contrat d’accompagnement
renforcé comme la contrepartie du respect par le SMGEAG de la cible financière 2023 et des
actions du plan de r
etour à l’
é
quilibre (PRE). Le SMGEAG s’
est engagé à intégrer ces experts
dans son équipe de direction. Pourtant, leur arrivée a eu lieu sans préparation de la part du
président du SMGEAG. Les directeurs en binôme avec les assistants techniques (AT) ont
parfois été informés la veille de leur arrivée.
Si l’ordonnateur fait valoir dans sa réponse qu’une
réunion d’information a été organisée, la chambre rappelle qu’elle n’est intervenue qu’en juin
2023 à destination des organisations syndicales, des directeurs et chefs de département, pour
répondre justement aux interrogations suscitées par la présence et le rôle des AT au sein du
SMGEAG.
L’équipe d’
AT
est composée d’experts de haut niveau dans les domaines supports
(ressources humaines, finances, service clientèle) et dans les domaines techniques (exploitation,
hydraulique, renouvellement des compteurs). Ils sont responsables de la rédaction de rapports,
de l’analyse de données et de la gestion de projets déterminants pour l’amélioration du pilotage
stratégique du SMGEAG. Dans le cadre de lettres de mission partagées par le CLA, ils
fournissent aux directeurs avec qui ils travaillent soutien et assistance. Ils sont rattachés
hiérarchiquement à la préfecture et placés sous la direction fonctionnelle du DGD du
SMGEAG. Ils peuvent se voir confier des missions ponctuelles par celui-ci. Ce positionnement
leur permet d’intervenir en transversalité au sein du champ de compétences du ou des directeurs
binômés. L’assistance technique a par exemple accéléré la mise en œuvre opérationnelle de la
pose de compteurs et contribué à la migration des logiciels clientèles, ressources humaines et
finances des différents opérateurs vers une seule et même application interfacée, élément
déterminant dans la bonne gestion du SMGEAG.
En dépit de la plus-value apportée par l
’assistance te
chnique, reconnue par les agents du
SMGEAG, elle a fait l’objet d’une remise en cause par le président du syndicat, notamment
dans un courrier adressé au préfet en date du 6 août 2024. Ainsi, pour lui, elle serait en cause
dans la non-atteinte des objectifs fixés par le CLA et notamment la fiabilisation des balances
comptables du SMGEAG. Ainsi que le rappelle le préfet dans sa réponse, «
il n’y a, s’agissant
du redressement de la situation financière et comptable du SMGEAG, ni co-responsabilité, ni
co-const
ruction avec les services de l’
É
tat et avec l’équipe d’assistance technique placée au
sein du syndicat depuis 2023
»
34
. L’appui de l’assistance technique n’exonère en rien la
présidence et/ou la direction du syndicat, seules comptables de la situation du syndicat et à qui
il incombe de mobiliser ses élus et ses cadres pour permettre au SMGEAG d’atteindre ses
objectifs.
Cette remise en cause doit cependant faire réfléchir sur le positionnement de l’assistance
technique. Deux écueils sont constatés dans son fonctionnement. Le premier concerne le
pilotage des AT et le cadrage de leurs interventions. La définition de leurs missions (fiches de
poste)
n’est
pas assez circonscrite ou précise tandis que la préparation des missions (manque
34
Courrier du préfet de la Guadeloupe au président du SMGEAG en date du 9 août 2024
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
31
d’intégration dans les équipes du SMGEAG) ou la priorisation des projets auxquels ils sont
associés (difficile accès à la direction générale aux prises avec les urgences quotidiennes et les
questions RH) sont insuffisantes. Les productions, nombreuses, des
AT font l’objet d’une prise
en compte irrégulière et partielle, y compris lorsqu’elles pourraient contribuer à l’accélération
du plan de retour à l’équilibre
(PRE). Ainsi, la direction générale tarde à prendre en compte les
remontées des AT et à mettre en
œuvre les engagements du SMGEAG dans le cadre du PRE.
Le CSN a ainsi bloqué en août 2024 le versement de 12
M€ en raison notamment de l’absence
de balances certifiées, un livrable récurrent depuis la signature du contrat COROM.
Le deuxième écueil concern
e le manque de relais de l’assistance technique avec les
services opérationnels du SMGEAG. Ces dysfonctionnements peuvent conduire à mettre en
échec des actions entreprises ou les ralentir.
Dans sa réponse, le SMGEAG a tenu à souligner que les AT font par
tie de l’organisation
générale du syndicat et sont associés à tous les projets stratégiques (logiciels RH ou finances,
organisation de la relève, traitement des réclamations, plan de renouvellement des compteurs,
etc.). Ils participent en fonction de leurs missions aux différentes réunions de pilotage
35
organisées par la direction générale et la direction générale adjointe aux services techniques
(DGAST).
Bien que l’assistance technique n’ait pas vocation à être à la direction du SMGEAG, sa
plus grande implication fonctionnelle peut aider à la réalisation des objectifs. La solution au
premier écueil serait pour le SMGEAG, avec l’accord de l’
État et des autres financeurs, de
positionner un AT en chef localement en
tant qu’adjoint au DGD.
Le SMGEAG précise que
depuis fin janvier 2025, un AT en chef localisé en Guadeloupe a été recruté par les services de
la préfecture. La solution au deuxième écueil serait
d’actualiser autant que de besoin leurs
missions pour leur confier la gestion de projets spécifiques que les directeurs de services et de
territoire n’ont pas le temps d’entreprendre.
Le préfet dans sa réponse indique ne pas être favorable à une autorité fonctionnelle
généralisée sur les services mais admet son intérêt sur des thématiques spécifiques en
souffrance. La réussite du plan de renouvellement des compteurs piloté par une AT est à ce titre
exemplaire. Il rappelle également que leur intervention, nécessairement limitée dans le temps
(2023-
2025), soulève la question de l’après et de la capacité du SMGEAG
à disposer des
compétences nécessaires pour assurer durablement sa mission de service public. Il appartient
au syndicat mixte de l’anticiper.
1.4
Un projet stratégique mettant l’usager
en son centre est à adopter
En tant qu’EPCI compétent en matière d’eau potable, le SMGEAG est tenu d’établir un
schéma de distribution d'eau potable (SDEP) au plus tard le 31 décembre 2024, conformément
à l’article L.
2224-7-1 du CGCT.
Dans le contexte de la crise structurelle de l’eau en
35
Comités exécutifs dits « COMEX
» qui réunissent l’ensemble des directeurs et chefs de département,
réunions hebdomadaires de la DGAST, comités hebdomadaires de suivi et de pilotage de l’exploitation (COPEX)
et autres réunions
ad hoc
.
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
32
Guadeloupe, ce document doit revêtir une forme particulière et prévoir une stratégie de sortie
de crise, ce qui n’est pas habituellement le sujet de tels documents. En effet, à la question de la
fin des tours d’eau, les réponses du SMGEAG varient entre
un an (2025) et dix ans. Selon le
syndicat, le délai de 2025 ne sera pas tenu.
Le schéma de distribution d’eau potable
Ce schéma détermine les zones desservies par le réseau de distribution en tenant compte de
l’évolution de la population et des ressources d’eau disponible
s.
Selon l’article L.
2224-7-1 du
CGCT, il comprend :
un descriptif détaillé et un diagnostic des ouvrages et équipements nécessaires à la
distribution d’eau potable et, le cas échéant, à sa production, à son transport et à son
stockage ;
un programme d’actions chiffrées et hiérarchisées visant à améliorer l’état et le
fonctionnement de ces ouvrages et équipements ;
et, lorsque le taux de perte en eau du réseau s’avère supérieur à un certain niveau, par un
plan d’actions comprenant, s’il y a lieu, un projet
de programme pluriannuel de travaux
d’amélioration du réseau.
les zones dans lesquelles il est pertinent d’installer des fontaines d’eau potable ou
d’autres équipements visant à garantir un accès égal au service.
Le SDEP est un instrument de programmation et de gestion qui doit permettre à la collectivité
d'avoir une vision globale des besoins et des solutions envisageables. Il est un préalable à la
réalisation de travaux structurants.
Cependant, d
ans l’attente du
SDEP, la stratégie du syndicat se limite aux orientations
définies par le CLA et aux
objectifs du contrat d’accompagnement renforcé qui ne font pas
l’objet d’une réelle appropriation.
Ainsi, le «
plan prioritaire d’actions
» est
composé d’un
ensemble de 36 opérations stratégiques su
r l’ensemble du territoire de la Guadeloupe et dont
une partie est terminée. Ce plan, chiffré à 106
M€ sur trois ans
, a permis la réalisation de neuf
opérations pour un volume de travaux de 22
M€, qui ont été achevées. Elles concernent
majoritairement les
infrastructures des usines d’eau et d’assainissement.
En juin 2024, un
« programme pluriannuel d’investissement (PPI) accéléré
» sous
l’impulsion de l’
État, de la région et du d
épartement, et priorisant l’eau potable
a été lancé.
D’un montant global de 213
M€,
selon le syndicat, il ambitionne une sortie progressive des
tours d’eau en 2025 pour 50
000 habitants des communes de Sainte-Anne, Saint-François, la
Désirade, les Abymes, Le Gosier, Petit-Bourg, Goyave, Capesterre-Belle-Eau, Trois-Rivières
et les Saintes. Cette orientation se traduit par la priorité donnée aux opérations «
alimentation
en eau potable
», dont 112
M€ pour les travaux de renouvellement des réseaux d’eau potable,
au détriment des investissements en faveur
de l’assainissement collectif dont l’enveloppe
financière est passée au gré des transformations du PPI de 153
M€ à 34
M€.
Toutefois, e
n l’absence de stratégie propre, les plans d’actions se succèdent sans
cohérence de long terme.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
33
En réponse, le syndicat précise au préalable
qu’à
s
a création, le SDEP n’existait pas à
l’échelle départementale, puisqu’aucun des territoires d’exploitation des anciens opérateurs ne
s’étendait à
ses dimensions. Le SMGEAG déclare avoir, par ailleurs, organisé le 21 février 2025
une restitution des travaux
du prestataire sur le schéma directeur d’alimentation en eau potable
(SDAEP) au comité de pilotage de ce schéma en présence des élus, schéma qui englobe le
SDEP. En effet, s
a qualité d’opérateur unique en Guadeloupe (hormis à Mar
ie-Galante)
l’
a
conduit à le faire afin
d’aller
au-delà des seules
gestion et distribution de l’eau potable. Il inclut
également l’évaluation des ressources, des besoins et des projets pour l’approvisionnement en
eau à long terme. La chambre constate toutefois que le SDEP, même inclus dans un SDAEP,
n’a pas été approuvé dans les délais par le CS, soit au 31 décembre 2024. Le syndicat n’a ainsi
pas satisfait à ses obligations légales.
Par ailleurs, le syndicat indique également que les réflexions menées en 2024 pour
élaborer le SDAEP ont été utilisées pour l’élaboration du plan d’action
s visant à sortir
progressivement des tours d’eau.
En conclusion, le syndicat mixte doit adopter un schéma stratégique faisant un
diagnostic des ouvrages et équipements nécessaires pour, dans un premier temps, sortir des
tours d’eau puis
, dans un second, assurer en continu
la distribution d’eau potable
. Il lui
appartient de programmer des actions chiffrées et hiérarchisées pour atteindre ces objectifs.
Au moment où la chambre a délibéré le SMGEAG n’avait toujours
pas adopté de projet
stratégique qui devrait lui permettre d’arrêt
er une organisation administrative et technique en
mesure de rendre le service d’alimentation en eau pot
able attendu par la population de
l’archipel.
Recommandation n° 2.
: (
Régularité
) adopter un projet stratégique conforme aux
dispositions de l’article L.
2224-7-1 du CGCT.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
Le SMGEAG hérite d’un service d’eau non viable : le réseau conna
ît un taux de perte
de 70 %
, une facturation non faite sur certaines parties du territoire depuis plus d’une année,
un taux de recouvrement des factures d’à peine 60
%, une dégradation continue du taux de
réparation des fuites par rapport à l’irruption de fuites nouvell
es.
La loi n° 2021-513 du 29 avril 2021 tente de répondre à cette faillite de la distribution
de l’eau potable par les collectivités
locales compétentes
en changeant la gouvernance de l’eau
et en ajoutant le département et la région, dans la gestion de cette compétence.
Les progrès réalisés dans la gestion du service durant la période de 18 mois qui a
succédé à la création du SMGEAG sont modestes. Le comité syndical, instance décisionnaire
du syndicat, ne parvient pas à prendre la mesure des chantiers à réaliser et des compétences à
intégrer au sein de l’organisation.
En réponse à cet échec, en 2023, un renforcement de la gouvernance a été instauré avec
la supervision d’une « gouvernance à 4 » constituée par l’
État, le département, la région et le
SMGEAG dé
nommée comité local d’accompagnement
. Cette instance a initié la mise en place
d’objectifs précis et d’indicateurs de gestion, soutenue par une assistance technique de l’
État,
améliorant ainsi la gouvernance du SMGEAG. Pour autant, informelle, car non prévue par les
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
34
textes, elle ne peut se substituer au comité syndical, à qui il échoit de mettre
en œuvre
un projet
stratégique encore manquant, car non validé par le comité syndical.
La commission de surveillance, chargée tant de mesurer et de donner un avis sur
l’atteinte des objectifs par les instances décisionnaires et exécutives du syndicat
que
d’être un
relais entre ces instances et les usagers, ne peut pas jouer son rôle. En effet, e
lle n’a pas accès
à tous les élément
s d’informations nécessaires à son travail.
Deux défis liés à la gouvernance sont à relever. Le premier concerne les conditions de
mise en place de la régie prévue par l’article 7 des statuts
dont l
’instauration doit permettre
une meilleure articulation entre le contrôle et la fixation des objectifs stratégiques dévolus au
syndicat lui-même
et l’activité d’exploitation et de renforcement des réseaux réservée à la régie.
Le deuxième défi concerne
l’adoption et l’appropriation d’un projet stratégique permetta
nt la
sortie des tours d’eau puis la distribution d’eau potable permanente et durable et la
restauration de la confiance des usagers.
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(
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)
(Compétence eau potable)
35
2
LE NIVEAU DE FIABILITÉ DES COMPTES PROGRESSE
LENTEMENT
2.1
Des comptes irrégulièrement adoptés
2.1.1
Les comptes n’ont pas été vot
és dans les délais prescrits
Les règles budgétaires et comptables applicables au syndicat mixte sont celles figurant,
par renvoi de l’article L.
5721-4 du CGCT
36
, aux articles du même code L. 1612-1 à L. 1612-20
relatifs à l’adoption et à l’exécution des
budgets et L. 1617-1 à L. 1617-6 relatifs au comptable
public.
En vertu de l’article D
. 2343-5 du CGCT
37
, «
le compte de gestion est remis par le
comptable (…) pour être joint au compte administratif comme pièce justificative et servir au
règlement définiti
f des recettes et des dépenses de l’exercice clos
».
L’approbation
du compte
de gestion doit intervenir obligatoirement avant celui du compte administratif et une
délibération spécifique doit être prise par l’assemblée délibérante. En effet, le
CS ne peut
valablement délibérer sur les comptes administratifs sans disposer des comptes de gestion. Le
compte administratif
doit être adopté par l’assemblée délibérante avant le 30 juin de l’année qui
suit.
Le compte administratif de 2022 a été voté par le comité syndical le 3 juillet 2023, le
préfet ayant accordé une dérogation par rapport au délai réglementaire. Le compte administratif
de 2023 a été voté dans le délai réglementaire, mais avec un compte de gestion incomplet.
2.1.2
Le comité syndical a voté partiellement la concordance entre le compte
administratif et le compte de gestion en raison du caractère incomplet de ce
dernier
Selon les dispositions de l’article L.
1612-
12 du CGCT, l’arrêt des comptes est constitué
par le vote sur le compte administratif examiné après transmission du compte de gestion. Les
deux comptes doivent être concordants pour permettre de considérer que les comptes sont
arrêtés.
Le compte de gestion doit être adressé à l’ordonnateur avant le 1
er
juin de l’année qui
suit la clôture de l’exercice.
36
L’article 1
-I. de la loi portant création du SMGEAG prévoit que «
sous réserves des dispositions de la
présente loi, [le SMGEAG] est un syndicat mixte régie par le chapitre 1
er
du titre II du livre VII de la cinquième
partie du code général des collectivités territoriales
».
37
Les article L. 2311-1 à L. 2343-2 du CGCT ainsi que les articles afférents sont applicables au SMGEAG
par renvoi des dispositions combinées des articles L. 5721-2 et L. 5722-1 du CGCT.
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SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
36
L
e rapport d’audit de la DRFIP relatif à la tenue des comptes par l’agent comptable
38
indiquait en janvier 2024 que «
le compte de gestion 2022 n
a toujours pas pu être
clôturé à ce
jour, notamment en raison d
un problème d
anomalie informatique (bug) du progiciel
comptable sur le processus de détermination du résultat non encore résolu par l
éditeur situé
en hexagone
». Le document présenté pour validation au comité syndical en juillet 2023 était
donc incomplet. Le CS
n’a pu se prononcer sur l’ensemble des éléments attendus du compte de
gestion.
Pour l’année 2023, un extrait du résultat budgétaire de l’exercice figure dans les
délibérations approuvant la concordance des résultats du compte administratif avec le compte
de gestion 2023 du 25 juin 2024 mais le vote n’a pas pu porter sur la concordance générale
entre les deux documents. Au 10 juillet 2024, la comptable faisait part encore de l’absence
d’«
apurement des comptes pour basculement en 2024
». Les membres du CS, lors de la séance
du 25 juin 2024, n’ont donc disposé que d’une information partielle et erronée sur le bilan
comptable
39
. L’agent comptable a d’ailleurs précisé de façon manuscrite sur le document
transmis que, selon elle, «
suite à des problèmes de cumuls issus du logiciel informatique
[…]
une correction est apportée au CG et CA 2023 et seront à nouveau votés en fin mois d’octobre
2024
». En mars 2025, le CS
ne s’est
toujours pas prononcé sur le CA et le CG de 2023 qui
présentent un écart de 22 098,50 euros.
La chambre n’a, pour sa part, pas eu accès au compte de résultat et au bilan de l’exercice
2023
40
, qui constituent pourtant deux documents obligatoires et indispensables pour établir les
comptes annuels à la clôture d’un exercice. Un docum
ent définitif a été produit par l
’agent
comptable le 4 septembre 2024 uniquement pour les budgets annexes, le compte de gestion
définitif du budget principal restant en attente.
L’impossibilité de l’agence comptable depuis 2021 à produire une balance génér
ale des
comptes certifiée, un instrument de contrôle des enregistrements comptables, ne permet pas de
se fier aux bilans et aux comptes de résultat produits pour les exercices 2021 à 2023. À titre
d’illustration, le
compte de gestion de 2021 affiche un résultat net comptable concordant avec
le résultat du compte administratif mais comporte des résultats intermédiaires courants et
financiers mouvementés dans le mauvais sens.
L’agence comptable n’a pas été en mesure de produire à la chambre la plupart des piè
ces
comptables listées à l’article D.
2343-3 du CGCT. Les restes-à-recouvrer et les restes-à-payer,
signalés comme «
volumineux
» par l’agent comptable, n’ont pas été communiqués. Seuls les
développements de soldes des comptes 4011 «
fournisseurs
» et 4041 «
fournisseurs
achats
d’immobilisations
» ont été transmis.
38
Rapport d’audit de l’agence comptable du SMGEAG n
° 2023-971-007
39
Pour le budget principal, la balance des comptes n’a pas été produite pour les comptes de classe 6 et 7
et sept montants du solde diffèrent du document transmis à la chambre en octobre 2024. En outre, seul le solde est
indiqué alors qu’il convient de
préciser le solde au 31 décembre de l’année N
-1 ainsi que les opérations budgétaires
et non budgétaires de l’année N. Les états comptables (état des restes à recouvrer, état des restes à payer, état de
développement de soldes…) qui doivent figurer en annexe du compte de gestion n’ont pas non plus été produits à
l’ordonnateur.
40
Le bilan présente la situation du patrimoine de l’entité arrêtée à la clôture de l’exercice tandis que le
compte de résultat traduit l’activité de l’exercice et met en évidence la v
ariation du patrimoine.
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
37
En outre, en vertu de l’article
R. 2313-3 du CGCT, le budget primitif et le compte
administratif doivent comporter un certain nombre d’annexes destinées à éclairer les membres
de l’organe délibérant sur la situation financière de l’établissement.
Dans sa réponse aux
observations provisoires de la chambre, l
’ordonnateur
indique, sans en apporter la preuve,
qu’elles ont bien été présentées au
CS, pour la période sous revue. Or, ces annexes
n’ont
pas
été transmises en totalité à la chambre
et n’ont pas non plus été publiées sur le site internet de
l’établissement
. Les membres du CS
ne disposent donc pas d’une vision suffisante sur la
situation financière et comptable
de l’établissement.
Les comptes de 2021, de 2022 et de 2023
n’ont
donc pas été véritablement arrêtés.
Si les résultats du compte administratif sont concordants avec ceux produits par l’agent
comptable s’agissant des consommations budgétaires, les balances comptables produites par
l’agent comptable ne correspondent pas aux montants des dépenses et des recettes réalisées
constatées au compte administratif. Par ailleurs de nombreuses anomalies comptables ont été
détectées par l’auditeur de la DRFIP dans son rapport
: «
Audit de l’agen
ce comptable du
syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe
». Il est ainsi indiqué :
«
la mission d’audit constate qu’en fin d’exercice 2021 et 2022, la comptabilité générale remise
par l’agente comptable (cf. balances comptabl
es mensuelles pour chaque budget) ne reflète ni
le patrimoine du syndicat, ni son endettement, ni son activité réelle. En définitive, les balances
produites ne permettent pas de donner une information claire ni une image sincère et fiable des
comptes du SMGEAG
». Les constats macro-comptables sont précisés en annexe n° 2.
Le SMGEAG, dans sa réponse aux observations de la chambre,
a précisé qu’un certain
nombre d’actions d’amélioration avaient été mises en place
:
le recrutement d’un nouvel agent
comptable,
le déploiement d’un nouveau logiciel,
un plan de formation destiné aux agents de
l’agence comptable et le suivi par une
«
task force finances et comptabilité
» mise en place par
la préfecture en lien avec la DRFi
P pour assister l’agence comptable et la dir
ection générale du
SMGEAG dans sa réorganisation. Dans sa réponse, le préfet souligne que les avancées restent
toutefois modestes, ce qui
l’
a conduit à saisir officiellement le président du SMGEAG par
courrier du 27 février 2025 sur cette question.
2.2
Des comptes non fiables en raison de nombreuses erreurs mais aussi de
choix d’inscriptions non conformes aux règles comptables
2.2.1
Un haut de bilan qui apparaît largement sous-
estimé en raison de l’absence de
transfert par les EPCI des installations exploitées par le SMGEAG
2.2.1.1
Le transfert juridique et comptable des actifs toujours en suspens
La loi précitée de 2021 portant création du SMGEAG prévoit la mise à disposition par
les anciens opérateurs des biens, équipements et services publics exploités par le syndicat mixte.
Le transfert des actifs correspondants devait intervenir dans un délai d’un an à compter de la
création, soit au 1
er
septembre 2022. En pratique, un nouveau délai a été fixé au 31 décembre
2024 pour le transfert des immobilisations des actifs comptabilisés par les EPCI au coût
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
38
historique. La fixation d’un délai supplémentaire s’explique notamment par les recompositions
successives et rapides de la carte des opérateurs de l’eau et de l’assainissement depuis au moins
la promulgation de la loi Notré du 7 août 2015 qui prévoyait le transfert des compétences
«
eau
» et «
assainissement
» aux communautés de communes et aux communautés
d’agglomération. Elle résulte également de l’absence de liquidation des opérateurs, ainsi que
des désaccords des collectivités entre elles sur les montants à transférer.
Avec l’appui d’un directeur de projet de la
DRFiP, la préfecture a associé depuis mars
2023 toutes les parties prenantes afin de transférer vers les EPCI les actifs des anciens
opérateurs avant l’échéance du 31
décembre 2024 (actifs estimés à 480
M€)
. Cette campagne
de transfert des actifs a produit des avancées significatives. Il revient désormais au SMGEAG
d’intégrer les actifs mis à disposition par les EPCI tout en veillant à leur correspondance avec
l’état de
s inventaires physiques.
Dans le cadre de la contradiction, le préfet a fait le point
de l’avancement des transferts
d’actifs
résumés ci-après :
Tableau n° 2 :
é
tat des lieux des transferts d’actifs en cascade
Étape 1 : liquidation
des anciennes régies
Étape 2 : Transfert vers
l’EPCI
Étape 3 : Transfert vers
le SMGEAG
Régie de Baillif
Liquidation effective
Délibération de la
commune de Baillif en
date du 6/12/2024
Délibération de la
CAGSC en date du
13/12/2024
Régie de Sainte-Rose
Liquidation effective
le 01/01/2024
Délibération de la
commune de Sainte-Rose
en date du 03/12/2024
Délibération de la CANBT
en date du 25/02/2025
Régie de Trois-Rivières
Liquidation effective
le 03/12/2024
Délibération de la
commune de Trois-
Rivières
Délibération de la
CAGSC en date du
13/12/2024
Régie Nord Caraïbes
(RENOC)
Rapport de
liquidation paru le
19/11/2024
Arrêté préfectoral du
10/03/2025 actant le
transfert des actifs vers le
SIAEAG.
A venir
SIAEAG
Liquidation en attente
Arrêté de répartition entre
EPCI en cours
d’élaboration
A venir
ODEX
Liquidation en attente
Délibération de Cap
Excellence en date du
28/02/2025
Source : préfecture de Guadeloupe
tableau produit d’après les éléments de réponse aux observations provisoires
de la chambre
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
39
2.2.1.2
Un sous-amortissement porteur de risqu
es pour l’avenir
Les durées d’amortissement ont été déterminées pour la première fois depuis la création
du syndicat mixte lors de la séance du CS du 4 avril 2023
41
. Le calcul des amortissements est
effectué en mode linéaire sans
prorata temporis
à compter de l’exercice suivant l’acquisition.
Cette règle de gestion n’est pas conforme à l’instruction budgétaire et comptable M4 qui prévoit
que «
l’amortissement d’une immobilisation commence à la date de début de consommation
des avantages économiques qui lui sont attachés, qui correspond à sa date de mise en service
(application du prorata temporis)
»
42
.
Dans sa réponse, l’ordonnateur excipe de la possibilité
ouverte par la
mise à jour de l’instruction budgétaire et comptable M4 au 1
er
janvier 2025 de ne
pas faire application du
prorata temporis.
Cependant cette possibilité vaut pour l’avenir et reste
encadrée
par l’obligation de délibérer
«
pour lister les catégories de biens concernés et [d
’]
être
en mesure de justifier l’application de cette simplifi
cation et son caractère non significatif sur
la production de l’information comptable
»
43
. En outre, le syndicat aurait pu retenir une
ventilation par composants
44
, technique de comptabilisation plus adaptée à la programmation
du remplacement à intervalles r
éguliers d’éléments des réseaux d’eau et d’assainissement qui
ont un rythme de consommation différent de celui de l’immobilisation dans son ensemble.
Certaines durées d’amortissement
sont excessives comme celles des canalisations de
distribution d’eau (50
ans) et les canalisations d’adduction d’eau (70
ans). Elles ne
correspondent pas à la durée de vie réelle des canalisations d’eau potable.
En effet, le
fonctionnement hydraulique des réseaux est soumis à des variations de pression importantes
qui endommagent à la longue les canalisations. En outre, la durée de vie nominale des
canalisations ne tient pas compte des conditions climatiques propres à la zone tropicale. Le
réseau actuel, très peu renouvelé au cours des soixante-dix dernières années est pourtant à
l’origine de la situation très dégradée de l’alimentation en eau potable en Guadeloupe.
Le syndicat justifie, en réponse,
ces durées d’am
ortissement au nom «
d’une stratégie
financière d’allègement des charges d’exploitation
» motivée par l’absence de capacité d’auto
-
financement et la mise en œuvre d’un plan pluriannuel d’investissement financé à 100
% par
ces partenaires financiers (État, région, département). Il renvoie la possibilité de revoir ces
durées d’amortissement à l’échéance d’un retour à l’équilibre financier.
Cette pratique est
contraire au principe de sincérité du budget
45
et empêche le renouvellement des installations au
terme de leur durée réelle
d’usage
.
Le patrimoine qui relève de la gestion du SMGEAG sur l’eau potable a été valorisé à
1 081
M€
d’après l’étude réalisée par
une société en 2019
46
.
L’étude réalisée par
cette société a montré que les biens dont dispose le SMGEAG
n’ont
pas fait l’objet de dotations aux amortissements suffisantes. Se basant sur un niveau de dotation
aux amortissements théoriques, consistant à amortir toutes les lignes d’inventaire (et
notamment les biens
qui ont été amortis mais n’ont jamais fait l’objet de travaux), l’étude a
41
Délibération n° CS2023-04-20/2.
42
Instruction budgétaire et comptable M4, titre II, page 50.
43
Mise à jour de l’instruction budgétaire et comptable M4 au 1
er
janvier 2025, DGFIP, p. 3.
44
Instruction budgétaire et comptable M4, titre II, § 2.2.3, page 21.
45
Article L. 1612-4 du CGCT
46
Société X, Etude patrimoniale des services d’eau et d’assainissement de la Guadeloupe, mars 2019.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
40
déterminé un niveau nécessaire au financement du renouvellement du patrimoine de 28,36
M€
par an. Le syndicat a amorti ses équipements à hauteur de 9,6
M€.
Il en ressort donc un déficit
d’amortissement annuel de 18,7
M€ entre le niveau d’amortissement qui aurait dû être pratiqué
par les collectivités responsables des équipements et le niveau nécessaire au renouvellement
des installations. Le tableau suivant précise ces différences par collectivité anciennement
gestionnaire.
Dans sa réponse aux observations de la chambre, le SMGEAG rappelle le principe de
comptabilisation des amortissements au coût historique, mais que ce principe ne fait pas
obstacle à la correction d’erreurs d’enregistrement au bilan. Si la chambre
se réfère également
à cette règle, elle ne peut que constater des carences manifestes dans l’enregistrement des actifs
qui n’ont pas été corrigées
. Des corrections
s’imposent
donc en fonction des éléments dont
dispose le syndicat et qui ont été apportés par
l’étude
technique de la société commandée pour
ce faire.
Tableau n° 3 :
le niveau des amortissements nécessaire au renouvellement des installations
en €
Amortissement
théorique annuel
Amortissement
annuel réalisé
Différence
SIAEAG (régie)
9 013 825
3 346 414
5 667 411
SIAEAG (RENOC)
4 735 019
4 531 520
203 499
CAP EXCELLENCE
4 190 312
344 677
3 845 635
CASGC
7 178 696
962 850
6 215 846
CANBT
3 246 996
413 807
2 833 189
TOTAL
28 364 848
9 599 268
18 765 580
Source : CRC de Guadeloupe
Le SMGEAG a procédé à
l’inscription en 2022 d’une charge d’amortissements de
14
M€ correspondant à l’estimation 2021
-2022 des actifs mis à disposition par les anciens
opérateurs mais qui n’ont pas été inscrits préalablement au bilan en classe 2
«
comptes
d’immobilisations
». Ce montant aurait dû être valorisé à hauteur de 28
M€, selon l’étude
SAFEGE,
pour l’année 2022, montant à prendre en compte pour les années futures
, sans
préjuger des montants d’amortissement nécessaires au titre des nouveaux investissements
réalisés par le SMGEAG.
2.2.1.3
L’inscription irrégulière des dotations (19,25
M€) a pour effet de majorer indûment
le résultat
L’article 15
-
I des statuts du SMGEAG a prévu le versement d’une «
dotation initiale
»
de 16,25
M€. S’agissant d’une dotation pour le SPIC de l’eau et de
l’assainissement, cette
dotation ne peut être qu’une subvention d’investissement. Elle aurait dû donc être comptabilisée
en crédit du compte 1021 «
Dotations
» ou du compte 131 «
Subvention d’investissement
» et
en crédit du compte 515 «
Compte au trésor
». Par ailleurs, une avance non remboursable de
trésorerie (subvention de trésorerie) de 3 M€ a été consentie par le département et la région.
Elle impliquait une écriture en crédit au compte 774 «
Subventions exceptionnelles reçues
» et
en débit au compte 515. Au lieu de ces deux opérations distinctes, le SMGEAG a comptabilisé
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
41
les deux opérations en crédit au compte 774 «
Subventions exceptionnelles reçues
» et en débit
au compte 451 «
Compte de rattachement avec (à subdiviser)
», pour un montant de 19,25
M€
(16,25 + 3
M€).
La somme de 16,25
M€ a été
versée sur deux années (13,05
M€ pour 2021
dont 6,52
M€
pour le budget eau et 3,2
M€
, en 2022 dont 1,6
M€ pour
ce même budget). La subvention
exceptionnelle a été répartie sur deux années (1,5
M€ en 2021 et 1,5
M€ en 2022). Elle a été
versée sur le budget principal du SMGEAG et apparaît au compte de gestion du budget principal
(compte 747 «
Subventions et participation des collectivités
»). Il résulte de ces opérations que
le résultat d’exploitation du budget
«
Eau
» a été majoré de 6,52
M€ en 2021 et de 1,6
M€
en
2022. Le 21 octobre 2024
47
, le SMGEAG a demandé au préfet de Guadeloupe à bénéficier
d’une procédure d’étalement de charges pour corriger sur trois ans les écritures budgétaires de
la dotation initiale (16,25
M€) et de la subvention exceptionnelle (3
M€)
.
2.2.1.4
L’inscription d’un emprunt bancaire (25
M€) bonifie le résultat d’exploitation du
SMGEAG
Le SMGEAG a sollicité l’
État, par courrier du 3 mars 2022, pour
l’autoriser à recourir
à un procédé permettant
de transformer une recette d’investissement (emprunt bancaire) en
recette d’exploitation. La seule procédure permettant cette opération est celle prévue par
l’article L.
2311-
6 du CGCT qui permet la reprise en recettes d’exploitation d’excédents
d’investis
sements constatés après reprise des résultats.
Ce n’est pas le cas du SMGEAG.
Les instructions comptables relatives aux collectivités (M57) ou aux SPIC (M4)
permettent d’étaler une charge de fonctionnement. Cependant, les conditions de cet étalement
sont s
trictement définies puisque l’étalement est une dérogation au plan comptable général.
Certains frais d’études, de réorganisation ou de restructuration des services peuvent être, en
toute régularité, étalés sur une durée maximale de cinq ans. En revanche, p
our d’autres types
de dépense sur le compte 4818 «
Charges à étaler
», il est nécessaire
d’
obtenir une autorisation
conjointe des ministres chargés du Budget et des collectivités territoriales.
Par une décision du 15 mars 2022, les ministres chargés du Budget et des collectivités
territoriales ont autorisé le SMGEAG à étaler sur dix ans des charges de fonctionnement suite
à «
l’examen des budgets primitifs 2022 […qui] laisse apparaître un déséquilibre prévisionnel
cumulé d’environ 50,8
M€ au 31 décembre 2022 pour la section d’exploitation
». Le déficit est
expliqué par la rigidité des charges et le niveau des recettes à court terme.
Au niveau du budget global du SMGEAG, le transfert en exploitation du prêt est de
25
M€, dont 17,5
M€ pour le budget de l’eau
et 7,5
M€ pour l’assainissement, avec une
comptabilisation de la charge d’amortissement d’un dixième, soit 2,5
M€. Ainsi grâce à une
procédure dérogatoire le résultat d’exploitation a été bonifié en 2022 de 22,5
M€.
47
Courrier du 21 octobre 2024 adressé par la présidente par intérim du SMGEAG au préfet de Guadeloupe
portant «
demande d’étalement de charges relative à la problématique de comptabilisation de la dotation initiale
et de la subvention exceptionnelle de trésorerie
».
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
42
2.2.2
L’équilibre du bas de bilan créances/d
ettes, est affecté par des mauvaises
inscriptions comptables
2.2.2.1
Une absence de comptabilisation des stocks
Afin que le SMGEAG puisse
disposer d’un stock suffisant d’équipements et de
matériels pour débuter son exploitation, le préfet de Guadeloupe avait sollicité les anciens
opérateurs pour le constituer. Cependant, l
a mise à disposition de ces stocks n’a pas fait l’objet
d’inventaires valorisés, ni de procès
-verbaux de transfert.
Le syndicat mixte
dispose de magasins répartis sur les territoires d’exploitation (Trois
-
Rivières, Morne-à-
l’Eau, Petit
-Bourg, Basse-Terre, Jarry), mais
aucun stock n’est comptabilisé
depuis sa création
. Leur gestion qui était confiée au secrétariat général jusqu’en mars 20
23
48
va
être transférée à l’exploitation. Sous sa responsabilité, il est prévu de centraliser et
d’informatiser la gestion du stock.
Dans sa réponse, le SMGEAG annonce son intention
d’inscrire au budget 2025 les crédits permettant de comptabiliser la variat
ion des stocks.
2.2.2.2
Conformément au principe de prudence, le risque de non recouvrement est couvert
par une provision de plus de 30 % du montant des factures émises
Compte tenu de la situation de l’eau potable en Guadeloupe (manques d’eau et
restrictions des
usages de l’eau) et de ses effets sur le niveau de confiance des usagers, le
syndicat mixte rencontre des difficultés pour
recouvrer les créances essentielles à l’équilibre
des comptes et à la sortie de la crise de l’eau.
Cette méfiance a également été alimentée par de
nombreux dysfonctionnements dans le processus de facturation (cf. 3.1.1.). Sur les exercices
2021 à 2023 le taux d’impayés s’élève à 36
%
de l’ensemble des clients, toutes origines
confondues (établissements publics, particuliers et professionnels).
Le CS a approuvé en 2022 et en 2023 la constitution de provisions pour couvrir le risque
lié aux impayés de facturation. Le montant de ces provisions, susceptible d’être révisé au vu de
l’état des recouvrements constatés du chiffre d’affaires de l’exercice N
-1, a été calculé selon
une méthode statistique qui se justifie pour des créances similaires de faibles montants dont le
cumul finit par représenter des enjeux financiers réels et significatifs.
L’inscription de cette
provision est conforme au principe de prudence et reflète la faiblesse et la volatilité du paiement
des factures par les usagers.
48
Procès-
verbal du comité social d’entreprise du SMGEAG du 23 mars 2023.
S
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(Compétence eau potable)
43
Tableau n° 4 :
provisions pour créances douteuses 2022 et 2023
Année de relève
Facturation de vente
d
eau (M
HT)
Taux de provision
Montant de provision
délibéré (M
)
Mandats émis au
C/6815 (M
)
2022
67,60
30 %
20,29
18,42
2023
61,11
31,38 %
19,18
13,22
Source : SMGEAG, délibérations n° CS2023-07-58/4 et CS2024-06-70/7
Les bilans financiers des budgets eau 2022 et 2023 comportent respectivement une
comptabilisation de provisions pour créances douteuses à hauteur de 18,4
M€ et 13,2
M€. Ces
montants diffèrent de ceux fixés par délibérations du CS. Les écarts entre les montants délibérés
et les montants mandatés de provisions résultent du retraitement des redevances due
s à l’
Office
de l’eau (
ODE). En effet, le montant des sommes qui lui sont dues et à recouvrer sur les factures
est comptabilisé sur le chapitre 014 «
Atténuation de charges
» en restes à réaliser. Cette
procédure comptable, qui évite leur double compte, aurait dû être mentionnée dans les
délibérations annuelles fixant le montant de la provision.
2.2.2.3
La répartition des charges de personnel entre le budget principal et les budgets
annexes fausse la lecture des comptes
Le budget de l’eau doit re
tracer, avec précision, un suivi analytique de toutes les
opérations afin de se conformer au principe posé par l’article L.
2224-13-2 du CGCT aux termes
duquel
« les redevances d’eau potable et d’assainissement couvrent les charges consécutives
aux investissements, au fonctionnement et aux renouvellements nécessaires à la fourniture des
services ainsi que les charges et les impositions de toutes natures afférentes à leur exécution
».
Ce principe peut être résumé dans la formule «
l
’eau paie l’eau
». Le prix
payé par l’usager doit
trouver sa contrepartie directe dans le service rendu. C’est le sens de l’arrêt du Conseil
d’
État qui précise que «
les tarifs des services publics à caractère industriel et commercial, qui
servent de base à la détermination des redevances demandées aux usagers en vue de couvrir
les charges du service, doivent trouver leur contrepartie directe dans le service rendu aux
usagers
» (CE, 30 septembre 1996, Société stéphanoise des eaux
Ville de Saint-Étienne).
Pour atteindre ce but, les articles L. 2224-1 et L. 3241-4 du CGCT obligent les
collectivités territoriales à constituer des budgets annexes pour la gestion de leurs SPIC. Ainsi,
cette
individualisation de la gestion permet d’identifier le coût réel du service qui doit être
financé
par l’usager. Ce principe est d’ailleurs rappelé à l’article
1.X de la loi du 29 avril 2021
instituant le SMGEAG. C’est la raison pour laquelle les régies d’eau et d’assainissement sont
soumises à des règles budgétaires et comptables spécifiques. Elles so
nt dotées d’un budget
équilibré en recettes et en dépenses et soumises au plan comptable M49.
Le SMGEAG a mis en place un budget principal et cinq budgets annexes (eau potable,
assainissement collectif, assainissement non collectif ou SPANC, eaux pluviales et défense
contre incendie).
Les opérations comptables effectuées par le SMGEAG ne permettent pas d’avoir une
vue analytique des charges et des produits de chacun des services rendus (pour l’eau potable,
assainissement collectif en particulier), pour au moins trois raisons. La première est que le
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
44
budget principal supporte la charge de personnel de la direction à la clientèle dont l’activité
relève du service d’eau potable en plus grande partie et du service d’assainissement, sans qu’il
y ait une répartition qui soit faite entre ces services. Ces charges de personnel sont pourtant très
importantes puisque l’effectif de cette direction est d’environ 135 agents pour une charge
annuelle de plus de 10
M€.
La deuxième raison concerne l’affectation
des autres charges de personnel consacrées à
l’eau et à l’assainissement (hors direction de la clientèle). Pour les années 2021 et 2022, le
SMGEAG a choisi de payer toutes les charges de personnel sur le budget principal et d’opérer
une refacturation aux budgets annexes
de l’eau et de l’assainissement de la part des charges de
personnel qui leur incombe. Cette part des charges de personnel sur chacun des budgets annexes
n’est pas définie par une comptabilité analytique (charges réelles de personnel sur chacune des
foncti
ons) mais par l’application d’une clé de répartition au
prorata
des produits perçus par
chacun des services (69 %
pour l’eau, 30
%
pour l’assainissement et 1
%
pour l’assainissement
non collectif). Les budgets sont donc artificiellement rééquilibrés. En 2023, le SMGEAG a
changé sa méthode pour affecter les charges de personnel directement aux budgets concernés.
Dans sa réponse aux observations, le SMGEAG rappelle qu’il a procédé à une révision
de la clé de répartition des charges de personnel en 2023 et soutient que cette nouvelle clé se
fonde sur l’identification des missions des agents au sein de l’organisation. Si, cette clé est
effectivement plus pertinente que la précédente, selon la chambre, elle n’est toujours pas fondée
sur une réelle analyse des coûts.
Enfin, les opérations de refacturation par le budget principal des charges de personnel
aux
budgets annexes n’ont pas été correctement passées
pour le seul exercice 2021
. L’opération
de refacturation consiste à inscrire en crédit au compte 7087 «
Remboursement de frais
» du
budget principal le montant dû par les deux budgets annexes et à inscrire en débit du compte
6287 «
Remboursement de frais »
de chacun des budgets annexes (eau et assainissement) le
montant dû
par chacun. L’opération se fait par
le biais d’un compte de passage 580
«
Virement
interne »
qui doit être soldé en fin d’opération.
Sur le compte de gestion 2021, les écritures sont anormales. En effet, le compte 7087
«
Remboursement de frais
» du budget principal est crédité de 16,84
M€ a
lors que les comptes
6287 «
Remboursement de frais »
de chacun des budgets annexes (eau et assainissement) ne
sont pas débités. Au lieu de débiter l
es comptes 6287 sur les deux budgets de l’eau et de
l’assainissement, ce sont les comptes de charge de perso
nnel qui ont été débités (comptes 64).
Le budget principal ayant déjà supporté l’ensemble des charges de personnel, le débit des
comptes 64 sur les budgets de l’eau et de l’assainissement aboutit à compter deux fois les
charges de personnel.
Tableau n° 5 :
corrections CRC des charges de personnel sur le compte de gestion 2021
en €
Chapitre 012 "Dépenses de personnel"
Compte de gestion
Corrections
CRC
Compte de
gestion corrigé
Budget principal
13 133 702
-2 210 467
10 923 235
Budget annexe de l'eau
7 432 728
-7 432 728
0
Budget annexe de l'assainissement collectif
4 955 152
-4 955 152
0
Total
25 521 582
-14 598 347
10 923 235
Source : compte de gestion 2021
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
45
La correction effectuée sur le budget principal correspond à la non prise en compte d’une
inscription en crédit au compte 64198 «
Autres Remboursement
». Au total, sur le quadrimestre
d’exécution du budget de 2021 du SMGEAG
, les charges de personnel ont représenté la somme
de 10,93
M€, ce qui correspond à une charge annualisée de 32,77
M€, cohérente avec l
es
charges de personnel des comptes de 2022 (35,96
M€) et 2023 (38,75
M€).
Recommandation n° 3.
: (
Performance
) définir une clé de répartition des charges de
personnel entre le budget principal et les budgets annexes
fondée sur le coût réel du service.
2.2.2.4
D’importants manquemen
ts concernant le suivi de la trésorerie
Au mois d’août 2024, la presse quotidienne régionale
49
a fait mention, sur la base d’une
fuite d’un rapport du
CSN, d’un «
manque en caisse
» de 48,7
M€
50
sur l’exercice 2023. Le
versement attendu d’une fraction de la
subvention exceptionnelle COROM 2024 (12
M€) a été
suspendu le temps que l’origine des «
écarts de trésorerie
» soit élucidée et que les balances
comptables soient consolidées.
Cette anomalie résulte d’un mauvais paramétrage de l’interface entre le logiciel clientèle
Waterp
et le logiciel comptable
PEP
qui a eu pour conséquence de comptabiliser les
encaissements des clients à la fois sur le budget principal et sur le budget annexe concerné. Les
opérations de trésorerie du syndicat sont imputées sur le compte 515 du budget principal. Ce
compte est utilisé pour retracer les opérations de trésorerie liées à l’exécution des budgets
annexes qui ne disposent pas en principe de compte 515. Les encaissements clients des budgets
annexes auraient dû transiter au débit du compte 515 du budget principal vers le crédit du
compte de rattachement 451, puis du débit du compte 451 vers le crédit du compte 411
«
redevables
» des budgets annexes. Au
lieu de cela, l’enregistrement des encaissements clients
a fait l’objet d’une première écriture comptable au budget principal débit 515 –
crédit 4672
«
Autres comptes débiteurs
» et d’une deuxième écriture comptable sur chacun des budgets
annexes débit 515
crédit 411 «
redevables
»
51
.
Cette prise en charge des écritures a eu pour incidence de mouvementer deux fois le
compte de trésorerie 515 pour un même flux, ce qui a introduit une différence entre le solde du
compte de dépôts de fonds au Trésor (DFT) et le solde du compte 515 de la balance comptable.
La somme des soldes débiteurs du compte 515 sur les budgets AEP (37,1
M€
), EU (11,3
M€)
et SPANC (0,3
M€) correspond bien au montant de 48,7
M€ évoqué
52
.
49
Article «
Flou total des finances du SMGEAG
: l’Etat bloque le versement de ses subventions
» paru
sur Guadeloupe la 1
ère
, le 10 septembre 2024.
50
La balance générale des comptes est un document comptable qui reprend de manière synthétique
l’ensemble des comptes du grand
livre avec la situation de départ, le total des mouvements qui ont eu lieu pendant
l’exercice et la situation finale. Elle constitue un instrument de contrôle des enregistrements indispensable pour
construire le bilan et le compte de résultat.
51
Note synthétique concernant la consolidation des balances comptables, SMGEAG, 16/09/2024.
52
Annexe au plan d’action comptable produite par la cellule de contrôle de gestion du SMGEAG.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
46
Cette différence de 48,7
M€ est une erreur d’écritures
comptables et l’information d’un
supposé «
manque en caisse
» est erronée. Elle a malheureusement porté un préjudice au
SMGEAG en ébranlant à tort la confiance des usagers. Le recouvrement des factures d’eau a
ainsi fléchi brutalement. En effet, dès la semaine suivant les recensions dans la presse,
l’encaissement hebdomadaire a chuté brutalement, passant de 1,79
M€ en semaine 37 à
0,93
M€ en semaine 40
53
. Cette alerte a toutefois permis d’obtenir du SMGEAG une prise de
conscience des travaux à conduire pour
consolider les balances comptables et la mise en œuvre
d’actions correctrices détaillées dans une série de fiches actions. La qualité des balances
comptables transmises jusque-là au CSN au titre des livrables réguliers du COROM était
notoirement insuffisante.
2.2.3
Synthèse des observations sur la fiabilité et conséquences sur l’analyse
financière
L’ensemble des
observations
relevées n’ont pas toutes une incidence directe sur le
résultat du SMGEAG, une partie des inscriptions irrégulières ou atypiques affectent
l’équilibre
du haut ou du bas de bilan. Celles qui affectent le résultat sont retracées dans le tableau suivant.
Tableau n° 6 :
synthèse des corrections CRC en fiabilité des comptes
en M€
Chapitre
Objet
Compte
2021
Compte
2022
Compte
2023
Charges
68
Rattrapage de l'amortissement des immobilisations
18,7
Total
0,0
18,7
0,0
Produits
706
Atténuations de produits
-14,0
747
Dotation initiale en exploitation
-19,25
774
Inscription du prêt en exploitation*
-22,5
Total
-19,25
-22,5
-14,0
Impact sur le résultat de l'exercice
-19,25
-41,2
-14,0
*
Il s’agit ici seulement de présenter la conséquence sur le résultat de cette inscription
Source : CRC de Guadeloupe
Recommandation n° 4.
: (
Régularité
) fiabiliser les balances comptables pour disposer
d’une assurance raisonnable sur
la sincérité des comptes.
53
L’encaissement moyen mensuel du SMGEAG depuis le début de l’année 2024 s’établit à 6,4 M€. Ce
rythme d’encaissement est insuffisant pour garantir l’équilibre financier du SMGEAG.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
47
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
D
’importantes corrections sont à opérer pour donner une image du résultat
comptable
conforme à la réalité. Le niveau réel de la dotation aux amortissements constitue un risque
financier pour l’avenir qu’il est difficile
de préciser compte tenu du retard dans le transfert des
immobilisations des anciens opérateurs vers le SMGEAG.
Les choix opérés par le syndicat pour la répartition des charges de personnel, même
modifiée, ainsi que les erreurs de comptabilisation des charges dans le cadre des opérations
de refacturation entre budgets ne permettent pas de disposer d’une vision fiable des dépenses
de personnel aff
ectées à chacun d’eux.
L’affaire médiatique du «
manque en caisse » de 48,7
M€ est symptomatique d’une
maîtrise insuffisante des techniques d’écritures comptables. Afin d’éviter que des schémas
comptables erronés produisent de nouvelles incohérences dommageables pour la fiabilité des
comptes et la réputation du SMGEAG, il convient d’améliorer le suivi de trésorerie dans le
cadre d’un dispositif de contrôle interne financier robuste.
___________________________________________________________________________
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
48
3
UN DÉSÉQUILIBRE STRUCTUREL DES FINANCES
L’analyse financière porte sur un exercice de quatre mois correspondant à la création du
SMGEAG suivi de
deux exercices complets mais pour lesquels l’information comptable est à
la fois partielle et non fiable. Pour conduire son analyse de la situation financière, la chambre a
procédé à plusieurs retraitements de l’information comptable, en particulier en neu
tralisant les
éléments qui bonifient de manière irrégulière ou exceptionnelle les résultats comptables des
exercices sous revue.
Bien que le contrôle porte spécifiquement sur l’eau potable, l’analyse financière
s’appuie sur les comptes consolidés du SMGEAG
qui synthétisent les comptes des six budgets
du syndicat (cf. partie précédente), afin de donner une vue générale de la situation financière
du syndicat mixte. Elle neutralise les virements entre budget afin de rendre comparables les
exercices et de ne pas compter plusieurs fois les produits et les charges.
3.1
Une situation financière toujours préoccupante, trois ans après la
création du syndicat mixte
3.1.1
Les produits de la facturation des biens et services couvrent à peine 75 % des
charges du budget de l’eau
C
ompte tenu de la date de création du syndicat, le SMGEAG n’a fonctionné en 2021
que sur un quadrimestre (septembre à décembre 2021). Il est à noter que les budgets annexes
des services publics administratifs GEPU et DECI ont été créés à partir de l’exercic
e 2022. Le
tableau suivant indique le montant des produits d’exploitation ainsi que les retraitements
effectués par la chambre. Ceux-
ci concernent l’intégration en produits des reversements à
l’ODE et d’autres remboursements comptabilisés en atténuations d
e charges dans le compte de
gestion.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
49
Tableau n° 7 :
l
es produits d’exploitation
retraités par la CRC
en €
Compte
2021
2022
2023
Production vendue
15 911 813
67 986 874
61 118 902
70111
Ventes d'eau
12 690 142
39 959 354
41 218 328
70112
Abonnement eau
0
15 978 532
8 323 080
7012
Redevance et reversement à l'ODE
(eau potable)
3 221 671
12 048 988
11 577 494
Services + Travaux
5 943 217
27 245 023
25 922 161
704000
Travaux et prestations de services
481 453
2 116 358
3 026 069
70611
Redevances d'assainissement
4 956 358
22 415 849
20 346 371
70612
Redevance et reversement à l'ODE
504 709
2 408 923
2 166 653
706200
Redevances d'assainissement non
collectif
697
303 894
383 068
Subventions d'exploitation
3 795 265
6 774 920
747000
Subventions et participations des
collectivités territoriales
0
3 795 265
5 755 112
748000
Autres subventions de fonctionnement
0
1 019 809
Autres produits
177 807
1 274 805
1 732 990
757000
Redevances versées par les fermiers et
concessionnaires
330 004
1 070 503
758800
Autres produits divers
177 807
944 801
662 487
641980
Autres remboursement
3 462 814
1 471 619
698 696
Atténuations de charges
3 462 814
1 471 619
698 696
Total des produits d'exploitation courant
25 495 651
101 773 586
96 247 671
Source : comptes de gestion du SMGEAG 2021-2023
En tant qu’EPIC, le SMGEAG doit tirer l’intégralité de ses ressources des redevances
et prix payés par les usagers du service (particuliers, collectivités, entreprises) en contrepartie
de la distribution de l’eau
54
et du service d’assainissement.
L’évolution des produits d’exploitation sur une période aussi courte, marquée par la
reprise tardive et chaotique de la facturation, reste peu lisible. L’exercice 2022 intègre dans ces
comptes d
es recettes rattachées à l’exercice 2021, ce qui, ajouté à un reversement plus important
des redevances à l’
O
ffice de l’eau (ODE), explique la baisse des produits en 2023.
En effet, les
produits liés aux abonnements à l’eau potable en 2022 comptabilisent des reliquats de l’année
précédente, il est donc nécessaire de neutraliser cette double comptabilisation. Les produits
d’exploitation issus de la vente d’eau et des services d’assainissement représentent 80
M€ par
an environ
55
. Entre 2021 et 2023 ces produits sont en légère augmentation pour ce qui concerne
l’eau potable (passant de 38
M€ à 41,2
M€), alors que les produits liés au service
d’assainissement évoluent de façon erratique, passant de 14,9
M€ en 2021 à 22,4
M€ en 2022
et 20,3
M€ en 2023.
54
CE 1996 Société stéphanoise des eaux.
55
Les subventions d’exploitation inscrites (3,8 M€ en 2022 et 6,8 M€ en 2023) concerne essentiellement
les subventions des EPCI aux services de gestion des eaux pluviales
et à la défense extérieure contre l’incendie.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
50
La reprise
d’une facturation chaotique
À la création du SMGEAG, sa direction de la
clientèle s’est attelée à reprendre les
données «
clientèle
» des cinq anciens opérateurs
qu’il remplaçait
pour sécuriser sa
facturation.
Au-delà des différences de logiciel de suivi clients, de paramétrages (gestion des
encaissement, interfaçage avec l’outil comptable…) et de facturation (rythmes de relève et
de facturation), le principal écueil que la direction clientèle a dû surmonter est la faible
qualité des données migrées des anciens opérateurs et en particulier de la CAGSC. Les
fichiers clients transmis par cette dernière étaient incomplets et parcellaires :
-
adressage non normalisé (données manquantes, présence de doublons) ;
-
identification des compteurs en partie inexploitable (diamètre, marque, classe, état
non normés et/ou non renseignés).
Compte tenu des travaux nécessaires de fiabilisation des bases de données, les
premières factures de l’exercice 2021 ont été émises en février et juin 2022.
En outre, le SMGEAG, reprenant les arriérés de mauvaise facturation et surtout
d’absence de facturation, a
dû émettre des factures pour des montants élevés. En effet, sur
les communes de Sainte-Rose, Basse-Terre, Saint-Claude, Gourbeyre, Baillif, Capesterre
Belle-Eau, Terre-de-Bas et Terre-de-Haut, aucune relève des compteurs, ni facturation
n’a
vait eu lieu entre le 1
er
trimestre 2020 et le 3
ème
trimestre 2021. Ces factures ont été très
vite contestées par de nombreux abonnés.
Par une décision du 4 avril 2023, le CS a délibéré sur
l’«
annulation des volumes
facturés à tort à certains abonnés du SMGEAG
»
56
. 14 734 abonnés avaient été
«
surfacturés
» lors du premier cycle de facturation, pour certains jusqu’à plus ou moins
deux années de consommation.
Par ailleurs, la reprise des grilles tarifaires des anciens opérateurs a entraîné des
différences de traitement entre les abonnés selon les territoires d’exploitation. Ainsi, sur les
territoires de l’ex
RENOC
» et «
d’Eau d’Excellence
», des frais de relances avaient
continué à être facturés jusqu’en avril 2023, date à laquelle un moratoire a été voté par le
syndicat mixte
57
.
Au final, le processus d’intégration des bases de données clientèles des anciens
opérateurs dans un outil unique n’a abouti qu’en septembre 20
22, soit un an après la création
du SMGEAG.
Le taux de recouvrement des factures d’eau et d’assainissement se situe à
64 % sur la
période 2021-
2023. Ce taux connaît des variations sensibles d’une année sur l’autre
: + 31 %
entre 2021 et 2022, -7 % entre 2022 et 2023. Si le taux de recouvrement des factures du
56
Délibération n° CS2023-04-31/2 portant annulation des volumes facturés à tort à certains abonnés du
SMGEAG.
57
Délibération n° CS2023-04-32/2 po
rtant suspension temporaire de l’application des pénalités de retard.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
51
SMGEAG était comparable au niveau national
58
, le montant des produits facturés serait sur la
période 2021-2023 de 207
M€ au lieu de 133
M€. Dans le cadre du COROM, le SMGEAG
poursuit un objectif cible de 80 % de taux de recouvrement en 2024, mais anticipe un taux de
68 %, soit 2 %
de mieux qu’en 2023.
Plusieurs types de redevances collectées par le SMGEAG pour le compte de l’ODE,
doivent lui être reversées
. Le non reversement de l’intégralité des redev
ances collectées ainsi
que leur comptabilisation par le SMGEAG, soit en diminution de produits, soit en charges,
altère la lisibilité des comptes et la comparabilité des exercices.
Les redevances de l’office de l’eau, un poids
important
pour les finances du SMGEAG
Sur proposition du Comité de l’eau et de la biodiversité (CEB), l’ODE perçoit notamment
auprès du SMGEAG des redevances au titre de la préservation des ressources en eau et de la lutte
contre la pollution
59
. Le SMGEAG répercute ces redevances sur les factures des abonnés.
La redevance «
prélèvement sur la ressource en eau
» est assise sur le volume prélevé dans
le milieu naturel qui est égal
à quatre fois le volume d’eau consommé
. Elle doit permettre de
financer le renouvellement du réseau d’alime
ntation en eau potable, la mise aux normes des usines
de potabilisation et les mesures d’économies d’eau.
La redevance «
pollution de l’eau d’origine domestique
»
est calculée sur le volume d’eau
facturé à l’abonné. Elle doit permettre de financer le renouvellement des réseaux de collecte d’eaux
usées et la mise aux normes des stations d’épuration.
Le SMGEAG était assujetti au doublement de la redevance prélèvement sur la ressource
en eau
60
jusqu’au vote par l’ODE, le 27 mars 2024, de la suppression de ce do
ublement à titre
rétroactif à compter de l’année 2022. Cette pénalité était justifiée en raison de l’absence de
descriptif détaillé du réseau de distribution et d’un taux de perte en eau supérieur au taux maximal
(article L. 2224-7-1 du CGCT).
L’ODE de
Guadeloupe est, dans les
départements et région d’outre
-mer, celui qui a le
montant le plus élevé de redevances émises
61
. Le niveau de recouvrement reste pourtant assez
faible, à 25 %, en raison des impayés des usagers et de la situation financière du SMGEAG.
58
La valeur moyenne de l’indicateur «
taux d’impayés sur les factures d’eau
» au 1
er
janvier de l’année
2023 est de 2,37 %, soit un taux de recouvrement de 97,63 % (rapport Sispea sur le panorama des services et de
leur performance en 2022).
59
Article 84 de la loi n° 2006-
1772 du 30 décembre 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques. (art. L.
213-
14 CE).
60
Au 1
er
janvier 2015 est entré en vigueur le doublement du taux de redevance pour prélèvement sur la ressource
en eau pour l’usage «
alimentation en eau potable » (BO MEDDE
MLETR n° 2015/13 du 25 juillet 2015.
61
Les offices de l’eau d’outre
-mer
: évaluation du dispositif, des résultats acquis et pistes d’évolution,
Rapport CGEDD n° 013386-01, Hélène FOUCHER et Paul MICHELET, mai 2022.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
52
Tableau n° 8 :
les dettes vis-à-
vis de l’
O
ffice de l’eau
en €
Toutes
redevances
comprises
Montants réclamés par
l’ODE (avec doublement de
la redevance prélèvement)
Montants réclamés par
l’ODE (sans doublement de
la redevance prélèvement)
Montants effectivement
payés par le SMGEAG
2022
10 162 902
7 456 099
1 889 985
2023
12 537 549
9 830 745
0
Source : SMGEAG
Les taux de redevances pour la période 2019-2024 fixés au plafond ont été arrêtés et
adoptés par le CEB le 20 novembre 2018. Le CEB a délibéré le 16 avril 2024 sur des taux de
prélèvements en baisse, applicables à titre rétroactif au 1
er
janvier 2024. L’ODE les a approuvés
en son conseil d’administration du 5 juin 2024
62
. Les prix des redevances évoluent comme suit :
-
la redevance «
prélèvement sur la ressource en eau
» passe de 0,05 à 0,025
€/m
3
;
-
la redevance «
pollution de l’eau d’origine domestique
» passe de 0,5 à 0,250
€/m
3
.
Le SMGEAG a accumulé une dette de 14
M€ vis
-à-
vis de l’ODE. La diminution des
redevances est de nature à rendre plus acceptable le versement de montants qui restent élevés tout
en permettant au SMGEAG de revaloriser la part collectivité (surtaxe) qui lui est due par ses
délégataires (environ 250 000
par trimestre) et de faire évoluer à la hausse sa grille tarifaire sur
les territoires en gestion directe corrélativement à la diminution des taux de redevance.
En plus de bénéficier d’une diminution des taux de redevances, le SMGEAG est soutenu
financièrement
par l’ODE
par une participation au financement du PPI
(19 M€) et l’annulation des
pénalités (3
M€).
Outre les redevances auprès des usagers, le SMGEAG finance également ses activités
courantes par les redevances versées par les titulaires des DSP. Cette recette reste toutefois
marginale dans le volume des produits d’exploitation et est appelée à disparaî
tre en cas de
reprise à terme de l’ensemble des territoires encore en DSP au sein de la régie directe
63
.
La chambre a retraité les produits d’exploitation en excluant à ce stade les dotations
initiales versées par les membres du syndicat à sa création, soit 19,25
M€
64
(cf. point 2.21.1.3.).
En effet, ces dotations ont été comptabilisées de manière indue en section de fonctionnement,
le CGCT n’autorisant pas le versement de subvention de fonctionnement à des
SPIC. Par
conséquent, pour les besoins de l’analyse,
ces 19,25
M€ sont retirés des produits d’exploitation
pour intégrer la section d’investissement en compte de classe 1
«
comptes de capitaux
».
62
Délibération n° 2024/CA03/06-24-03).
63
Cette perspective
est contenue dans l’article 7 des statuts du SMGEAG.
Pour preuve, le comité syndicat
a déclaré le 16 mai 2024 infructueuse la procédure de
concession de service public de l’eau potable de la commune
de Deshaies dont l’offre la plus avantageuse aurait conduit à une augmentation de tarif de + 80
%. Le 4 juin 2024,
il a validé le passage de la commune en régie à compter du 1
er
juillet 2024.
64
Pour mémoire, sur la sollicitation du SMGEAG, le conseil régional et le conseil départemental ont
accepté de verser une dotation exceptionnelle de trésorerie de 3
M€, soit 1,5
M€ chacun, pour permettre au syndicat
d’assurer la paie des agents du mois de dé
cembre 2021.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
53
En 2023, dans le cadre du contrat d’accompagnement renforcé 2023
-2025 signé avec
l’
État, le SMGEAG a obtenu une dotation exceptionnelle pour son fonctionnement de 27
M€
en 2023. Sur ce montant, 24
M€ ont été versés au syndicat et 3
M€ ont été retenus pour
sanctionner la qualité des livrables, notamment l’impossibilité de disposer de balances
comptables certifiées. Cette subvention a été répartie sur les budgets annexes comme suit :
16,56
M€ sur le budget eau, 7,2
M€ sur le budget assainissement et 0,24
M€ sur le budget
assainissement non collectif.
Enfin, l’
effet
de l’emprunt de 25
M€ qui bonifie le résultat d’explo
itation (cf. 2.2.1.4) a
été également retraité
dans la mesure où il s’agit d’une mesure exceptionnelle et, ce afin de
cerner le résultat dégagé en propre, donc sans aide, par le syndicat mixte. Il convient de ne pas
tenir compte en produits de fonctionnement des 25
M€ inscrits au compte «
Transfert de
charges exceptionnelles
» sur 2022, qui retrace le transfert du prêt en recettes d’exploitation
ainsi que la comptabilisation des charges d’amortissement d’un montant de 2,5
M€ par an à
compter de 2022 et pour 10 ans.
Positif en 2021, le résultat d’exploitation retraité devient négatif en 2022 (
-16,4
M€) et
s’aggrave encore en 2023 (
-24
M€).
Ce déficit serait plus important si le SMGEAG avait versé
à l’ODE le montant exact des redevances facturées aux clients et dont l’objet consiste en théorie
à financer les actions de préservation de l’eau et des milieux aquatiques.
Le retraitement
effectué par la chambre porte sur
la suppression de l’inscr
iption du prêt en recettes
d’exploitation
et sur la suppression de la
charge d’amortissement correspondant
e (2,5
M€)
.
3.1.2
Des charges courantes d’exploitation en très forte augmentation et sous
-
estimées
Entre 2022 et 2023, l
es charges courantes d’exploitation
, hors amortissement, sont en
augmentation de 11,5
M€ soit +
16 %. Le tableau suivant indique le montant des charges
d’exploitation ainsi que les retraitements effectués par la chambre. Ceux
-ci concernent
l’intégration en charges des redevances versées à l’ODE et la suppression de la quote
-part
annuelle d’amortissement du p
rêt AFD/Bdt dans la mesure où de manière exceptionnelle, le
prêt a été inscrit en section de fonctionnement, faussant ainsi l’appréhension
de cette section.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
54
Tableau n° 9 :
l
es charges courantes d’exploitation
retraitées par la CRC
en €
Compte
2021
2022
2023
Achats et charges externes, dont:
4 441 199
26 967 866
34 260 993
605000
Achat d'eau
1 962 149
6 419 387
6 919 913
606100
Fournitures non stockables (eau, énergie)
130 703
5 292 363
5 475 819
606200
Produit de traitement
217 116
1 758 742
2 223 851
606800
Autres matières et fournitures non stockées
108 066
780 743
1 446 794
611000
Sous-traitance générale
646 675
1 468 930
3 399 004
613200
Locations immobilières
323 498
1 045 062
1 133 218
613500
Locations mobilières
364 596
1 703 114
2 106 626
615280
Entretien et réparation divers
94 154
943 328
1 636 489
622800
Divers
0
980 207
1 670 378
626200
Frais télécommunications
50 144
1 251 913
1 917 422
Impôts et taxes (comptes de gestion)
1 154 846
4 566 792
765 148
7012 et
706129
Redevance versée aux agences de l'eau au titre des prélèvements
4 843 154
10 277 896
Impôts et taxes (après retraitements)
1 154 846
9 409 946
11 043 044
Salaires et traitements (comptes de gestion)
6 716 646
22 962 768
25 107 142
641980
Traitements, salaires et appointements
2 210 467
1 471 619
698 696
Salaires et traitements (après retraitement)
8 927 113
24 434 388
25 805 838
Charges sociales
4 002 550
10 799 134
11 715 915
Autres charges
8 990
35 484
167 690
Dotations aux amortissements (comptes de gestion)
0
23 500 000
20 614 843
681200
Dotations aux amortissements des charges d'exploitation à
répartir
-2 500 000
-2 500 000
Dotations aux amortissements (après retraitements)
0
21 000 000
18 114 843
Dotations aux provisions - pour dépréciation des comptes des redevables
25 560 053
19 145 723
Total des charges d'exploitation (comptes de gestion)
16 324 232
114 392 097
111 777 453
Total des charges d'exploitation (après retraitements)
18 534 699
118 206 870
120 254 045
Source : comptes de gestion du SMGEAG
3.1.2.1
Des achats et charges externes en forte augmentation
Les achats et charges externes ont doublé entre 2021 (estimation en année pleine) et
2022. Il est noté
cependant qu’en 2021 l’activité était encore partielle et progressive.
Ils ont
augmenté de 27 % entre 2022 et 2023. Ils représentent environ un tiers des charges
d’exploitation.
À
l’intérieur de cet ensemble, 60
%
des dépenses concernent l’achat d’eau brute,
la fourniture d’électricité, la sous
-traitance générale, les locations mobilières et les produits de
traitement, soit 20
M€.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
55
Les importantes déperditions en eau sur le réseau obligent le SMGEAG à acheter de
l’eau brute à Karukér’ô
65
pour près de 7
M€ en 2023. Ce chiffre a cru entre 2022 et 2023 en
contradiction avec le PRE qui prévoyait des économies à réaliser sur ce poste. Ce recours au
réseau d’irrigation du département n’est pas nouveau, puisque l’ex
-SIAEAG et sa régie
RENOC
ainsi que l’ex
-régie
Eau d’Excellence
avaient conclu avec le département des conventions
d’achat d’eau b
rute pour des durées supérieures à dix ans.
Le paiement de l’eau brute au délégataire a été effectué sur la période sous revue sur la
base des conventions passées avec les anciens opérateurs. Une dépense a donc été engagée,
sans respecter les règles applic
ables en matière de contrôle budgétaire portant sur l’engagement
des dépenses
66
. La chambre invite fermement le SMGEAG à revoir l’ensemble des
conventions.
Les charges de sous-traitance, les produits de traitement et les fournitures non stockées
ainsi que l
es charges d’entretien et de réparation (+2,3
M€ entre 2021 et 2022 et +3,9
M€ entre
2022 et 2023) augmentent. Cette évolution traduit un engagement financier croissant consacré
à la lutte contre les déperditions d’eau
ainsi qu’un accroissement de l’activi
té stimulée par
l’augmentation des demandes de branchement et la montée en puissance du plan de
renouvellement des compteurs, dont il faut rapporter les résultats au triplement de ces charges
depuis 2021.
Les charges de télécommunication et d’affranchisse
ment ont bondi de 50 % entre 2022
et 2023. L’augmentation brutale des dépenses de cette nature est imputable principalement à
l’accroissement du nombre de factures traitées et au coût d’exploitation des solutions de
paiement mises à disposition des usagers (solution de paiement web, borne intérieure, automate
vocale, application mobile). Ainsi, le montant de ces prestations est passé de 0,68
M€ en 2022
à 1,2
M€ en 2023, ce qui représente environ 60
% des charges de télécommunication et
d’affranchissement.
Les dépenses de «
locations mobilières
» font partie des cinq postes les plus élevés de
la rubrique «
achats et charges externes
». Elles sont constituées à 85 % par des coûts de
leasing
et de locations de véhicules (1,8
M€ sur un total de 2,1
M€ de «
locations mobilières
» en 2023).
Cette indication est à rapprocher du parc surdimensionné de 349 véhicules du SMGEAG (cf.
4.1.2.5.2).
Le SMGEAG indique qu’une
note sur le sujet, présentée au CLA en novembre 2024,
prévoit de réduire en 2025 de 34 % le nombre de véhicules en location longue durée.
3.1.2.2
Les charges de personnel augmentent de près de 20 % en deux ans et représentent
45 % des produits de fonctionnement
Les charges de personnel (traitements et charges sociales) constituent le premier poste
de dépenses, so
it environ un tiers des charges d’exploitation sur les exercices 2022 et 2023
.
Elles représentent 45 % des produits de fonctionnement.
65
Karukér’o est le délégataire du conseil départemental pour le réseau d’eau brute agricole.
66
Article L. 131-13 du code des juridictions financières.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
56
Tableau n° 10 :
évolution des charges de personnel
en €
2021
2021 (estimation
année pleine)
2022
2023
Chapitre 12 "dépenses de personnel"
10 923 235
32 769 704
35 963 721
38 756 721
Evolution annuelle
9,7 %
7,8 %
Evolution entre 2021 et 2023
18,3 %
Source : comptes de gestion du SMGEAG
Les dépenses de personnel, pourtant étroitement surveillées par le CLA ont augmenté
de 8 %, notamment du fait des mesures prises dans le cadre des négociations annuelles
obligatoires 2023 et dont le coût est estimé à 1,1
M€ (augmentation générale des salaires de
base bruts de 1,5 % au 1
er
juillet 2023 et prime de partage de
la valeur d’un montant unique de
1 500
pour le personnel de droit privé). L’effectif, en contradiction avec l’objectif de
réduction du personnel prôné par le CLA
67
, a continué d’augmenter, passant de 504 en 2021 à
519 en juin 2024.
3.1.2.3
Les charges calculées (dotations aux provisions et amortissements) sont
sous-évaluées
Le SMGEAG a inscrit sur les exercices 2022 et 2023 respectivement 23,5
M€
et
20,6
M€
de
charges d’amortissement
, en
prenant en compte l’amortissement des
immobilisations. Le montant de l’amort
issement des immobilisations est sous-évalué en raison
du rattrapage d’amortissement à effectuer et estimé à au moins 18,7
M€.
La dotation de provision sert à couvrir une partie du risque de non-recouvrement des
factures d’eau. Ce risque est très important puisque le taux de recouvrement n’est que de 65
%.
Toutefois, la dotation est en diminution sur la période alors que le risque est resté quasiment
identique.
3.1.3
Le résultat d’exploitation est fortement négatif
Les charges de gestion courante sont d’un mont
ant supérieur aux produits, le résultat
courant d’exploitation est donc fortement négatif.
67
Soit 490 ETP en 2024
avenant n°1 au contrat d’accompagnement renforcé
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
57
Tableau n° 11 :
r
ésultat d’exploitation corrigé par la CRC
en €
2021
2022
2023
Total des produits d'exploitation
25 495 651
101 773 586
96 247 671
Total des charges d'exploitation
18 534 699
118 206 870
120 254 045
Résultat d'exploitation
6 960 952
-16 433 284
-24 006 375
Résultat d'exploitation retraité (dont le rattrapage de la
charge d’amortissement de 18,7 M€)
et la charge de la
dette vis-à-
vis de l’ODE à hauteur de 14 M€
-56 706 375
Source : comptes de gestion du SMGEAG corrigés par la CRC de Guadeloupe
Le résultat courant d’exploitation
2023 est un déficit de 24
M€
avant les retraitements
proposés par la chambre, à savoir :
le rattrapage d’amortissement évalué à 18,7
M€
et
l’étalement sur 10 ans du prête de 25
M€, soit 2,5
M€
.
L’analyse du résultat courant d’exploitation montre que le SMGEAG arrive à financer
à peine 75 %
de ses charges courantes, sans compter l’investissement nécessaire au maintien et
à l’amélioration du réseau. Le reste est financé par le contribuable.
3.1.4
Le résultat de l’exercice est déficitaire malgré un soutien financier exceptionnel
de 71,25
M€
Au
résultat courant d’exploitation s’ajoute le résultat financier et le résultat exceptionnel
pour former le résultat de l’exercice. Le résultat financier est négatif en raison de la charge des
emprunts.
Tableau n° 12 :
résultat financier
en €
Compte
2021
2022
2023
Produits financiers
0
0
0
66111 Intérêts réglés à l'échéance
34 047
1 004 935
2 696 425
66112 Intérêts rattachement des ICNE
428 722
191 923
6688 Autres charges financières
186
Charges financières
34 234
1 433 657
2 888 348
Résultat financier
-34 234
-1 433 657
-2 888 348
Source : comptes de gestion du SMGEAG
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
58
Le résultat exceptionnel traduit le soutien financier massif de l’
État :
Tableau n° 13 :
résultat exceptionnel
en €
Compte
2021
2022
2023
Produits exceptionnels, dont:
0
25 068 339
28 273 482
771800
Autres produits exceptionnels sur opérations de gestion
68 339
730 736
774000
Subventions exceptionnelles de l'Etat
0
24 000 000
774100
Subventions exceptionnelles de la collectivité de rattachement
0
3 000 000
778000
Autres produits exceptionnels
542 745
797000
Transfert de charges exceptionnelles
25 000 000
Charges exceptionnelles, dont:
0
21 071
822 498
671100
Intérêts moratoires et pénalités de marchés
21 071
673000
Titres annulés (sur exercices antérieurs)
801 065
Résultat exceptionnel
0
25 047 268
27 450 984
Source : comptes de gestion du SMGEAG
Les difficultés de mise en place de la facturation qui se sont poursuivies tout au long du
premier semestre 2022 ont privé pendant de longs mois le SMGEAG des redevances perçues
auprès des usagers et l’ont contraint pour assurer son financement à recourir à des apports
extérieurs (collectivités territoriales, banques de financement). En 2022, avant l’obtention d’un
prêt bancaire (première tranche de 25
M€ dont 17,25
M€ ont été affectés au budget eau), un
déficit prévisionnel cumulé de 50,8
M€ était envisagé au 31 décembre 2022 pour la section
d’exploitation
(cf. 2.2.1.4).
Dans la mesure où le syndicat mixte doit financer ses missions de SPIC par des
re
devances des usagers, ses membres ne peuvent lui accorder des subventions d’équilibre, sauf
exceptions encadrées prévues à l’article L
. 2224-2 du CGCT. Dès lors, la solution retenue a été
de faire bénéficier le SMGEAG d’un contrat de redressement outre
-mer (COROM) signé en
2023. Ce dispositif, introduit par amendement à la loi de finances initiale pour 2021, s’adresse
en principe aux communes ultramarines connaissant des difficultés financières structurelles
68
.
Aussi, 30
M€ en autorisation d’engagement
-crédits de paiement ont été inscrits par
amendement en loi de finances 2023 avec pour objectif un retour à l’équilibre financier dans le
cadre de la feuille de route signée le 8 novembre 2022. Cette enveloppe se compose de 27
M€
de subvention exceptionnelle de fonctionnement dont le versement est conditionné au respect
des engagements contractualisés et 3
M€ affectés au financement des
AT. Cette subvention,
ramenée à 24
M€ au vu de la qualité des livrables, permet au SMGEAG d’afficher un déficit
réduit par rapport à une projection du résultat comptable de -26,8
M€.
Le résultat exceptionnel indiqué dans le tableau ci-dessus ne tient pas compte de la
dotation initiale de 19,25
M€ versée par les collectivités membres du SMGEAG. Si on prend
en compte cette dotation, le prêt exceptionnel de 25
M€ octroyé par l’AFD grâce au soutien de
l’
État et à la garantie du département et de la région
et le versement de l’
État de 24
M€ et de
68
MM. Georges PATIENT et Teva ROHFRITSCH, Contrats de Redressement en Outre-Mer (COROM),
rapport d’information
, Sénat n° 756, 21 juin 2023.
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
59
3
M€ en 2023
du département et de la région
, c’est un soutien exceptionnel de 71,25
M€ qui
a
été octroyé au SMGEAG sur une période de moins de deux années et demi, c’est
-à-dire
l’équivalent d’une année complète de recettes de ventes d’eau et de prestations d’assainissement
(hors impayés).
À ce soutien financier,
s’
ajoute le coût salarial des onze AT
déployés par l’
État qui
contribuent activement à mettre en place les conditions de réussite du nouveau syndicat mixte
et qui sont notamment mobilisés pour mettre fin aux tours d’eau. Le dispositif complet
d’assistance technique est estimé par la cha
mbre entre 1,7
M€ et 3
M€ par an.
Grâce à ce soutien financier extérieur, le résultat de l’exercice
affiché par le syndicat
n’est pas déficitaire, hormis
en 2023 avec un déficit comptable de près de 2
M€.
Grâce à ces aides
, l’exercice 2022 se conclut sur
un résultat comptable positif de
4,68
M€. Avec un résultat d’exploitation 2023 de
-26,5
M€, soit une aggravation du déficit
2022 de 40 %, un résultat financier de -2,9
M€, l’exercice 2023 affiche un résultat comptable
moins déficitaire que prévu grâce à un résultat exceptionnel de 27,45
M€
obtenu grâce au
versement de 24
M€ de l’
État au titre du COROM et de 3
M€ de subventions exceptionnelles
de la région et du d
épartement. Il s’établit à
-1,94
M€.
Tableau n° 14 :
r
ésultat de l’exercice corrigé par la chambre,
hors subve
ntion exceptionnelle de l’Etat
en €
2021
2022
2023
Résultat d’exploitation
6 960 952
-16 433 284
-24 006 375
Résultat financier
-34 233
-1 433 657
-2 888 348
Résultat exceptionnel
0
47 268
450 984
Résultat de l'exercice
6 926 719
-17 819 673
-26 443 739
Source : CRC de Guadeloupe
Malgré le très conséquent
soutien financier de l’
État, de la région et du département, le
SMGEAG ne parvient pas à dégager des marges de manœuvre suffisantes pour financer son
activité. À
la phase de création difficile s’ajoutent des handicaps lourds à surmonter (une forte
rigidité de la masse salariale et une progression lente du taux de recouvrement).
3.1.5
La capacité d’autofinancement négative a été comblée par des apports
financiers extérieurs
La capacité d’autofinancement (CAF) est un indicateur qui exprime la capacité d’une
entité à se financer elle-même sans dépendre de sources extérieures comme les emprunts ou les
apports de capitaux extérieurs. Cette capacité s’entend sans le financemen
t de la dépréciation
des immobilisations c’est
-à-dire hors les dotations aux amortissements. Cette charge viendra
diminuer la capacité globale de
l’entité a s’autofinancer.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
60
Tableau n° 15 :
c
apacité d’autofinancement
retraitée
en €
CA 2021
CA 2022
CA 2023
Produits d'exploitation courant
25 495 651
101 773 586
96 247 671
Charges d'exploitation courantes
18 534 699
71 646 818
82 993 480
Excédent brut courant
6 960 952
30 126 768
13 254 191
+ Solde exceptionnel
0
-25 512 785
-18 694 739
dont produits exceptionnels, hors prêt AFD/Bdt en 2022 et subv. Except.
De l'Etat en 2023))
0
68 339
1 273 482
dont charges exceptionnelles (admission en non-valeur)
0
25 581 124
19 968 221
- résultat financier (consolidation des budgets)
34 047
1 433 657
2 888 348
CAF brute
6 926 905
3 180 327
-8 328 896
- Capital de la dette (consolidation des budgets)
178 430
2 166 198
5 353 180
= CAF nette
6 748 475
1 014 129
-13 682 076
Source : CRC de Guadeloupe
Dans le tableau précédent, le calcul de la CAF intègre le retraitement dans les «
charges
exceptionnelles
», ce que la chambre considère comme le montant de la dépréciation des
comptes de tiers qui devrait être passée en non-valeur par le compte 654 «
pertes sur créances
irrécouvrables
». Cette intégration se justifie par les difficultés structurelles de recouvrement
du SMGEAG, car les impayés ont une conséquence directe sur ses encaissements rendant
irrécouvrables ces montants pour ces deux exercices. Compte tenu de ces retraitements, le
SMGEAG di
spose d’une CAF nette positive en 2022 et négative en 2023, alors même qu’il doit
financer l’amortissement de ses immobilisations.
Le SMGEAG bénéficie de recettes d’investissements issues de subventions de l’
État et
de ses partenaires locaux. Si en 2022 ces financement ajoutés à la CAF ont couvert 91 % des
dépenses
d’investissement,
ils
ne
représentent
en
2023
que
22
%
des
dépenses
d’investissement.
Tableau n° 16 :
financement propre disponible
en €
CA 2021
CA 2022
CA 2023
= CAF brute
6 926 905
3 180 327
-8 328 896
+ Recettes d'investissement hors emprunt
705 054
4 417 034
13 022 767
= Financement propre disponible
7 631 959
7 597 361
4 693 871
Financement propre dispo / Dépenses d'équipement
5302 %
91 %
22 %
Dépenses d'investissement hors annuité en capital
143 948
8 383 864
21 157 089
Source : CRC de Guadeloupe
À
ces besoins de financement des investissements nouveaux, vient s’ajouter la nécessité
de prévoir le financement du renouvellement des installations anciennes. Ces dernières sont
financées par la dotation aux amortissements.
Le prêt de l’AFD et de la banqu
e des territoires
de 25
M€ en 2022 et la subvention exceptionnelle de l’
État de 27
M€ en 2023 viennent couvrir
ce manque de financement propre.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
61
Tableau n° 17 :
financements extérieurs apportés
en €
CA 2021
CA 2022
CA 2023
Financement propre disponible (A)
7 631 959
7 597 361
4 693 871
Dépenses d’investissement (hors annuité en capital) (B)
143 948
8 383 864
21 157 089
Dotation aux amortissements (C)
0
21 000 000
18 114 843
Total du besoin de financement (C+B-A=)
7 488 011
21 786 503
34 578 061
Apport en capital (dotation / emprunt / subvention Etat)
19 250 000
25 000 000
27 000 000
Source : CRC de Guadeloupe
3.1.6
Une dette non soutenable au regard des ressources propres
Le SMGEAG a un encours de dette significatif. Le financement de cette dette n’est pas
soutenable par les ressources propres (CAF) dont il dispose.
Tableau n° 18 :
ratio de désendettement
en €
CA 2021
CA 2022
CA 2023
Encours de dette au 31/12
ND
64 919 277
59 566 097
CAF brute
6 926 905
3 180 327
-8 328 896
Délai de désendettement en années
ND
20,4
non significatif
Source : CRC de Guadeloupe
3.1.7
Une trésorerie tendue
La trésorerie provient de l’excédent des ressources
de long terme sur les emplois de
long terme, c’est
-à-dire des apports en capital et des emprunts accordés au SMGEAG. Son
activité propre ne génère pas de trésorerie positive. En effet, les délais de recouvrement sont
longs alors que les décaissements interviennent dans des délais plus courts.
La trésorerie est très tendue (en moyenne 13
M€ en fin de mois pour 16,5
M€ de dettes
fournisseurs fin 2022 et 23,5
M€ fin 2023). Le taux de recouvrement des factures d’eau
demeure insuffisant pour soutenir un modèle économique viable. Dès les débuts du SMGEAG,
la trésorerie du syndicat a été en difficulté. Les dotations initiales, au-delà de la question de leur
inscription comptable, ont été versées par les membres du syndicat de manière étalée sur 2021
(13,05
M€) et 2022 (3,2
M€). Les subventions de trésorerie de la région et du département,
1,5
M€ chacun, ont permis au SMGEAG
in extremis
de passer le cap de l’exercice
2021.
Cependant, le montant total de ces dotations-subventions représente seulement trois mois
d’exercice, bien en deçà du besoin en fonds de roulement.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
62
3.2
Les résultats des actions
entreprises en vue d’un retour à l’équilibre
restent insuffisants
3.2.1
L’analyse financière prospective ne permet pas d’envisager un rétablissement
des finances dans un délai raisonnable
La prospective financière, réalisée par la chambre,
s’appuie sur le résultat d’exploitation
de l’année
2022 calculé hors prêt exceptionnel de 25
M€ en 2022
et hors subvention
exceptionnelle de l’
État de 27
M€ en 2023. Ce résultat comprend en revanche les dotations aux
provisions (hors quote-part du prêt, soit 2,5
M€) et aux amortissements. Elle est réalisée en
prenant un certain nombre d’hypo
thèses, modifiables en fonction des options choisies,
rappelées ci-dessous :
-
s
ur la production vendue (chiffres d’affaires) et les produits des services et des travaux
. À
compter de 2024 une augmentation de 2 % par an est opérée. Cette augmentation se base
sur une hypothèse conçue comme réaliste par les acteurs de la gestion du SMGEAG ;
-
l
es subventions d’exploitation (GEPU et DECI) sont mises à zéro car ces subventions
provenant des collectivités membres du SMGEAG, qui ont vocation à compenser les
dépenses réalisées sur ces services publics administratifs,
n’ont pas supporté de dépenses
significatives en 2023 ;
-
pour les achats et charges externes, le montant pour 2022 et 2023 est retraité (car certaines
charges comptées au titre des achats et charges externes relèvent en fait des charges de
personnel, comme les intérimaires par exemple). À compter de 2024, sont prises en compte
les réductions de charges envisagées par le SMGEAG : -1,4
M€ en 2024,
-300 000
€ en
2025 et à nouveau le même montant en 2026 ;
-
concernant les impôts et taxes, le SMGEAG devrait tirer des recettes supplémentaires en
raison de la révision à la baisse des redevances
de l’
ODE (cf. 3.1.1)
. Dans l’hypothèse
d’une diminution des taux des redevances, le produit à reverser à l’ODE passerait de
10
M€
à 5
M€, soit une diminution des charges de 5
M€
;
-
sur les charges de personnel, le montant 2022 et 2023 est retraité pour être conforme au
chapitre 012 «
charges de personnel
» du compte administratif.
L’hypothèse d’évolution
de ce chapitre s’inspire
de la «
trajectoire financière
» fixée par le CLA pour les années
2024 à 2027, soit un montant des charges de personnel identique en 2023 et 2024, une
baisse de 500 000
€ en 2025,
puis une baisse quasi identique en 2026 et 2027. Pour ce
dernier exercice, la charge de personnel serait réduite de 1,5
M€ par rapport à 2024. Le
rapprochement avec les services financiers du SMGEAG conduit à constater que le
maintien du même niveau de charges de personnel entre 2023 et 2024 ne sera pas réalisé.
Au contraire, cette charge serait portée à 39
M€ en 2024
au lieu de 37,5
M€
prévus pour
2024 selon la prospective réalisée par le SMGEAG.
Les dotations aux provisions et amortissements sont laissées inchangées sur la période.
Il sera à prévoir une augmentation des amortiss
ements corrélativement d’une part à l’intégration
en base des actifs réels des anciens opérateurs et d’autre part à l’intégration des nouveaux
investissements prévus dans le PPI.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
63
Tableau n° 19 :
Prospective financière prenant en compte certaines mesures d’économie
en €
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
Production vendue
67 986 874
61 118 902
62 341 280
63 588 106
64 859 868
66 157 065
67 480 207
Services + Travaux
27 245 023
25 922 161
26 440 605
26 969 417
27 508 805
28 058 981
28 620 161
Subventions d'exploitation
(GEPU/DECI)
3 795 265
6 774 920
0
0
0
0
0
Autres produits
1 274 805
1 732 990
1 767 650
1 803 003
1 839 063
1 875 844
1 913 361
Autres remboursements
1 471 619
698 696
712 670
726 924
741 462
756 291
771 417
Total des produits d'exploitation
101 773 586
96 247 671
91 262 205
93 087 449
94 949 198
96 848 182
98 785 146
Achats et charges externes
26 967 866
34 260 993
32 860 993
32 560 993
32 260 993
32 260 993
32 260 993
Impôts et taxes
4 566 792
765 148
0
0
0
0
0
Charges de personnel
35 233 522
37 521 753
39 000 000
38 500 000
38 000 000
37 500 000
37 500 000
Atténuations de produits
4 843 154
10 277 896
5 277 896
5 277 896
5 277 896
5 277 896
5 277 896
Dotations aux amortissements
21 000 000
18 114 843
18 114 843
18 114 843
18 114 843
18 114 843
18 114 843
Dotations aux provisions - pour
dépréciation des comptes des
redevables
25 560 053
19 145 723
19 145 723
19 145 723
19 145 723
19 145 723
19 145 723
Autres charges
35 484
167 690
0
0
0
0
0
Total des charges d'exploitation
118 206 870
120 254 045
114 399 454
113 599 454
112 799 454
112 299 454
112 299 454
Résultat d'exploitation
-16 433 284
-24 006 375
-23 137 249
-20 512 005
-17 850 256
-15 451 272
-13 514 308
Résultat cumulé d'exploitation
-16 433 284
-40 439 659
-63 576 908
-84 088 912
-101 939 168
-117 390 439
-130 904 748
Source : CRC de Guadeloupe
Au terme de cette
prospective, le déficit de 2024 n’est réduit que de moitié en 2028 et
le déficit cumulé
s’élève à
130
M€, ce qui traduit l’absence de
soutenabilité financière du
SMGEAG à moyen ou long terme. Aussi est-il nécessaire qu
’il
mette en œuvre des mesures
nettement plus volontaristes, permettant un redressement des finances à l’horizon de 2028.
3.2.2
Les mesures nécessaires au redressement du syndicat doivent permettre de
dégager 20
M€ par an
L’objectif de ressources supplémentaires
et d’
économies à réaliser doit correspondre à
20
M€
par an. Les mesures pour y parvenir pourraient être les suivantes :
3.2.2.1
L’augmentation des produits de gestion
3.2.2.1.1
L’augmentation de la valeur de la production vendue
Le volume d’eau vendue doit pouvoir augmenter au fur et à mesure de l’amélioration
du rendement du réseau et de la fin progressive des tours d’eau. Ce volume augmentera aussi
du fait de l’exécution du pro
gramme de renouvellement de compteurs, à la condition qu
ils
soient intégrés dans les bases de données du SMGEAG.
Le syndicat mixte doit impérativement mener une lutte contre les raccordements
«
sauvages
» au réseau, tant pour des raisons d’équité devant
le service public et
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
64
d’augmentation de l’autofinancement de l’opérateur que pour des raisons de sécurité sanitaire
du réseau.
La convergence tarifaire doit
conduire à la fixation d’un prix unique de l’eau étroitement
lié au coût réel de sa production et de sa distribution. Cette démarche
est nécessaire à l’équité
de situation entre les abonnés et à l’augmentation des ressources du SMGEAG. L’augmentation
de ressources peut être estimée à 3 % par an à compter de 2026.
3.2.2.2
La diminution des charges de gestion
3.2.2.2.1
L’a
ugmentation du recouvrement des créances permet de diminuer la provision pour
dépréciation des comptes de tiers
Des marges importantes de progrès sont possibles en matière de recouvrement,
notamment auprès des établissements publics et des professionnels d
ont les taux d’impayés sont
respectivement de 15 % et de 30 %
. Les administrations publiques ont un devoir d’exemplarité
et ne peuvent se soustraire à l’obligation de payer la fourniture d’eau potable
, dans la mesure
où elles sont destinatrices des factures idoines. Quant aux professionnels, à la différence des
particuliers, ils peuvent se voir couper l’eau en cas d’impayés, ce qui est un levier efficace
d’obtention des paiements. Dans ces deux domaines
, des actions très rapides doivent être
engagées.
Outre la performance du service, le SMGEAG doit améliorer la qualité de la
facturation en qualifiant correctement les comptes clients (particuliers versus entreprises,
« sirenage »), en renouvelant les compteurs et en les activant, en adressant une facture préalable
aux demandes de paiement.
L’objectif de
deux
points de recouvrement, compte tenu d’un taux de 64
% en 2024, est
un objectif réaliste jusqu’en 2026.
À compter de 2026, le recouvrement doit progresser pour
atteindre 80 % des créances en 2028. À titre d
’information, le taux de recouvrement au niveau
national se situe à 97,64 %
69
. Cette augmentation du recouvrement permettrait de diminuer à
terme la dotation aux provisions de 5
M€ à l’horizon de 2028.
3.2.2.2.2
La diminution de la masse salariale
Le redéploiement des agents et la diminution de leur nombre doivent suivre la mise en
place d’un organigramme cible. De très importants gains de productivité sont possibles,
aboutissant à la réalisation d’un service performant avec une consommation de ressources
moindre, soi
t une diminution de l’effectif de
50 agents
70
, au minimum,
à l’horizon de 2027.
69
SISPEA
Observatoire national d’eau et d’assainissement
: la valeur moyenne de l'indicateur de facture
d’eau non payée
au 1
er
janvier de l'année 2023 est de 2,36 %.
70
Hypothèse retenue par la chambre mais qui doit être considérée comme une fourchette minimale qui
permet de réduire les dépenses de personnel de 3
,4 M€ par an compte tenu de différents éléments
: sureffectif
constaté par la chambre à la direction clientèle et à la direction territoriale de Basse-Terre, sureffectif de 150
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
65
Les mesures agissant sur la productivité et
l’
efficience du service, qui devraient générer
à l’horizon de 2028
un gain de 5
M€ par an, sont les suivantes
:
-
la mise en place de la télégestion ;
-
la rationalisation du réseau d’agences avec le passage à l’agence en ligne à l’horizon de
2029 ;
-
l’augmentation de la durée réelle du temps de travail
et son corollaire la réorganisation du
temps de travail permettant la diminution drastique des heures supplémentaires et des
heures payées au titre de l’astreinte
;
-
le gel des salaires et des primes jusqu’à la fin complète des tours d’eau
, ce que le CLA
avait
d’ailleurs
préconisé (plus aucune augmentation hormis celles résultant de mesures
salariales prises par le gouvernement) comme une des conditions nécessaires au
rétablissement de l’équilibre budgétaire
.
Un plan de départs volontaires, évoqué dès la création du syndicat, bien que revu à la
baisse (150 départs envisagés à l’origine), n’a cessé d’être différé faute de moyens budgétaires
suffisants (le coût estimé pour 50 personnes est fixé à 3,4
M€). Il est impératif de le mettre en
place pour aboutir à la diminution des charges de personnel. Les collectivités membres du
syndicat mixte (EPCI notamment) peuvent participer à son financement.
3.2.2.2.3
La diminution des achats et prestations externes
L’augmentation des
gains de productivité liés au travail des agents doit aboutir à la
diminution des prestations externes et du recours au personnel intérimaire. La diminution du
recours à la sous-traitance peut faire économiser 450 000
€ par an à compter de 2025.
L’optimisation des coûts de gardiennage, notamment par la réduction du nombre d’agences
commerciales et le recours à la surveillance automatisée, peut faire économiser 500 000
€ par
an. Le SMGEAG doit également réduire les postes de charge liés à la gestion du parc
automobile.
Le SMGEAG consacre 7
M€ à l’achat d’eaux brutes agricoles au délégataire du
département. Les difficultés du réseau, qui ont contraint le syndicat à déconnecter les usines de
production du Nord Grande-Terre du
feeder
Belle-Eau-Cadeau, ont augmenté sa dépendance
vis-à-
vis du département. L’augmentation du volume d’eau produit et mis en distribution,
résultant des travaux
d’investissement et d’entretien du SMGEAG, doit aboutir à la diminution
des achats d’eau brute. Le gain attendu peut être de 500
000
€ en 2025, 2026 et 2027, soit
au
total, une charge économisée de 1,5
M€.
personnes évoqué par le ROB 2022, objectif de réduction fixé par le contrat d’accompagnement renforcé de 10
ETP et nombre d’agents atteints par la limite
d’âge de départ à la retraite de 2025 à 2027.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
66
Tableau n° 20 :
prospective prenant en compte des mesures plus ambitieuses
en €
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
Production vendue
67 986 874
61 118 902
62 341 280
63 588 106
66 805 664
70 186 031
73 737 444
Services + Travaux
27 245 023
25 922 161
26 440 605
26 969 417
27 508 805
28 058 981
28 620 161
3 795 265
6 774 920
Autres produits
1 274 805
1 732 990
1 767 650
1 803 003
1 839 063
1 875 844
1 913 361
Autres remboursements
1 471 619
698 696
712 670
726 924
741 462
756 291
771 417
Total des produits d'exploitation
101 773 586
96 247 671
91 262 205
93 087 449
96 894 995
100 877
148
105 042 383
Achats et charges externes
26 967 866
34 260 993
32 860 993
31 360 993
30 860 993
30 360 993
30 360 993
Impôts et taxes, dont:
4 566 792
765 148
0
0
0
0
0
Charges de personnel
35 233 522
37 521 753
39 000 000
38 000 000
36 500 000
35 000 000
34 000 000
Atténuations de produits
4 843 154
10 277 896
5 277 896
5 277 896
5 277 896
5 277 896
5 277 896
Dotations aux amortissements
21 000 000
18 114 843
18 114 843
18 114 843
18 114 843
18 114 843
18 114 843
Dotations aux provisions - pour
dépréciation des comptes des
redevables
25 560 053
19 145 723
19 145 723
17 804 670
16 033 359
15 440 927
14 747 489
Autres charges
35 484
167 690
0
0
0
0
0
Total des charges d'exploitation
118 206 870
120 254 045
114 399
454
110 558 401
106 787 091
104 194
658
102 501 220
Résultat d'exploitation
-16 433 284
-24 006 375
-23 137 249
-17 470 951
-9 892 096
-3 317 510
2 541 163
Résultat cumulé d'exploitation
-16 433 284
-40 439 659
-63 576 908
-81 047 859
-90 939 955
-94 257 465
-91 716 302
Source : CRC de Guadeloupe
La prospective établie ci-dessus prend en compte ces mesures volontaristes. Elle
identifie le rétablissement d’un résultat d’exploitation à l’horizon 2028.
Ce résultat ne permet
pas un autofinancement des investissements autre que par la dotation à l’amortissement des
immobilisations.
Recommandation n° 5.
: (
Performance
) d
égager des marges de manœuvre à hauteur de
20
M€ par an en vue d’un retour à l’équilibre financier.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
En raison des défaillances de paiement des factures par les usagers et des charges de
personnel et de fonctionnement, les produits d’exploitation ne couvrent que 75
% des charges
d’exploitation alors que le service de l’eau devrai
t se suffire à lui-
même pour l’exploitation et
l’investissement. Hors dotation initiale, prêts exceptionnel
s et subventions de fonctionnement
de l’
État, le résultat cumulé du SMGEAG des exercices 2021 à 2023 est un déficit de plus de
37
M€. L’
État a compensé ce
déficit d’exploitation du SMGEAG par la facilitation d’un prêt
de 25
M€
et par des subventions de fonctionnement directes de 27
M€ en 2023 et 20
M€ en
2024, soit un total de 73
M€. Le
département et la région ont apporté pour leur part une
dotation de démarrage de 16
M€ en 2021.
Sans une action volontariste sur les charges de fonctionnement et sur le recouvrement
des factures, le SMGEAG n’est pas en mesure de rétablir ses finances à moyen terme. En effet,
même avec un certain nombre de mesures d’économie dans le cadre d’une gestion rigoureuse,
le déficit cumulé en 2028 pourrait atteindre 130
M€, avec un résultat d’exploitation
déficitaire
évalué à 20
M€ par an.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
67
Des mesures fortes doivent donc être engagées pour parvenir à un équilibre au moins
sur l’exploitation, en 2028. La mesure la plus efficace concerne l’obtention du paiement par
les usagers de leurs factures. Un paiement conforme aux standards nationaux permettrait de
résoudre 80 % des problèmes financiers du SMGEAG. Les autres mesures concernent la mise
en place d’un plan de réduction des effectifs d’un minimum de 50 agents
et un gel des charges
de personnel pour les agents en place. Enfin, des économies de gestion peuvent être réalisées
notamment par
la fermeture d’agences et la facilitation des
démarches à distance.
___________________________________________________________________________
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
68
4
LES INSUFFISANCES DU PILOTAGE DES RESSOURCES
HUMAINES
ENTRAVENT
LA
PERFORMANCE
DE
L’
ÉTABLISSEMENT
À la création du SMGEAG, le besoin de pilotage des ressources humaines (RH) était
fort en termes d’harmonisation des pratiques, des statuts et des processus issus des anciennes
régies. En dépit de ces enjeux, le poste de directeur des ressources humaines (DRH) est resté
vacant jusqu’en juin 2023
inclus
(un cadre a assuré l’
intérim en 2021 et en 2022), empêchant
la conduite des chantiers nécessaires, malgré
un travail d’accompagnement assuré par une
assistance technique RH.
Le climat social tendu sur la période avec pas moins de cinq mouvements de grève
71
a
contraint le pilotage des RH. L
’arrivée du nouveau directeur général
, en janvier 2023, a permis
d’instaurer
de nouveau un dialogue social.
4.1
Les charges de personnel doivent être réduites
4.1.1
Le recours très couteux à du personnel extérieur malgré un effectif nombreux
4.1.1.1
Un effectif en surnombre
La création du SMGEAG a entraîné le transfert au 1
er
septembre 2021 des personnels
des anciennes régies. Il est relevé que la CAGSC a transféré 141 agents affectés aux services
eau et assainissement dont certains
qui ne disposaient d’aucune compétence dans le domaine
de l’eau et de l’
assainissement. Dans sa réponse aux observations de la chambre, la CAGSC
indique que le nombre d’agents transférés correspond au nombre d’agents inscrits au tableau
des emplois du service de l’eau et de l’assainissement de la communauté d’agglomération. La
chambre constate que si ce chiffre est bien celui des effectifs inscrits au budget, le contrôle a
montré que plusieurs agents ne disposaient pas des compétences requises.
71
Cf. tableau 46 de l’annexe 5.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
69
Tableau n° 21 :
transfert au SMGEAG en 2021 des effectifs en provenance des anciennes régies
Titulaires FPT
Contractuels
CDD
Contractuels
CDI
Nombre de
salariés
Ratio en %
CAGSC
105
36
141
27
EAU D’EXCELLENCE
8
120
128
25
SIAEAG
20
99
119
23
RENOC
5
71
76
15
SAINTE-ROSE
36
36
7
TROIS-RIVIERES
15
1
1
17
3
CANBT
4
4
1
Total
193
1
327
521
100
Source :
rapport d’orientation budgétaire (
ROB) 2022
72
Les effectifs en provenance des trois premiers opérateurs représentent 75 % des
transferts. Compte de tenu du volume
de l’effectif transféré, les charges de personnel
représentent en moyenne sur trois ans (2021-2023) 45 % des produits de gestion.
Le SMGEAG débute son existence avec 521 agents transférés
73
, gérés sous des statuts
différents et avec des conditions de rémunération très variées. Un chantier complexe
d’harmonisation des carrières et des conditions de rémunération a été conduit.
La priorité
donnée à ce sujet a placé au second plan d
’autr
es chantiers dir
igés vers l’amélioration du service
comme la gestion du temps de travail, la définition d’une organisation cible, etc
.
L’ordonnateur indique dans sa réponse que l’idée d’un plan
de départ de volontaires a
été abordée mais la chambre constate
qu’aucune concrétisation n’est intervenue sur la réduction
des effectifs.
En juin 2024
, l’effectif s’élevait à 5
19 agents
74
. Compte tenu de ce sureffectif, le rapport
d’orientation budgétaire pour 2022 prévoyait déjà la mise en place d’un plan de départs
volontaires avec la réduction de 50 équivalents temps plein (ETP) par année sur la période de
2021 à 2023. Le
ratio d’agents pour 1
000 abonnés s’élève à
2,96
75
soit largement au-dessus du
ratio standard que le syndicat reconnaît dans sa réponse, soit entre 2 et 2,5 agents pour 1 000
abonnés.
Cependant, cet objectif
de réduction d’effectifs n’a pas été repris par la suite ni en interne
ni par le CLA. La feuille de route concertée de novembre 2022 a remplacé cet objectif par
l’action de réaliser un diagnostic
RH
permettant de définir l’adéquation des missions et des
moyens. Le contrat d’accompagnement renforcé modifié ne prévoit plus qu’un objectif de
réduction de 10 ETP et de 1,2
M€ de masse salariale assorti d’une mission d’accompagnement
72
Les chiffres du ROB 2022 ne correspondent pas au registre du personnel qui indique un effectif à 512
agents au 1
er
septembre 2021.
73
ROB 2022.
74
SMGEAG
Effectifs au 30/06/2024
75
Le chiffre de 2,96 résulte de la division de 519 (agents) par 175 (milliers d’abonnés)
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
70
«
pour l’atteinte d’un
e organisation-cible et efficiente
».
L’
objectif, déjà revu à la baisse,
n’est
pas atteint puisque l’effectif
a augmenté de 12 ETP entre le 31 décembre 2023 et le 1
er
août
2024, portant l’effectif total
de 503 à 515 ETP
76
. Le SMGEAG a justifié la non-atteinte de cet
objectif par les besoins en termes de compétences spécifiques pour suivre les opérations
d’investissement relatives au renouvellement des réseaux. Concernant spécifiquement 2024,
sept salariés sur les douze supplémentaires proviennent des effectifs transférés au SMGEAG
suite à la fin de la délégation de service public sur la commune de Deshaies.
L’option a été retenue
de travailler sur l’organisation
-cible du SMGEAG qui permettra
d’identifier les postes dont la structure a strictement besoin
. Pour ce travail, le SMGEAG a
choisi de se faire accompagner par un cabinet extérieur. Ce choix aboutit à repousser le
règlement de la problématique des effectifs à 2025 alors que ce travail aurait pu être réalisé en
interne de façon plus rapide.
L’
objecti
f de réduction du nombre d’ETP ne semble pas
, pour
l’heure,
être une priorité dans la gestion du SMGEAG
77
, ce que conteste le syndicat dans sa
réponse. La chambre constate néanmoins
qu’il n’a pas eu de traduction concrète
à ce jour.
4.1.1.2
…qui n’évite pas le
recours coûteux et croissant à du personnel intérimaire et à des
prestataires externes
Dans ce contexte d’un effectif surnuméraire, le SMGEAG a recours de surcroît à du
personnel intérimaire. Un marché a été attribué en ce sens pour un montant de 3
M€
.
12 intérimaires sont mobilisés
pour une durée d’un an renouvelable
à la recherche et à la
réparation des fuites
d’eau
et au traitement des réclamations des usagers en attente. Cette
prestation représente un coût mensuel de 75 000
pour le 1
er
semestre 2024. En outre, le
SMGEAG a recours à des sous-traitants pour un grand nombre de prestations dont le montant
s
’est
monté à 2,48
M€ en
2023. Ces charges de fonctionnement concernent, en partie, des
activités qui devraient être assurées par les agents du SMGEAG. Cette externalisation pallie le
manque de productivité et de formation de certains agents.
Dans sa réponse, le SMGEAG explique le «
sureffectif observé
» par le «
transfert
excessif par certains anciens opérateurs d’agents dont les profils ne sont pas adapt
és
». Il est
donc contraint à recourir à des intérimaires «
pour accélérer les mesures de résolution du
problème de manque chronique d’eau
».
76
Suivi des indicateurs du contrat COROM au 15 septembre 2024
77
PV de CSE du 23 mars 2023 : «
M. AGBEKODO indique avoir exposé devant le comité des financeurs
[…] que la masse salariale du SMGEAG n’est pas sa priorité. […] Son métier est celui d’un exploitant.
L’exploitation nécessite des frais de personnel. Il déclare avoir besoin de personnel pour atteindre les objectifs.
»
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
71
Tableau n° 22 :
prestations réalisées par des intérimaires
Objet
Montant
Durée
Regroupement, mise sous pli, affranchissement et mise en poste des
factures et courriers
0,6
24 mois
Renouvellement des compteurs
(dépense d’investissement)
24
12 mois
Régularisation administrative des captages d’eau potable sur le
périmètre du SMGEAG
3,625
24 mois
Externalisation du centre d’appels
0,34
12 mois
Accompagnement stratégique et relation presse
0,3
12 mois
Mission d’accompagnement à la mise en place d’une organisation
-
cible et d’un dispositif de réduction des effectifs
Non communiqué
6 mois
Source : SMGEAG
4.1.2
Des rémunérations très
élevées s’accompagnent de primes et avantages
irréguliers
4.1.2.1
Des rémunérations parmi les plus élevées au niveau national
La rémunération nette mensuelle moyenne des agents du SMGEAG, en 2024
78
,
s’établit
à 3 715
pour les contractuels de droit privé contre 2 730
€ au niveau national
, à 3 228
pour
les fonctionnaires et 2 694
pour les contractuels de droit public
79
. Tous statuts confondus, elle
est en moyenne de 3 526
nets contre 2 039
80
au niveau national pour les agents de la fonction
publique territoriale
81
. Elle représente donc 172 % du salaire net moyen national des agents de
la fonction publique territoriale.
Les dix rémunérations brutes les plus élevées au SMGEAG représentent 1 292 434
par an. Seules neuf collectivités de grande taille au niveau national sur les 329 qui ont publié
cet indicateur atteignent au moins ce niveau. En effet, par rapport aux autres collectivités
d’outre
-mer du panel, le SMGEAG est bien au-dessus du niveau moyen, hormis la région de
Réunion où le nombre de postes d’un niveau d’administrateur ou d’ingénieur en chef est bien
plus élevé qu’au SMGEAG
et où l’indemnité de vie chère est à 53
% contre 40 % en
Guadeloupe.
78
De janvier à juillet 2024.
79
Les fonctionnaires bénéficient de la prime de vie chère de 40 % portant uniquement sur le traitement
de base et non les primes qui représentent une part significative de la rémunération nette. L’écart avec la moyenne
nationale est donc à pondérer, compte tenu de cette spécificité.
80
2
006 € pour les syndicats mixtes.
81
Les rémunérations dans la fonction publique en 2021
édition 2023.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
72
Tableau n° 23 :
sommes des dix plus hautes rémunérations - en
des collectivités d
’outre
-mer
SIREN de
l'établissement
Nom de l'établissement
Somme des dix
plus hautes
rémunérations
239740012
Région la Réunion
1 376 614
SMGEAG
1 292 434
229740014
Département de la Réunion
1 247 873
229850003
Département de Mayotte
1 140 542
249740119
CA Intercommunale du Nord de la Réunion (CINOR)
1 108 548
200055507
CTM - Collectivité Territoriale Martinique
1 090 426
249720061
CA du Centre de la Martinique (CACEM)
973 280
249720053
CA de l'Espace Sud de la Martinique (CAESM)
960 854
200041788
CA Cap Nord Martinique
949 216
249740093
CA Intercommunale de la Réunion Est (CIREST)
856 472
Source : ministère de la fonction publique
Si le SMGEAG estime que ce niveau de rémunération est justifié s’agissant d’un service
public industriel et commercial à forte composante technique, avec notamment un
fonctionnement en astreinte
, il n’en demeure pas moins que les autres collectivités avec
lesquelles la chambre compare le SMGEAG comprennent, pour les trois premières et la CTM,
des postes avec des niveaux de responsabilité plus élevés que ceux du SMGEAG au regard du
budget et des effectifs gérés. Ces collectivités exercent également, pour certaines, les
compétences eau et assainissement.
4.1.2.2
Des rémunérations qui ont continué de progresser sous
l’effet d’une concurrence
entre catégories de salariés (statut de droit privé et de droit public)
4.1.2.2.1
L’extensio
n coûteuse des avantages de la fonction publique aux agents de droit privé
Les fonctionnaires, conformément au statut de la fonction publique, bénéf
icient d’une
rémunération indiciaire qui évolue en fonction de la valeur du point d’indice de la fonction
publique. Les salariés du secteur privé ne sont pas dans une position statutaire mais dans une
position contractuelle, et leur situation est régie par le contrat, la convention collective nationale
des services de l’eau et de l’assainissement et l’accord de substitution du SMGEAG
. Aucune
règle n’impose à l’administration du SMGEAG d’aligner les revalorisations applicables d’
une
catégorie de personnel à
l’autre d’autant que les situations de chacune d’elles
sont différentes.
Pourtant, la hausse du point d’indice de 1,5
% intervenue le 1
er
juillet 2023 a été étendue aux
salariés de droit privé du SMGEAG
82
dans le cadre des négociations annuelles obligatoires. Le
82
Compte-rendu du comité de direction du 16 octobre 2023 et accord NAO 2023.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
73
SMGEAG, dans sa réponse aux observations provisoires de la chambre, précise que cette
hausse reste bien en dessous des revendications des représentants syndicaux d’aligner
l’augmentation sur celle du taux d’inflation.
Le droit à un déroulement de carrière est également une spécificité de la fonction
publique. Le fonctionnaire territorial bénéficie ainsi, de droit, d’avancements d’échelon et, sur
proposition de l’autorité territoriale, d’avancement de grade et de promotion interne. Or, par un
relevé de décisions lors des réunions avec le syndicat UNSA des 21 et 22 mars 2024, le
président du SMGEAG a entériné l’examen par une «
commission d’avancement
» tous les trois
ans de la situation individuelle des salariés de droit privé, avancement également prévu dans
l’accord de substitution du 3 novembre 2022
(cf. 4.1.2.4.).
4.1.2.2.2
L’extension
onéreuses des avantages du secteur privé aux fonctionnaires et
contractuels de droit public
L’attribution d’une prime de partage de la valeur
83
a été décidée lors des négociations
annuelles obligatoires d’octobre 2023 pour les personnels de droit privé
84
. Le SMGEAG a fait
le choix d’attribuer aux personnels de droit
privé cette prime facultative à hauteur de 1 500
bruts par agent, avec exonération de charges dans certains cas.
Au regard de la situation critique du SMGEAG tant en matière financière que du point
de vue de ses faibles résultats opérationnels, l’octroi d’une telle prime
apparaît incongru.
Pourtant, par délibération du 19 décembre 2023, le CS
l’a étendue aux fonctionnaires et
contractuels de droit public, sachant qu’elle a été instituée comme une prime facultative par la
loi n° 2022-1158 du 16 août 2022
85
.
4.1.2.3
En l’absence de mise en pla
ce du RIFSEEP, nombre de primes accordées
n’ont
plus de base légale
Le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de
l’engagement professionnel (
RIFSEEP) a été instauré par le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014
au prof
it des fonctionnaires de l’
État. Il concerne par voie de conséquence tous les cadres
d’emplois équivalents de la fonction publique territoriale
86
. Il a vocation à se substituer aux
régimes indemnitaires existants, au fur et à mesure de la parution des
arrêtés d’application.
Dans le même temps, une partie des textes prévoyant les indemnités qui devaient être
remplacées par le RIFSEEP ont été abrogés. Ces indemnités ne peuvent donc plus être versées
aux agents qui en bénéficiaient. Les collectivités territoriales et leurs établissements publics
83
Instituée par la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022 portant mesures d'urgence pour la protection du
pouvoir d'achat.
84
Compte-rendu du comité de direction du 16 octobre 2023 et accord NAO 2023.
85
Portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat et le décret n°
2023-1006 du
31 octobre 2
023 portant création d’une prime de pouvoir d’achat exceptionnelle pour certains agents publics de la
fonction publique territoriale.
86
Article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique
territoriale puis articles L. 714-4 à L. 714-13 du CGFP.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
74
étaient donc fortement incités à le mettre en place rapidement pour sécuriser le régime
indemnitaire de leurs agents.
Or, le syndicat mixte
ne l’a pas mis en œuvre et verse à ses agents
fonctionnaires des
primes qui ont perdu leur base légale :
-
l
’indemnité spécifique de service (ISS)
87
pour les personnels de la filière technique n’a
plus de base légale depuis le 1
er
janvier 2022. Pour le 1
er
semestre 2024, douze agents la
percevaient encore pour un montant total de 64 345
;
-
la prime de service et de rendement (PSR)
88
pour les personnels de la filière technique n’a
plus de base légale depuis le 20 décembre 2021. Pour le 1
er
semestre 2024, dix
agents l’ont
perçue pour un montant total de 14 098
;
-
l
’indemnité d’exerci
ce des missions des préfectures (IEMP)
89
pour les personnels de la
filière administrative et médico-sociale et les personnels de catégorie C de la filière
technique n’a plus de base légale depuis le 7
mai 2017. Pour le 1
er
semestre 2024, 150
agents l’ont pe
rçue pour un montant total de 247 960
.
Cette pratique est contraire au principe selon lequel des primes ne peuvent être versées
si elles ne sont pas instituées par un texte législatif ou réglementaire
90
et ne respectent pas le
principe de parité avec les
fonctionnaires d’
État
91
.
Faute de mise en place du RIFSEEP, le syndicat mixte a ainsi versé des primes et
indemnités dépourvues de fondement juridique entre le 1
er
septembre 2021 et le 31 juillet 2024.
Le CS
a adopté ses règles d’attribution du
RIFSEEP le 14 mars 2024 mais, pour autant, au
31
juillet dernier, ce nouveau régime n’avait toujours pas été appliqué aux fonctionnaires du
SMGEAG. Celui-ci est donc appelé à mettre en place dans les meilleurs délais ce dispositif. Le
En réponse, le SMGEAG indique l
’avoir mis en place sans en apporter la preuve.
87
Le décret n° 2021-1681 du 16 décembre
2021 et l’arrêté du 5 novembre
2021 ont abrogé les articles 2
à 9 du décret 2003-
799 du 25 août 2003 et l’arrêté du 25 août 2003.
88
Le décret n° 2021-1681 du 16 décembre 2021 ne désigne plus les ingénieurs des travaux publics de
l’Etat et les techniciens supérieurs du développement durable comme étant bénéficiaires de cette prime. Celle
-ci
ne peut donc plus être versée aux ingénieurs ni aux techniciens territoriaux dont le régime indemnitaire est versé
en référence à ces corps de l’Etat.
89
Le décret n° 2017-
829 du 5 mai 2017 et l’arrêté du 5 mai 2017 ont abrogé le décret n°
97-1223 du
26 décembre 1997 et l'arrêté du 24 décembre 2012.
90
Article L. 712-1 du code général de la fonction publique «
Les fonctionnaires ont droit, après service
fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement
ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire
».
91
Article L. 714-4 du code général de la fonction publique «
Les organes délibérants des collectivités
territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires de leurs agents, dans la limite de
ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat
».
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
75
4.1.2.4
Un accord de substitution qui aligne les avantages des salariés de droit privé vers
le haut
Certaines anciennes régies
92
disposaient pour leurs salariés d’un accord collectif
déterminant les droits et les obligations des salariés de droit privé. Lors de la création du
SMGEAG, il a fallu harmoniser les conditions applicables et créer un régime commun à
l’ensemble des salariés de droit privé du syndicat
mixte. Dans cette attente, les salariés de droit
privé ont
donc continué de percevoir leur rémunération antérieure jusqu’à la signature d’u
n
accord de substitution aux accords existants le 3 novembre 2022 en application des dispositions
du code du travail.
Pour définir l’accord de substitution, le
syndicat a chois
i d’harmoniser les
situations en appliquant à chaque fois les
dispositions les plus favorables pour l’ensemble des
salariés, avec un surcoût pour l’établissement
qui peut être évalué à près de 400 000
par an.
Le syndicat mixte
devra s’interroger sur le maintien d’un certain nombre de primes au
regard de sa situation financière
en dénonçant ou en révisant l’accord de substitution
conformément à son article 13.
4.1.2.5
Des
pratiques d’octroi d’
avantages importants
4.1.2.5.1
Le paiement des jours de grève au début de la période sous revue
Le syndicat mixte connaît régulièrement des mouvements de grève qui paralysent
l’activité des services
. L
es grévistes occupent ou bloquent l’accès
aux locaux, sans que
l’établissement n’émette d’injonctions à les évacuer. Les non
-grévistes ne peuvent donc pas se
rendre sur leur lieu de travail, c
e qui autorise en cas d’urgence l’établissement à recourir au
x
voies de droit pour faire cesser ces entraves. Le SMGEAG
n’a pas utilisé cette faculté.
Dans certains cas, l’atteinte à cette liberté
peut constituer une infraction pénale
93
.
Le SMGEAG a mis en place tardivement un processus formalisé de recensement des
grévistes, et n’est pas en mesure d’indiquer leur nombre
sur une partie de la période contrôlée.
Or, en grève, l’agent public est réputé
ne pas avoir rempli ses obligations de service et ne peut
donc pas percevoir une rémunération. L’établissement doit par conséquent procéder à une
retenue automatique sur celle-ci. Le syndicat mixte
a indiqué que des constats d’huissier avaient
été dressés à partir de juillet 2023 et que les premières retenues sur salaire avaient été opérées
en décembre 2023.
Cependant, un contrôle, par la chambre, des jours de grève sur un échantillon de dix
agents grévistes au cours du mois de mars 2024 montre qu’aucun d’
entre eux
n’a fait l’objet
d’une retenue sur sa rémunération. Lors du dialogue social, le président
du SMGEAG
s’est dit
d’accord avec le principe de l’absence de retenue de salaire en cas de jour de grève lors
des
réunions du comité social économique (CSE) des 21 et 22 mars 2024. La chambre rappelle que
92
La RENOC
,
Eau d’Excellence
et le SIAEAG.
93
Article 431-1 du code pénal.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
76
le syndicat mixte
n’a pas la faculté de déroger à cette règle
pour les fonctionnaires
94
. Le
SMGEAG indique qu’il n’a pas dérogé à cette règle depuis mars 2024, sans apporter d’éléments
probants pour étayer cette affirmation.
4.1.2.5.2
L
’utilisation
irrégulière des véhicules de service et des véhicules de fonctions
Au cours de la période sous revue, le CS
du SMGEAG n’a pas pris de délibération visant
à mettre à disposition de ses agents des véhicules que leurs fonctions autoriseraient alors que
c’est une obligation annuelle
.
Plusieurs notes et règlements de service ont été rédigées pour encadrer les règles
d’utilisation des véhicules au sein de l’établissement. Un nouveau projet
de règlement de
service du 16 janvier 2024 a été présenté pour avis au comité social territorial (CST) et au
CSE
95
. Le syndicat déclare, dans sa réponse,
que le comité syndical l’
a validé le 20 décembre
2024 et
qu’il a été mis en œuvre par note de service l
e 17 mars 2025. En tout état de cause, le
syndicat souligne les difficultés persistantes de l’encadrement
à faire respecter les règles de
base.
L’obligation de remplir un carnet de bord n’est apparue que dans le dernier règlement de
service et l’absence du
carnet dans les véhicules ne permettait pas de contrôler les déplacements
effectués par les utilisateurs des véhicules de service et de fonctions.
Même si le service d’eau et d’assainissement nécessite une présence sur le terrain, le
nombre de 349 véhicules pour 509 salariés dont 317 véhicules de service (y compris
100 voitures particulières) et 32 véhicules de fonctions est disproportionné, quand on compare
ce nombre également
au nombre d’abonnés (1
75 000)
et à d’autres structures
de taille
équivalente
96
. La chambre recommande de limiter le nombre de véhicules de fonctions à deux
et de réduire de cent unités la flotte de véhicules de services pour se rapprocher des standards
nationaux. Dans sa réponse, le SMGEAG indique que ces avantages en nature sont prévus aux
contrats des salariés concernés et qu’il ne peut
y revenir. La chambre souligne que le syndicat
peut, au contraire, revenir sur un avantage prévu au contrat en application
de l’article L.
1222-
6 du code du travail, en raison de sa situation économique.
En outre, sur vingt-deux situations examinées par la chambre,
pour un tiers d’entre
elles,
les avantages en nature étaient soit non déclarés, soit déclarés à une valeur inférieure à la valeur
légale. Le SMGEAG doit
se mettre en conformité avec l’article 3 de l’arrêté ministériel modifié
du 10 décembre 2022 relatif à l’évaluation des avantages en nature en vue du calcul des
cotisations de sécurité sociale.
Le président du SMGEAG dispose d’un véhicule
de fonctions depuis le 1
er
septembre
2021
97
. Or, les élus locaux ne peuvent disposer que d’un véhicule de service dont l’utilisation
94
Article L. 712-1 du CGFP et article 4 de la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 de finances rectificative
pour 1961.
95
Le CST est l’instance représentative du
personnel pour les fonctionnaires, le CSE est celle qui concerne
les contractuels de droit privé.
96
Rapport de la chambre régionale des comptes Auvergne Rhône Alpes - Syndicat intercommunal des
eaux de la région grenobloise (Isère) - Exercices 2008 à 2012 : le syndicat intercommunal des eaux de la région
grenobloise (28 véhicules pour 230 663 habitants desservis).
97
Délibération n° cs2023-12-172/8.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
77
est limitée aux trajets professionnels et en aucun cas pour des déplacements privés
98
. Le
SMGEAG doit régulariser sans délai cette situation
, ce qu’il s’est engagé à faire dans sa
réponse.
Recommandation n° 6.
: (
Régularité
) adapter la flotte de véhicules au strict besoin de la
structure par une délibération conformément
à l’
article
L. 5211-13-1 du code général des collectivités territoriales.
4.1.2.5.3
Le non-
respect de l’obligation des 1
607 heures travaillées
Le nombre de jours de congés octroyés aux agents du SMGEAG est supérieur aux jours
légaux. Le seul jour férié spécifique à la Guadeloupe est le 27 mai relatif à la commémoration
de l’abolition de l’esclavage. Ce jour a été instauré par la loi
n° 83-550 du 30 juin 1983 relative
à la commémoration de l’abolition de l’esclavage et fixé pour chacune des collectivités
concernées par le décret n° 83-1003 du 23 novembre 1983. Six autres jours dits fériés accordés
99
«
traditionnellement
» par le
SMGEAG à ses agents de droit public ne résultent d’aucun texte
législatif ou réglementaire. Le SMGEAG
répond qu’il souhaite
aligner le régime des agents
publics sur celui des agents privés, en contradiction avec la réglementation.
Pour les salariés de droit privé
100
, cinq jours sont accordés, sachant que pour le lundi
gras, le jour de la mi-carême, le 24 décembre et le 31 décembre, les agents sont autorisés à
quitter leur service à midi au lieu de 14 heures ou 14 heures 30 sans avoir à récupérer ces heures
non effectuées. L
es conventions collectives ou l’accord d’entreprise peuvent prévoir des jours
de congé au-delà de la réglementation, contrairement aux agents publics. Pour tous les salariés,
le
lundi gras donne lieu à une autorisation d’absence à partir de midi.
La loi n° 2008-351 du 16 avril 2008 relative à la journée de solidarité a institué une
journée de solidarité pour l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées pour
les sa
lariés de droit privé et de droit public. Pour les salariés, elle prend la forme d’une journée
de travail non rémunérée de 7 heures. La journée de solidarité a été arrêtée par le SMGEAG au
25 décembre en 2023
101
et au lundi de pentecôte à partir de 2024. Cet
te obligation n’a donc pas
été respectée en 2022.
98
Conformément à un principe posé par la loi et régulièrement rappelé par le Conseil d’État, les fonctions
d’élu local sont gratuites. Toute dérogation apportée à ce principe, qu’il s’agisse d’indemnités ou d’avantages en
nature, doit dès lors être prévue par un texte exprès (Conseil d’État, 27 juillet 2005, n° 259004). L’article L. 2123
-
18-1-1 autorise le conseil municipal à mettre un véhicule à disposition, entre autres, de ses membres, lorsque
l’exercice de leurs mandats le justifie.
99
CST du 12 juillet 2023.
100
Mardi gras, mercredi des cendres, mi-carême, vendredi saint, deux novembre et vingt-et-un juillet
cf. accord de substitution.
101
Note d’information du 15 décembre 2023.
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78
Tous ces avantages octroyés sans base légale sont évalués, par la chambre, à 12 ETP,
soit un coût supplémentaire de 903 060
102
par an, sachant que la durée annuelle du temps de
travail n’
est pas respectée.
4.2
Le pilotage des RH doit s’orienter vers la mise en place d’une
organisation-cible
4.2.1
Un pilotage des emplois et des compétences défaillant
4.2.1.1
La gestion coû
teuse du recrutement de l’ancien directeur général des services
Le SMGEAG a procédé au recrutement le 16
mai 2022 d’un directeur général des
services (DGS)
sur un poste correspondant au grade d’ingénieur en chef hors classe. M.
B. a
été nommé à ce poste dans le cadre d’une procédure de mutation, sans que les vérifications
nécessaires n’aient été effectuées.
En effet, les informations obtenues postérieurement à son
recrutement ont permis de constater qu’il n’était titulaire que du grade d’ingénieur en
chef
.
Le
président du SMGEAG a, en conséquence, mais tardivement, retiré le 7 juillet 2022, son arrêté
de nomination par voie de mutation. La chambre relève la méconnaissance du statut de la
fonction publique territoriale par son président et son service des ressources humaines qui, en
tout état de cause, ne pouvaient se fonder sur un tableau annuel d’avancement pr
is par une autre
collectivité pour le nommer à un grade supérieur
103
.
L’intéressé a introduit un recours en référé auprès du tribunal administratif de
Basse-
Terre contre la décision du 7 juillet 2022 de retrait de l’arrêté de nomination. Le juge
administrati
f, par une ordonnance du 26 janvier 2023 a suspendu l’exécution de l’arrêté de
retrait du 7 juillet 2022 et a donc enjoint au SMGEAG de réintégrer M. B. et de lui verser la
rémunération correspondant à son grade, ce que le SMGEAG a fait par un arrêté du 25 mai
2023
de façon provisoire dans l’attente de l’issue devant le juge d’appel
, toujours pendante.
Au final, la gestion du recrutement de l’ancien
DGS a couté près de 350 000
sans
aucun bénéfice pour le syndicat mixte.
4.2.1.2
Un poste de collaborateur de cabinet illégal
Le SMGEAG peut créer un emploi de collaborateur de cabinet, c’est
-à-dire un
collaborateur directement rattaché à l’autorité territoriale pour l’assister dans sa double
102
Le montant du coût global par ETP est le suivant : 38 756
721 € (montant du chapitre 12 indiqué au
tableau 9 / 515 ETP (registre du personnel de décembre 2023) = 75
255 €
103
Article L. 522-26 du code général de la fonction publique.
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79
responsabilité politique et administrative
104
. Le CS doit pour cela créer un emploi par
délibération.
Les postes de collaborateur de cabinet sont soumis à des règles, qui permettent de
garantir la relation de confiance entre l’élu et le collaborateur et une certaine transparence
(information de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique)
105
. La qualité de
collaborateur de cabinet d’une autorité territoriale ou d’un établissement public est
incompatible avec l’affectation à un emploi permanent d’une collectivité territoriale ou d’un
établissement public. Le collaborateur de cabinet ne peut donc être recruté que sur un emploi
non permanent dont les règles sont particulières par rapport aux règles concernant les
contractuels
. Le recrutement est libre pour l’autorité territoriale
. La durée du contrat est liée à
la durée du mandat de
l’autorité territoriale.
M. T. occupe, en contrat à durée indéterminée de droit privé, la fonction de responsable
des relations publiques auprès du président du SMGEAG. Cependant ses missions
s’apparentent très largement à celles d’un collaborateur de cabinet. Il se présente d’ailleurs
comme tel aux réunions auxquelles il participe
106
.
Le SMGEAG s’est donc affranchi des règles
relatives aux emplois de cabinet dans la fonction publique territoriale. La chambre appelle le
SMGEAG à se conformer aux règles relatives aux emplois de cabinet. Le syndicat précise dans
sa réponse qu
un nouveau contrat sera proposé à M. T. dans le respect du cadre légal.
4.2.2
Une organisation du travail qui ne répond pas au besoin du service public de
l’eau
4.2.2.1
Les maquettes organisationnelles sont critiquables
Le SMGEAG n’a pas défini l’organisation du temps de travail de ses agents au regard
de l’activité à assurer pour rendre aux usagers un service satisfaisant d’alimentation en eau
potable. En effet, les cycles horaires de
travail retenus par l’accord de substitution sont les
suivants :
104
Article L. 333-1 du code général de la fonction publique et décision du conseil constitutionnel n° 83-
168 du 20 janvier 1984.
105
Articles sur les règles de déclaration loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de
la vie publique.
106
Compte-rendu de la réunion « Task Force finance et comptabilité » du 12 août 2024.
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Tableau n° 24 :
cycles de travail des agents du SMGEAG
Lundi-jeudi
Vendredi
Samedi et dimanche
Total
Cycle 1
7h-14h30
7h-13h45
36h45 (droit à ARTT)
Cycle 2
7h-14h
7h-14h
35h
Cycle 3
7h-14h45
7h-14h30
38h30 (droit à ARTT)
Cycle 4
(astreinte)
7h-14h
5h le samedi
5h le dimanche dont
3h en astreinte
38h + 3h d’intervention en
astreinte
Source : SMGEAG, accord de substitution
Les agents des directions clientèle et
d’
exploitation terminent leur service entre 13h45
et 14h30, si bien que l’usager n’a pas ou peu de réponse l’après
-midi. Le président du SMGEAG
reconnaît lors de la réunion avec les syndicats de personnel des 21 et 22 mars 2024 que «
la
planification des horaires des agences doit être adaptée aux besoins de la population »
. Le
syndicat mixte ne peut
s’affranchir d’un travail de remise à plat des maquettes
organisationnelles permettant de répondre aux besoins à court et moyen terme. Les cycles de
travail devront alors être adaptés à leur tour.
4.2.2.2
Le recours excessif à l’astreinte pour
compenser les maquettes horaires défaillantes
Si l’accord de substitution du 3 novembre 2022 fixe pour les salariés de droit privé du
SMGEAG quelques modalités d’organisation de l’astreinte, aucune délibération n’a été prise
par le CS
pour instaurer des périodes d’astreinte, définir les emplois concernés et les modalités
d’organisation pour les personnels de droit public. L’organisation du temps de travail, avec des
horaires de travail qui se terminent à 14 heures ou 14 heures 30, est compensé par le choix
coûteux d’un fort recours à l’astreinte
sans que les cas pour ce faire ne soient définis. Les
services interrogés mentionnent les cas de «
casse
» sur le réseau ou d’incident sur les usines
d
e production. Mais compte tenu du nombre de fuites à traiter, le SMGEAG n’a pas déterminé
à partir de quel impact en termes de nombre d’usagers concernés le terme de «
casse
»
s’applique. Il revient donc à l’agent d’exploitation d’apprécier ce qui mérite d
e déclencher une
intervention ou ce qui peut attendre le jour ouvrable suivant, ce qui n’est pas de bonne gestion.
Le SMGEAG indique dans sa réponse qu’une délibération sera prise sous réserve de l’avis des
instances représentatives du personnel.
Les directions des RH et des services techniques se sont mobilisées pour remettre à plat
et mieux contrôler les heures d’intervention en astreinte. Une procédure est en cours de
validation auprès du COMEX (cf. 4.3.1.) et des instances représentatives du personnel. Elle
vise cependant plus à mettre en place un contrôle
a posteriori
des interventions dans le cadre
de l’astreinte qu’à limiter le recours à l’astreinte.
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81
4.2.2.3
Le recours excessif aux heures supplémentaires
En vertu de l’article 2 du décret n°
91-875 du 6
septembre 1991, l’organe délibérant doit
fixer la liste des emplois ouvrant droit aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires
(IHTS)
. Aucune délibération du SMGEAG n’a été prise en ce sens.
Le SMGEAG indique
vouloir modifier la situation administrative des agents concernés par les arrêtés individuels et
mettre fin à la pratique des heures supplémentaires. Or la chambre estime que, pour les agents
publics, les arrêtés individuels ne sont pas nécessaires pour revenir sur cette pratique, le nombre
d’h
eures supplémentaires ne pouvant par nature être prévu par avance.
Les heures supplémentaires sont déclarées à l’initiative des salariés, sans validation
a
priori
par le supérieur hiérarchique. Seules les interventions en astreinte sont déclenchées en
règl
e générale par les responsables ou directeurs d’astreinte.
À cette défaillance en termes de
performance, s’ajoute pour les fonctionnaires et les contractuels de droit public une irrégularité.
En effet, le SMGEAG ne dispose pas de système de contrôle automatisé du temps de travail,
alors que le paiement d’IHTS est conditionné à la mise en place d’un système de contrôle
automatisé du temps de travail
107
.
Quatre agents issus de la CAGSC
bénéficient d’un forfait mensuel
de 20 à 25 heures
supplémentaires indépendamment des nécessités de service,
du simple fait qu’ils bénéficiaient
de cette pratique avant la création du SMGEAG. Dans sa réponse le SMGEAG justifie cette
pratique par le maintien du régime antérieur issu de leur précédente collectivité. La chambre
rappelle que
le syndicat ne saurait se prévaloir d’une situation irrégulière pour justifier son
maintien puisque
l’attribution forfaitaire d’heures supplémentaires
est prohibée. Au total, le
nombre d’heures supplémentaires réalisées en 2023, dans le cadre de l’astreinte ou non,
représente 17,90 ETP, soit un coût de 1,35
M€.
Recommandation n° 7.
: (
Régularité
) mettre en place un contrôle automatisé afin de
rendre régulières les heures supplémentaires.
4.2.2.4
En conclusion, une organisation du temps de travail qui permet tous les
dysfonctionnements
L’accord de substitution ne prévoit pas à quel type de fonctions renvoie tel ou tel cycle
de travail
108
. Il n’existe aucun document fixant les règles du temps de travail pour les
fonctionnaires. Le service RH du SMGEAG n’a
vait pas connaissance
du cycle d’
horaires
pratiqués par les agents. Dans sa réponse, le SMGEAG précise que les cycles horaires actuels
des agents publics sont ceux qui étaient pratiqués par les anciennes collectivités et que
désormais les horaires ont tous été validés dans le nouveau logiciel de gestion du temps déployé.
107
Article 2 du décret n° 2002-60 du 14 janvier 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux
supplémentaires.
108
Aucun docu
ment n’a été produit par le SMGEAG sur sa politique en matière de temps de travail des
fonctionnaires et des contractuels de droit public.
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Les horaires de travail n’ont pas été
précisés de façon officielle aux agents par les
moyens suivants : fiche de poste,
leur contrat quand il s’agit de contractuels ou encore planning
ou note de service. Dès lors, chaque échelon hiérarchique déclare le temps de travail des agents
chaque mois à la DRH pour intégration en paie. Cette lacune fait échec à un véritable contrôle
des horaires des agents
et permet dans certains cas la réalisation d’un v
olume horaire
opérationnel très faible
, d’autant qu’il n’y a pas de système automatisé de gestion du temps.
Dans le même temps, alors que les conditions du
télétravail n’
ont pas été arrêtées de
façon générale par délibération du CS
109
pour les fonctionnaires ni pour les personnels de droit
privé comme
de droit public, un certain nombre d’agents télétravaillent en pratique sans
autorisation particulière. Leurs responsables hiérarchiques semblent avoir été mis devant le fait
accompli par les agent
s concernés mais n’
ont pas remis en cause la pratique pour autant. Le
SMGEAG doit valider
un projet d’accord collectif
de télétravail.
4.2.3
L’établissement doit mettre en place une
gestion prévisionnelle des emplois et
des compétences pour garantir le service
4.2.3.1
La connaissance partielle du SMGEAG de ses besoins en effectifs et en
compétences
Le SMGEAG a fait évoluer son organigramme nominatif au cours de la période sous
contrôle
. Cela témoigne d’une volonté de clarifier
les fonctions de chacun au sein de la
structure. En revanche, aucune organisation-cible sur les effectifs, les emplois et les
compétences
n’est définie à ce jour. L’établissement n’a pas défini son besoin en termes de
réponse à apporter aux usagers. Il a hérité des pratiques installées et disparates des anciennes
régies et n’a pas requestionné son organisation pour la rendre homogène et efficiente.
Les fiches de poste ont été rédigées pour 90 % des postes et sont en cours de discussion
avec les agents dans le cadre de la campagne des entretiens professionnels. Elles permettront
de définir le besoin en termes de compétences et de mesurer l’écart entre le besoin et les
compétences actuelles du salarié au cours de l’entretien professionnel. La chambre relève la
difficulté à exploiter les éléments des comptes-
rendus d’entretiens professionnels sur la base de
documents au format papier. Elle émet des doutes en conséquence quant
à l’exploitation des
données recueillies et donc au résultat à
attendre de cette campagne d’entretiens professionnels
en termes de finalisation des fiches de poste et d’identification des compétences de chaque
agent et de ses besoins en formation.
Le SMGEAG indique dans sa réponse que l’exploitation
des entretiens an
nuels fera l’objet d’une action de formation à venir.
Dans l’attente,
celle-ci
n’est donc pas faite.
Les rapports sociaux uniques et les bilans sociaux dont l’objet est pour l’établissement
de disposer de données concernant ses effectifs n’ont pas été arrê
tés et présentés aux instances
alors qu’il s’agit d’une obligation réglementaire
110
. Il convient donc de le faire dans les
109
Art. 7 du décret n° 2016-151 du 11 février 2016.
110
Art. L. 231-1 du CGFP pour les fonctionnaires et art. L. 438-1 du code du travail.
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83
meilleurs délais.
Dans sa réponse, le SMGEAG confirme qu’ils devront être effectivement
présentés.
4.2.3.2
L’écart entre
les besoins et les com
pétences n’est pas mesuré
Les effectifs sont surdimensionnés sur le secteur de Basse-
Terre et la situation n’a pas
évolué depuis 2021 lors de la création du SMGEAG. Le nombre d’ETP consacré à la
distribution d’eau potable du secteur Baillif –
Saint Claude
Basse-Terre représente plus du
triple de celui des territoires Centre et Grande Terre
111
. De la même façon, l’usine de Morne
-
Houël de Saint-Claude est la seule du département à fonctionner en trois-huit, les autres
fonctionnant avec le mode de l’astreinte
à partir de 14h30, moins couteux en effectifs. La
question de redéploiements est donc posée, sous réserve de diagnostics de situation les validant.
Le SMGEAG dans sa réponse indique
que l’affectation des ressources est limitée par les
contraintes géographiques de la domiciliation des agents. La chambre comprend donc que le
syndicat
n’a pas voulu imposer de mobilité géographique pour adapter ses ressources à ses
besoins.
Sur le plan des compétences également, les écarts entre les besoins du SMGEAG et les
ressources disponibles ne sont pas mesurés et sans cette connaissance, aucune action ne peut
être engagée pour réduire ces écarts. Les recrutements et les mobilités n’ont ainsi pas lieu sur
la base d’une organisation
-cible. Les défaillances du service sont donc inéluctables.
Pour autant, des situations de déficit de compétences sont identifiées. Le rapport
d’orientation budgétaire 2022 avait ainsi identifié un besoin
«
d’
accompagnement rapproché
»
pour 76 agents «
devant changer de métier
». Des agents des anciennes régies ont été transférés
au SMGEAG sans disposer des compétences requises
112
.
Les besoins de formation avaient pourtant été recensés
de façon précise par l’équipe de
préfiguration, notamment pour les managers en priorisant les primo-encadrants.
Il est
dommageable
que le travail réalisé n’ait pas été repris ni exploité.
L’étude ciblait déjà l’enjeu
«
d’éviter des situations de management pathogène que l’on rencontre déjà chez certains
opérateurs
113
». Si les objectifs du CLA ont été fixés dans la feuille de route
, le SMGEAG n’a
pas identifié ses besoins à terme pour garantir la réalisation des objectifs. Par priorité,
l’établissement a organisé en 2023 la réalisation des formations obligatoires des salariés,
notamment en matière d’hygiène et de sécurité mais n’a pas recensé ses besoins en compétences
pour élaborer son plan de formation pourtant obligatoire pour les fonctionnaires
114
. Le syndicat
dans sa réponse
annonce le déploiement d’un plan pluriannuel de développement des
111
Cf. organigramme.
112
Par exemple, deux jardiniers dont un qui ne dispose pas du permis de conduire ont été transférés par
la CAGSC et affectés à la direction exploitation de Basse Terre. Interrogée par la chambre, la DRH n’a pas été en
mesure de préciser quelles étaient leurs activités alors que l’entretien des espaces verts est confié à un prestataire
extérieur.
113
Atelier « compétences et formations
» de l’équipe de préfiguration –
août 2021.
114
Art. L. 423-3 du code général de la fonction publique
pour le secteur privé, l’employeur a l’obligation
de prévoir les formations nécessaires à leur adaptation au poste de travail.
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84
compétences à compter de 2025. La chambre constate que ce
plan de formation n’a pas
encore
été adopté.
Enfin, il n’a adopté
ses lignes directrices de gestion
115
, également obligatoires pour les
établissements publics, que pour la partie «
orientations générales en matière de promotion et
de valorisation des parcours pour ses agents publics
». La seconde partie qui a pour objet de
déterminer la stratégie pluriannuelle de pilotage des ressources humaines, notamment en
matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) fait défaut. Une telle
réflexion aurait permis au SMGEAG d’identifier ses besoins à court, moyen et long terme en
lien avec sa stratégie de sortie de crise. Le syndicat indique dans sa réponse que deux marchés
ont été attribués pour l’aider à construi
re cette organisation-cible.
Recommandation n° 8.
: (
Performance
) déterminer
l’
organisation-cible afin de
répondre aux besoins du service public de distribution de
l’eau
.
4.3
Un management à mieux mobiliser
4.3.1
Une absence de projets de service et d’objectifs clairs fixés aux membres
du
comité exécutif
Le projet stratégique du syndicat mixte
prévu à l’article 2 de la loi du 29 avril 2021 n’a
pas été amorcé par la direction du SMGEAG qui peine à s’approprier les objectifs
du CLA. Ces
objectifs n’ont donc pas été discutés et communiqués
en comité de direction (COMEX) qui
réunit de façon hebdomadaire l’ensemble des directeurs sous l’égide du DGD.
I
ls n’ont pas non
plus été déclinés par la direction générale. Ce
COMEX se borne souvent à un calage d’agendas,
à un tour de table et à des actualités particulières.
Les indicateurs de performance ne sont pas partagés avec le COMEX et ne sont pas
utilisés pour piloter l’activité du SMGEAG.
Il se réunit toutes les semaines mais seulement
deux comptes-rendus ont été communiqués pour la période allant de mai 2022 à décembre 2022
et 4 à partir de janvier 2023. Les problématiques évoquées lors de ces réunions relèvent souvent
de la gestion de crise et aucun tableau de bord a
vec des indicateurs n’y est présenté pour piloter
l’activité
des directions et prendre les bonnes décisions.
En l’absence d’entretiens
professionnels jusqu’à mars 2024, aucun objectif
individuel
n’a été fixé aux membres d
e ce
comité.
115
Arrêté du 19 décembre 2023.
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85
4.3.2
Une faible capacité à anticiper et à coordonner, voire à sanctionner
Des exemples de dysfonctionnements révèlent une difficulté à anticiper, organiser et
piloter l’activité du SMGEAG.
Un défaut d’organisation et d’anticipation a été relevé lors du lancement du marché de
DSP sur les territoires qui en sont couverts lors de la création du SMGEAG. Alors-même que
ses statuts avaient opté pour le mode de gestion de la régie directe sur tout le territoire, dans la
perspective de la fin des contrats au 1
er
juillet 2024, le SMGEAG a fait le choix de lancer une
nouvelle procédure de marché de DSP. Le cahier des charges prévoyait initialement le paiement
de la prestation de distribution et de recouvrement par le SMGEAG mais en cours de procédure
d’attribution, lors de la phase des nég
ociations, le cahier des charges a été modifié, prétextant
une «
erreur de plume
» pour revenir à une DSP classique, si bien que les offres des candidats
se sont révélées très élevées, avec à la clef une forte augmentation du prix pour l’usager. Le
maire de Deshaies notamment a refusé une telle augmentation des prix et le SMGEAG a fait le
choix de ne pas donner suite à la procédure de marché pour passer en régie directe, de façon
précipitée, pour ce territoire à compter du 1
er
juillet 2024.
Les compteurs remplacés par la direction «
exploitation
» depuis le 1
er
septembre 2021
n’ont pas été mis à jour dans le
logiciel clientèle. Cette situation a pour conséquence que les
consommations liées à ces compteurs ne peuvent donner lieu à facturation
116
. Le nombre de
compteurs non répertoriés dans la base de données clientèle a été estimé, par le syndicat mixte,
entre 20 000 et 30 000 sur un total de 175 000
117
.
Dans le contexte d’un taux de recouvrement
insuffisant, cette question n’avait
toujours pas, début avril 2025,
trouvé d’issue favorable.
Enfin, lors de la casse de la canalisation du «
feeder
» Belle-Eau Cadeau de mars 2024,
qui a eu un impact fort tant au niveau du nombre d’usagers concernés qu’en termes de durée de
coupure, la résolution de la crise a
nécessité l’intervention directe des
services de la préfecture
pour appuyer l’action du syndicat
mixte. Le SMGEAG
ne disposait pas d’un plan stratégique
de gestion de crise et la procédure habituelle de gestion de crise en cas de cyclone n’a pas été
utilisée.
Cette désorganisation avait déjà donné lieu à l’intervention directe de l’
État, de la
région et du département
lors de l’événement cyclonique «
Fiona
».
Pour que le service soit assuré de façon satisfaisante par les agents, il convient que leur
motivation soit recherchée. Pour cela, les encadrants disposent du levier de la reconnaissance
de la qualité du travail effectué mais également de celui du traitement disciplinaire des
dysfonctionnements. Quelques situations individuelles particulières ont été traitées par la
direction du SMGEAG. Au cours de l’année 2023, deux procédures disciplinaires ont été
instruites conduisant pour deux agents de droit privé à une sanction de mise à pied de huit jours
pour l’un et de
trois
jours pour l’autre. Mais, en dehors de ces cas, les comportements fautifs
récurrents des agents n’ont donné lieu à aucune procédure disciplinaire, fa
ute de remontée de
terrain de la part des encadrants. Dans cette optique, un règlement intérieur est nécessaire pour
détailler, au-delà du droit du travail et du statut de la fonction publique, les droits et obligations
des salariés.
Un projet a d’ailleurs
été présenté aux instances représentatives du personnel en
116
Cette situation avait notamment été signalée lors du CSE du 23 mars 2023.
117
Livrable sur la fiabilisation de la base de données : si on prend une facture moyenne par abonné de
325 €, cela pourrait représenter un manque à gagner de 7,3 M€.
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86
septembre 2024 et doit être validé par le CS.
Ce règlement devra nécessairement s’accompagner
d’une vigilance accrue et d’une sanction des comportements non respectueux des valeurs et
règles que l
’établissement se sera donné.
Pour l’année 2024, un licenciement pour cause réelle et sérieuse d’un agent en contrat à
durée indéterminée de droit privé a été effectué, avec versement d’une indemnité de départ de
plus de 45 000
€ alors que la gravité des f
aits aurait pu justifier un licenciement pour faute sans
indemnité. Ce licenciement a donné lieu à un mouvement de grève en mars 2024, au cours
duquel le «
sabotage
», selon la presse, d’une
canalisation a interrompu la distribution d’eau
potable pour près de 130 000
habitants. Face à ces faits graves, la direction n’a pas procédé à
une enquête administrative mais a porté plainte.
Des absences non justifiées ont donné lieu à retrait sur salaire avec, sur le plan
disciplinaire,
au mieux des rappels à l’ordre. Compte tenu de l’impact de ces absences sur la
continuité du service et de l
’importance
de la faute, une sanction disciplinaire aurait pu
dissuader de tels comportements. Si l
e SMGEAG a répondu à la chambre qu’il ne pouvait
le
faire pour les agents de droit privé faute de règlement intérieur validé
, la chambre rappelle qu’i
l
lui appartenait d’arrêter son règlement intérieur pour pouvoir sanctionner leurs fautes
et que ce
préalable n’était pas nécessaire pour les agents de dr
oit public.
Concernant les situations de blocage volontaire, l’établissement fait procéder
uniquement depuis 2023 à des constats d’huissiers des dégradations commises. Cependant
aucune sanction n’est apportée tant pour les comportements ayant occasionné le
s dégradations
que sur l’entrave à la continuité du service public.
4.3.3
qui
génère de nombreux dysfonctionnements
Le président du SMGEAG a identifié la défaillance du management en proposant lors
des réunions du CSE des 21 et 22 mars 2024 «
un accompagnement managérial pour un
management d’équipe et de leadership
».
Un grand nombre de cadres, issus du secteur privé, sont notamment en difficulté pour
manager des fonctionnaires. Ils estiment, à tort, ne pas pouvoir utiliser les moyens managériaux
classiques te
ls que les consignes écrites, la fixation d’objectifs, la réalisation d’entretiens de
recadrage et le déclenchement
in fine
d’une procédure disciplinaire
en cas de non-respect des
directives fixées. Or,
ces moyens, qui vont jusqu’au licenciement pour insuf
fisance
professionnelle ou jusqu’à la révocation (en cas de faute) sont communs aux salariés du secteur
privé ou du secteur public.
De
nombreux dysfonctionnements ont été relayés concernant l’équipe d’intervention de
Basse-Terre, tels que des retards régu
liers d’une heure, une productivité très faible (
véhicules
des agents de Guillard remisés à partir de 11 heures au lieu de 14 heures
118
, soit un travail
effectif pendant 4 heures maximum par jour sur les 7 heures de travail) ou des cas de
désobéissance hiérarchique (non-utilisation des tablettes pour tracer leurs interventions). Les
cadres
de la chaîne hiérarchique (chef d’équipe, responsable d’intervention, respo
nsable de la
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(Compétence eau potable)
87
distribution, chef du département eau et directeur d’exploitation)
ne relayent que très peu ces
dysfonctionnements à la DRH ou à la direction de l’établissement. Ils font preuve d’auto
-
censure en raison de la décision au plus haut niveau de ne pas donner suite aux signalements
effectués.
Ce fonctionnement
discrédite les cadres qui se retrouvent sans moyen d’action pour
mettre fin aux dysfonctionnements constatés. Les comportements fautifs sont ainsi renforcés.
Lors du CSE du 23 mars 2023, le syndicat CGTG, soulignait la difficulté de pilotage du
territoire Basse-Terre et rejoint par le DGD, y dénonçait le «
manque d’un réel commandant de
bord
» et le fait que «
le personnel sur ces territoires agit selon ses propres règles
». Le
SMGEAG explique
l’absence de mobilisation
par le fait que «
la majorité des cadres est
inquiète et craint des représailles quant à toute démarche qu’elle engagerait sur le champ
disciplinaire
»
, à l’instar des évènements liés à la grève de février 2024.
Pour la chambre, cette
renonciation aux sanctions disciplinaires prive les cadres d
’un levier efficace pour modifier les
comportements des agents
dans l’intérêt du service.
En trois ans,
le SMGEAG n’a pas mis en place d’organisation des tâches pour ses
équipes d’interventi
on, hormis pour les fuites où un outil était déjà en place en 2021. En effet,
la plupart des gestionnaires de l’eau et de l’assainissement disposent d’un outil
d’ordonnancement leur permettant de prioriser les tâches et de les suivre en temps réel. Dès
lor
s, l’organisation du travail au sein du SMGEAG est empirique et aléatoire et ne permet pas
de garantir le service rendu à l’usager.
Le SMGEAG indique dans sa réponse
qu’il v
a mettre en place une formation des
managers et qu’il v
a faire valider prochainement le règlement intérieur.
Recommandation n° 9.
: (
Performance
) former toute la chaîne hiérarchique au
management.
Recommandation n° 10.
: (
Régularité
) adopter et diffuser un règlement intérieur tourné
vers les principes du service public et de la performance et
sanctionner les comportements contraires à ce règlement et
aux obligations statutaires.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
Au moment de sa création,
il revenait au SMGEAG, d’uniformiser l’ensemble des
processus et d’arrêter une politique des ressources humaines dans un cl
imat social contraint
et tendu. Les charges de personnel représentent 45 %
des produits d’exploitation (et plus de
50 %
si on déduit des produits le niveau des impayés), ce qui n’est pas soutenable pour un
SPIC
de distribution de l’eau potable. Le sureffec
tif a été évalué lors de la création du syndicat à 150
agents
119
, soit 30 %
de l’effectif total du SMGEAG (500 agents). L’
objectif de diminution du
sureffectif
tarde à se concrétiser, le syndicat indiquant l’avoir toujours comme objectif
119
Rapport d’orientations budgétaires 2022
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(Compétence eau potable)
88
prioritaire. En dépit de ce sureffectif, le SMGEAG a recours à de nombreux prestataires
extérieurs pour pallier le manque de productivité et de formation de certains agents,
augmentant ainsi ses charges de personnel. Une diminution a minima de 50 ETP est
recommandée par la chambre.
Les rémunérations sont élevées en moyenne, notamment pour les agents de droit privé
issus des anciens opérateurs privés en raison du fait que le SMGEAG a repris le niveau des
rémunérations des anciennes structures déjà très élevées. Il a accordé de nouveaux avantages
depuis 2021, instauration de primes et avantages nombreux et parfois irréguliers. La chambre
demande au syndicat a minima de régulariser les situations et de geler les rémunérations
pendant la période de crise (fonctionnement avec
des tours d’eau).
Tant en termes d’effectifs que de compétences ou de temps de travail, le SMGEAG doit
définir une organisation-cible pour augmenter sa productivité
, ce à quoi il dit s’atteler ayant
conclus des marchés dans ce sens. Les outils de base du
management, comme l’instauration
d’un règlement intérieur, font défaut trois ans après la création du syndicat
mixte. En 2024, le
SMGEAG ne dispose toujours pas de plan de formation, seules quelques formations hygiène et
sécurité et à l’entretien professionnel ont été organisées alors que l’équipe de préfiguration
avait identifié les besoins de façon précise dès août 2021.
Le sous-encadrement des équipes au niveau opérationnel, en particulier dans le sud
Basse-Terre et un
manque d’appui de la hiérarchie
au regard des dysfonctionnements graves
constatés rend le management souvent inopérant et partant inefficace. Le SMGEAG doit y
mettre fin en faisant évoluer la culture managériale d’entreprise.
Il doit pour cela durcir sa
politique disciplinaire. Le soutien de la part des instances décisionnaires du SMGEAG à une
politique de fermeté est la condition de la consolidation des légers progrès que l’on peut
constater dans ce domaine.
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89
5
REGAGNER LA CONFIANCE DES USAGERS DOIT ÊTRE UN
OBJECTIF PRIORITAIRE POUR LE SMGEAG
5.1
L
e SMGEAG n’a
ssure pas
la continuité de la distribution d’eau potable
et doit développer ses mesures palliatives
En réponse aux observations de la chambre, le SMGEAG a
souhaité préciser qu’il a
hérité d’une situation très dégradée du service public de l’eau avec des infrastructures, des
réseaux et des ouvrages de traitement qui nécessitent des travaux très importants de
réhabilitation ou de renouvellement. Toutefois, la chambre constate que les membres
constitutifs du SMGEAG exerçaient déjà la compétence avant sa création.
5.1.1
Le principe de continuité du service public de l’eau est garanti en droit
En vertu de l’article L
. 2224-7 du CGCT
, la distribution de l’eau potable est un service
public industriel et commercial. Il est donc soumis aux grands principes du service public.
Parmi ces principes, le principe de la continuité du service public a une valeur constitutionnelle
qui repose sur la nécessité de répondre aux besoins d’intérêt général sans inte
rruption.
Au-delà de la garantie au titre du service public, il y a des obligations spécifiques du
service de fourniture de l’eau potable. Ainsi, l’accès
à l’eau potable
et de qualité pour tous est
considéré comme «
un droit fondamental
» par les Nations Unies
120
. La loi du 30 décembre
2006 sur l’eau et les milieux aquatiques consacre également ce droit.
5.1.2
Des interruptions du service aux causes multiples
5.1.2.1
Les
tours d’eau
Les
tours d’eau
ont été mis en place d’abord comme une mesure ponctuelle avant de
devenir une mesure permanente à compter de 2015. Ils ont concerné en 2024 une population de
près de 78 000 habitants.
120
Dans ce contexte, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels à l'ONU a exhorté, dans son
dernier rapport, la France à mettre en place six mesures d'urgence pour améliorer la situation dont celle de
«
redoubler d'efforts pour garantir l'accès à l'eau potable et de qualité à l'ensemble de la population, en particulier
à ceux qui vivent dans les territoires d'outre-mer et des zones affectées par le manque d'eau
».
S
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90
Les tours
d’eau
: un mode de fonctionnement et non une mesure exceptionnelle
Depuis la loi dite « Brottes » n° 2013-312 du 15 avril 2013, la France interdit les coupures ou la
réduction du débit pour factures impayés.
Bien que les coupures d’eau organisées en Guadeloupe
ne relèvent pas de cette loi,
s’y référer
permet de souligner, en contraste, l
’anomali
e que
représente un accès intermittent à cette ressource. Depuis quinze ans, la mauvaise gestion du
service a imposé la mise en place d
es tours d’eau
, solution technique pour pallier le déséquilibre
entre les besoins et les
capacités d’acheminement de l’
eau aux usagers.
En pratique, l
es tours d’eau consistent en une planification des coupures d’eau au sein de chaque
périmètre d’exploitation afin d’assurer l’alimentation en eau potable des communes ou des
quartiers à tour de rôle. Ils sont programmés pour assurer la desserte en eau des usagers résidant
sur des communes où la capacité de production et les pressions sont insuffisantes pour répondre
à la demande en eau du réseau. Il s’agit donc d’un dispositif technique de gestion de la pénurie.
À défaut, certains quartiers ne pourraient pas être alimentés en eau faute de pression suffisante
pour pouvoir alimenter tous les secteurs.
Les usagers se plaignent régulièrement du non-
respect des tours d’eau.
À partir des
publications sur un compte
Facebook
(#
balance ton SIAEAG
) sur lequel les usagers échangent
sur les difficultés de distribution d’eau imputables au SMGEAG,
la chambre a utilisé le suivi
des coupures d’eau par un usager sur un secteur des Abymes pour les mois d’avril et de mai
2024 subies heure par heure
121
pour le
recouper aux plannings des tours d’eau publiés par le
SMGEAG. Ce rapprochement a
mis en évidence que la distribution d’eau a été interrompue
plus de la moitié du temps
et qu’en moyenne, des coupures interviennent en dehors des tours
d’eau annoncés pour plus de la moitié du temps de coupure.
Tableau n° 25 :
respect des
tours d’eau sur le secteur Abymes 3
Nombre d
heures où
l
eau est distribuée
Nombre d
heures où l
eau
est coupée
Nombre d
heures coupées
sans tour d
eau annoncé
En %
Avril 2024
353 h 30
366 h 30
180 h 30
49,24
Mai 2024
341 h 30
402 h 30
251 h 30
62,48
Source : CRC de Guadeloupe
Toutefois, en réponse, le SMGEAG souligne que
les tours d’eau ne sont pas vécus de
manière identique par tous les usagers. Ceux qui habitent sur des points hauts ou qui se trouvent
en bout de réseau sont affectés plus durement. Enfin, le syndicat précise
que l’horaire de fin de
coupure indiqué sur le planning des tours d’eau correspond à l’horaire de remise en eau et non
à celui du retour de l’eau au robinet qui peut être différé en fonction de localisation des
habitations sur le réseau. La chambre estime que dans la mesure où des horaires sont
communiqués aux usagers, le SMGEAG doit s’organiser pour les respecter.
121
Publication sur le mur
facebook
de «
balancetonsiaeag
» du 8 juin 2024.
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91
5.1.2.2
Les coupures d’eau non programmées
Les tours d’eau sont programmés et sont prévisibles p
our les abonnés sous réserve de
ce qui a été dit plus haut. À
ces coupures programmées, s’ajoutent
celles inopinées pour diverses
raisons. De janvier à mai 2024, les motifs invoqués sont par exemple des travaux sur un
surpresseur ou la casse sur une partie du réseau, ou la trop grande
turbidité de l’eau (cf.
tableau
n° 44 en annexe 4). Compte tenu du faible rendement du réseau, le service ne dispose pas de
réserve d’eau pour continuer à alimenter le réseau en cas d’intervention particulière.
Devant la
fréquence de ces coupures non-
programmées, l’usager a pris l’habitude de constituer des
réserves d’eau en cas de coupure
.
5.1.2.3
Les conséquences sur le quotidien des usagers privés d’eau
Les coupures d’eau, planifiées ou
non, avec ou sans préavis, et les interdictions de
consommer l’eau affectent la santé, l’hygiène et l
a vie des personnes, en particulier des plus
vulnérables. Ces aléas obligent les ménages et les entreprises à s’organiser en conséquence et
entraînent des coûts supplémentaires (installation de citernes, achat de filtres ou de
packs
de
bouteilles d’eau). Le fonctionnement des services de santé et d’éducation est également
perturbé, malgré plusieurs plans de déploiement de citernes
122
.
Le rectorat de Guadeloupe a mis en place depuis la rentrée scolaire 2023 une application
«
Baromètre des fermetures de classes
» qui recense les fermetures d’école dans le premier
degré pour manque d’eau par rapport au nombre d’ouvertures possibles. Le taux académique
de fermetures de classes pour ce motif reste faible malgré une augmentation au cours de l’année
scolaire 2023-2024 avec une journée et demi de fermeture en moyenne, probablement liée à la
casse du réseau
feeder
en mars 2024. En réponse, le SMGEAG indique que certains
établissements scolaires (école, collèges, lycées)
sont aujourd’hui équipés de citernes d’eau
potable
et ont bénéficié d’un accompagnement technique
de
l’ARS et
de
l’ODE pour garantir
la fiabilité à long terme de leurs dispositifs.
La chambre souligne que l’achat des citernes a été
financé par les collectivités de rattachement et
l’ODE
. En tout état de cause, des jours de classes
sont perdus pour les élèves du fait de la fermeture des écoles et des crèches pour cause de
coupures d’eau.
Si les écoles restent ouvertes, les services de cantine sont parfois suspendus.
La charge mentale domestique qui pèse sur les adultes est accrue en Guadeloupe du fait
de l’incertitude quotidienne, selon les zones de distribution, d’avoir de l’eau au robinet et avec
une pression suffisante. Les ménages doivent s’organiser pour stocker l’eau nécessaire aux
soins quotidi
ens de l’hygiène corporelle, s’informer des éventuels événements sur le réseau
(tours d’eau, interruptions de service) et planifier en fonction leurs usages (laver le linge, par
exemple).
Ces coupures d’eau et restrictions ont des conséquences socio
-économiques importantes
pour les abonnés professionnels qui ne peuvent assurer à leurs clients leurs prestations
122
Appel à projets 2018 de l’office de l’eau Guadeloupe à d
estination des établissements de santé
médicaux et paramédicaux et des établissements scolaires. Appels à projets 2021 de la région Guadeloupe visant
à sécuriser l’accès des écoles primaires.
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92
habituelles. Ceux qui utilisent l’eau «
dans un processus continu de fabrication, dans un cadre
médical ou dans un process industriel
»
123
, doivent s’équiper de dispositifs de stockage d’eau
propres à pallier les éventuelles interruptions de service.
5.1.2.4
Une amélioration est cependant perceptible sur la fréquence des tours d’eau
En octobre 2024, l
es tours d’eau concernent
13 des 27 communes de Guadeloupe (hors
Marie-Galante), soit 77 668 habitants
124
. Les communes particulièrement concernées au cours
de l’année 2024
sont Trois-Rivières, Saint-Claude, Les Abymes et Le Gosier.
Carte n° 1 :
Tours d’eau en Guadeloupe
: exemple du planning d’une semaine
Source : SMGEAG
La situation a connu une amélioration récente à Saint-François, Sainte-Anne, Saint-
Claude et Trois-
Rivières, avec la sortie des tours d’eau du secteur de Saint
-Jacques à Saint-
François, de Saint-Claude et de certains secteurs de Sainte-Anne, de deux secteurs sur cinq à
Trois-Rivières et de Basse-Terre. Cette évolution peut être objectivée grâce à la mise en place,
quoique tardive
125
,
de l’indicateur
de coupures
d’eau
(ICE) en vigueur depuis avril 2024 à la
123
Article 5
Interruptions de service du règlement du service p
ublic de l’eau potable, approuvé le
31 mai 2022.
124
En Grande Terre, Les Abymes, Le Gosier, Sainte-Anne, Saint-François et en Basse-Terre, Sainte-
Rose, Goyave, Capesterre-Belle-Eau, Saint Claude, Gourbeyre, Basse-Terre et Trois-Rivières.
125
Les différents RPQS ne sont pas renseignés sur le
taux d’occurrence des interruptions de service non
programmées alors que la réglementation le prévoit.
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93
demande du CLA. Il permet de mesurer les heures de coupures programmées rapportées au
nombre d’habitants
touchés et de constater, avec la prudence nécessaire au recul limité, des
signes encourageants d’amélioration, avec un indicateur en août 2024 en baisse de 21
% entre
mai et août 2024. Cette amélioration nécessite toutefois confirmation au regard de la variabilité
saisonnière de la disponibilité en eau sur le territoire.
Tableau n° 26 :
Coupures d’eau programmées depuis avril 2024
Source : SMGEAG
En se basant sur des données techniques, une sortie des t
ours d’eau pour
50 000
habitants n’est pas envisagée avant la fin des travaux du PPI, soit le second semestre
2026. Cette appréciation est soumise à de nombreux aléas, allant de la performance de
l’exploitation à la réalisation effective des travaux prévus
, en passant par la mobilisation des
ressources nécessaires (paiements des clients). Le CLA a communiqué sur ce délai, le 6 août
2024 et le président
s’est
engagé lors d
’une conférence de presse à une fin des tours d’eau pour
2025
126
. Le syndicat précise que «
sans retard de travaux de la PPI accélérée, on peut envisager
l’atteinte de l’objectif des tours d’eau vers mi 2026 pour
onze communes
127
, ce qui ne signifie
guère l’arrêt des tours d’eau sur la totalité du territoire de la Guadeloupe
».
5.1.3
L’absence d’identification des habitants privés d’eau
e
t de l’insuffisance des
mesures palliatives
Le SMGEAG
n’a pas identifié sur son territoire «
les personnes n’ayant pas accès, ou
ayant un accès insuffisant, à l’eau potable ainsi que les raisons expliquant cette situat
ion
»
alors qu’il s’agit d’une obligation réglementaire
128
. Il n’est pas en mesure de fournir le nombre
de personnes concernées et ne dispose d’aucun plan de raccordement à ce stade.
En réponse
126
Article Karuk’info du 15 octobre 2024.
127
St Anne, St François, La Désirade, Les Abymes, Gosier, Petit Bourg, Goyave, Capesterre BE, Trois
Rivières et Les Saintes, Ste Rose
128
Article L. 2224-7-2 du CGCT.
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94
aux observations de la chambre, le syndicat indique être en capa
cité depuis fin 2024 d’identifier
avec plus de précisions le nombre d’usagers rattaché à chacun
e des deux cents zones de
distribution du territoire. La chambre constate que ces progrès devraient se prolonger afin
d’identifier des personnes non desservies
en eau potable.
Le service n’a pas défini d’organisation
du «
mode dégradé
» de
distribution d’eau
potable. Le syndicat mixte a
indiqué que des distributions de bouteilles d’eau étaient organisées
à partir d’une coupure de 48 heures mais sans précision du nombre d’usagers concernés par
cette coupure.
Des palettes de bouteilles d’eau sont alors livrées dans les communes concernées
.
Les communes, qui sont censées connaître leurs administrés, deviennent alors responsables de
la distribution et les agents communaux doivent délivrer une quantité de bouteilles
correspondant au nombre de personnes par foyer. Au total, 1
921 palettes d’eau ont été livrées
du 1
er
janvier au 31 mai 2024.
Aucune procédure relative à la distribution de bouteilles
n’est disponible au sei
n du
SMGEAG. Cette distribution
n’est pas systématique
,
d’autant que l’usager n’est pas toujours
informé de cette opération dans sa commune.
Cette mesure compensatoire a le mérite d’exister
mais son efficacité et sa portée sont limitées. En réponse, le
SMGEAG indique qu’une
procédure sera formalisée sur ce point.
De la même façon, le SMGEAG
n’a pas mis en place des points libres d’accès à l’eau
(fontaine publique) sur tout le territoire, qui permettraient aux usagers de reconstituer leur
réserve en eau non potable en cas de coupure prolongée.
Sur l’application mobile
du syndicat
mixte
, une cartographie des points d’eau est bien disponible, mais aucun repère évident ne
permet de les identifier. À
l’instar
«
d’Eau de Paris
» qui propose sur son site une cartographie
«
Où boire de l’eau à Paris
», la chambre recommande que le SMGEAG développe un service
en ligne de géolocalisation des points d’eau potable ou non potable. Le département
de Mayotte
également confronté à de graves difficultés d’approvisionnement
en eau, a installé 154
«
rampes d’eau
» sur tout le territoire en 2020,
lors de la mise en place des tours d’eau.
En
réponse aux observations de la chambre, le SMGEAG déclare vouloir mettre en ligne une carte
d’implantation des cuves d’eau non potable dép
loyées sur les territoires concernés par les tours
d’eau.
5.2
La potabilité
de l’eau distribuée
à améliorer
Au cours du 1
er
semestre 2024, quatre communes, soit une population globale de
53 511 habitants
ont été concernées par des restrictions des usages de
l’eau pour la boisson et
la préparation d’aliments, à cause de la présence de pesticides ou de métabolites
129
à des teneurs
supérieures à la limite de qualité de 0.1 μg/L. Les restrictions sont récurrentes sur les communes
du sud Basse-Terre contaminées par le chlordécone, un pesticide interdit. Certains retards
d’approvisionnement de
filtres à charbon ont pu conduire à des restrictions d’usages.
À partir
de 2023, l’
État prend à sa charge, à hauteur de 100 %, les surcoûts de traitement par charbon
actif liés au chlordécone sur les usines de Belle-Terre à Gourbeyre, la Plaine et Gommier à
129
Ce sont des composés organiques.
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95
Trois-Rivières, Soldat à Vieux-Fort, Belin à Port-Louis, Perrin aux Abymes et Belle-Eau-
Cadeau à Capesterre-Belle-Eau
130
.
5.2.1
Une méfiance générale des usagers sur la potabilité de
l’eau
non fondée
Qu’
est-ce
qu’une eau potable ?
Une eau dite «
potable
» doit respecter une série de critères afin d’être sans risque pour la santé
du consommateur. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte :
-
microbiologiques, qui correspondent à la présence de bactéries dans l’eau, signe d’une
contamination
possible par des eaux usées ou d’assainissement (coliformes et streptocoques fécaux…)
;
- chimiques, comme la présence de plomb, de mercure, de chlore, de nitrates ou encore de
pesticides ;
-
organoleptiques que sont l’odeur, la couleur et le gout
;
- de radioactivité.
Pour chacun de ces paramètres, des seuils ont été fixées. Par exemple, la concentration de plomb
dans une eau ne doit dépasser 10 microgrammes par litre.
En France, ce sont les articles R. 1321.1 à R. 1321.5 du code de la santé publique (CSP) et les
arrêtés d’application correspondants qui définissent les critères d’une eau potable.
Selon l’article
R. 1321-23 du CSP, la personne responsable de la production ou de la
distribution de l’eau assure une surveillance permanente de la qualité de l’eau et communique
ses données au directeur de l’ARS et au préfet
.
En pratique, le SMGEAG procède à des vérifications régulières de ses installations en
usine et seulement
de manière ponctuelle à d’autres points du réseau alors qu’il conviendrait de
le faire régulièrement.
Il ne dispose ni d’un programme de tests et d’analyses sur des points
jugés critiques ni d’un fichier sanitaire de recueil de l’ensemble d
es informations. Au cours de
la période 2021-2023, il a assuré 3 833 prélèvements
131
(soit une moyenne de 1 666 par an)
dont 72,9 % ont été conformes aux normes physico-chimiques et 79 % ont été conformes aux
normes bactériologiques.
Il existe des différences selon les territoires, les non-conformités étant plus fréquentes
sur les territoires Basse-Terre et Grande-Terre que sur le territoire Centre. Les usagers sont
informés des interdictions de consommer l’eau en cas de prélèvement no
n conforme en vertu
de l’article L.
1321-4 du CSP mais les données relatives à ces auto-contrôles ne sont pas
diffusées aux usagers
132
.
130
Délibération n° CS2024-04-53/3.
131
dont l’analyse est confiée à
un laboratoire accrédité COFRAC et agréé par le ministère de la santé.
132
Bilan de la qualité de l’eau produite
- autocontrôles.
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96
En parallèle, l’ARS réalise également régulièrement des analyses pour contrôler la
qualité de l’eau au
-delà de ses obligations réglementaires
133
sur des points fixes et mobiles et
toujours de façon inopinée.
Les résultats sont consultables sur le site
Internet
et donnent lieu à une synthèse annuelle
par unité de production. En cas de non-conformité,
le SMGEAG informe de l’interdiction de
consommer
l’eau sur son site
I
nternet. L’ARS
communique également l’info
rmation aux
mairies concernées pour affichage. Au cours de la même période, 884 contrôles réglementaires
ont
été effectués par l’ARS
(soit une moyenne de 1 721 par an)
134
.
Tableau n° 27 :
i
ndicateurs de qualité de l’eau du RPQS 2022 du territoire en régie directe
Analyses
Nombre de
prélèvements
réalisés
exercice 2021
Nombre de
prélèvements
non-
conformes
exercice 2021
Nombre de
prélèvements
réalisés
exercice 2022
Nombre de
prélèvements
non-
conformes
exercice 2022
Nombre de
prélèvements
réalisés
exercice 2023
Nombre de
prélèvements
non-
conformes
exercice 2023
Microbiologie
940
19
1 219
21
1230
21
Paramètres
physico-
chimiques
951
33
1235
25
1242
26
Analyses
Taux de
conformité
exercice 2021
Taux de
conformité
exercice 2022
Taux de
conformité
exercice 2023
Taux de conformité
exercice 2022 au niveau
national
Microbiologie (P101.1)
98 %
98,3 %
98,3 %
98,5 %
Paramètres physico-chimiques
(P102.1)
96,5 %
98 %
97,9 %
98,8 %
Source : RPQS 2022 et projet de RPQS 2023 du territoire en régie directe et rapport national des données
SISPEA
édition de juin 2024
données 2022
Quatre cas de non-conformité bactériologiques ont été décelés par exemple sur le
1
er
semestre 2024
135
.
D’après la synthèse annuelle produite par l’ARS pour l’année
2022, sur
46 secteurs, 15 di
sposent d’une eau «
de bonne qualité
»
136
.
Enfin, d’après le
rapport sur le prix
et la qualité du service (RQPS) 2022 du territoire en régie directe, les taux de conformité en
2022 étaient très proches de la moyenne nationale.
133
100 analyses de routine et 12 analyses complémentaires en point de distribution, 630 analyses de
routine et 12 analyses complémentaires aux robinets normalement utilisés pour la consommation humaine par an
(cf. tableau 47 annexe 6).
134
Bilan de la qualité de l’eau produite
- contrôles réglementaires.
135
Annexe 6
tableau 49.
136
D’après 30 paramètres et familles de paramètres faisant l’objet d’une limite de qualité.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
97
5.2.2
Cependant, des cas de non-conformité subsistent
L’indicateur de qualité de l’eau est bon mais
subsistent
des zones d’amélioration,
notamment relative à
l’organisation de la surveillance de la qualité de l’eau par le SMGEAG.
La particularité des coupures fréquentes d’eau
n’a pas été prise en compte dans l’organisation
de cette surveillance et aucun prélèvement n’est opéré pour vérifier la conformité de l’eau lors
d’une remise en eau après coupure.
Lors de la remise en eau, un «
décollement du biofilm
naturellement présent dans les canalisations peut également avoir lieu
et ainsi provoquer une
dégradation de la qualité de l’eau distribuée
»
137
. Dans le même temps, aucune information
globale n’est diffusée aux usagers pour les prévenir d’un risque
de turbidité lors de la remise
en eau. De nombreuses situations de ce type sont d’ailleurs relayées par la presse entretenant le
doute sur la qualité globale
de l’eau en Guadeloupe.
Si le SMGEAG réfute dans sa réponse
toute preuve scientifique d’une corrélation entre non
-conformité de
la qualité de l’eau et tours
d’eau, la chambre
estime
que l’éventualité d’un tel lien de causalité, évoquée par l’ARS, suffit,
par obligation de prudence, à prendre toutes mesures préventives.
Pour le syndicat,
la contamination à l’aluminium vient
principalement de la défaillance
et la vétusté des installations de traitement de l’eau et parfois d’un traitement
non maîtrisé par
l’exploitant contre la turbidité.
Dans sa réponse, il indique que les travaux prévus dans le cadre
du PPI devraient permettre de résoudre cette problématique. Concernant les contaminations au
chlordécone, les contrôles sont trois à six fois plus nombreux que sur le territoire hexagonal.
Une amélioration est relevée en 2023 puisque les prélèvements sont conformes
jusqu’
en
novembre 2023. Les prélèvements non conformes de la fin d’année 2023 sont dus à des défauts
de livraison des filtres à charbon. Le SMGEAG doit garantir son approvisionnement en filtre à
charbon pour maintenir la qualité de l’eau distribuée.
Ces dysfonc
tionnements entretiennent le climat de défiance à l’égard des capacités du
SMGEAG à assurer la surveillance de l’eau potable en tant que responsable de la production et
de la distribution de l’eau
alors que les résultats des analyses de la qualité de l’eau
sont bons
globalement.
137
Indication d
e l’ARS.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
98
5.3
L’information des usagers et le traitement de leurs demandes sont
insuffisants
5.3.1
L’usager n’est bien informé ni sur la stratégie et les résultats du SMGEAG ni
sur les interruptions de service
5.3.1.1
Le SMGEAG doit mieux communiquer sur les o
rigines de la crise de l’eau
En prenant la suite des anciens opérateurs, le SMGEAG a attiré sur son nom l’ensemble
des critiques dont ils faisaient l’objet. Une partie de la méfiance des usagers vient de ce que les
tenants et les aboutissants de la crise s
ystémique de la distribution de l’eau ne leur ont jamais
été clairement exposés.
En outre, les usagers n’ont pas manqué de constater la dégradation du
service consécutive à la mise en place
du SMGEAG. Pour sa part, le SMGEAG a hérité d’un
réseau mal entret
enu et peu renouvelé depuis trente ans qui l’oblige à assumer la responsabilité
de la gestion de la pénurie.
Quant aux problèmes de facturation dénoncés par les abonnés, ils résultent pour une
grande
partie de l’inaction des anciens opérateurs. Ceux
-
ci n’o
nt pas changé les compteurs
d’eau dans les délais prescrits
138
et ont laissé au SMGEAG un parc constitué de nombreux
compteurs soit bloqués (14 % du parc en 2021), soit défaillants parce que âgés
139
(37 % du parc
en 2021). Faute de campagnes de renouvellement appropriées, la fiabilité des relevés était
altérée conduisant les opérateurs historiques à sous-facturer les abonnés. La CAGSC, qui
n’avait pas effectué de rel
ève de
compteurs depuis près d’un an, a transmis au syndicat
, lors du
transfert de compétences, des fichiers clients pour beaucoup inexploitables (données
manquantes, doublons, adressage non normalisé, données compteurs parcellaires).
La chambre invite le SMGEAG à ne pas se limiter à l’information des consommateurs
et à l’obligation de transparence
des services de l’eau (loi Barnier du 2 février 1995)
. Il doit
contextualiser et expliquer l’origine des problèmes vécus par les usagers.
En réponse, le
SMGEAG indique organiser des réunions publiques dans les communes de Guadeloupe
(Sainte-Anne, Saint-François, Saint-Claude, Gourbeyre, Trois-Rivières, Petit-Bourg, Abymes,
Gosier
, …
).
5.3.1.2
Le SMGEAG doit communiquer sur sa stratégie de sortie de crise et ses objectifs
intermédiaires et améliorer sa communication sur les interruptions de service
Le CLA a cherch
é à informer la population à l’occasion de conférences de presse sur
les avancées obtenues dans la lutte pour le rétablissement du service. S
es membres s’étaient
138
Arrêté ministériel du 6 mars 2007 relatif au contrôle des compteurs d’eau froide en service
.
139
En 2021, sur 175 825 compteurs du SMGEAG, 24 520 étaient bloqués et 64 660 étaient âgés (Action
n° 5 de la feuille de route). 51 % des compteurs du SM
GEAG comptaient mal ou ne comptaient pas du tout l’eau
consommée par les usagers.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
99
engagés à venir tous les trois mois
140
expliquer à la population, via les médias, l’avancée des
travaux sur les réseaux d’eau et d’assainissement de l’archipel. Ces conférences de presse
avaient notamment pour objectif de contrebalancer par des messages encourageants une
communication générale globalement négative (communiqués de presse sur les manqu
es d’eau)
et décevante du point de vue des usagers.
Une conférence de presse a eu lieu le 16 janvier 2024 pour informer la population des
améliorations obtenues sur les réseaux d’eau potable. Ce
message positif a été brouillé par le
déclenchement, en plei
ne saison touristique, de travaux sur l’usine de Deshauteurs à Sainte
-
Anne. Outre de
mettre en exergue l’absence de coordination des actions de communication
entre le CLA et le SMGEAG, cette confusion des messages a réduit la portée des progrès
obtenus dan
s l’amélioration du fonctionnement hydraulique et dans la réduction des pertes du
réseau. Une coordination apparaît nécessaire.
Il paraît important de pouvoir présenter aux usagers une stratégie de sortie de crise avec
des objectifs intermédiaires tels que l’ordre de sortie des tours d’eau pour les communes les
plus affectées. Le SMGEAG pourrait concevoir des infographies par zone de distribution pour
expliquer les étapes programmées pour sortir définitivement ou réduire au minimum les tours
d’eau.
À
titre d’exemple, sur le territoire de Mayotte également confronté à des difficultés
d’approvisionnement en eau,
une communication a été réalisée en prévention
des tours d’eau
à
compter de
septembre 2020. Le SMGEAG pourrait utilement s’
en inspirer
141
. Le syndicat
déclare, en réponse,
réfléchir à une communication de sortie des tours d’eau, fondée sur des
indicateurs «
factuels et éprouvés
»,
dans la perspective d’une amélioration du niveau de
confiance des usagers.
À la demande du CLA
142
, un indicateur a été mis en place pour mesurer le nombre
d’heures et d’habitants concernés par les tours d’eau (cf.
4.1.2.4). Cet indicateur présenterait
pour
l’usager un repère
important dans la perspective de la sortie de crise.
Si l
’usager
,
confronté à une coupure d’eau
, souhaite
s’informer sur les causes de
l’interruption de service
, l
’assistant virtuel en ligne du SMGEAG
ne lui apportera aucune
information concrète sur la situation vécue. Par ailleurs, le site Internet du SMGEAG propose
également dans les «
actualités
» des «
informations réseau
» via une carte censée afficher l’état
du réseau en temps réel et les travaux en cours. Cependant, les «
infos réseau
» sont limitées à
trois marqueurs (service normal, événement sur le réseau et interdiction de consommer l’eau),
ce qui est insuffisant pour donner une information fiable aux usagers. De plus, l’état du réseau
n’apporte aucune information utile à l’usager, puisqu’un statut «
service normal
» est
régulièrement attribué à toutes les communes.
D’une manière générale, le développement des applications, que ce soient les
«
indicateurs d’activité détection/réparation
» ou les «
informations réseau
», n’est pas abouti.
Pour autant, l’
expérience
de l’
usager face aux outils développés à son attention
n’est pas
suffisamment prise en compte. Dans sa réponse, le SMGEAG déclare travailler à la mise au
140
Des conférences de presse se sont tenues le 16 janvier et le 6 août 2024.
141
Qui précise le nombre de m
3
d’eau économisés depuis la mise en place des tours d’eau, le suivi d
e la
consommation en eau par jour et le nombre de fuites colmatées. Les usagers sont donc informés de l’impact direct
des tours d’eau en termes de résultats à atteindre. Cette information est susceptible d’améliorer l’acceptabilité des
tours d’eau par les
usagers.
142
Compte-rendu du CLA, 19 décembre 2023.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
100
point d’une application capable de fournir à l’
usager des informations géolocalisées sur les
perturbations du réseau d’eau potable.
Recommandation n° 11.
: (
performance
) développer une stratégie de communication
pour regagner la confiance des usagers dans le service.
5.3.2
Un traitement des demandes et un règlement de service à améliorer
5.3.2.1
La plateforme téléphonique ne transmet pas les demandes des clients aux services
opérationnels
Les usagers constatent de nombreuses fuites visibles sur le territoire
qu’ils
souhaitent
signaler aux services du SMGEAG. Pour cela, ils ne disposent q
ue d’un seul moyen, le standard
téléphonique qui prend note des informations et leur indique
qu’il
s seront rappelés par le
service. En effet, son site I
nternet ne dispose d’aucune rubrique
leur permettant de signaler une
fuite. Les directions territoriales organisent les réparations de fuite par secteur sur la seule base
des relevés des agents d’exploitation et aucun lien n’est organisé entre la plateforme
téléphonique et les directions territoriales chargées des réparations de fuite.
Ce process aboutit à laisser croire aux usagers que leur signalement est pris en compte
alimentant en retour leur incompréhension quant au fait que les fuites signalées, parfois à de
nombreuses reprises, ne donnent pas lieu à réparation
143
. Cela ne favorise pas le rétablissement
de la confiance des usagers envers le service. Le SMGEAG dispose par ailleurs de marchés de
détection des fuites alors qu’il n’exploite pas les informations que lui communique
nt les
usagers.
Concernant les appels, hors signalement de fuite, «
le prestatai
re n’est pas en mesure
de traiter des réclamations de niveau 1 et 2. Par conséquent, les usagers se rendent en
agence
»
144
. En revanche, une nette amélioration est constatée dans la prise en compte des
réclamations de façon globale puisque le stock des réclamations en souffrance est passé de
8 000 réclamations en mai 2023 à 511 en juillet 2024.
En réponse aux observations, le SMGEAG souligne que, depuis le 1
er
novembre 2024,
et la mise en place d’un nouveau marché, un prestataire unique est chargé de traiter par
téléphone les demandes des usagers relatives aux manques d’eau et aux démarches
administratives ainsi que les réclamations des clients. Les appels
d’
usagers relatifs aux manques
d’eau et aux signalements de fuite sont remontés deux fois par jour aux services d’exploitation
de manière globale et par secteur. Cette nouvelle méthode devrait faciliter
l’appréhension des
zones en tension et créer
les conditions d’une meilleure réactivité des interventions.
143
PV du CSE du 25 mai 2023 : «
L’UNSA [non contredite par la direction] indique que les appels fuite
ne sont plus traités par le centre d’appels
».
144
PV du CSE du 25 mai 2023
Niveau 1
: signalement d’un i
ncident sur le réseau / Niveau 2 : Paiement
de sa facture.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
101
Recommandation n° 12.
: (
Performance
) garantir le traitement des réclamations des
usagers par les directions territoriales concernées.
5.3.2.2
Une facturation améliorée mais encore largement défaillante
En raison des difficultés dans la reprise et la centralisation de la gestion des anciens
opérateurs, le SMGEAG n’a commencé à émettre et à adresser des factures qu’en
février 2022,
sans contrôle préalable. Or, certaines régies avaient communiqué des anciens relevés
145
qui
pouvaient être en décalage avec la consommation réelle. De nombreuses fuites après compteur
n’ont pas pu être détectées faute de relevé ni traitées faute de service organisé pour l’usager.
Enfin, les volumes facturés ont parfois représenté deux années de consommations. À la suite
de ces dysfonctionnements, 14 734
abonnés ont bénéficié par délibération du 4 avril 2023 d’une
annulation de leur dette auprès du SMGEAG. Cela représente un manque à gagner
de 853 000
. Malgré ces actions, le 13 juillet 2023, en CSE, il était question de 3 000 nouvelles
factures jugées «
exorbitantes
» pour des particuliers qui, cette fois, avaient été identifiées pour
être analysées avant envoi à l’usager. Une amélioration
du contrôle a été mise en place par le
SMGEAG pour fiabiliser les factures des clients dont la consommation quadrimestrielle est
supérieur à 200 m
3
.
La fiabilité de la facturation repose également sur le bon fonctionnement des compteurs.
Or, le parc de compteurs est partiellement défaillant. En effet, l
e SMGEAG a identifié qu’en
2021, 51 %
des compteurs comptent mal ou ne comptent pas du tout l’eau consommée par les
usagers
146
. Une amélioration de la facturation devrait avoir lieu suite aux actions engagées, dont
les
résultats sont à souligner puisque l’objectif de remplacement de
18 000 compteurs par an a
été atteint en 2023 et en 2024
147
.
En outre, les usagers ont pu recevoir concomitamment des factures émises par les
anciens opérateurs au titre de consommations antérieures à 2021 et des factures courantes du
SMGEAG.
L’
usager
s’est vu
contraint à un effort financier conséquent et imprévu.
Dans ce contexte, les usagers restent méfiants sur les montants facturés se traduisant
concrètement par une non-acceptation des estimations de consommation pourtant habituelles
chez les opérateurs d’eau. Cela a contraint le SMGEAG à prévoir des relèves systématiques
avec photo pour éviter les contestations, d’où un coût plus importan
t à assumer. Cette méfiance
vis-à-vis de la facturation a retardé
l’envoi des dernier
s avis avant poursuite (DAVAP) à mai
2024 et uniquement pour les factures supérieures à 1 000
. En mai 2024, les factures de 2021
étaient recouvrées à 76 %, celles de 2022 à 68 % et celle de 2023 à 54 %, soit une moyenne de
63 % toutes périodes confondues
148
.
145
Délibération du 4 avril 2023 : pas de relève ni de facturation sur la période du 1
er
trimestre 2020 au
3
ème
trimestre 2021 pour les communes de Sainte-Rose, Basse-Terre, Saint-Claude, Gourbeyre, Baillif, Capesterre-
Belle-Eau, Terre-de-Bas et Terre-de-Haut.
146
Fiche action n° 5 : remplacement des compteurs.
147
L’objectif pour 2023 a été fixé à 11
000 compteurs remplacés sachant que l’opération a débuté en
cours d’année.
148
Données clientèle
Facturation encaissement.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
102
5.3.2.3
Un règlement de service déséquilibré
Le CS
du SMGEAG a adopté le règlement du service public de l’eau potable le
25 mai
2022 après un avis consultatif négatif de la commission de surveillance du 4 mai 2022. Compte
tenu de l’état de dégradation du service de l’eau en Guadeloupe, ce règlement aurait dû préciser
davantage les engagements de l’exploitant à l’égard des abonnés et détailler les mesures
compen
satoires pour les cas de ruptures d’approvisionnement tel que le prévoit la loi du 29 avril
2021 portant création du SMGEAG
149
.
Par exemple, l’engagement d’«
offrir une assistance technique 24 heures sur 24 et
7 jours sur 7 pour répondre aux urgences survenant sur le réseau public
» n’est pas
tenu au vu
des retours usagers. Aucun délai contractuel («
rapidement
», «
dès que possible
») n’est
associé à l’installation d’un nouveau branchement ou à la fourniture effective de l’eau après un
emménagement. En pratique, une quinzaine de jours est parfois nécessaire pour obtenir
l’ouverture d’un branchement, laissant l’usager sans eau sur cette période
.
L’article 2 aurait pu
également inclure la garantie d’une juste pression comme un élément essentiel de la qualité de
service et détailler les mesures palliatives et leurs conditions de mise en œuvre en cas de
coupures d’eau (distribution de bouteilles d’eau, mise à disposition de citernes d’eau non
potable, par exemple). En réponse aux observations, le SMGEAG indique qu
’un projet de
réorganisation interne au sein de la direction exploitation prévoit,
d’ici à juillet 2025
, de
centraliser l’ordonnancement des demandes de branchement afin d’harmoniser la procédure,
réduire les délais et limiter le nombre d’interlocuteurs.
Cependant, la chambre relève que le
SMGEAG n’en est qu’au stade du projet.
Le contenu des articles 5 et 6 qui portent respectivement sur les «
interruptions du
service
» et les «
modifications et restrictions du service
» n’est pas rédigé
en tenant compte de
la réalité du service délivrée aux usagers. Un article distinct aurait dû définir les modalités des
tours d’eau qui ne sont pas assimilables à des «
interruptions de service
», lesquelles se
définissent comme des coupures d’eau pour des travaux de maintenance et d’exploitation.
Le
délai moyen de ces interruptions devrait être précisé.
Enfin, la chambre relève l’absence d’annexe 2 mentionnée à plusieurs reprises dans le
corps du règlement et qui porte
a priori
sur les tarifs appliqués et les pénalités éventuelles
150
.
149
Loi du 29 avril 2021, section V.
en cas de rupture de l’approvisionnement des usagers, le syndicat
mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe prend toute mesure propre à garantir un droit
d’accès régulier à l’eau p
otable.
150
Conformément à l’article L
. 111-1 du code de la consommation, les abonnés doivent avoir accès à une
information transparente sur les prix incluant les éventuels frais d’ouverture et de fermeture du service. Dans le
même ordre d’idées, le règleme
nt de service devrait mentionner le prix du mètre cube et les modalités de révision
de ce prix.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
103
5.4
Le prix moyen
de l’eau
est élevé et les écarts de prix entre territoires
sont importants
5.4.1
Un prix élevé en moyenne
mais très inférieur au coût de production de l’eau
Le prix moyen du m
3
en Guadeloupe (eau potable + assainissement collectif) est de
5,48
contre 4,34
au niveau national
151
. Sur la base d’une consommation annuelle de 120
m
3
pour un foyer de quatre personnes
152
, l’écart avec le prix moyen représente
un supplément
annuel de 136,80
par rapport à l’usager national.
Les grilles tarifaires des anciens opérateurs
ont été maintenues indépendamment des coûts de production du SMGEAG.
S’agissant spécifiquement du prix de l’eau potable, le tarif moyen pratiqué en
Guadeloupe reste très inférieur au coût réel de production. En effet, le prix est de 3,34
pour
un coût réel de 4,60
en 2023.
Tableau n° 28 :
coûts de production et de distribution rapportés aux volumes distribués
en €
Coûts de production
2022
2023
Charges totales du budget eau potable
(€)
117 654 553
115 081 947
Volumes vendus (m3)
19 476 047
25 016 956
Coût moyen
(€)
6,04
4,60
Source : RQPS SMGEAG et comptes administratifs 2022 et 2023
5.4.2
Des tarifs différents sur un seul territoire
Tr
ente tarifs de l’eau différents coexistent sur le
territoire en régie directe. Les prix
moyens par commune s’échelonnent de 1
,23
€/m
3
à 2,63
€/m
3
. Le prix moyen en Guadeloupe
pour une consommation annuelle de référence de 120 m
3
(pour un foyer composé de
4
personnes) s’établit à 3,34
TTC
153
du m
3
.
Selon
le dernier rapport de l’observatoire des services publics d’eau et d’assainissement
de l’OFB (Sispea)
154
, 80 %
de la population française bénéficie d’un prix de l’eau potable
compris entre 1,67
€/m
3
et 2,83
€/m
3
. En Guadeloupe, actuellement, 16 communes sur 24 ont
un prix de la part eau potable qui se situe dans la fourchette haute. Le prix moyen du service
d’eau potable par bassin en Guadeloupe est parmi les plus élevés en France
: 2,76
€/m3 contre
2,21
€/m3 au niveau national.
151
Rapport Sispea 2021 (édition 2023).
152
Ménage de référence selon l’INSEE.
153
Livrable COROM 2024, note sur la convergence tarifaire, direction clientèle, juin 2024.
154
Publications de l’année 2022, Edition juin 2024, page 46.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
104
Tableau n° 29 :
Tarifs pour l’eau potable
en
Source : SMGEAG
Si ces différences de prix ont pu éventuellement se justifier en rapport avec les
conditions d’exploitation du service et de renouvellement des réseaux par les différents
opérateurs de l’eau et de l’assainissement avant le 1
er
septembre 2021, le maintien de tels écarts
devient,
dans le contexte d’un syndicat unique qui gère en régie directe la majeure partie du
territoire,
un facteur d’inégalité entre les usagers.
Cela étant, le
conseil d’
État a rappelé dans sa
décision commune de St Jean
d’Aulps
du 14 octobre 2009 que «
le principe d’égalité
n’implique pas que des abonnés à un service public se trouvant dans des situations différentes
soient soumis à des tarifs différents
».
La convergence tarifaire est l’un des objectifs cont
ractualisés dans le contrat COROM
conclu entre l’
État et le SMGEAG. Un groupe de travail
n’
a été constitué
qu’
en novembre 2023
pour porter ce dossier et celui de la tarification sociale. Présidé par un élu du CS, il est composé
uniquement de cadres de l’ét
ablissement. La réflexion vise à 1) faire converger les tarifs et les
tranches, 2) faire une tarification distincte pour les usages industriels et 3) décliner une politique
sociale de l’eau
. Seul un simulateur a été développé pour tester plusieurs scénarios de
convergence. Ce travail indispensable
n’a pas été conduit
155
.
Recommandation n° 13.
: (
Performance
) m
ettre en place un tarif unique de l’eau
qui
tient compte des coûts de production et de distribution.
5.4.3
Des coûts supplémentaires induits pour les usagers
Les inégalités d’accès à l’eau sont renforcées par les inégalités de revenus. En effet, les
ménages qui ont les moyens d’acquérir une citerne tampon raccordée au réseau d’eau potable
s’évitent en partie les désagréments liés à la récurrence et à la durée des coupures d’eau.
Le
stockage d’eau potable permet
effectivement
de traverser un manque d’eau sans trop en
ressentir les effets. La valeur en douanes cumulée de 2019 à 2024 des cuves importées
155
Quels que soient les scénarios étudiés, la stratégie consiste pour le moment à harmoniser certains
éléments de la tarification (abonnement, tranches de facturation), isolément ou conjointement, sans incidence sur
la facture finale de l’usager. Les hypothèses envisagées sont insuffisantes pour se rapprocher du coût de production
et pour tendre vers une équité de facturation.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
105
supérieures à 300 litres
s’élève à 2,8
M€
156
et 28 % des résidents de Guadeloupe détiennent une
citerne
157
.
Face aux problématiques de l’approvisionnement et de la qualité de l’eau, les habitants
consomment en grande partie de l’eau en bouteille (50 millions de bouteilles d’eau vendues
chaque année, 430 litres par personne et par an, soit un budget moyen par foyer de 500
par
an
158
)
159
.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
Le principe de continuité du service public de l’eau, pourtant fondamental et de valeur
constitutionnelle, n’est pas respecté. Une amélioration des conditions de di
stribution est
cependant constatée en 2024 avec la sortie des tours d’eau de quelques secteurs dans des
communes comme Saint-Claude, Trois Rivières, Saint-François et Sainte-Anne. La vétusté des
équipements et leur gestion perfectible conduisent à une qual
ité de l’eau dégradée lors
d’évènements climatiques plus difficiles, ce qui accro
î
t le nombre d’interruption
s de service.
L’information des usagers sur les interruptions de service, sur les résultats obtenus et
la gestion de leurs demandes restent un point faible du SMGEAG. Des améliorations sont
intervenues sur la gestion de la clientèle, notamment sur les bases de données et sur
l’établissement de la facturation.
Le
prix moyen de l’eau potable est plus élevé que la moyenne nationale, avec un prix de
3,34
du m
3
contre une moyenne de 2,21
au niveau national mais il reste très en deçà du
coût du service
. Il est hétérogène puisqu’il varie du simple au double, que l’on se situe à
Deshaies ou dans le Nord de la Grande terre par exemple. Le chantier d’harmon
isation doit
nécessairement avancer en raison de la mutualisation de la gestion de l’eau.
Ce chantier est
au point mort.
Pour regagner la confiance des usagers, il
est impératif d’améliorer la qualité du
service. Cela passe par une meilleure prise en compte des situations vécues par les usagers et
de leurs demandes,
par l’organisation lors des coupures d’un service dégradé (rampes d’eau)
à la hauteur des contraintes supportées par l’usager
, par la fiabilisation de la facturation et
par
la fixation d’un
prix unique de l’eau.
Le SMGEAG doit communiquer sur sa stratégie de
fin des tours d’eau
et ses résultats intermédiaires et expliquer les raisons techniques des
interruptions de service et leur fréquence.
156
Extrait CANOPEE, tarif douanier position 3925 «
réservoirs, foudres, cuves et récipients analogues,
en matières plastiques, d’une contenance > 300 l
».
157
Etude Qualistat conduite par l’office de l’eau d’après une enquête menée auprès de 6
25 personnes
résidant en Guadeloupe entre le 1
er
et le 20 février 2023.
158
Etude Qualistat conduite par l’office de l’eau d’après une enquête menée auprès de 625 personnes
résidant en Guadeloupe entre le 1
er
et le 20 février 2023.
159
Rapport Iedom, 2022
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
106
6
LES INFRASTRUCTURES ENCORE DÉFAILLANTES FONT
L’OBJET D’UN LARGE FINAN
CEMENT PAR L
’É
TAT ET
LES COLLECTIVITÉS PARTENAIRES
6.1
La performance du réseau d’eau potable reste très faible
6.1.1
Un morcellement du réseau et une montée en puissance de la ressource d’eau
brute du département
6.1.1.1
À
l’origine
: Un réseau unitaire disposant d’une ressource abondante
La configuration du réseau a évolué au fil du temps et au fil de sa dégradation.
Schématiquement et pour sa partie principale, il était constitué initialement sur un modèle
simple de prélè
vement d’eau des captages et rivières de la zone de Capesterre Belle
-Eau (rivière
de la Capesterre et source de Belle-Eau
Cadeau), d’acheminement de cette eau vers le sud de
la Basse-
Terre (jusqu’aux Saintes en 1994) et vers la Grande
-
Terre (jusqu’à la D
ésirade en 1991
d’une part et jusqu’à Port
-
Louis d’autre part), via un réseau d’adduction de grande capacité
feeder
»)
dénommé «
feeder de Belle Eau-Cadeau
» (BEC). Les usines de la Digue et de
Belle-
Eau Cadeau fournissaient ainsi l’essentiel de la ressource, relativement facile d’accès,
peu chère et de bonne qualité, via un
feeder
de grande capacité et avec un bon rendement. C’est
le schéma qui a prévalu des années 1950 aux années 2000.
La ressource en eau est abondante sur la côte aux vents de la Guadeloupe grâce à des
précipitations importantes. Rapportés à la population, en prenant en compte les fuites des
réseaux et les pertes lors de la potabilisation, les volumes d’eau prélevé
s par habitant en
Guadeloupe sont trois fois supérieurs à
l’
Hexagone, respectivement 222 m
3
par habitant (soit
608 litres par jour) et 66 m
3
par habitant (soit 181 litres par jour)
160
.
6.1.1.2
Aujourd’hui
: un réseau morcelé
Le mauvais rendement des réseaux secondaires de distribution et sa dégradation
progressive ont amené à revoir la configuration du réseau. La baisse de pression due aux fuites
dans le
feeder
de Belle-Eau-Cadeau a nécessité son interruption au niveau de la vanne de Tassy
(Gosier) isolant ainsi tout l’est de la Grande
-
Terre du réseau principal d’adduction. Le nord de
la Grande Terre a aussi été isolé du reste du réseau. Une autre ressource en eau est montée en
puissance
pour alimenter ces réseaux : la potabilisation de l’eau brute destinée à l’agriculture.
Quatre usines principales ont été mises en place pour effectuer cette potabilisation
: l’usine de
160
SDES, «
L’eau en France, ressource et utilisation –
Synthèse des connaissances en 2023 », novembre
2023.
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
107
Deshauteurs (pour les secteurs de Sainte-Anne-Saint-
François, Désirade), l’usine de
Desvarieux pour le Moule, l’usine de Belin pour le Nord Grande
-
Terre et l’usine de Perrin pour
la partie nord des Abymes.
Ainsi, ce qui était auparavant un réseau unitaire alimenté par le BEC, avec le renfort des
«
feeder Vernou
» et de «
Prise-
d’eau
», est devenu un réseau morcelé en trois secteurs
principaux
: la zone de la côte au vent jusqu’à Pointe
-à-Pitre et Gosier, alimentée par le BEC,
la zone Est Grande-Terre alimentée par les usines de Deshauteurs et de Desvarieux, via ce qui
est devenu le «
feeder de Deshauteurs
», la zone Nord Grande-Terre alimentée par le «
feeder
de Belin
».
Graphique n° 1 :
cartographie du réseau de production et de
distribution de l’eau
Sources
: Office de l’eau
L’eau brute vendue par le département et potabilisé
e par les usines de SMGEAG
représentait, en 2022, 24,4 %
de l’alimentation de l’ancienne zone alimentée par l’eau de rivière
et les captages
161
. C’est une res
source onéreuse (7,68
M€ en 2023
162
)
d’autant qu’elle est
largement gaspillée en raison
des fuites d’eau
.
161
Achat d’eaux brutes (17
958 474 m
3
)/volume mis en distribution (73 546 096 m
3
). Source : RPQS
2022.
162
Liste des mandats 2023, compte 605 «
achats d’eau
».
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
108
Les différentes parties du réseau ne sont plus interconnectées. Cette situation est le
résultat du choix déjà ancien des communautés d’agglomération de
recourir à l’eau brute
agricole. Au lieu de remplacer les conduites d’eau potable
fuyardes, les investissements ont
porté sur la construction de station de potabilisation de l’eau agricole, acheté
e au département,
pour compenser les pertes du réseau et maintenir une pression acceptable pour assurer la
distribution de l’eau. Ce faisant, la déconnection de ces portions de réseau ne permet plus de
secourir une zone de distribution qui serait affectée à une baisse de pression ou de disponibilité
de la ressource. Par exemple, l
’eau produite et distribuée sur Saint
-François ne peut pas servir
à l’alimentation du CHU
de Pointe à Pitre. Les anciennes interconnexions avec la Grande Terre
existent encore avec le
feeder
BEC comme à l’usine de Deshauteurs, mais les van
nes
d’ouverture sont fermées physiquement.
6.1.2
Le rendement de réseau sur la période 2021 à 2023 oscille entre 30 % et 40 %
Le volume d’eau potabilisée et mise en distribution s’élève en 2022 à 73,55
millions de
m
3
. Il inclut les volumes
d’eaux brutes achetés au délégataire du département de Guadeloupe
pour l’alimentation des usines de potabilisation des territoires Centre et Grande Terre.
Schéma n° 2 :
v
olumes de pertes au cours du cycle de l’eau potable 2022
Source : RPQS 2022, SMGEAG
Pourtant, seulement 29,10 %
de l’eau produite (soit 21,4
Mm
3
sur 73,5 Mm
3
) a été
consommée par la population en 2022 contre 38 % en 2021. Le volume de pertes en eau était
donc de 70,90 %
163
(57,83 % en 2021) contre 18,7 % au niveau national
164
. Autrement dit, pour
5 lit
res d’eau mis en distribution, 3,5
litres d’eau reviennent au milieu naturel sans
atteindre le
consommateur. Ce taux est plus élevé sur le territoire en gestion directe du SMGEAG que sur
163
Données sur le prix et les performances des services d’eau et d’assainissement publiées par
l’observatoire national des services d’eau et d’assainissement (Sispea).
164
Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement –
rapport national des données SISPEA
synthèse données 2022, édition de juin 2024.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
109
l’ensemble des territoires en
DSP. Les volumes perdus équivalent à 296 m
3
par abonné ou
0,82 m
3
par abonné par jour, soit 820 litres.
Le RPQS de 2023 indique une amélioration du rendement de réseau, soit un taux de
perte de 60 % au lieu de 70 % et donc un rendement de 40 % au lieu de 30 %, retrouvant
approximativement le niveau de 2021.
Tableau n° 30 :
évolution du taux de rendement
en %
2021
2022
2023
Rendement du réseau
38
29
40
Source : RPQS 2021 à 2023, SMGEAG
Cette amélioration du rendement
s’explique en partie par la montée en charge des
réparations de fuites, passant de 2 000 fuites réparées à 7 000 par an
. Cependant cela ne s’est
pas traduit pas une augmentation de la pression d’eau dans la conduite principale, indiquant que
le niveau de réparation et de remplacement des canalisations est insuffisant.
6.1.3
Un réseau peu télégéré qui connaît des dysfonctionnements dans son
exploitation
La télégestion d’un réseau consiste à automatiser et à centraliser la transmission
d’informations en provenance des installations (par des sondes, par exemple)
de l’ensemble du
territoire à des fins de surveillance et d’optimisation de l’exploitation.
Ce système
d’information permet de
télésurveiller le fonctionnement du réseau en contrôlant notamment
les pressions d’eau et les niveaux des réservoirs. Il permet d’alerter en temps réel sur des
incidents.
Actuellement, le SMGEAG ne dispose pas d’un système unifié de télégestion. Il a hérité
de trois systèmes distincts provenant des anciens opérateurs équipés («
RENOC
», «
Eau
d’Excellence
» et SIAEAG). Leurs existences restent utiles en exploitation pour observer le
fonctionnement isolé de certaines portions du réseau. En outre, d’autres opérateurs comme la
CAGSC ne disposaien
t pas d’outils de télégestion. Il en résulte un système très hétérogène avec
une partie importante du sud Basse
Terre qui n’est pas couverte par la télégestion.
À
l’inverse,
le réseau du
feeder
BEC est doté de huit capteurs en état de marche qui transmettent les mesures
de débits et de pressions. Grâce à ces capteurs,
l’exploitation a pu
détecter une casse du réseau
à la hauteur de la commune Goyave en mars 2024. Ainsi, ces systèmes ne donnent pas au
SMGEAG les moyens de détecter et de réagir à tout incident en tout point du réseau. En outre,
ces lacunes de la télégestion ne permettent pas au syndicat mixte de mesurer de manière précise
l’impact de ses actions de réparation de fuites et de renouvellement de canalisations sur
l’amélioration de la pression dans le réseau.
Le
PPI accéléré prévoit parmi les actions recensées au titre de l’objectif d
e
«
performance de l’exploitation
» le déploiement de la télégestion pour un coût de 3,2
M€.
L’objectif est de substituer au réseau de télégestion actuel une solution de supervision et de
télégestion adaptée aux problématiques de production et de distribut
ion de l’eau sur le territoire.
Selon le SMGEAG, le déploiement du système est en cours depuis mi-2024 et devrait se
poursuivre jusqu’en
2026. La chambre recommande de prioriser le déploiement de la
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
110
télégestion pour suivre en temps réel l’ensemble du réseau, diagnostiquer à distance les
événements survenus, opérer les ajustements nécessaires et, le cas échéant, informer la
population de manière précise.
6.2
Les actions entreprises par le SMGEAG ne donnent pas encore des
résultats probants
6.2.1
Un
plan pluriannuel d’investissement largement financé par l’
État et réorienté
sur la sortie des tours d’eau
6.2.1.1
Un PPI largement porté par l’
État et
sans capacité d’autofinancement du syndicat
Le plan pluriannuel d’investis
sement (PPI) a été construit en octobre 2021, sans attendre
l’établissement des schémas directeurs de l’eau et de l’assainissement dont les études ont été
lancées en janvier 2023. Il a pour objectif de réhabiliter de manière accélérée le réseau afin de
met
tre fin aux tours d’eau et de prolonger la durée de vie du réseau.
Le PPI reprend également
des opérations initiées par les anciens opérateurs en charge de la gestion de l’eau et de
l’assainissement
165
avant la promulgation de la loi n° 2021-513 du 29 avril 2021 instaurant le
SMGEAG. L’ensemble des opérations de l’eau et de l’assainissement bénéficiant d’une
subvention d’
État a été transféré au SMGEAG par arrêté préfectoral en date du 31 janvier 2023.
Il s’agit d’opération
s dites «
sans regret
» c’est
-à-dire
utiles mais sans garantie d’amélioration
immédiate du rendement du réseau.
Le PPI est financé principalement
par l’
État et ses opérateurs, les fonds européens, le
département, la région, et
l’
ODE
. Il est prévu une part non négligeable d’autofinancement du
SMGEAG. Ce PPI prévoyait initialement un financement de 370,7
M€ dont 192,31
M€ pour
l’eau potable et 178,35
M€
pour l’assainissement. Les participations des partenaires du
SMGEAG étaient estimées à 222,5
M€, soit plus de 70
% du financement. Le SMGEAG
prévoyait un autofinancement de 92,66
M€. Le
financement du PPI, fondé sur des engagements
à confirmer de la part des partenaires, nécessite d’emblée un financement complémentaire de
55,5
M€.
Le financement n’est donc pas assuré.
165
Eau d’excellence, Régie communale d’eau et d’assainissement de Sainte
-Rose, Syndicat
Intercommunal d’Alimentation en Eau et d’Assainissement de la Guadeloupe, Régie communale d’eau et
d’assai
nissement de Trois-
Rivières, Communauté d’agglomération du Nord Basse
-Terre, Communauté
d’agglomération Grand Sud Caraïbes, Conseil régional de Guadeloupe.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
111
Tableau n° 31 :
plan de financement initial du PPI 2023-2027
en M€
Financement
Origine
Montant
Etat
OFB
35
FEI
35
DSIL
10
Fonds Vert
12,5
Sous-total Etat
92,5
Fonds européens
Feder Eau
70
Feder numérique
3
Sous-total Fonds européens
73
Collectivités partenaires
Région
20
Département
27
Office de l'eau
10
Sous-total collectivités
57
Autofinancement SMGEAG
92,66
Reste à financer
55,5
Total PPI 2023-2027
370,66
Source : SMGEAG
L’
État et les fonds européens représentent respectivement 25 % et 20 % du financement,
soit, ensemble, 45 %
du total du PPI. En octobre 2024, l’
État a déjà engagé près de 40,54
M€
et versé au SMGEAG 17,43
M€
166
. À ce financement,
il convient d’ajouter la part
d’autofinancement du SMGEAG (25
%
) qui n’est possible pour e
ncore quelques années que
grâce à un soutien massif de l’
État. Le département finance à hauteur de 7,3 % le PPI et la
région 5,4 %. Les intercommunalités de Guadeloupe (hormis la CCMG), toutes membres du
syndicat, ne sont pas parties prenantes au financement du PPI.
Pourtant, l’article 1
-X de la loi
de création du SMGEAG renvoie à l’article L.
2224-2 du CGCT selon lequel le financement
exceptionnel d’investissements dans le réseau d’eau par les collectivités est autorisé dans le cas
où de tels investissements ne pourraient «
être financés sans augmentation excessive des
tarifs
».
6.2.1.2
Un PPI réorienté vers la sortie des tours d’eau
Le PPI 2023-2027 (370
M€)
prévoyait initialement un programme de travaux de 80
M€
par an, réparti en 40
M€ pour l’eau potable et 40
M€ pour l’assainissement. Le 17 octobre 2023,
les membres du CLA ont ajusté le PPI à 320
M€, couvrant la période de 2024 à 2027. S’agissant
de l’alimentation en eau potable en particulier, le
plan a été revu à la baisse en raison du montant
166
Suivi des restes-à-payer de la préfecture de Guadeloupe, 17 octobre 2024.
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
112
des réalisations de 2023, puisque seuls 13,4
M€ sont désormais prévu
s, contre 25
M€ au
préalable, ce qui ramène le PPI initial (370
M€) sur l’eau à 1
55,4
M€ au lieu de 192,3
M€.
Tableau n° 32 :
l
e PPI (eau) SMGEAG et autres maîtres d’ouvrages
en €
2023
2024
167
2025
2026
2027
Total
Production : Usine,
stations de pompages,
etc.
4 936 240
2 402 391
12 648 635
13 300 000
13 700 000
46 987 266
Renouvellement de
réseaux
2 315 000
4 811 885
20 000 000
20 000 000
20 000 000
67 126 885
Recherche et réparation
de fuites
4 000 000
6 736 203
5 000 000
5 000 000
5 000 000
25 736 203
Renouvellement de
compteurs
1 200 000
1 925 440
2 500 000
1 500 000
1 500 000
8 625 440
Etudes
50 000
175 031
750 000
750 000
750 000
2 475 031
Exploitation
886 800
1 061 858
900 000
800 000
800 000
4 448 658
TOTAL
13 388 040
17 112 808
41 798 635
41 350 000
41 750 000
155 399 483
Sources : SMGEAG et CRC de Guadeloupe
À
l’intérieur de ce financement global, plusieurs «
p
lans
» spécifiques ont été déclinés.
Ainsi, suite à la mise en place du CLA, il a été défini, un «
plan d’action
renforcé
» sur 2023 et
2024. Ce dernier prévoit ainsi la réalisation de 36 chantiers prioritaires dont 21 pour l’eau
potable et 15 pour l’assainissement (voir cartographie infra), la
s
tabilisation d’un plan de
financement du PPI sur cinq
ans et l’intensification des travaux de réparation des fuites.
167
Monitoring financier des investissements, 17 mai 2024.
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
113
Carte n° 2 :
les opérations du PPI (2023-2024)
Source : préfecture de Guadeloupe
Les 21 opérations prioritaires du PPI «
eau potable
», chiffrées à 70,78
M€ sur les
années 2023 et 2024, sont réparties en trois catégories : les «
captages/réservoirs
» destinées à
renforcer les capacités de production et de stockage (deux opérations pour 6
M€), les «
stations
de traitement
» visant à sécuriser la production et la distribution
de l’eau potable (c
inq
opérations pour 17,71
M€) et les opérations «
renouvellement des réseaux
» constituant un
levier majeur de la lutte contre les déperditions d’eau
et de la sortie des tours d’eau
(quatorze
opérations pour 47,7
M€).
Dans le cadre du PPI accéléré du 6 août 2024, les 36 opérations prioritaires ont été
portées à 78, étendant
ainsi le plan d’action
s
renforcé jusqu’à la fin du premier semestre 2026,
pour un montant d’opération fixé à 213
M€ (eau et assainissement), dont 179
M€ concerne
l’eau et 34
M€ l’assain
issement.
La maîtrise d’ouvrage a été répartie entre le SMGEAG (pour
166
M€ de travaux), la région (pour 20
M€) et le département (pour 27
M€). L
a part de travaux
sur l’eau
qui incombe au SMGEAG est de 132
M€. L’exécution de ce plan est censée sortir des
tours d’eau la grande majorité des usagers. Le SMGEAG devrait atteindre d’ici la fin de
l’exercice
2024 un montant de 32,4
M€ de travaux mandatés. Ce rythme ne permet pas de
dépenser les 99,6
M€ restant à ré
aliser.
Parmi les secteurs les plus concernés
par les tours d’eau,
le PPI accéléré a priorisé ceux
de «
Saint-François/Saint-Anne
» et de «
Capesterre-Belle-Eau, Petit-Bourg, Baie-Mahault,
Abymes
».
S
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SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
114
Sur le secteur de «
Saint-François/Sainte-Anne
», les travaux d’amélioration de l’usine
de Deshauteurs ont permis de sécuriser et de renforcer la qualité de l’eau, notamment sur la
zone de distribution de Saint-Jacques à Saint-
François où l’amélioration de la distribution est
tangible pour les habitants. Toutefois, certains réseaux sur Sainte-Anne/Saint-François
présentent des rendements très faibles de l’ordre de 10 à 20
%. Dans sa réponse, le SMGEAG
indique que le PPI accéléré prévoit de remplacer 86,6 kilomètres de canalisations sur les deux
communes, ce qui est cohérent avec
les préconisations du schéma directeur d’eau potable pour
une sortie des tours d’eau de ce territoire
.
Sur le secteur «
Capesterre-Belle-Eau, Petit-Bourg, Baie-Mahault, Abymes
», le
problème est différent. Les
feeders
ont des rendements satisfaisants, mais les réseaux
secondaires sont fuyards. Lorsque la ressource en eau est abondante, d’octobre à décembre, ces
déperditions d’eau sont compensées sans préjudice pour les usagers.
A contrario
, en période
d’étiage (janvier à août), la diminution de la ressource en eau rend nécessaire l’organisation de
tours d’eau.
Le SMGEAG
indique dans sa réponse qu’il cherche à
exploiter des ressources
souterraines en
Basse-Terre (forages) pour compléter les ressources superficielles
(principalement, les rivières) en période de sécheresse et disposer d’une eau de qualité lors des
événements pluvieux (pics de turbidité qui excèdent les capacités de traitement des usines de
production d’eau potable
). La priorité reste de renouveler les réseaux secondaires. Pour sortir
les communes de ce secteur des tours d’eau, le besoin de renouvellement de réseau est évalué
à 54 km de canalisations. 21 km sont en cours de travaux et seront remplacés pour le
1
er
semestre 2025.
6.2.1.3
Malgré des conditions dérogatoires, les crédits restent sous-mobilisés
6.2.1.3.1
Des conditions exceptionnelles et dérogatoires d’octroi des subventions, de
financement des opérations et de maîtrise d’ouvrage
Les conditions d’octroi des subventions attribuées aux anciens opérateurs e
t reprises par
le SMGEAG (opérations «
sans regret
») ont été exceptionnellement souples, avec une validité
sans cesse prolongée par l’
État.
Le contrat d’accompagnement renforcé du SMGEAG conclu
entre l’
État, la région et le département, évoqué plus haut,
décline précisément jusqu’en 2025
les objectifs concrets fixés au SMGEAG et contractualise les contributions respectives des
partenaires. Au cas par cas, le plafond de subvention pourra
atteindre 100 % du coût
d’investissement. Ainsi, l’
État a subventionné dans le cadre du fonds européen d'investissement
(FEI) 2022 à hauteur de 100 % les opérations «
renouvellement des réseaux d’alimentation
d’eau en Basse
-Terre
» et «
réhabilitation de l’instrumentation et de l’équipement des usines
et ouvrage d’eau potabl
e en Basse-Terre
» pour un montant de 997 500
chacune.
De leur côté, la région et le département se sont engagés à maintenir leur capacité de
maîtrise d’ouvrage pour le compte du SMGEAG en fonction des besoins et de l’urgence sur
une période de 3 à 5 ans
, notamment pour les travaux d’urgence post
-Fiona «
sans regrets
».
Le département assure ainsi la maîtrise d’ouvrage déléguée de cinq opérations pour un montant
total global de 10,6
M€.
La région porte, quant à elle, quatre opérations pour un montant total
global de 10,5
M€. 75
% des 36 opérations prioritaires 2023/2024 (eau potable et eaux usées)
relèvent d’une maîtrise d’ouvrage du SMGEAG. Cette répartition a conduit le syndicat
mixte à
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
115
renforcer les capacités de la direction grands travaux en matière d’
ingénierie et de conduite de
travaux.
Compte tenu de
l’absence
de
capacités d’autofinancement du SMGEAG et malgré un
soutien exceptionnel à l’investissement des organismes financeurs (94 subventions identifiées),
le SMGEAG a constitué, avec l’appui de l’
État et des collectivités départementales et
régionales, un dossier de demande de préfinancement auprès de l’AFD pour un montant de
41,5
M€. L’objectif est de limit
er
l’
effet sur la trésorerie du SMGEAG en réduisant le délai
entre le paiement des entreprises mobilisées pour la réalisation de ses investissements et le
versement effectif des financements contractualisés et ainsi de lancer sans retard les opérations.
6.2.1.3.2
Une sous-con
sommation des crédits et une amélioration tardive de l’accès à l’eau
potable sans une perspective précise de la fin des tours d’eau
Sur l’exercice 2023, le SMGEAG annonce avoir mandaté 84,41
% des 13,4
M€ de
crédits de paiement inscrits au PPI au titre de cette année, ce qui représente une somme dépensée
de 11,2
M€, loin de la prévision initiale du PPI pour 2023 (25
M€)
168
. 49 % des sommes
mandatées ont été consacrées à la lutte contre les déperditions d’eau. Le PPI (incluant aussi une
partie d’opérations en
maîtrise d’ouvrage du département et de la région) prévoit de passer à
41,8
M€ par an en moyenne de 2024 à 2027.
La projection annuelle avec une accélération du rythme de consommation en fin d’année
aboutit à la réalisation d’un montant d’investissement d
e 25
M€ à la fin de l’année 2024. Le
SMGEAG n’arrive donc pas à surmonter les freins à l’engagement des opérations. L’absence
de quorum des élus sur les différentes commissions et notamment la commission d’appel
d’offres chargée d’attribuer les marchés
est une cause de ces retards.
Selon le SMGEAG, à
la fin de l’exercice 2024,
32,4
M€
ont été mandatés, soit environ
76 % du montant annoncé pour 2024 (42,5
M€)
. Tout en prenant en compte une montée en
charge progressive des dépenses d’investissement du SMGEAG,
ce rythme de consommation
des crédits ne permettra pas d’
atteindre les 166
M€ d’investissements
(opérations
d’
assainissement incluses)
, constituant la part du SMGEAG en maîtrise d’ouvrage directe,
avant la fin du premier semestre 2026.
Certaines opération
s anciennes ne voient leur résolution que depuis peu. C’est le cas des
«
travaux de renforcement de l’Ermitage –
Amélioration de l’alimentation en eau potable
»
subventionnés
par l’
É
tat via le FEI dans le cadre d’une convention avec la commune de
Trois-
Rivières signée
en 2015. L’opération qui consistait à réaliser des travaux de raccordement de
nouveaux captages d’eau à partir des sources de l’Ermitage n’a quasiment pas avancé. Le
SMGEAG a inscrit au budget primitif 2022 un montant de 4,5
M€ en aut
orisations de
programme sous l’intitulé «
Renforcement de l’AEP à partir des sources de l’Ermitage –
fermeture des captages de Gommier
169
».
168
Cf. Réunion du CLA du 13 juin 2023.
169
L’abandon du captage de Gommier est justifié par la pollution de l’eau à la Chlordécone. Une
«
interdiction totale de consommer l’eau
» sur plusieurs secteurs de Trois-Rivières avai
t été prononcée par l’ARS
le 24 octobre 2022 en raison d’une rupture de stock de charbon actif pour filtrer la chlordécone dans l’eau brute
prélevée.
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
116
Les travaux repris par le SMGEAG
170
ont abouti au mois de mai 2024 à la fin du tour
d’eau le plus drastique du territoire de la Guadeloupe, soit près de huit ans après l’obtention de
la subvention du FEI par Trois-
Rivières. En effet, jusqu’à présent,
ses 2 100 habitants ne
bénéficiaient d’un accès à l’eau potable que 3 fois 12 heures par semaine. Lors d’une
visite
ministérielle le 18 avril 2024, c
es nouveaux captages d’eau souterraine
ont été inaugurés. Il
s’ag
it
d’un des premiers secteurs à sortir des tours d’eau permanents depuis la création du
syndicat.
6.2.2
La réalisation du programme d’actions reste insuffisante
6.2.2.1
Le nombre de réparations des fuites
ne permet pas d’
améliorer significativement
le rendement du réseau
La réparation des fuites est une action permanente car de nouvelles fuites sur le réseau
apparaissent régulièrement. Elle est fondamentale car en l’absence ou en ca
s de retard dans la
réparation des fuites, c’est le rendement de réseau qui diminue très rapidement. Les objectifs
ont été définis à plusieurs occasions et notamment lors des réunions du CLA. Ils ne sont retracés
que dans un seul indicateur développé en 2023
: le nombre de fuites réparées. D’autres
indicateurs plus précis permettraient de mieux mesurer l’action entreprise, comme la mesure
systématique des débits de nuit ou le temps moyen de réparation des fuites. Dans sa réponse, le
SMGEAG indique vouloir, pour 2025, affiner son suivi des fuites réparées en fonction de leur
repérage : sur réseaux, branchement ou compteur.
Préalablement à la mise en place du SMGEAG, des plans opérationnels évoqués plus
haut ont été mis en place depuis 2014
171
. Ils ont également cherché à améliorer le rendement
du réseau par la détection et la réparation du plus grand nombre de fuites possible. Ces actions,
y compris durant la gestion de la crise du «
Covid-19
», ont permis de stabiliser la situation
grâce à une cadence soutenue de réparation de fuites, en particulier lors de la mise en place des
réquisitions préfectorales et avec l’appui d’une
entreprise. Ces actions déterminées,
coordonnant les moyens des opérateurs d’eau et d’entreprises privées, ont contribué à définir
sur le périmètre alimenté par les principaux
feeders
(Belle-Eau-Cadeau, Vernou et Moustique)
un modèle d’intervention robuste, reproductible et transposable sur l’ensemble du territoire du
SMGEAG, fondé sur un rythme de réparation moyen de trente fuites par jour.
Le SMGEAG a prévu d’étendre cette stratégie à l’ensemble du territoire placé en régie
directe. Le PPI prévoit une dotation de 5
M€ par an
pour
la réparation des fuites. L’année 2023
marque une amélioration du nombre moyen de fuites réparées par jour. Pour la première fois,
170
Le projet consiste en la création de deux nouveaux captages d’eau souterraine pour un débit de 110m
3
/h
et la construction d’un nouveau réservoir de 1
500 m
3
, en amont du hameau de l’Ermitage et en aval de la RN1
;
la modification du fonctionnement hydraulique du réservoir existant et l’installation de deux stabilisateurs de
pression (arrêté préfectoral n° 2022-486 DEAL MDDEE du 28 avril 2022).
171
Article « Grands plans opérationnels mis en place
», publié sur le site internet de l’Observatoire de
l’eau Guadeloupe (
).
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
117
l’objectif journalier global de 36 fuites réparées, c’est
-à-
dire sur l’ensemble de la Guadeloupe
(hors DSP), a été franchi en novembre 2023
172
.
En coordination avec les entreprises retenues dans le cadre du marché de réparation de
fuites
, les équipes d’exploitation du SMGEAG ont progressivement
accru
le niveau d’activités
des campagnes précédentes conduites par la préfecture et la région Guadeloupe
jusqu’à
atteindre et dépasser
l’objectif
quantitatif 2024 de 7 000 fuites réparées.
Compte tenu des fragilités du réseau et des équilibres de pression liés aux réparations,
il y a chaque jour autant de fuites réparées que de fuites nouvelles détectées. Malgré la
répartition des interventions entre les personnels en régie et la sous-traitance, le solde entre les
fuites réparées et les nouvelles fuites est nul. Ces réparations permettent uniquement de
stabiliser les rendements.
En réponse, le SMGEAG déclare avoir réalisé 8 874 réparations de fuite en 2024. Si
cette tendance atteste de progrès dans
l’organisation de l’exploitation
, la chambre relève
néanmoins que le niveau de réalisation des réparations doit être amélioré afin de conforter
significativement le rendement des réseaux. Au surplus, cet indicateur de suivi manque de
précision sur la nature des fuites,
leur importance et l’impact de leur réparation sur le rendement
des réseaux.
Actuellement, les équipes du SMGEAG et les sous-traitants prennent en charge
respectivement deux tiers et
un tiers des réparations. En outre, la recherche active de fuites n’est
toujours pas généralisée à l’ensemble du territoire.
6.2.2.2
Le renouvellement des canalisations
Les mauvais résultats sur le rendement de réseau sont également liés à un faible taux de
renouvellement des canalisations
depuis la mise en place des installations. La succession de
plusieurs plans opérationnels depuis 2015 sous l’impulsion de l’État, de la région et du
département a permis d’augmenter le linéaire de canalisations renouvelé. Toutefo
is, en tenant
compte de la réponse du SMGEAG, le renouvellement cumulé sur les six dernières années
représente 2,9 %
du réseau d’eau de la Guadeloupe.
À un rythme moyen de 15 km de linéaires
remplacés par an, il faudra 208
ans pour renouveler à l’identique
la totalité des sections du
réseau.
Tableau n° 33 :
linéaire renouvelé
des réseaux d’eau potable
en km
Exercice
2018
2019
2020
2021
2022
2023
Total
Linéaire renouvelé en km
24,25
19,06
11,63
27,2
2
5,5
89,64
Source : SMGEAG
172
Source : SMGEAG, Suivi des réparations de fuites du 08/05/2024 au 15/05/2024.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
118
Actuellement, le PPI «
accéléré
» prévoit 172 km de linéaires renouvelés pour 112
M€
dans un délai court de 18 mois.
Cet objectif ambitieux, supérieur à l’objectif initial du PPI 2024
-
2027 (160 km de linéaires renouvelés, soit une moyenne de 40 km par année), se rapproche de
l’estimation fournie par les travaux d’élaboration du schéma directeur
: 226 km de linéaires
sont jugés nécessaires pour sortir des tours d’eau pour un montant de 146
M€
173
.
Pour le premier trimestre 2025, 62 kilomètres
de conduites d’eau doivent être
remplacés. Pour mémoire, d
urant le plan d’actions prioritaires 2018, 60
kilomètres de réseaux
ont été renouvelés sur quatre années, soit entre 10 et 15 kilomètres par an
174
.
Recommandation n° 14.
: (
Performance
) augmenter le nombre de réparations de fuite
afin de respecter le délai affiché de sortie des
tours d’eau.
6.2.2.3
Le programme de remplacement des compteurs
Le nombre de compteurs remplacés constitue un indicateur surveillé dans le cadre du
contrat COROM et du PRE du SMGEAG. Le renouvellement des compteurs conditionne la
fiabilité de la facturation et contribue ainsi à améliorer le consentement des usagers à payer leur
facture d’eau.
Tableau n° 34 :
suivi du renouvellement des compteurs
Source : SMGEAG, tableau de bord, indicateurs de mai 2024
Le plan de renouvellement des compteurs a pour objectif de remplacer 18 000
compteurs par an, soit 10 % du parc pour un renouvellement complet tous les dix ans. Ce projet
est piloté par l’assistanc
e technique qui coordonne huit prestataires différents répartis sur les
trois territoires Grande Terre, Centre et Basse Terre.
Les anciens opérateurs ont laissé au SMGEAG un parc de compteurs en mauvais état
175
.
Les subventions transférées au SMGEAG par arrêté du préfet révèlent que plusieurs opérateurs
qui avaient obtenu un financement sur ce motif n’ont pas men
é à bien les opérations de
173
Compte-rendu de la réunion du CLA du 22 avril 2024.
174
Plan d’actions prioritaires en eau potable
: avancement des opérations CD971, Comité de l’eau et de
la biodiversité, séance du 5 novembre 2020.
175
Délibération n° CS2024-03-
017/2 approbation du plan de financement de l’opération «
plan de
renouvellement de compteurs
territoire Guadeloupe
».
Indicateur
Objectif 2023
Réalisé
2023
Objectif 2024
Réalisé au 15/05/2024
Nombre de
compteurs
remplacés
10 500
10 800
18 000
6 689
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
119
renouvellement de compteurs. Au total, 50 068 compteurs sont âgés de plus de 15 ans, soit 28 %
du parc, et 21 656 compteurs supplémentaires sont signalés comme bloqués par le service de
relève. Il faut compter au moins trois ans d’effort de renouvellement pour assainir
le parc de
compteurs.
En outre, environ 20 à 30 000 compteurs présents sur le territoire ne sont pas répertoriés
dans la base de données clientèles du SMGEAG et de nombreux branchements sont illicites
(
usager raccordé de manière non réglementaire au réseau d’eau potable
). À
l’occasion de la
coupure générale
d’électricité
sur fond de conflit social qui a affecté le territoire de la
Guadeloupe du 25 au 27 octobre 2024, la presse a indiqué que 230 000 foyers avaient été
touchés. Or, le SMGEAG répertorie dans sa base clientèle 178 000 abonnés (201 340 en
incluant les abonnés des territoires gérés en délégations de service public). Le SMGEAG doit
inventorier les compteurs non recensés et les branchements illicites en vue de conduire les
travaux nécessaires à la régularisation de ces usagers. La mise en place de cette stratégie, prévue
dans
le cadre du COROM, permettra d’augmenter le nombre d’abonnés et par conséquent
l’assiette de facturation du syndicat
mixte.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
Avec un rendement oscillant entre 30 et 40 % et une télégestion très hétérogène sur le
territoire, la performance du réseau est très faible.
La mise en place d’un plan pluriannuel d’investissement (PPI) très conséquent et
largement financé par l’
État et les fonds européens (165,5
M€) et plus modestement par la
région et le département (35,5
M€) permet au SM
GEAG de disposer de fonds importants sans
la contrepartie d’autofinancement exigée habituellement, qui à ce stade n’existe pas
.
Le PPI a été réorienté vers la sortie des tours d’eau sous l’impulsion d
u CLA, dénommé
« PPI accéléré » avec pour objectif de sortir 50
000 abonnés des tours d’eau à l’horizon 2025.
Il représente une somme de 213
M€ dont 134
M€ sont consacrés à l’eau potable sous la
responsabilité directe du SMGEAG pour la période 2024-2026. Les opérations concernent les
usines de production, le renouvellement de canalisations, la réparation des fuites, le
remplacement des compteurs, la télégestion du réseau.
La réalisation de travaux pour une somme de 32,4
M€ en 2024 implique une
accélération importante en 2025 et 2026 pour atteindre l’objectif
prévu par le SMGEAG. Le
volume des travaux a cependant progressivement augmenté, avec la réalisation en 2024 de
nouvelles canalisations (24 km pour 172 km prévus), le renouvellement des compteurs (18 000
des 180 000 compteurs soit un renouvellement tous les 10 ans), et la réparation de près de
9 000
fuites sur le réseau. Un rattrapage important reste à faire et l’ambition doit être revue à
la hausse, notamment sur la réparation des fuites, pour atteindre l’objectif affiché d’une sortie
des tours d’eau pour les deux tiers des usagers concernés avant 2
026 et la sortie des autres
usagers dans un délai rapproché.
___________________________________________________________________________
S
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EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
120
Annexe n° 1.Présence des élus au comité syndical du SMGEAG
Source : CRC de Guadeloupe
S
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(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
121
Annexe n° 2. Constats
macro-comptables
du
rapport
d’audit
de
l’agence
comptable du SMGEAG
▪ le solde mensuel du compte DFT (c/515) ne correspond jamais au relevé bancaire et
de plus, il est souvent créditeur ;
▪ les comptes d’imputation provisoire (c/47) ne sont pas soldés ;
▪ le compte de liaison c/451 n’est pas soldé (1,5 M€ au 31/12/2022) ;
▪ anomalies comptables sur les comptes d’actif et de passif fonctionnant parfois en
sens opposés (c/4713 et c/5151, c/4721, c/46721, c/44551…) ;
▪ comptabilisation rétroactive des amortissements sur immobilisations
(c/28) en 2022
et en l’absence de tous actifs transférés au bilan ;
▪ absence de comptabilisation des provisions pour dépréciation des comptes clients (c/
681 en 2021) ;
▪ prise en charge des emprunts bancaires transférés des ex
-opérateurs incohérente et
i
ncomplète (c/16) pour plusieurs dizaines de millions d’€
;
▪ reprise des balances d’entrée 2022 (ex. 2021) en fin d’année, absence de balances
d’entrée sur les balances comptables 2023 ;
▪ absence de tenue de comptes de stocks (c/31) ;
▪ absence de réparti
tion analytique native des charges de personnel c/64 et
comptabilisation mensuelle erratique ;
▪ incohérence inexpliquée de comptabilisation des charges de personnel en 2021.
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
122
Annexe n° 3.Anomalies relevées par la chambre dans la comptabilité du comptable
Tableau n° 35 :
anomalies constatées au niveau du bilan de la comptable par chapitre
budget principal 2023
en €
Chapitre
Compte de
gestion 2023
Etat de
réalisation des
opérations
Compte de gestion
2023
Balance générale
des comptes
CA 2023
Dépenses de fonctionnement
011
11 164 392,13
11 142 473,44
11 164 392,13
012
21 998 634,83
20 919 553,97
21 998 634,83
65
95 710,81
93 684,68
95 710,81
Source : comptes de gestion et CRC de Guadeloupe
Tableau n° 36 :
anomalies constatées au niveau du bilan de la comptable par chapitre
budget eau
potable 2023
en €
Chapitre
Compte de
gestion 2023
État de
réalisation des
opérations
Compte de gestion
2023
Balance générale
des comptes
CA 2023
Dépenses de fonctionnement
011
39 722 061,79
39 717 357,03
39 722 061,79
Sources : comptes de gestion et CRC de Guadeloupe
S
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ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
123
Tableau n° 37 :
a
nomalies décelées par la chambre dans la balance des comptes de l’année 2023 par
compte
budget principal 2023
en €
Compte
Intitulé du compte
Etat de
réalisations
des
opérations
CDG 2023
Balance des
comptes
CDG 2023
CA 2023
6063
Fournitures d'entretien et de
petit équipement
233 839,60
233 633,30
233 839,60
6064
Fournitures administratives
38 035,86
37 501,90
38 035,86
6135
Locations mobilières
1 854 318,73
1 850 226,88
1 854 318,73
61528
Entretien et réparation divers
45 627,56
45 019,56
45 627,56
61551
Matériel roulant
121 391,15
118 933,07
121391,15
6156
Maintenance (à subdiviser
comme le compte 21)
271 469,45
267 587,98
271469,45
6226
Honoraires
291 726,87
287 880,37
291726,87
6283
Frais de nettoyage des locaux
214 941,00
208 675,14
214 941,00
6512
Droits d'utilisation -
informatique en nuage
63 491,82
61 465,69
63491,82
Sources : comptes de gestion et CRC de Guadeloupe
Tableau n° 38 :
a
nomalies décelées par la chambre dans la balance des comptes de l’année 2023 par
compte
budget eau potable 2023
en €
Compte
Intitulé du compte
Etat de
réalisations
des
opérations
CDG 2023
Balance des
comptes
CDG 2023
CA 2023
Ecart
611
Sous-traitance
générale
2 480 477,59
2 477 937,59
2 480 477,59
2540
6135
Locations mobilières
253 598,35
252 442,31
253 598,35
1156.04
61551
Matériel roulant
53 414,99
52 416,53
53 414,99
998,46
61558
Autres biens mobiliers
1 973,94
1 963,68
1 973,94
10,26
Sources : comptes de gestion et CRC de Guadeloupe
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
124
Annexe n° 4.
Données exploitation
Tableau n° 39 :
coupures non programmées
Secteur
Début de la
coupure
Fin de la
coupure
Motif de la coupure
Anse-Bertrand
Port-louis
Le Moule -
Sainte-Anne
Saint-François
La
Désirade
Petit Canal
29/05/2024
29/05/2024
Travaux importants sur le surpresseur
de l’Espérance (renouvellement de la
vanne)
Abymes et Pointe à Pitre
22/05/2024
23/05/2024
Travaux de secours sur Bras David
Abymes - Raizet
16/05/2024
16/05/2024
Casse sur le réseau
Baie Mahault, Les Abymes, Petit Bourg,
le Moule, Gosier Grands-Fonds, Sainte
Rose
Avril 2024
Avril 2024
Renouvellement des compteurs
(coupures de courte durée)
Sainte Anne, Les Abymes, Morne à l’Eau
10/04/2024
10/04/2024
Travaux de raccordement du
surpresseur de Cavanière à Sainte Anne
Capesterre Belle-Eau, Les Saintes,
Goyave, Les Abymes, Pointe à Pitre, St
François, Ste Anne, Désirade, Morne à
l’Eau, Gosier, Saint
-Claude, Basse-Terre,
Gourbeyre, Trois-Rivières
21/03/2024
05/04/2024
Acte de malveillance
Gosier, Abymes, Capesterre Belle-Eau,
Sainte-Anne, Baie Mahault, Petit Bourg et
Saint François
Février 2024
Février 2024
Renouvellement des compteurs
(coupures de courte durée)
Le Moule et Petit Canal
29/01/2024
Non
communiqué
Forte turbidité de l’eau et
difficultés de
traitement
Sainte Anne et St François
11/01/2024
25/02/2024
Travaux de l’usine de Deshauteurs
Source : site internet du SMGEAG
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
125
Annexe n° 5. Données ressources humaines
Tableau n° 40 :
n
ombre d’heures supplémentaires et astreintes de janvier 2023 à avril
2024
Source : tableau de bord SMGEAG août 2024
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
126
Tableau n° 41 :
coût des heures supplémentaires et astreintes
Source : tableau de bord SMGEAG août 2024
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
127
Graphique n° 1 :
Suivi de la masse salariale
Source : tableau de bord SMGEAG août 2024
Graphique n° 2 :
Suivi des effectifs
Source : tableau de bord SMGEAG août 2024
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
128
Tableau n° 42 :
mouvements de grève depuis 2022 au sein du SMGEAG
Date du
préavis
Points de revendication
09/05/2022
Formalisation des arrêtés pour la finalisation du transfert des
agents de droit public
Ouverture immédiate de négociations portant sur un accord de
substitution basé sur les accords existants
L’organisation des services et les conditions de travail
07/03/2023
Article 7 des statuts
Régularisation cotisations retraite pour 2021
Affiliation à la caisse de retraite
27/03/2023
Création de la régie
Mise en place du RIFSEEP
Application de l’accord de substitution
Ouverture des négociations sur l’accord d’entreprise, applicable à
l’ensemble du personnel
Mise à jour des carrières publiques et privées
L’attribution d’un local syndica
l
08/11/2023
Amélioration des conditions de travail
Avancement de carrière des agents
Octroi de la prime de partage de la valeur ajoutée
Mise en place du RIFSEEP
Réalisation des entretiens professionnels
Plan de formation
11/03/2024
Evolution des carrières : avancements et promotions
Reprise des NAO
Harmonisation des mutuelles
Embauches et sous-traitants
Réorganisation structurelle et fonctionnelle
Respect des instances
Bilan des activités du SMGEAG
Bilan d’activités des assistants techniques
Les abus de pouvoir
Revalorisation salariale et pouvoir d’achat
Source : SMGEAG
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
129
Annexe n° 6.Données sanitaires
Tableau n° 43 :
f
réquence minimale annuelle de contrôle par l’ARS
Population desservie
Débit
(m³/jour)
Point de mise en distribution
Robinets normalement utilisés
pour la consommation humaine
Programme d’analyses
programme
d’analyses de
routine
programme
d’analyses
complémentaires
programme
d’analyses de
routine
programme
d’analyses
complémentaires
De 300 000 à 499 999
habitants (tranche
applicable à la
Guadeloupe)
De 60 000
à 99 999
72
12
390
12
Source : site internet du ministère de la santé sachant que la population desservie est de 331 492 habitants et
que le débit est de 203 640 m3 par jour eau brute comprise.
Tableau n° 44 :
c
ommuniqués informant la population d’une non
-conform
ité de l’eau de janvier à
mai 2024
Secteur
Date de début
Date de fin
Motif de la coupure
Sainte Rose
07/05/2024
NC
Contamination
bactériologique
Baillif
18/04/2024
23/04/2024
Contamination
bactériologique
Le Moule et Petit-Canal
09/02/2024
15/02/2024
Contamination
bactériologique
Sainte Rose
10/02/2024
15/02/2024
Contamination
bactériologique
Source : site internet du SMGEAG
S
YNDICAT MIXTE DE GESTION DE L
EAU ET DE L
ASSAINISSEMENT DE GUADELOUPE
(
SMGEAG
)
(Compétence eau potable)
130
Tableau n° 45 :
s
ecteurs ayant obtenu une cotation inférieure à A d’après les normes de potabilité
Secteur
Cotation
différente de
A
Non-conformité
Taux de
conformité en %
Nombre
d’analyses
effectuées
Anse Bertrand Bourg
B
Aluminium
338
microgrammes par
litre en moyenne
pour une
maximale
réglementaire à
200
24
Baie-Mahault Vernou
B
Bactériologique
(problème technique
rapidement résolu)
97
39
Baillif
C
Bactériologique
93
33
Gourbeyre Bourg
C
Chlordécone
75
8
Moule Damoiseau
C
Turbidité
90
64
Morne à l’Eau Bourg
B
Bactériologique
95
21
Morne à l’Eau Richeval
B
Bactériologique
90
11
Port Louis Pelletan
B
Aluminium
276
microgrammes par
litre en moyenne
pour une
maximale
réglementaire à
200
9
Source : s
ynthèse annuelle de l’ARS
Chambre régionale des comptes de Guadeloupe
Parc d’activité La Providence –
Kann’Opé –
Bât. D
CS 18111
97181 LES ABYMES CEDEX
Adresse mél : antillesguyane@crtc.ccomptes.fr
www.ccomptes.fr/fr/antilles-guyane