COMMUNIQUÉ DE PRESSE
19 décembre 2023
Rapport public thématique
LES CRYPTO-ACTIFS :
UNE RÉGULATION À RENFORCER
Les crypto-actifs sont des représentations numériques de valeurs ou de droits échangées sur
des registres d’informations partagés : les chaînes de blocs. Celles-ci permettent d’effectuer
des transactions sans recourir à des tiers de confiance. Depuis la création du Bitcoin en 2009,
des milliers d’autres crypto-actifs ont été créés, dont certains présentent un potentiel
d’innovation pour la numérisation des échanges. Le marché des crypto-actifs représentait
plus de 1 500 Md$ fin 2023 et environ 14 millions d’utilisateurs au sein de la zone euro. Si les
crypto-actifs ont un rôle actuellement marginal dans le financement de l’économie,
leur développement constitue un défi pour les États en termes de contrôle des flux et de
stabilité
financière.
En
France
et
en
Europe,
les
pouvoirs
publics
ont
adapté
la réglementation dédiée à ces actifs numériques, pour mieux les encadrer.
Un développement rapide qui représente un défi pour les politiques publiques
Dès 2019, la France s’est dotée d’une réglementation encadrant l’activité des prestataires de
services sur actifs numériques (PSAN) selon deux niveaux graduels de contraintes. Le premier
niveau repose sur un enregistrement obligatoire des PSAN par l’Autorité des marchés financiers
(AMF), qui a permis d’établir un socle de contrôle minimal des acteurs. Le second niveau
permet aux PSAN d’obtenir de l’AMF un agrément optionnel, à condition qu’ils disposent de
règles prudentielles attestant leur maîtrise des risques financiers. Si ce régime a favorisé la
constitution d’un écosystème dynamique sur le marché des crypto-actifs en France, avec
l’enregistrement de 90 PSAN entre 2020 et 2023, il présente toutefois plusieurs limites.
D’une part, les autorités peinent à lutter contre les opérateurs qui offrent des services en
France sans y être enregistrés et les moyens manquent pour contrôler les comportements
fautifs, dans un contexte de coopération variable entre les États. D’autre part, un seul agrément
optionnel a été délivré par l’AMF durant cette période : la réglementation française n’a donc
pas conduit les prestataires à se doter volontairement de règles prudentielles garantissant une
meilleure maîtrise des risques liés à ces actifs. Conscientes de ces risques et des limites
attachées aux normes nationales concernant un secteur dont les enjeux sont internationaux,
les autorités françaises ont contribué à renforcer ces règles à l’échelle européenne.
L’adaptation en cours de la réglementation en France et en Europe
Le règlement européen MiCA (markets in crypto-assets), adopté en avril 2023, s’inspire du
modèle français et le prolonge, en rendant obligatoires à l’échelle européenne les règles qui
relevaient de l’agrément facultatif en France. Il redéfinit la notion de crypto-actifs et permet
aux prestataires agréés par un État membre de fournir des services dans l’ensemble du marché
européen. Avant l’entrée en vigueur de ce règlement fin 2024, le Parlement français a prévu la
mise en
œ
uvre d’un enregistrement « renforcé » obligatoire pour la fourniture de services sur
actifs numériques en France, dès le 1
er
janvier 2024. Ces évolutions de la réglementation vont
accroître les missions de contrôle et de supervision de l’AMF et de l’Autorité de contrôle
prudentiel et de résolution (ACPR). Ces autorités devront conduire des vérifications plus
approfondies dans des délais plus limités, tout en contribuant aux travaux de la Commission
européenne sur plusieurs dossiers liés aux crypto-actifs, comme le traitement des jetons non-
fongibles (NFT).
Une lutte complexe contre le financement d’activités criminelles
Du fait de l’anonymat des portefeuilles et du caractère entièrement virtuel des flux, les crypto-
actifs présentent un risque élevé quant au financement d’activités criminelles. Les services en
charge de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCBFT)
se sont adaptés pour prendre en compte les spécificités des crypto-actifs. Depuis la loi PACTE,
les PSAN enregistrés sont soumis aux mêmes obligations que les autres établissements
financiers et contribuent à la LCBFT. L’État peut notamment tracer des flux de transactions,
incriminer des plateformes et effectuer des saisies de crypto-actifs. Toutefois, l’État gagnerait
à développer des outils en complément de ceux dont il dispose actuellement. Si les risques
propres aux crypto-actifs sont désormais pris en compte dans la plupart des instances de
coopération inter-étatiques, il reste nécessaire d’accélérer,
sur le plan national, la montée en
compétence des PSAN sur la LCBFT. Les obligations pesant sur les plateformes d’échange de
NFT en matière de LCBFT pourraient également évoluer à l’issue du rapport que la Commission
européenne doit produire d’ici 2024.
Des dispositions fiscales trop peu connues, des ajustements nécessaires
L’administration fiscale dispose de très peu de données sur la détention des crypto-actifs et les
revenus qu’ils génèrent. Pour l’année 2021, 20 000 contribuables ont déclaré des plus-values
de cession de crypto-actifs aux services fiscaux, pour un montant total d’environ 400 M
€
.
Concernant les transactions dans un cadre non professionnel, la France applique un régime de
taxation à la sortie de la sphère des crypto-actifs : seule la cession des actifs numériques contre
des monnaies « fiat », des biens ou des services, donne lieu à une imposition. Ce régime fiscal
simplifié est cependant inadapté à l’utilisation des crypto-actifs comme moyens de paiement,
alors que le règlement MiCA fait des jetons de monnaie électronique une catégorie à part
entière des crypto-actifs. Il devrait également évoluer pour prendre en compte la diversité
croissante des NFT, dont certains ne seront à l’avenir plus assimilables à des actifs de type
financier. Enfin, la révision des normes européennes de coopération fiscale entre les États
devrait améliorer la visibilité des administrations fiscales à partir de janvier 2026. Sans attendre,
la Cour appelle la direction générale des finances publiques à mieux informer les contribuables
de la fiscalité applicable aux diverses opérations sur actifs-numériques et à se doter d’une
stratégie pour intensifier ses contrôles.
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