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L'établissement public du Mont Saint-Michel

COUR DES COMPTES

L’établissement public industriel et commercial (EPIC) du Mont Saint-Michel, créé par le décret du 19 décembre 2019, sous la double tutelle des ministères de la culture et de la transition écologique, prend son origine dans les grands travaux de rétablissement du caractère maritime (RCM) du site entrepris entre 2005 et 2015 pour un montant de 185 M€ qui l’ont sauvé le Mont d’un ensablement inéluctable. L’EPIC a pris le relai d’un syndicat mixte (« Baie du Mont Saint-Michel ») qui a mené à bien ce chantier. L’accès au Mont a été entièrement modifié avec la suppression de la digue route qui y menait et la création d’une passerelle laissant passer les courants, ainsi que d’ouvrages hydrauliques et d’un système entièrement nouveau de stationnement et de navettes. L’année 2025 amorce un nouveau cycle pour l’établissement public avec le renouvellement d’une partie du conseil d’administration, la redéfinition du partenariat avec le Centre des monuments nationaux (CMN), l’adoption d’un plan pluriannuel d’investissement et le lancement des travaux en vue du prochain contrat d’objectifs et de performance (COP). Le Mont Saint - Michel reste au premier rang des sites les plus visités en dehors de l’Île-de-France, mais sa fréquentation plafonne. Cinq ans après la création de l’EPIC, le présent rapport aborde successivement la gouvernance, les missions, les moyens et les défis d’investissement et de rayonnement auxquels sont confrontés cet établissement.

Une gouvernance à la recherche de son équilibre

La particularité du Mont Saint-Michel est qu’il est inséparable de sa baie. L’EPIC tire de cette singularité l’élargissement de ses missions et sa vocation à fédérer la multitude d’acteurs qui interviennent dans cet écosystème. La raison d’être de l’EPIC est de coordonner la gestion et le développement de ce site ainsi sauvegardé, dans toutes ses composantes, touristique, économique, culturelle ou écologique. Il s’agit pour lui d’animer un collectif complexe associant tous les acteurs du Mont et de sa baie avec un équilibre subtil entre l’État et les collectivités territoriales et d’articuler son action avec le CMN. La mission de fédération propre à l’établissement est remplie auprès des acteurs locaux. Le directeur général a su gagner la confiance des élus.  L’EPIC, en déployant ses missions nouvelles, s’est affirmé comme le point de référence pour tout ce qui concourt à la conservation, à la sécurité et au rayonnement du Mont et de sa baie face à un nombre d’acteurs important et diversifié. La démarche pluriannuelle est devenue systématique, ce qui est notable pour un jeune opérateur. L’équilibre État-collectivités territoriales devra être préservé en 2025 après le retrait programmé de la Région Bretagne, comme le principe de la double tutelle des ministères de la culture et de la transition écologique.

Des missions élargies, encore inégalement déployées, avec des premiers succès

L’EPIC couvre un champ élargi par rapport à celui de l’ancien syndicat mixte et réunit l’ensemble des missions concourant au rayonnement national et international du site, c’est-à-dire à sa protection, à son développement et à son accès, dans le sillage de l’inscription du bien Mont Saint-Michel et sa baie au patrimoine mondial de l’Unesco en 1979. Le décret portant création de l’EPIC lui confie le soin de définir la politique dans les domaines très larges entrant dans sa compétence, de prendre les initiatives afférentes et de conclure toutes conventions utiles à cette fin. Il en résulte un mode d’action fondé sur la coopération avec l’ensemble des acteurs locaux. L’établissement s’est bien acquitté de la gestion et de l’entretien des ouvrages et infrastructures héritées du RCM (barrage sur le Couesnon, parkings, navettes, etc.). Il a également pris en charge sa nouvelle mission en matière de sécurité. Il doit poursuivre et renforcer ses actions en faveur du rayonnement (touristiques, culturelles, économiques) qui appellent une meilleure coopération avec le CMN qui gère l’abbaye. L’autofinancement se trouve au cœur de ce modèle, avec une forte attente de la part des collectivités territoriales contributrices au budget, avec un enjeu sur la gestion du stationnement et des navettes, principale source de ressources propres.

Une forte évolution des moyens et des charges qui appelle une consolidation

Pour son financement, l’établissement public a pu compter sur les subventions de ses tutelles, les ministères de la culture et de la transition écologique, mais aussi de subventions conséquentes de collectivités territoriales, selon un pacte financier remontant à 2020 et arrivé à échéance. La caractéristique principale dans l’évolution des ressources est le développement de l’autofinancement à partir de 2023 à la faveur d’une nouvelle concession des parkings et des navettes pour les visiteurs confiés à l’entreprise Keolis.  92 % des ressources propres sont issues de cette concession. Si les recettes ont progressé, les coûts d’entretien des ouvrages et infrastructures ainsi que les frais de personnel ont connu une forte progression liée au vieillissement des installations ainsi qu’au développement des missions confiées à l’EPIC. La trésorerie dégagée par l’établissement sera insuffisante pour répondre aux besoins d’investissement.

Conduire les parties prenantes à se réengager pour faire face aux défis de l’investissement et du rayonnement

Si le volume des investissements a pu être contenu dans les premières années, il devrait en aller autrement d’ici à l’horizon 2030. Pour les exercices 2022, 2023 et 2024, le montant des investissements s’est élevé à 12 360 022 €, dont 11 720 206 € pour le rachat des navettes. L’EPIC a identifié un ensemble de projets pour la période 2025-2029 difficiles à différer pour un montant total de près de 30 M€. La capacité d’autofinancement de l’établissement ne lui permettra pas de les financer seul. D’autant plus que les collectivités territoriales mettent fin à leur subvention de fonctionnement, le pacte financier de 2020 sur le fonctionnement étant arrivé à échéance cette année. Il convient donc de procéder à un nouveau pacte entre les principaux acteurs (État, collectivités territoriales) prenant le relais de celui de 2020, cette fois-ci sur l’investissement, pour la période 2025-2029 pour déterminer la nature et la priorité des travaux, leur calendrier et la répartition des charges. En outre, le rayonnement du site est entravé par une coopération insuffisante entre l’EPIC et le CMN, source de doublons. La fréquentation du Mont saint-Michel plafonne légèrement en dessous des trois millions de visiteurs dont la moitié seulement visitent l’abbaye. Il s’agit de mobiliser les synergies en assurant une gestion unifiée du site qui permette d’augmenter la fréquentation en l’étalant mieux dans l’année, en améliorant l’expérience du visiteur et grâce à des actions renouvelées de promotion. La convention de partenariat avec le CMN devrait par conséquent être transformée en délégation de gestion confiée à l’EPIC, tout en préservant la contribution de l’abbaye au centre ainsi que les compétences de ce dernier en matière de conservation et de restauration.  

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