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LE SOUTIEN PUBLIC À
LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
Cahier régional Nouvelle-Aquitaine
Communication à la commission des finances du Sénat
Février 2022
Sommaire
PROCÉDURES ET MÉTHODES
........................................................................................................................
5
SYNTHÈSE
............................................................................................................................................................
7
INTRODUCTION
..................................................................................................................................................
9
L’INDUSTRI
E AÉRONAUTIQUE EN NOUVELLE-AQUITAINE
AVANT LA CRISE
..............................................................................................................................
11
I - LA TROISIÈME RÉGION AÉRONAUTIQUE DE FRANCE
..................................................................
11
A -
Poids dans l’économie régionale
......................................................................................................................
11
B - Un tissu industriel civil et militaire
..................................................................................................................
12
C - Une filière régionale complète
.........................................................................................................................
13
II - UNE FILIÈRE RÉGIONALE ENTRE CROISSANCE ET CONTRAINTES
........................................
14
A - Une filière régionale en croissance
..................................................................................................................
14
B - Une filière régionale face à des défis
...............................................................................................................
15
C -
Des acteurs nombreux, dont la coordination n’est pas avérée
..........................................................................
16
L’IMPACT DE LA CRIS
E SUR LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
EN NOUVELLE-AQUITAINE
...........................................................................................................
19
I - DES EFFETS LÉGÈREMENT ATTÉNUÉS PAR LA DUALITÉ DE LA FILIÈRE
..............................
19
A -
Des effets sur la production limités pour l’activité militaire
............................................................................
19
B -
Des effets sur l’emploi réels mais contenus
.....................................................................................................
20
C - Un tissu économique pour le moment préservé
...............................................................................................
21
II - DES MESURES DE SOUTIEN PUBLIC SIGNIFICATIVES
..................................................................
21
A -
Un soutien massif par les dispositifs généraux de l’État
..................................................................................
21
B -
Un soutien à l’investissement par les dispositif
s nationaux spécifiques
..........................................................
24
C - Un soutien régional en complément des dispositifs nationaux
.........................................................................
25
III - UNE MOBILISATI
ON RENFORCÉE À L’OCC
ASION DE LA CRISE
.............................................
28
A - Des acteurs publics dans une logique de complémentarité
..............................................................................
28
B -
Des acteurs industriels à l’écoute d
e leurs réseaux
..........................................................................................
29
QUELLES PERSPECTIVES POUR LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
DE NOUVELLE-AQUITAINE ?
........................................................................................................
31
I - À MOYEN TERME, LE DÉFI DE LA REPRISE
.......................................................................................
31
A - Un tissu industriel préservé par les aides publiques
.........................................................................................
31
B -
Des tensions de recrutement en voie de s’accroître
..........................................................................................
31
II - LES ENJEUX DE LONG TERME
..............................................................................................................
32
A - Une impulsion vers la modernisation et le verdissement
.................................................................................
32
B - Les enjeux de consolidation et de diversification
.............................................................................................
34
C -
Le défi de l’adaptation des compétences aux avions de demain
......................................................................
34
CONCLUSION
....................................................................................................................................................
36
ANNEXES
............................................................................................................................................................
37
Procédures et méthodes
Les rapports de la Cour des comptes sont réalisés par l’une des sept chambres que comprend
la Cour ou par une formation associant plusieurs chambres et/ou plusieurs chambres régionales ou
territoriales des comptes.
Trois principes fondamentaux gouvernent l’organisation et l’activité de la Cour, ainsi que des
chambr
es régionales et territoriales des comptes, tant dans l’exécution de leurs cont
rôles et enquêtes
que dans l’élaboration des rapports publics : l’indépendance, la contradiction et la collégialité.
L’indépendance
institutionnelle des juridictions financières et statutaire de leurs membres
garantit que les contrôles effectués et les conclusions tirées le sont en toute liberté d’appréciation.
La contradiction implique que toutes les constatations et appréciations re
ssortant d’un contrôle
ou d’une enquête, de mê
me que toutes les observations et recommandations formulées ensuite, sont
systématiquement soumises aux responsables des administrations ou organismes concernés ; elles ne
peuvent être rendues définitives qu’après prise en compte des réponses reçues et, s’il y a lieu, après
audition des responsables concernés.
La collégialité intervient pour conclure les principales étapes des procédures de contrôle et de
publication.
Tout contrôle ou enquête est confié à un ou
plusieurs rapporteurs. Leur rapport d’instruction,
comme leurs projets ultérieurs d’observations et de recommandations, provisoires et définitives, sont
examinés et délibérés de façon collégiale, par une chambre ou une autre formation comprenant au
moins t
rois magistrats. L’un des magistrats assure le
rôle de contre-rapporteur et veille à la qualité
des contrôles. Il en va de même pour les projets de rapports publics.
La Cour des comptes a été saisie par le président de la commission des finances du Sénat, par
lettre du 17 décembre 2020
, en application du 2° de l’article 58 de la loi organique n° 2001
-692 du
1er
août 2001 relative aux lois de finances (LOLF), d’une demande d’enquête portant sur « les
mesures de soutien à l’industrie aéronautique ». Dans une
lettre du 18 mars 2021, le Premier président
a accepté cette demande et a précisé les modalités d’organisation des travaux demandés à la Cour,
s’engageant à remettre le rapport au mois de mars 2022 (cf.
annexe n° 7).
La présente enquête a été conduite par une formation interjuridictions associant trois chambres
de la Cour des comptes (première, quatrième et cinquième chambres) et trois chambres régionales
des comptes (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Pays de la Loire), constituée par arrêté du Premier
président n°21-067 du 9 février 2021 modifié.
Le lancement des travaux de la Cour a été notifié aux administrations et organismes publics
concernés par lettres du 31 mars 2021.
COUR DES COMPTES
6
Le présent rapport comporte un cahier national de synthèse et quatre cahiers territoriaux relatifs
aux mesures mises en œuvre dans différentes régions aéronautiques françaises choisies au regard de
leur poids au sein de la filière
: Île-de-France Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Pays de la Loire, qui
comptent pour un peu plus de 76 % des emplois aéronautiques hexagonaux. Les enquêtes territoriales
ont été réalisées par les chambres régionales des comptes compétentes, à l’exception de celle relative
à l’Île
-de-France, réalisée par la Cour des comptes.
En plus des acteurs publics engagés
dans l’appui à la filière, les rapporteurs ont rencontré une
cinquantaine d’entreprises, grands donneurs d’ordre, entreprises de taille intermédiaire (ETI), petites
et moyennes entreprises (PME), dans des entretiens en face à face, sur site ou à l’occasion
de tables-
rondes. Ils se sont également entretenus avec leur fédération professionnelle, le groupement des
industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), plusieurs groupements d’entreprises engagés
dans la recherche collaborative ou le développement local, ainsi que les organisations syndicales de
salariés du secteur (cf. annexe 6). Des auditions ont été organisées avec le président du Gifas, le
directeur général de l’aviation civile (DGAC) et le chef du service de l’industrie de la direction
générale des entreprises (DGE).
La direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère
du travail, de l’emploi et de l’insertion et France Stratégie ont mené des recherches à la demande
expresse de la Cour des Compte
s. L’Insee a réalisé une étude spécifique et a analysé les réactions
face à la crise d’un échantillon d’entreprises proposé par la Cour des Comptes (cf. annexe 2 du présent
cahier national).
Cette communication à la commission des finances du Sénat s’appui
e sur les informations
disponibles au 31 décembre 2021.
Le projet de rapport a été délibéré, le 20 décembre 2021, par la formation interjuridictions
relative à la mise en oeuvre des mesures de soutien à l’industrie aéronautique, présidée par Mme
Bouygard, conseillère maître, et composée de Mme Soussia et M. Turenne, conseillers maîtres,
M. Autran, conseiller maître en service extraordinaire, M. Gout et Mme Guillot, conseillers
référendaires vice-présidents de chambres régionales des comptes, et M. Joubert, président de section
de chambre régionale des comptes.
Le rapporteur général était M. Tersen, conseiller maître, assisté, en tant que rapporteurs, de
M. Mérot, président de section de chambre régionale des comptes, M. Briseul et Mme Merzereau,
conseillers de chambre régionale des comptes, M. Garrigue-Guyonnaud, conseiller référendaire en
service extraordinaire, et de Mme Demagny, vérificatrice. Le contre-rapporteur était M. Courson,
conseiller maître.
Le comité du rapport public et des programmes de la Cour des comptes, composé de M. Moscovici,
Premier président, Mme Camby, rapporteure générale du comité, MM. Morin, Andréani, Mme Podeur,
MM. Charpy, Gautier, Mme Démier et M. Bertucci, présidents de chambre, MM. Martin, Meddah,
Advielle, Lejeune, Mmes Bergogne et Renet, présidents de chambre régionale des comptes, ainsi que
Mme Hirsch, Procureure générale, a été consulté sur le projet de communication le 18 janvier 2022. Le
Premier président a approuvé la transmission du texte définitif au Parlement le 9 février 2022.
Les rapports publics de la Cour des comptes sont accessibles en ligne sur le site internet de la
Cour et des chambres régionales et territoriales des comptes.
Synthèse
Une région aéronautique civile et militaire
La filière aéronautique en Nouvelle-Aquitaine comporte 517 entreprises et représente
34 752 emplois pour
un chiffre d’affaire
s de 6
Md€
, soit 3,4 % du produit intérieur brut (PIB)
régional.
L’avionneur
Dassault aviation est présent dans la région et y produit des avions
militaires et des avions d’affaire
s. La chaine de sous-traitance, diversifiée, se distingue dans les
domaines de la maintenance en condition opérationnelle, de la motorisation d’avions et
d’hélicoptères, des batteries pour aéronefs et des matériaux composites. La spécificité majeure de
ce tissu industriel est sa dualité, avec des débouchés civi
ls et militaires. L’importance du sous
marché des drones constitue également un élément distinctif. Si les entreprises se répartissent sur
l’ensemble des 12 départements de la région, l’activité se concentre toutefois à proximité de
l’aéroport de Mérignac,
dans la métropole de Bordeaux, ainsi que dans les Pyrénées-Atlantiques.
Avant l’entrée dans la crise, la filière en région était portée par le dynamisme des
commandes et les exigences des donneurs d’ordre en termes de productivité
, ce qui avait eu
pour c
onséquence un important effort d’investissement de la part des entreprises. Ce
phénomène aura été un facteur d’aggravation des effets de la crise puisque la chaîne
d’approvisionnement était particulièrement sous tension, avec des marges unitaires faibles a
insi
que des trésoreries et des capitalisations fragilisées.
Une crise atténuée par les soutiens publics
Les effets de la crise sur la filière en région ont été en partie atténués par la dualité de la
filière : dans le domaine militaire, le soutien public national (anticipation des commandes
étatiques) et
l’activité à l’
international (début des exportations du Rafale) ont permis une
continuité des activités. Aussi, les entreprises aux débouchés duaux ont connu une baisse plus
limitée de leur production (environ moins 30 %) que les entreprises exclusivement civiles
(environ moins
50 %). En termes d’emploi,
si les effets ont été réels, ils ont été contenus. La
filière a perdu 2 550 salariés depuis le début de la crise, soit 5,3 % de ses effectifs. Le tissu
productif a relativement bien résisté, peu de défaillances
d’entreprises
(environ une dizaine)
sont recensées à ce stade.
Les mesures de soutien ont
en effet permis d’atténuer l
e choc, avec
l’octroi
à hauteur
de 86
M€ de prêts garantis par
l’
État (PGE) et
la mise en œuvre du
dispositif d’
activité partielle
utilisé par la quasi-totalité des entreprises (835 sur 900), pour un montant de 73
M€
entre mars
2020 et
juin 2021. Le fonds national de l’emploi (FNE) formation a en revanche
été peu utilisé,
seules treize entreprises
l’on
t sollicité, pour 575 salariés.
Au-
delà de ce soutien d’urgence, les différentes composantes du plan de relance ont
permis une réelle impulsion d’investissement en vue du rebond et de la transforma
tion de la
filière. Outre les treize entreprises ayant bénéficié des fonds du Conseil pour la recherche
aéronautique civile (Corac) pour la recherche et développement (R&D), les projets de 38
entreprises ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à projet (AAP) aéronauti
que ce qui
COUR DES COMPTES
8
représente 31
M€ de subventions pour un investissement total de 116 M€.
Pris dans son
ensemble, le soutien de l’État à la filière
néo-aquitaine représente environ 190
M€.
La région Nouvelle-Aquitaine a également apporté un soutien aux entreprises à hauteur
de 28,4 M€ entre mars 2020 et septembre 2021, mobilisant ses dispositifs de droit commun et
un plan de relance dit « Nouvelle Aquitaine Rebond ». Ce soutien a été orienté vers les très
petites entreprises (TPE) et petites et moyennes entreprises (PME) de la région.
Une filière face à des défis
Ces différents dispositifs de soutien ont permis de moderniser une partie des PME de la
filière. Toutefois,
le tissu industriel va devoir faire face, dans la perspective de l’arrêt des aides
d’urgence
et du remboursement des PGE, à des défis de consolidation et de diversification. Les
dynamiques en la matière sont encore faibles, peu d’opérations d’a
cquisition ont eu lieu depuis
la crise en raison notamment de la faible valorisation actuelle des entreprises. Les dispositifs
d’accompagnement à la
diversification n’
ont pas réellement trouvé leur public et gagneraient
de ce fait à être renforcés et structurés.
Les aides publiques ont également permis des investissements en faveur d’une filière plus
responsable sur le plan écologique. Cette impulsion était nécessaire pour
s’adapter à la
progression des exigences environnementales et des investissements seront encore nécessaires.
Les défis portent également sur les ressources humaines pour pourvoir aux besoins en
compétences actuels et futurs. Un travail
d’
adaptation de
l’appareil de formation aux évolutions
induites par des avions plus verts reste ainsi à conduire.
Pour faire face à ces défis, une concertation accrue et formalisée des différents acteurs
publics et privés, capitalisée sur celle déployée durant la crise, serait un atout.
Introduction
La région Nouvelle-Aquitaine constitue la troisième région aéronautique de France et la
première région pour l’aéronautique de d
éfense, avec des compétences renforcées sur le volet
de la maintenance aéronautique.
Structurée entre un noyau dur abrité dans la métropole bordelaise, à proximité de
l’aéroport de Mérignac, et des entreprises de tous rangs dispersé
e
s sur l’ensemble du te
rritoire
régional
, elle a la particularité d’être duale, avec des débouchés à la fois civils et militaires
.
Motrice pour le territoire, elle constitue une filière d’excellence, nourrie par un
écosystème d’acteurs de la recherche et de l’innovation particul
ièrement dynamique. Elle était
toutefois confrontée avant-crise à certaines contraintes, notamment les exigences croissantes de
productivité et la difficulté à recruter une main d’œuvre qualifiée.
C’est dans ce contexte que la crise sanitaire est venue mettre un brutal coup d’arrêt à des
années de développement.
COUR DES COMPTES
10
Avertissement
Faute d’une approche statistique exacte de la filière aéronautique civile et militaire, hors
activité spatiale, la chambre régionale des comptes Nouvelle-Aquitaine, conformément à la méthode
définie au sein de la formation interjuridictions, a tenté de cerner la filière
par l’intermédiaire de trois
approches distinctes :
Une approche portant sur le cœur de la filière, défini comme les entreprises relevant des trois
codes Naf
1
de l’ins
titut national de la statistique et des études économiques (Insee) suivants : 3030Z
« construction aéronautique et spatiale », 2651A « fabrication d'équipements d'aide à la navigation »
(composants électroniques et 3316Z « réparation et maintenance d'aéronefs et d'engins spatiaux » ;
Une approche élargie, incluant dans la filière les sous-traitants de rangs un et deux dont une
part de l’activité, plus ou moins importante, dépend du secteur aéronautique. Des données et deux
études récentes ont permis de mieux documenter cette filière élargie : les données relatives à « la
filière aéronautique et spatiale dans le grand Sud-Ouest
2
», l’étude «
Une dynamique toujours
favorable dans la filière aéronautique et spatiale du grand Sud-Ouest
3
» et l’étude «
La chaîne
d’approvisionnement aérospatiale du grand Sud
-Ouest : atouts et défis
4
», publiées par l’Institut
national de la statistique et des études économiques le 30 janvier 2020.
Une approche opérationnelle, au travers de la liste des 127 entreprises considérées par les
services de l’État comme participant pour une part significative de leur activité à la filière.
Les données produites font référence, en le précisant, à l’un ou l’autre de ces périmètres.
1
Nomenclature d'activités française
2
Insee,
Enquête sur la filière aéronautique et spatiale dans le Grand Sud-Ouest
, janvier 2020
3
Insee,
Analyses Occitanie
, n° 90, janvier 2020
4
Insee,
Analyses Occitanie
, n° 91, janvier 2020
L’industrie aéronautique en
Nouvelle-Aquitaine avant la crise
I -
La troisième région aéronautique de France
A -
Poids dans l’économie régionale
En 2018, le chiffre d’affaire
s de la filière aéronautique en Nouvelle-Aquitaine était de
6
175 M€
, soit 3,39 % du PIB régional.
L’essentiel de ce
chiffre d’affaire
s reposait sur des livraisons à des clients français (67 %
dont 42 % en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie). Sur les 33
% de chiffre d’affaire
s que
représentaient les exportations, 13 % étaient
à destination de l’Europe et 10
% du continent
américain. Elles concernaient à la fois les grandes entreprises (Dassault, qui livre Rafales et
Falcons à l’international ou
Safran helicopter engines, qui fournit la majorité des constructeurs
d’hélicoptères mondiaux) et les plus
petites (cas par exemp
le d’Aquitaine électronique
,
entreprise « pépite » du territoire, qui exporte une partie de sa production de systèmes
d’allumage à des clients américains, allemands ou encore indiens).
Un tiers (27 %) des entreprises avaient recours à la sous-traitance. Si elles sous-traitaient
principalement (à 52 %) en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, 39
% d’entre
-elles le faisaient
à l’étranger, principalement pour réduire le
coût
de la main d’œuvre. Le plus gros de l’activité
sous-
traitée à l’étranger était localisé
sur le continent américain (15 %) et en Europe (6 %).
Bien que la filière soit présente dans l’ensemble des 12 départements de la région (cf.
cartographie en annexe n° 1), l’activité se concentre surtout en Gironde, autour de l’Aéroparc
de Bordeaux-Mérign
ac, où sont situés plusieurs grands donneurs d’ordres industriels et dans
les Pyrénées-Atlantiques (Pau et Bayonne), territoire davantage spécialisé dans la construction
et la métallurgie. Viennent ensuite le nord de la région (Vienne, Deux-Sèvres, Charente-
Maritime), plutôt spécialisé dans la maintenance, et l’Est (Dordogne, Corrèze), où sont situées
d’importantes entreprises d’avionique et de systèmes électroniques.
La région possède plusieurs domaines d’excellence industriels avec un
leadership
mondial
en turbines pour hélicoptères, trains d’atterrissage, avions d’affaires haut de gamme, batteries
d’aéronefs et matériaux composites haute performance
; un
leadership
européen en lanceurs et
propulsion, radars et systèmes aéroportés, avions militaires ; et enfin un
leadership
national dans
les domaines des systèmes de drones, de la maintenance et l’aménagement intérieur d’avions.
COUR DES COMPTES
12
B -
Un tissu industriel civil et militaire
Pour analyser le
s caractéristiques en termes de tissu industriel et d’emplois
dans la filière,
le présent rapport se base sur les enquêtes de l’
Institut national de la statistique et des études
économiques (Insee) en région, lequel a recensé 517 entreprises en 2018 (cf. résultats détaillés
en annexe n° 2).
Les grandes entreprises les plus importantes sont Dassault (avec des sites à Mérignac,
Poitiers, Martignas et Biarritz), Stelia aerospace (basée à Rochefort, Mérignac et Salaunes),
Safran (au travers de plusieurs filiales à Châtellerault, Niort, Poitiers, le Haillan, le Teich,
Tarnos, Bordes et Bidos) et Thales (à Mérignac, Brive-la-Gaillarde et Châtellerault).
104 entreprises de taille intermédiaire (ETI) interviennent dans des champs diversifiés :
la métallurgie et production de pièces, avec des entreprises telles que Lauak (Pyrénées-
Atlantiques), Figeac aéro (Corrèze), Lisi aerospace (Deux-Sèvres et Lot et Garonne) ou encore
Potez (Landes), l
es systèmes électroniques embarqués avec par exemple l’entreprise S
erma
(Gironde) ou encore les équipements de cabine avec par exemple SimAir (Charente-Maritime).
375 PME réparties sur l’ensemble de la région interv
iennent également dans des champs
d’activité divers, parmi lesquelles des «
pépites
» à l’image de Metal Chrome (basée à
Rochefort, spécialisée dans l’usinage et le traitement non corrosif), l’Electrolyse (à Mérignac,
spécialisée dans le traitement de surface), Axyal (dans les Pyrénées-Atlantiques, spécialisée
dans les équipements intérieurs complets), Aquitaine électronique / AEVA (dans les Pyrénées-
Atlantiques et spécialisée dans les équipements électroniques) ou encore FEDD (en Dordogne,
spécialisée dans les ensembles complets de composants électroniques).
La grande spécificité de la filière en région est sa dualité entre les activités civiles et
militaires. En 2018, 20
% de l’activ
ité aéronautique était réalisée sur des programmes militaires.
Ceci résulte d’un processus historique en trois temps
:
l’implantation de structures industrielles
au cours du XX
e
siècle, pour des raisons stratégiques, loin de la « menace » des frontières du
Nord et de l’Est
; ensuite le projet « Air 2010
», lancé par l’armée de l’air dans les années 2000
,
qui a conduit à restructurer la filière aéronautique militaire entre 2008 et 2012 autour de
Bordeaux où se trouvaient les fournisseurs, pour diminuer les coûts et faciliter la logistique.
Cette restructuration a eu pour effet de rendre visible en région une filière jusqu’alors discrète
;
e
n 2012, l’implantation à Mérignac de la direction de la maintenance aéronautique, jusqu’alors
francilienne, a conclu ce processus de concentration.
Les entreprises Dassault (assemblage du Rafale à Mérignac ainsi que de nombreux
autres sites en région), Safran (via sa filiale Helicopters engines basée à Pau) et Thales (fort
d’un important campus à Mérignac) sont désormais les fers de lance de l’aéronautique militaire
en Nouvelle-Aquitaine. Les sous-traitants sont par conséquent nombreux à exercer une activité
duale en région (avec par exemple des ETI de poids comme Sabena Technics et Latécoère
5
).
Cet écosystème est complété par les organismes du ministère des armées, en particulier le centre
de maintenance en condition opérationnelle (l’atelier industriel de l’aéronautique de Bordeaux)
et les écoles de formations des mécaniciens de l’armée de l’air basées en Charente
-Maritime
(Saintes et Rochefort).
5
L’entreprise Latecoere est principalement implantée à Toulouse mais un de ses sites est implanté dans les Landes,
à Liposthey.
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
13
La filière compte 34 752
salariés dédiés à l’activité aéronautique et
spatiale à fin 2018,
pour l’essentiel des
emplois industriels (83,6 %). Au sein de ces effectifs civils, on compte 22 %
de cadres. Les emplois sont à 90 % à durée indéterminée. 44 % des entreprises ont recours à
l’intérim (pour un nombre d’intérimaires mensuel moyen de 2
863).
La région abrite également quelques sous marchés aéronautiques. Au premier rang
figurent les hélicoptères. Safran helicopters engines, leader mondial du secteur, compte deux
implantations majeures : son usine de Bordes (à côté de Pau), où sont fabriqués des moteurs
d’hélicoptères à destination des constructeurs du monde entier
, et son site de Tarnos, où est
assurée la maintenance.
La Nouvelle-Aquitaine fut pionnière en matière de drones civils avec la création du
premier cluster dédié à la filière en 2010 (Aetos
), l’organisation d’un salon professionnel dédié
(l’UAV Show, salon européen de référence) et l’implantation d
u
centre d’essai e
t de service sur
les systèmes autonomes (Cesa) à Sainte-Hélène dans le Médoc. Le territoire comporte des pépites
telles qu’Azur drone (leader européen du drone de surveillance), Drones protect systems (drones
de surveillance), Dronisos (drones de contrôle
de réseaux d’eau et drones événementiels) ou
encore Reflet du monde (drones d’épandage).
Cette filière drone consiste principalement en des
activités d’usage des drones et non de construction,
la construction étant en quasi-totalité réalisée
en Chine. Seules les rares entreprises spécialisées dans les drones de surveillance dits de « longue
élongation » fabriquent leurs drones sur le territoire.
C -
Une filière régionale complète
Au-delà de ces spécificités, la filière aéronautique néo-aquitaine se caractérise par sa
diversification. Elle embrasse l’ensemble du processus de production des appareils
, à savoir :
-
l'aviation et les aérostructures avec Dassault Aviation (sites de Mérignac où sont assemblés
les Falcon et les Rafale, Martignas, Biarritz et Poitiers), Stelia Aerospace (sites de
Rochefort et Mérignac) et Stelia Composites (Salaunes), mais aussi Potez Aeronautique
(Landes, Lauak (Pyrénées-Atlantiques), Simair (Charente-Maritime), etc. ;
-
la motorisation d’avions avec Safran Aircraft Engines (sites de Châtel
lerault et Bordeaux) ;
-
la motorisation d’hélicoptères avec Safran Helicopter Engines à Bordes (
Pyrénées-
Atlantiques) et Tarnos (Landes) ;
-
les trains d’atterrissage avec Safran Landing Systems à Bidos (
Pyrénées-Atlantiques) ;
-
les systèmes embarqués avec Thale
s (sites de Mérignac et Châtellerault) s’agissant des
interfaces hommes/machines, les systèmes avioniques et systèmes téléopérés (drones), Saft
(sites de Mérignac et Poitiers) pour les batteries, Safran Aerosystems (site de Cognac) ;
Safran Electrical & Power (site de Niort, ex Zodiac) ; on peut citer aussi les PME Fedd
(Dordogne), Aquitaine Electronique (Pyrénées-Atlantiques
) et l’ETI Nexeya (sites de
Mérignac et La Couronne) ;
-
les systèmes optroniques défense : Safran Electronics & Defence (Vienne) ;
-
les matériaux avancés et composites : outre les grands groupes, des PME comme Epsilon
Composites (Gironde), Axyal (Pyrénées-Atlantiques) peuvent offrir de nouvelles solutions ;
-
la maintenance avec la présence du ministère des Armées (la direction de la maintenance
aéronautique, le commandement du soutien des forces aériennes sur la base aérienne 106
de Mérignac et l’atelier industriel de l’aéronautique à Floirac), mais aussi Sabena Technics
(Mérignac) et Dassault Falcon Services (Mérignac) ;
COUR DES COMPTES
14
-
le travail des métaux réalisé par beaucoup des PME et des ETI comme MGA (Lot-et-
Garonne) rachetée par ARM, Lisi Aerospace (sites de Marmande (Lot-et-Garonne) et
Parthenay (Deux-Sèvres)), Nexteamgroup (constitué en
particulier d’Asquini (
Lot-et-
Garonne), de Mecafi (Vienne) et MP Sud (Pyrénées-Atlantiques)), le groupe AD Industries
(constitué en particulier d’Exameca et MMP (
Pyrénées-Atlantiques), de Deshors (Corrèze),
Mecabrive (Corrèze) du groupe Figeac Aero, Malichaud Atlantique (Charente-Maritime),
les fonderies des groupes Ventana (Pyrénées-Atlantiques), Constellium à Ussel (Corrèze)
et PCC (Pyrénées-Atlantiques) ;
-
le traitement de surface avec des PME telles que Metal Chrome (Charente-Maritime),
l’Electrolyse (
Gironde), Electrochrome (Gironde) ; Aero Protec (Pyrénées-Atlantiques),
SPI Aero (Pyrénées-Atlantiques) (groupe Lophitz) ;
-
l’électronique
avec Aquitaine Electronique (Pyrénées-Atlantiques), Fedd (Dordogne).
II -
Une filière régionale entre croissance et contraintes
A -
Une filière régionale en croissance
Si son chiffre d’affaire
s a connu un ralentissement entre 2017 et 2018 (+ 4,7 %), à
comparer aux + 8,2 % des années 2016 / 2017, la filière aéronautique néo-aquitaine était tout
de même,
avant l’avènement de la cris
e sanitaire,
dans une dynamique positive qui s’est
poursuivie jusqu’à la fin 2019.
Les deux années qui ont précédé la crise ont vu le
renforcement des donneurs d’ordres
régionaux. Le groupe Dassault a ainsi agrandi trois de ses quatre
usines (l’usine de M
érignac
accueille désormais les laboratoires industriels et techniques d’Argenteuil ainsi que les équipes
des services après-vente de Saint-Cloud et du Bourget). Il a également construit un nouveau
site à Martignas, dédié à la Pyrotechnie, regroupane ainsi
des activités jusqu’alors éclatées entre
Poitiers et Argenteuil. Il a enfin recruté 400 personnes en 2019 et livré en octobre son premier
Rafale à un client étranger, l’Inde, commençant ainsi à honorer une commande de 36 appareils
passée il y a 10 ans. La filiale Helicopter engines de Safran a connu une dynamique positive
avec un redressement de ses parts de marchés sur les turbines de 25 % en 2013 à 37 % en 2018.
Elle a procédé à 100 nouvelles embauches en 2019 et se positionnait sur des avancées
technologiques telles que les moteurs hybrides et la propulsion des drones taxis. Thalès, enfin,
a pris livraison de son « campus » (200
M€ d’investissement, 60
000 m² de surface, 2 300
collaborateurs) à Mérignac en 2017 et a poursuivi avec le développement d’un «
Digital Lab »
à Châtellerault, centre d’excellence en réparation et maintenance d’équipement aéronautiques.
En 2018 et 2019, des opérations de rachat ont eu lieu entre certains sous-traitants. Parmi
les plus remarquées, l’acquisition par le groupe Aquitaine électronique de l’usine Meggit à
Fléac (Charente). Le groupe a ainsi passé la barre des 200 salariés et doublé son chiffre
d’affaires, passant de 15 M€ à 30 M€. Cette acq
uisition lui permet de proposer une offre globale
renforcée sur le segment des systèmes intégrés d’électronique de puissance. L’entreprise Lauak
(tuyauterie, chaudronnerie, usinage) était également dans une dynamique d’
ascension, après
avoir réalisé huit a
cquisitions depuis 2010, elle s’était fortement internationalisée (30
% du
chiffre d’affaire
s
réalisé à l’export en 2018) et avait ainsi recruté plus de 85 personnes en 2019.
Dans un autre ordre d’idées, une usine en difficulté (l’usine Paulin à Saint
-Savin) a été rachetée,
renommée AMCP (aéronautique, mécanique, chaudronnerie, précision) et entièrement
redressée par son repreneur.
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
15
Enfin, la période pré-crise a vu se renforcer certains sous marchés : celui des drones et
celui des dirigeables, avec la prépar
ation tout au long de 2019 de l’implantation en Nouvelle
-
Aquitaine de Flying Whales, entreprise qui projette de construire des dirigeables dédiés au
transport de marchandises (ce qui génèrerait 300 à 400 nouveaux emplois directs en région).
En termes de recrutements, la filière a connu une accélération en 2018 (+ 2,7 % soit 1 300
nouveaux emplois) après + 2,6 % en 2017, et une dynamique plus élevée que la moyenne
régionale (+ 2,1 %). Le lancement d’une nouvelle structure de formation a également été décidé
courant 2019, le campus Prométée 2 à Poitiers (sur le site du Futuroscope), destiné à accueillir
des formations en apprentissage ainsi qu’un centre universitaire préparant à des qualifications
de niveaux master et doctorat.
B -
Une filière régionale face à des défis
La région rencontrait avant la crise une baisse importante et continue de ses exportations de
produits de la construction aéronautique et spatiale. Les chiffres de la chambre de commerce et
d’industrie
(CCI) de Nouvelle-Aquitaine, sur la base des données des services en charge des
douanes,
font état de 1,4 Md€ d’exportations en 2019
, soit - 23
% par rapport à l’exercice 2018,
lequel enregistrait déjà une baisse de - 16,5
% par rapport à 2017. L’excèdent commercial de la
filière aéronautique et spatia
le a diminué de 772 M€ en 2018 à 390 M€ en 2019, soit
- 49 %. Si les
produits de la construction aéronautique et spatiale représentaient 7,8 % des exportations régionales
en 2018, ils n’en représentaient plus que 5,8
% en 2019. La principale explication est la division par
deux des commandes américaines, en lien avec
la mise à l’arrêt des Boeing 737 max qui
a eu un
impact important sur les motoristes et leurs sous-traitants de rang un et deux.
Au-delà de cette difficulté conjoncturelle, la filière connaissait en région quelques difficultés
structurelles. En premier lieu,
la dépendance de la chaîne d’approvisionnement à la filière, car plus
de l
a moitié des entreprises réalisaient les ¾ de leur chiffre d’affaire
s
dans l’aéronautique. Ensuite,
l’éclatement du tissu industriel
,
avec un nombre trop important de PME et trop faible d’
entreprise
de taille intermédiaire (ETI). Les constructeurs et équipementiers de rang un déploraient cet état de
fait qui les empêche de disposer de sous-ensembles suffisamment intégrés.
Une autre difficulté, toujours d’actualité, résidait dans le
s difficultés de recrutement de cadres
qualifiés. Ceci tient pour partie à la localisation de certaines entreprises (les cadres sont moins enclins
à s’installer
dans les Deux-Sèvres ou dans la Vienne, privilégiant Bordeaux). Mais le phénomène est
surtout dû à l’absence, dénoncée par certains acteurs rencontrés, de structures de for
mation dans le
supérieur. Si la région dispose de bons outils de formation jusqu’au bac professionnel (Aerocampus
à Bordeaux et les centres de formation des mécaniciens de l’armée de l’air en Charente
-Maritime),
elle compte peu d’écoles d’ingénieurs dans le champ de l’aéronautique. Ceci pénalise à la fois le
recrutement des entreprises mais également parfois leurs débouchés. C’est le cas d’ES laser
(Léognan), producteur de machines industrielles laser personnalisées, qui est obligé d’exporter 40
%
de sa pro
duction vers la Suisse et l’Allemagne, faute de trouver des clients locaux dont les salariés
soient suffisamment qualifiés pour utiliser leurs machines.
Par ailleurs, plusieurs interlocuteurs (
la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du
travail et des solidarités (Dreets
), l’union interprofessionnelle des métiers de la métallurgie (UIMM)
et la région)
ont soulevé l’existence avant crise de difficultés de trésorerie (ratios d’endettement /
fonds propres très dégradés) pour la grande majorité des entreprises de la filière. Les perspectives
de commande prometteuses en 2018 et 2019 ont
stimulé l’investissement voire le
surinvestissement, dans un contexte de forte mobilisation des moyens de production (82 % toutes
entreprises confondues, 85 % pour les PME, 90
% pour les ETI en 2018). Ce surinvestissement a
COUR DES COMPTES
16
été amplifié par les exigences des donneurs d’ordres en termes d’accroissement de la productivité
et de réduction des coûts des sous-traitants
, dans un contexte d’intensification de la concurrence
internationale
. Ce problème de longue date, qui touche l’industrie française au sens large, est
davantage marqué dans l’aéronautique en raison des rythmes de commandes.
En 2018- 2019, cela
a eu pour conséquence de fragiliser le haut de bilan des entreprises néo-aquitaines.
Enfin, la
suppression de la navette Air France entre l’aéroport de Mérignac (autour duquel
sont situées l’essentiel des entreprises régionales de la filière) et Paris (o
ù sont situés les sièges
des entreprises), décidée antérieurement à la crise, est intervenue concomitamment à cette
dernière. Cette suppression, résultat de la loi dite « climat et résilience », fait peser une
contrainte car cette navette était utilisée par les entreprises pour se rendre des sièges aux sites
de production rapidement et « porte-à-porte ».
C -
Des acteurs nombreux,
dont la coordination n’est pas avérée
L
État (via la Dreets, le secrétariat général aux affaires régionales, les organismes de
défense) et la région
assument un rôle de connaissance de la filière, d’exécution des tâches
administratives liées et de « guichet » vis-à-
vis des entreprises pour l’information relative aux
réformes et aux dispositifs publics.
Ils peuvent aussi s’appuyer sur la connaissance que l’UIMM
et les chambres consulaires peuvent avoir des entreprises concernées.
La Dreets gère les dispositifs de soutien créés avant-crise que sont le plan
d’investissement d’avenir (PIA) régionalisé ainsi que l’accord cadre de développement des
compétences (ADEC) des salariés de la métallurgie (dispositif de formation cofinancé par
l’UIMM à destination des salariés du secteur de la métallurgie).
Le conseil régional agit au titre de ses compétences en matière de développement
économique Il a qualifié la filière de prioritaire dans son schéma régional de développement
économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII). Sur cette base
, il a adopté, en
concertation avec l’écosystème de la filière,
une feuille de route 2019-2022 dite « Plan Maryse
Bastié » dans le cadre de laquelle il apporte un
soutien financier et de l’ingénierie aux entreprises
pour une filière « décloisonnée, agile et durable ». Cette feuille de route comprend six axes que
sont le soutien à la R&D, le développement de la performance industrielle (via le dispositif « usine
du futur » qui a précédé en 2014 celui «
d’industrie du futur
» développé ensuite
par l’
État), la
mise à disposition d’outils de structuration financière, le développement de l’appareil de
formation, la facilitati
on de l’accès aux marchés internationaux et le travail sur l’attractivité pour
favoriser le développement industriel sur l’ensemble de la région. Cette feuille de route reste en
vigueur pendant la crise, et différents dispositifs régionaux de soutien viennent en adapter et en
accélérer la mise en œuvre (c
f. partie 2.2.1). Avant-crise, la région apportait environ 20 à 25
M€
d’aide
s à la filière par an (13
M€ d’aides à la performance industrielle, 7
M€ pour la R&D
via
des AAP et le financement de structures d’innovation, 2,5
M€ pour l’animation / structuration de
la filière et 350
K€ pour l’aide à l’internationalisation).
La métropole de Bordeaux agit
à son niveau pour accompagner l’implantation d’entreprises
sur son t
erritoire et en développer l’attractivité.
À ce titre, elle aménage depuis 2016 «
l’Aéroparc
»,
du nom du quartier de Mérignac où se concentre l’essentiel de l’activité aéronautique régionale. Elle
viabilise à ce titre 400 ha de foncier à bâtir à terme, et étend le réseau de tramway, reliant ainsi le site
au centre-ville de Bordeaux. Elle subventionne également, en complément du conseil régional,
différents organismes utiles à la filière que sont l’incubateur de start
-ups Bordeaux Technowest,
l’agence de développement et d’innovation de Nouvelle
-
Aquitaine, l’agence d’internationalisation
Invest in Bordeaux et trois pôles de compétitivité (Aerospace Valley, TOPOS, et Alpha RLH).
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
17
Les entreprises disposent de structures d’interconnexion que sont les clusters. D
eux sont
dédiés à la filière sur le territoire, Aerospace Valley et Bordeaux Aquitaine aéronautique et
spatial (BAAS). Le premier est interrégional (Occitanie, Nouvelle-Aquitaine) et regroupe 825
membres, dont 536 PME, le second est plutôt centré sur le bordelais et regroupe environ 30
membres, grands groupes, organismes de défense et centres de recherche. Ils organisent des
évènements et des programmes de travail communs. Cette capacité à mettre en relation est
facilitée dans le cas d’Aerospace Valley par
le fait que nombre de ses personnels sont mis à
disposition par des entreprises de la filière, ils disposent donc d’une réelle vision de terrain. Les
clusters sont aidés dans leur action par l’Agence de développement de l’innovation, financée
par la région, dans le cadre de projets ciblés visant à créer des démonstrateurs de nouvelles
solutions technologiques. Ces différents acteurs assurent également le rayonnement de la filière
dans les salons professionnels (locations d’espaces d’exposition régionaux mis
à disposition
des entreprises locales). Aerospace Valley organise environ 170 événements par an, soutient
environ 160 projets pour un montant d’environ 15
M€ annuel (sur tout le grand Sud
-Ouest). Le
pôle a également fait la démarche d’adhérer au
board
de
l’
European institue of innovation and
technology
(EIT) pour y représenter ses membres et leur permettre d’accéder aux dispositifs
d’aide européens. Au
-
delà de ces deux pôles, la région compte également d’autres clusters
parmi lesquels TOPOS, qui réunit les acteurs du management de trafic (cofinancé par les
entreprises, la région et la métropole), Alpha RLH, qui rassemble les acteurs de la photonique
laser et de l’électronique hyperfréquence (cofinancé selon le même modèle) et Aquitaine
Robotics, qui aide les entreprises et chercheurs à concrétiser leurs projets en robotique.
En termes de formation, outre les ateliers des mécaniciens aéronautiques de la défense,
l’Aerocampus
à Latresne, proche de Bordeaux, dispense des formations initiales en alternance,
du bac pro aéronautique au brevet de technicien supérieur (BTS), à environ 300 élèves par an.
Cet outil, fortement soutenu par l’entreprise Dassault et
la région, pourvoit une importante
partie des besoins en ouvriers aéronautiques du territoire.
En termes de formations de niveaux supérieurs, outre les universités, la région comprend
quelques structures, essentiellement situées dans les grandes agglomérations
telles que l’institut
polytechnique de Bordeaux, l’institut Evering à Bordeaux (ingénierie
aéronautique), l’école
d’ingénieurs CESI à Pau, l’école d’ingénieurs généraliste
s à La Rochelle (EIGSI),
l’
école
supérieure de mécanique et d’aérotechnique
(ISAE-ENSMA) à Poitiers, ou encore
l’
école
supérieure des technologies industrielles (ESTIA), à Bidart. Certains acteurs déplorent un
manque de structures de formation dans le supérieur, en particulier la région qui souhaiterait
davantage d’écoles d’ingénieurs sur le territoire
.
D’autres,
comme Aerospace Valley,
considèrent
que l’appareil actuel est suffisant mais qu’il doit évoluer pour former davantage de
profils d’ingénieurs en maintenance de machines complexes, notamment en faisant évoluer le
s
compétences des salariés les moins qualifiés. Pour les entreprises rencontrées, la difficulté est de
parvenir à attirer les talents car elles expliquent avoir du mal à recruter.
Sont également implantés sur le territoire des centres de ressources technologiques et
plates-
formes collaboratives dans les domaines d’excellence de la région en particulier les
matériaux composites à l’instar de CANOE (centre de R&D dans le domaine des matériaux
composites avancés situé à Bordeaux) ou de CompositAdour (même activité, située à Bayonne).
L’impact de la crise sur la filière aéronautique
en Nouvelle-Aquitaine
I -
Des effets légèrement atténués par la dualité de la filière
A -
Des effets sur la production limités pour l
’activité
militaire
La mesure des effets de la crise sur la production n’a pour le moment pas été réalisée
pleinement, de manière agrégée. Seules ont pu être recueillies des données partielles qui
permettent de dresser de premiers constats.
De manière générale, la Dreets
considère qu’il y a eu pour la filière aéronautique une
baisse d’activité de 50
% en région Nouvelle-
Aquitaine sur l’année 2020 et le début de 2021.
S
ur le volet métallurgique industriel civil, l’UIMM fait état d’une baisse d
e seulement 25 %.
Dans le détail, ce constat varie selon le modèle et la situation des entreprises. Celles qui
ont connu les baisses de production les plus importantes sont celles qui sont surtout tournées
vers le civil, à l’image du groupe Lauak, dont les
débouchés sont à 95 % civils et qui a connu
une baisse d’activité de 50
%. Le phénomène est même amplifié pour les entreprises aux
débouchés civils dites « Airbus dépendantes
» à l’instar de
Ventana (métallurgie, Béarn), qui a
connu une baisse de 55 % de sa production, et à plus forte raison
pour les filiales d’Airbus telles
que Stelia. Sur certains de ses sites, Stelia assure une activité dite « mono-produit, mono-
client
», ce qui constitué un facteur supplémentaire d’aggravation de la crise. Ainsi, sur l
e site
de Mérignac qui ne produit que des voilures d’ATR, la baisse de production a été de 65
% en
2020 (25 voilures assemblées contre 70 l’année précédente).
Les conséquences ont en revanche été moindres pour les entreprises aux débouchés
duaux, civils et militaires. Pour celles-
ci, la baisse de production a été de l’ordre de 30 % à
l’image d’AEVA (producteur notamment de bougies et de boitiers d’allumage pour Dassault,
basé en Charente à Fléac, qui a connu une baisse de production de 30 %) ou de SPI Aéro
(peintures pour l’aviation, basé à
Mauléon dans les Pyrénées-Atlantiques, avec une baisse de
production de 33 %).
Le constat est le même pour les entreprises aux débouchés diversifiés hors de
l’aéronautique. Pour celles
-
ci, lorsque l’aéronautique constitue
la part prédominante de
COUR DES COMPTES
20
l’activité, la baisse de production n’a été que contenue (l’entreprise ST Aéro, usinage haute
vitesse principalement pour l’aéronautique et de manière secondaire pour le ferroviaire, le
nautisme et le médical en est un bon exemple avec - 34 % de production en 2020). En revanche,
lorsque la diversification est plus importante et qu’a fortiori les débouchés sont duaux, la crise
n’a eu quasiment aucun impact, ainsi que l’illustre le cas de la société Akira, motoriste à
Bayonne. Cette société consacre 35
% de son activité à l’aéronautique, dont 50
% pour le civil
et 50 % pour le militaire. Cet équilibre lui a permis de compenser les baisses de production
entre ses différents segments d’activité.
Vient enfin le cas des entreprises situées sur des marchés de niche, dits « sous-traitants
spécifiques
» sur lesquels la crise n’a eu aucun impact en termes de production. C’est le cas
d’une des sociétés rencontrées, Otonomy Aviation à Mérignac, qui fabrique des caméras haute
-
définition pour l’aviation d’affaires.
La présence d’industries de défense en Nouvelle
-Aquitaine a donc atténué les conséquences
de la crise. Ceci est dû au fait que les appareils ont continué à fonctionner, en raison de l’absence
de rupture des opérations extérieures et de
la participation des armées à l’opération «
Résilience ».
C’est également dû à l’anticipation des commandes prévues
dans la loi de programmation militaire
2019-
2025 (notamment les ravitailleurs et les hélicoptères), ainsi qu’à l’entrée du Rafale sur le
marché international. Cela a permis de soutenir les grands groupes que sont Dassault, Thales et
Safran avec des différences
selon les filiales. Ainsi, si Safran Helicopter engines n’a pas connu de
contraction significative de sa production, il n’en va pas de
même pour la filiale Safran Electrical
and power, basée à Chauray (à côté de Niort), dont les principaux clients sont Airbus et Boeing et
qui a vu sa production diminuer de 30 % en 2020.
B -
D
es effets sur l’emploi
réels mais contenus
En 2020, la crise a eu pour conséquence une baisse de 5,3 % des emplois salariés de la
filière aéronautique et spatiale en région Nouvelle-Aquitaine, soit - 2550 emplois.
L
es pertes d’emploi les plus importantes sont survenues dans les départements de la Charente
-
Maritime (- 8,2 %), des Pyrénées-Atlantiques (- 6,2 %) et de la Vienne (- 5,7 %). Le département
de la Gironde a connu le taux de perte d’emploi le moins im
portant de la région (- 3,5 %), car il
concentre des entreprises qui travaillent sur des programmes militaires et également les principaux
donneurs d’ordre régionaux.
L
es donneurs d’ordres ont été moins touchés par les pertes d’emploi (
- 0,8 % pour tout le
grand Sud-
Ouest, c’est
-à-dire Occitanie et Nouvelle-Aquitaine réunies) tandis que les PME
l’ont été bien plus forte
ment (- 7,9
% d’emplois salariés pour les PME de la filière aéronautique
et spatiale en Nouvelle-Aquitaine en 2020).
En termes de secteurs, la moitié des pertes sont recensées dans l’industrie, notamment la
métallurgie. Le secteur tertiaire lié à l’aérona
utique étant relativement moins présent en
Nouvelle-Aquitaine (15
% de la filière), il compte mécaniquement peu de pertes d’emplois.
La Dreets a enregistré une quinzaine de PSE dans la filière depuis le début de la crise
pour une perte de 1300 emplois. Parmi les suppressions les plus remarquées figurent notamment
les cas de Mécanique aéronautique Pyrénéenne (414 salariés), Mecafi Nexteam (213
suppressions sur son site de Châtellerault, soit 50 % des effectifs du site, dont 98 licenciements
contraints), Stelia Aerospace (82 suppressions sur les 203 postes de son site de Mérignac et 95
sur les 908 de son site de Rochefort) ou encore Lauak (132 licenciements). Safran a conclu un
accord avec les syndicats s’engageant à ne pas supprimer de postes jusqu’en 2022.
Thalès est
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
21
dans une situation tendue après avoir annoncé vouloir supprimer 162 emplois à Châtellerault et
environ 300 en Gironde, elle a fait face à une très forte réaction syndicale. Elle s’est donc
engagée à ne pas procéder à ces suppressions
via
un PSE. Les négociations se poursuivent.
Plus largement, sans qu’il ait été possible de le mesurer, les contrats à durée déterminée
ainsi que les contrats d’intérim ont été massivement non renouvelés. L’ensemble des entreprises
rencontrées ont admis avoir fonctionné ainsi.
C -
Un tissu économique pour le moment préservé
Des données précises sur les défaillances et procédures de sauvegarde n’ont pu être
obtenues en cours d’instruction.
Les entretiens conduits ont tous abouti à un chiffre de
défaillances d’environ 10 entreprises dans la région. Il s’agit essentiellement d’entreprises dites
«
d’écrêtage
6
», dont la situation était déjà dégradée avant crise à l’image du site de Pessac de
Macadaq ou encore de la société Mécabasque à Tarnos.
Ce faible impact sur le tissu économique doit toutefois être nuancé au regard de l’intensité
du soutien dont a bénéficié la filière. Les défaillances pourraient être plus importantes à l’arrêt
de ces dispositifs. En effet, la d
ynamique d’accroissement de la productivité et de la
compétitivité avant crise avait entraîné une vague d’investissement
s importante dans certaines
entreprises
qui ont ainsi su s’adapter aux exigences de plus en plus fortes des donneurs d’ordre.
Pour les e
ntreprises qui n’avaient pas réalisé de
tels investissements
, l’arrêt des aides publiques
entrainera de grandes difficultés à maintenir leur activité au regard de leurs concurrents qui
offriront une meilleure productivité à des coûts moindres.
II -
Des mesures de soutien public significatives
A -
Un soutien massif par les dispositifs généraux
de l’État
1 -
Les prêts garantis par l’
État
À
l’été 2021, 44 entreprises ont bénéficié de prêts garantis par l’
État en Nouvelle-
Aquitaine dans la filière aéronautique (selon le périmètre des codes Naf retenus pour le présent
rapport). Une grande majorité a sollicité plusieurs prêts ce qui porte le nombre de prêts octroyés
à 82, pour un montant total de 86,6
M€. Cela représente 0,88
% du total des PGE octroyés en
Nouvelle-Aquitaine, et 5,7 % des PGE octroyés en Nouvelle-
Aquitaine pour l’ensemble des
industries manufacturières.
Une entreprise a bénéficié de 40 % de ce montant : la société Sabena Technics, ETI
spécialisée dans la maintenance civile et militaire qui a obtenu 35
M€ de PG
E sur la période.
Parmi les montants les plus importants peuvent également être cités SERMA Group, ETI
spécialisée dans le conseil en électronique embarquée (9,3 M€), Mécanique aéronautique
Pyrénéenne, PME filiale de BT2i (9 M€) ou encore Epsilon composite
, PME spécialisée dans
la fabrication de pièces en matériau composite (
7 M€).
6
Entreprises en retrait sur leurs marchés qui ne bénéficient que des surplus de commande que les leaders ne
parviennent à assumer.
COUR DES COMPTES
22
Tableau n° 1 :
PGE en Nouvelle-Aquitaine sur la période mars 2020
juin 2021
Département
Nombre d'entreprises
ayant obtenu des PGE
Nombre de prêts
octroyés
Somme des montants des
prêts (CRD)
Charente-Maritime
5
12
5 947 300
Corrèze
2
4
990 000
Creuse
1
1
13 000
Dordogne
1
1
60 000
Gironde
13
26
54 590 000
Landes
2
3
4 003 900
Lot-et-Garonne
2
3
725 000
Pyrénées-Atlantiques
11
21
15 166 950
Vienne
4
8
1 525 700
Haute-Vienne
3
3
3 570 500
Nouvelle-Aquitaine
44
82
86 592 350
Source : Etalab.
Quelques entreprises rencontrées ont indiqué avoir sollicité des PGE « parce que la possibilité
leur en était offerte
» mais sans pour autant l’utiliser
à ce stade.
2 -
L’activité partielle
De mars 2020 à juin 2021, 835 entreprises ont eu recours à l’activité partielle dans la
filière aéronautique en Nouvelle-
Aquitaine. Le pic de recours à ce dispositif s’est situé au début
de la crise, entre mars et juin 2020, puis le nombre de salariés concernés a été divisé par 5 au
cours de l’année qui a suivi.
Tableau n° 2 :
m
obilisation de l’activité partielle en Nouvelle
-Aquitaine
sur la période mars 2020
juin 2021.
Composantes de la filière
Nombre
d'établissements
ayant sollicité
l'activité partielle
Nombre de
salariés concernés
Nombre d'heures
indemnisées
Fabrication d'équipements d'aide à
la navigation (Naf 2651A)
143
10 753
426 943
Construction aéronautique et spatiale
(Naf 3030Z)
542
104 186
4 656 098
Réparation et maintenance d'aéronefs
et d'engins spatiaux (Naf 3316Z)
150
11 613
491 338
Total filière
835
126 552
5 574 379
Source : Dreets Nouvelle-Aquitaine.
Ce sont les entreprises de construction aéronautique qui y ont eu le plus recours, et celles
du secteur de la fabrication d’équipements d’aide à la navigation qui ont le plus réduit leur
mobilisation au fil du temps.
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
23
Tableau n° 3 :
m
ontant des heures indemnisées au titre de l’activité partielle
en Nouvelle-Aquitaine sur la période mars 2020
juin 2021.
Composantes de la filière
Montant des heures
indemnisées (en €)
Construction aéronautique et spatiale (Naf 3030Z)
60 566 287
Fabrication d'équipements d'aide à la navigation (Naf 2651A)
6 452 986
Réparation et maintenance d'aéronefs et d'engins spatiaux (Naf 3316Z)
6 367 292
Total filière
73 386 565
Source : Dreets Nouvelle-Aquitaine.
Au total, selon les données de la Dreets,
l’indemnisation de ces heures d’activité partielle
représente un coût de 73
M€ sur la période courant de mars 2020 à juin 2021, soit
3,5
% de l’
activité
partielle
régionale totale. C’est bien moins que les secteurs qui ont été totalement mis à l’arrêt par
la crise tels que l’hébergement restauration (543 M€ sur la période) ou le c
ommerce (378
M€) mais
sensiblement plus qu’un autre secteur industriel approchant
: l’automobile (7,
8
M€). En revanche,
l’
activité partielle a concerné la quasi-
totalité des salariés des entreprises de la filière qui l’ont
sollicité (95 %) ce qui est supér
ieur à la moyenne des autres secteurs d’activité (
74 %).
3 -
L
es dispositifs relatifs à l’emploi et à la formation
À fin décembre 2020, la mobilisation du FNE formation par les entreprises de la filière a
concerné 575 salariés (4
% de l’ensemble des salariés c
oncernés toutes filières confondues)
pour un total de 9744 heures de formations engagées, ce qui représente un montant de 559 K€
pour Opco 2i soit 12 % du montant des formations engagées toutes filières confondues.
Tableau n° 4 :
mobilisation du FNE formation en Nouvelle Aquitaine au 31/12/2020.
Composantes de la filière
Nb
formations
Nb
entreprises
Nb de salariés
engagés
Nb
d'heures
Coût total des
formations engagées
Fabrication d'équipements d'aide
à la navigation (Naf 2651A)
55
3
55
921
55 826 €
Construction aéronautique
et spatiale (Naf 3030Z)
510
9
510
8 725
500 251 €
Réparation et maintenance d'aéronefs
et d'engins spatiaux (Naf 3316Z)
10
1
10
98
3 263 €
Total filière
575
13
575
9 744
559 340 €
Source : Dreets Nouvelle-Aquitaine.
COUR DES COMPTES
24
Tableau n° 5 :
caractéristiques des salariés ayant bénéficié du FNE formation
à fin décembre 2020 en Nouvelle-Aquitaine.
Composantes de la filière
Cadres
Techniciens
Employés
Ouvriers
qualifiés
Ouvriers
non
qualifiés
Fabrication d'équipements d'aide à
la navigation (Naf 2651A)
43
-
12
-
-
Construction aéronautique et spatiale (Naf
3030Z)
155
135
96
124
-
Réparation et maintenance d'aéronefs
et d'engins spatiaux (Naf 3316Z)
2
1
-
7
-
Total filière
200
136
108
131
-
Source : Dreets Nouvelle-Aquitaine.
Les salariés ayant bénéficié du FNE formation sont principalement des cadres (35 %),
de sexe masculin (80 %).
Les dispositifs d’accompagnement en ressources humaines (RH) et en gestion
prévisionnelle des effectifs et des compétences (GPEC) ont été très peu mobilisés (2 dossiers
d’accompagnement RH et 3 dossiers d’accompagnement GPEC au 31
août 2021).
Enfin, les employeurs ont diminué leur recours à l’alternance depuis le début de la crise.
Les effectifs d’alternants (apprentissage et contrat de professionnalisation) ont évolué de 763 à
615 entre le 31 août 2020 et le 31 août 2021, soit une baisse de 19,5 %.
Dans l’ensemble, les dispositifs en faveur de l’emploi et de la formation ont donc été
peu sollicités
, à l’exclusion de l’activité partielle
.
B -
Un soutien à l’investissement par
les dispositifs nationaux spécifiques
1 -
Les aides du Corac à la R&D
En Nouvelle-Aquitaine, 13 entreprises ont bénéficié des aides du Corac pour financer
des projets de R&D,
des donneurs d’ordre
comme Dassault, deux sites de Thalès et trois sites
de Safran. Quelques PME innovantes de la région y ont eu recours
à l’instar d’Akira
technologies, développeur de moteurs et fabricant de bancs
d’essais situé à Bayonne. Cette
entreprise a d’ailleurs salué le fait que le C
orac soit venu, de sa propre initiative, proposer son
soutien en R&D car, auparavant, cet acteur ne sollicitait pas les PME directement. Il s’agit donc
d’un changement de culture qui a été apprécié.
2 -
L’a
ppel à projet aéronautique
Au terme des trois vagues de l’appel à projet aéronautique, 38 projets on
t été retenus en
Nouvelle-
Aquitaine. Ils représentent 116 M€ d’investissement dans l’appareil productif au sein
desquels la subvention octroyée par l’
État
au titre de l’AAP s’élève à
31
M€
, soit 27 %.
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
25
Les entreprises aidées au titre de l’AAP sont principa
lement des PME (19 dossiers) et
des ETI (15 dossiers). Quatre grandes entreprises ont également été retenues (Safran Helicopter
engines, Stelia Aerospace, Leach international et Toray CFE).
L’étude des différents dossiers déposés permet d’identifier quatr
e grands objectifs,
classés par ordre de priorité :
-
Moderniser les usines
via
des nouveaux plateaux, plus grands et plus digitalisés, dans le but
d’accroitre la productivité et de réduire la pénibilité
de travail
. L’investissement
« classique
» en la matière consiste en des systèmes d’organisation numérique de la
production de type ERP (
enterprise resource planning
, c.-à-d. progiciel de gestion intégré)
de nouvelle génération.
-
Acheter de nouvelles machines, plus p
erformantes et plus modernes. L’achat type est la
machine à commandes numérique 5 axes, matériel onéreux que nombre de PME
spécialisées dans la fabrication de pièces peinaient à acheter sans l’aide de l’
État.
-
Relocaliser des activités pour simplifier la logistique et préserver des emplois. C
’est
notamment le cas de Safran Helicopter engines qui a rapatrié la fabrication de certaines
pièces complexes, ce qui lui permet de sauvegarder les emplois sur son site de Bordes ou
encore d’Elixir aircraft, fabricant d
u premier avion de 4
e
génération qui grâce au soutien de
l’
État va mettre en place un procédé de construction devrait produire en France un avion
haut de gamme au prix d’un produit moyen de gamme fabriqué en Europe de l’Est, malgré
la différence de rémunération.
-
Développer de nouveaux produits et / ou procédés innovants. Dans ce domaine, peuvent
être citées la société Akira, qui développe ainsi de nouveaux systèmes de motorisation
dédiés à la production d’électricité embarquée pour des usages de défense av
ec une
consommation de carburant sensiblement réduite, la société Otonomy aviation, qui
développe de nouvelles caméras haute définition susceptibles notamment de filmer les
opérations au sol pour en améliorer l’efficience, ou encore la société ABC, qui dév
eloppe
un dispositif d’analyse des huiles en temps réel.
Les entretiens conduits par les juridictions financières, notamment lors des visites
d’entreprise,
laissent apparaitre que ces subventions ont permis de donner une réelle impulsion
à l’investissement. La plupart des entreprises rencontrées n’auraient pas pu se lancer dans de
tels projets avec leurs seules trésoreries.
C -
Un soutien régional en complément des dispositifs nationaux
1 -
Fond d’urgence régional et mobilisation des dispositifs préexistants
Lors de la survenance de la crise, la région Nouvelle-
Aquitaine a tout d’abord
mobilisé
un plan d’urgence économique
qui a complété le plan d
urgence national en créant notamment
un « fonds régional de solidarité
» ainsi qu’un « fonds de résistance régiona
l » en partenariat
avec des établissements bancaires régionaux. Pour les entreprises de la filière aéronautique,
spatial, défense, ces
aides d’urgence ont
financé quatre
dossiers pour un montant de 370 349 €
sur la période mars 2020
septembre 2021.
Dans le même temps, la région
a continué à mobiliser les dispositifs d’accompagnement
individuels des entreprises déjà en place tels que les aides au conseil, aux investissements, au
recrutement, au développement des compétences, aux projets innovants ou encore les « chèques
COUR DES COMPTES
26
de transformation numérique ». Ces différents dispositifs ont représenté 104 dossiers pour un
montant de 28 012
908 € sur la période mars 2020 –
septembre 2021. Le soutien à l’innovation
y occupe une place prépondérante (65 %,
soit 18,5 M€).
Pour la fin d’année 2021,
la région
prévoit également de flécher les fonds européens REACT-EU
7
sur l’aide à l’investissement des
entreprises les plus touchées par la crise dont celles de la filière aéronautique.
Les programmes d’accompagnement de la perfo
rmance industrielle créés avant crise ont
également été poursuivis. Il s’agit tout d’abord du dispositif «
industrie du futur », porté par le
groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) dans le cadre duquel la
région prévoit de financer la participation de 40 entreprises aéronautiques régionales. Ce
programme a été suspendu durant le cœur de la crise (mars –
septembre 2020). À ce stade, la
région
et l’
État soutiennent à parité 26 entreprises, ce qui représente une dépense de 0,5 M
€ à juin
2021 pour chacun des deux cofinanceurs
. Il s’agit ensuite du dispositif local «
usine du futur »,
qui consiste en la réalisation de diagnostics d’entreprises puis d’accompagnement dans des projets
de développement que la région cofinance
via
ses aides de droit commun. Entre 2017 et 2020, ce
dispositif a concerné 15 entreprises de la filière. Il se poursuit pour la période à venir.
Tableau n° 6 :
a
ides d’urgence et mobilisation des dispositifs d’accompagnement
existants sur la période mars 2020
septembre 2021
Nombre de dossiers
Montant d'aides
(en €)
Aide au conseil
9
140 846
Aide aux investissements
28
7 502 145
Aide au recrutement et au renforcement des compétences
2
84 919
Soutien aux projets innovants
32
16 079 745
Aide à l'internationalisation
5
390 500
Chèque transformation numérique
6
305 435
Aide à la reprise / transmission
1
50 000
Appui au développement des TPE
9
146 751
Aide à l'innovation (projets collaboratifs / start-ups)
8
2 397 567
Mesures d'urgence COVID (subventions et prêts)
4
370 349
Soutien à la restructuration financière
4
915 000
Total
108
28 383 257
Source : CRC Nouvelle-Aquitaine via données de la région.
D’autres
dispositifs
sont partagés par l’État et la
région comme
l’A
dec métallurgie dont
la date de fin des actions de formation a été repoussée de juin à décembre 2021. L’assiette
prévisionnelle de dépenses pour ce dispositif, qui concerne 96 entreprises en région,
s’élève à
1,2 M€.
La région prend en charge 25
% soit 300 K€.
La région a adopté un plan dit « Nouvelle-Aquitaine rebond » en deux volets.
Le premier volet, adopté en juillet 2020, réoriente les actions régionales pour répondre
aux défis de la crise avec la mise en place de dispositifs et actions spécifiques le cas échéant ou
la réaffectation de crédits sur des dispositifs existants. Les entreprises de la filière sont
notamment concernées par les mesures de renforcement des fonds propres, à savoir la création
7
Recovery Assistance for Cohesion and the Territories of Europe
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
27
d’un fonds de capital investissement dédié à la relance. Il
cible les PME de plus de 3 ans
d’existence ayant un chiffre d’affaires supérieur à 1 M€, engagées dans un projet de
d
éveloppement ainsi que dans un processus d’investissement
destinés à répondre aux enjeux
climatiques
ces projets et investissements doivent avoir entrainé une réelle difficulté en fonds
propres au regard du niveau de dettes et des projets à soutenir. Il
s’agit d’investissements en
capital (actions et / ou obligations) entre 0,2 M€ et 3 M€. Il vise un total de 100 M€ de
souscriptions. L’essentiel des autres mesures mobilisables par la filière dans le cadre de ce
premier volet du plan « rebond » tendent à favoriser la réflexion stratégique (prestations de
conseils de 5 à 8 jours en stratégie d’entreprise et en intelligence économique à destination des
starts-ups, TPE et PME), et à soutenir la transformation numérique ou le programme usine du
futur déjà présenté.
Le second volet, adopté en octobre 2020, met à jour les stratégies régionales par filière au
regard des enjeux liés à la crise. Pour l’aéronautique, les priorités de la feuille de route régionale
(plan Maryse Bastié) sont actualisées et accélérées au
tour d’actions phares au premier rang
desquelles figure un appel à manifestation d’intérêt pour la réalisation de démonstrateurs d’une
aéronautique plus verte conduit en lien avec le pôle Aerospace Valley (qui inscrit cette
démarche
dans
son
dispositif
« mobilité
aérienne
légère
et
environnementalement
responsable »)
et l’agence régionale de développement et d’innovation Nouvelle
-Aquitaine.
Toujours en cours, cet AMI vise à créer des consortiums d’entreprises autour de projets de
motorisation décarbonée, de
sécurisation des systèmes de puissance ou encore d’utilisation de
l’hydrogène. La région financera ces projets au dernier trimestre 2021 lorsqu’ils seront
définitivement arrêtés. Le budget de cet AMI se situerait autour de 5
M€.
2 -
La c
oordination entre l’
État et la région
Dans le cadre du plan de soutien à l’a
éronautique, la Dreets et la région Nouvelle-
Aquitaine ont constitué, en lien avec les représentants de la filière, une cellule de veille
régionale chargée d’identifier et d’accompagner les entrepris
es de la filière aéronautique
rencontrant des difficultés. Cette cellule de veille réunit des représentants de l’UIMM, du pôle
de compétitivité Aerospace Valley, de BAAS, du Gifas et de Bpifrance. Les réunions régulières
permettaient le croisement d’informations sur la situation des entreprises et sur l’avancement
des actions mises en place.
Par ailleurs, la Dreets et
l’équipe aéronautique de la région
ont échangé sur les dossiers
déposés au plan de relance aéronautique de France relance afin de déterminer les projets à
transmettre
à Bpifrance (notamment les projets d’investissements correspondant aux
préconisations des diagnostics « usine du futur) » et de
s’assurer qu’il n’y avait pas de doublons
de financement.
Les projets retenus dans le cadre de l’
appel à projet (AAP) aéronautique, sur
la base d’un dialogue entre l’État et la
région, ont ensuite été proposés par la Dreets à la direction
générale des entreprises (DGE).
Des échanges réguliers ont également été mis en place avec la DGAC pour favoriser
l’imp
lication des PME régionales dans les démonstrateurs du Corac
(à titre d’exemple, pour
faciliter la réalisation d’un démonstrateur d’avion hydrogène, la
région financera une PME en
abondement du soutien national) et s’assurer de la cohérence des démonstrate
urs « aéronautique
verte » régionaux avec la feuille de route nationale du Corac.
Dans le cadre du partenariat de la r
égion avec la Direction Générale pour l’Armement,
des échanges réguliers ont eu lieu sur les difficultés des entreprises de la base des industries
technologiques de la défense (BITD) et les options d’accompagnement possibles.
COUR DES COMPTES
28
3 -
Des dispositifs nombreux
La région a essentiellement mobilisé ses dispositifs de droit commun pour soutenir la
filière. S
on action vise principalement l’avenir de la
filière, avec un effort marqué sur
l’innovation et l’investissement.
Ce sont essentiellement des TPE, PME et
start-ups
qui
bénéficient de ses dispositifs. U
ne complémentarité avec l’action de l’
État peut être constatée.
Ce ciblage qui
ressort de l’analyse des dossiers, n’est pas clairement affiché par
la région. Par
ailleurs, le moteur de recherche régional propose environ 150 aides différentes aux entreprises.
Parmi les dossiers spécifiques à la filière, environ 15 dispositifs sont recensés, gérés par six
services différents. Pour optimiser son action, un effort de clarification serait à envisager afin
que les entreprises de la filière puissent aisément mobiliser les aides régionales auxquelles elles
peuvent prétendre.
Les aides au conseil, mises en avant au titre du soutien régional face à la crise, ont été
relativement peu mobilisées par les entreprises.
Enfin,
s’agissant
du
soutien aux fonds propres, il n’a pas été possible d’obtenir
d’informations sur le fonds de relance régional. Sur la base des élémen
ts publics disponibles, il
peut simplement être constaté que son ciblage n’est pas précisément défini
. L
a définition d’une
stratégie d’intervention
spécifique à l’aéronautique
pour ce fonds régional, en articulation avec
le fonds national ACE Aéro partners, pourrait être intéressante.
III -
Une mobilisation
renforcée à l’occasion de la crise
A -
Des acteurs publics dans une logique de complémentarité
Une cellule d’urgence a été mise en place
par l
État dès le premier confinement pour
répondre aux chefs d’entreprises
ainsi qu’aux salariés.
Les services déconcentrés se sont
mobilisés, en particulier ceux de la Dreets. À
titre d’exemple, pour le seul dispositif d’activité
p
artielle, l’effectif dédié a crû
de 15 agents avant la crise à 80 agents dans les premiers mois du
confinement (par redéploiements internes). D
ans le courant de l’année 2020, le pic de la
première vague de la crise ayant été dépassé, les demandes ont diminué. Les entreprises avaient
eu le temps de bien connaitre les dispositifs et ont également pu comp
ter sur d’autres relais tels
que les chambres consulaires et les services déconcentrés des finances publiques. De manière
générale, la totalité des entreprises rencontrée
s lors de l’instruction ont salué la disponibilité et
l’efficacité des services de l’
État pour les accompagner vers les dispositifs de soutien. Le seul
reproche qui a été fait, de manière récurrente, a concerné l’opacité et la durée d’instruction des
dossiers. En effet, pour préparer ces projets d’investissements importants, les entreprises
ont
regretté ne pas avoir de « guichet
» les informant sur l’état d’avancement de leur dossier sur des
instructions qui ont pour certaines duré une année.
En amont de l’élaboration du plan de relance, en début de crise, les unités territoriales de
la Dreets
sont allées sur le terrain à la rencontre des chefs d’entreprises pour évaluer leurs
situations. Les remontées de ces échanges à la DGE ont permis de nourrir le plan de relance.
Passées l’urgence de début de crise, le dispositif
a été modifié : la Dreets consulte les préfets de
départements pour connaître les alertes. Une cellule de veille collaborative a également été mise
en place associant la région,
l’
État
et l’UIMM.
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
29
Pour la mise en œuvre du plan de relance, en particulier l’AAP aéronautique, la D
reets a
tout d’abord fonctionné au fil de l’eau
, puis elle a fonctionné par vagues
d’instruction
, la
première ayant eu lieu le 23 janvier 2021. L
’instruction
des dossiers a reposé sur des échanges
avec les préfets et les services de la région, avant transmission à la DGE pour décision.
B -
Des acteurs industriels
à l’écoute de leurs réseaux
Les acteurs industriels
ont joué un rôle d’accompagnement et d’information auprès des
entreprises de leurs réseaux durant la crise.
Le pôle Aerospace Valley a ainsi constitué un observatoire et conduit deux enquêtes de
terrain dans la première phase de la crise (270 participants à la première, 179 à la seconde). Il a
également assuré la présentation des dispositifs d’aide et du soutien à l’instruction des doss
iers
pour ses membres. Il leur
offert différents services tels que la recherche d’opportunités sur de
nouveaux marchés, du
consulting
/
mentoring
, ou encore une identification des candidats à
d’éventuelles fusions
-acquisitions. Par ailleurs, il a joué un rôle dans
l’aide à la diversification et
la relocalisation
au sein de ses adhérents et avec d’autres filières économiques
. Le pôle considère
que 80 % des opérations de diversification / relocalisation opérées en région concernent ses
membres et ont été cond
uites grâce à son intermédiation. Enfin, en juin 2021, il a conduit l’action
Formaéro, qui consiste en un recensement des besoins en compétences pour construire l’avion de
demain. Le résultat de cette enquête, toujours en cours, sera mis à disposition des « offreurs de
solutions
» et des entreprises afin que l’appareil de formation puisse évoluer.
L’UIMM a conduit une action dénommée «
Résilience industrielle et industrie durable »
(R2iD), cofinancée par la région. Elle comprend plusieurs volets dont un de présentation des
dispos
itifs d’aides et de soutien à
l’instruction des dossiers (20 dossiers concernés). En amont,
elle a également offert une prestation d’aide à la conception des projets eux
-mêmes. Enfin, un des
volets de R2iD a consisté en une participation aux dispositifs de diagnostic et de conseil aux
entreprises mis en place par la région dans le cadre de son plan « Nouvelle-Aquitaine rebond ».
Le cluster BAAS
a lui aussi adopté un plan d’actions
covid 19 avec trois volets. Le
premier est le décryptage des aides publiques pour ses membres, le deuxième est la mobilisation
de ses adhérents autour du recrutement en apprentissage et le troisième est un diagnostic conduit
avec les responsables achats des entreprises régionales pour faire le point sur l’éta
t des
différents fournisseurs locaux puis proposer des solutions aux acheteurs.
Quelles perspectives pour la filière aéronautique
de Nouvelle-Aquitaine ?
I -
À moyen terme, le défi de la reprise
A -
Un tissu industriel préservé par les aides publiques
Les mesures de soutien et la dynamique portée par les acteurs publics et privés ont permis
à de nombreuses entreprises de s’adapter, se numériser, transformer leur outil industriel et
déployer des nouvelles stratégies de développement. Quasiment toutes les ETI du secteur ont
bénéficié du plan de relance, notamment pour la numérisation de leur chaine de production.
Toutes les entreprises rencontrées par les juridictions financières, soit six PME et ETI, ont
souligné l’efficacité des mesu
res de soutien, leur ayant permis de conserver leur activité et une
grande partie de leur personnel
; à l’image de
Lauak, dont le principal client est Airbus et qui,
après avoir licencié 132 personnes,
envisage d’en réembaucher entre 400 et 500 sur trois a
ns,
mais peine
cependant à retrouver de la main d’œuvre.
Cet accompagnement massif a eu pour effet de fortement limiter les plans de sauvegarde
de l’emploi
(PSE)
et les disparitions d’entreprises
et les PSE recensés concernent
essentiellement des départs à la retraite anticipée.
Pour autant, le ralentissement puis l’arrêt des aides exceptionnelles
, conjugués aux
prévisibles impératifs de réduction des coûts de la part des compagnies aériennes, constituera à
moyen-terme un point de rupture pour les entreprises trop fragilisées avant-crise.
L’autre enjeu à moyen terme pour les entreprises dans le cadre
de la reprise est de pouvoir
réaliser des investissements supplémentaires notamment pour répondre aux exigences de
compétitivité et environnementales. Dans le même temps
, l’obli
gation de rembourser le PGE
en quatre à cinq ans pourrait obérer leur capacité à réaliser de nouveaux investissements.
B -
Des tensions de recr
utement en voie de s’accroître
L
es perspectives de relance de l’activité à court terme en Nouvel
le-Aquitaine sont
relativement positives grâce, notamment, à l
’augmentation récente
des exportations de Rafale
et à la reprise de production d’Airbus
.
L’enjeu de la préservation du tissu industriel est
cependant très intimement lié à la disponibilité de personnels qualifiés mobilisable rapidement.
Or, l’
étude régionale
réalisée par l’Observatoire
de la métallurgie (Opco 2i) en octobre
2019 faisait déjà état de tensions de recrutement sur de nombreux métiers.
COUR DES COMPTES
32
Le
déficit d’image et une méconnaissance des mé
tiers
de l’industrie expliquent
en
Nouvelle-Aquitaine une grande partie de ces tensions, accentuées par la cyclicité des activités
aéronautiques qui génèrent des pics de besoin en personnels.
L’O
pco 2i constatait avant-crise
un besoin de recrutement de 7 000 personnes par an et la nécessité de créer 1 200 emplois
supplémentaires, du fait de nombreux départs à la retraite (18 % des salariés de la branche
avaient plus de 55 ans alors que les moins de 26 ans représentaient moins de 5 %).
Parmi les salariés ayant perdu leur emploi en raison de la crise, 10 % se sont totalement
réorientés vers
d’autres industries
. Par ailleurs, le secteur aéronautique, en raison des critiques dont il
fait l’objet sur le plan écologique,
est désormais moins attractif pour les jeunes. Certaines sections de
formation ne parviennent pas à remplir leurs effectifs. Les entreprises et les acteurs publics rencontrés
dans le cadre des travaux des juridictions financières ont confirmé cette crainte de ne pouvoir recruter
des personnels qualifié
s à l’avenir. La filière est donc désormais face à un défi en matière de ressources
humaines qui exige d’être anticipé et accompagné par les acteurs publics et privés.
II -
Les enjeux de long terme
A -
Une impulsion vers la modernisation et le verdissement
Une pression croissante est ressentie par les sous-traitants dans le cadre des négociations
de nouveaux contrats avec les donneurs d’ordre. L’avionneur américain Boeing est
actuellement en meilleure position sur les contrats civils et militaires passés au niveau national
pour des raisons de co
mpétitivité. Ceci laisse à prévoir des exigences d’accroissement de la
productivité pour l
ensemble de la chaîne de sous-traitance.
À
l’image de l’industrie automobile, une
numérisation plus accentuée des usines permet
une optimisation des ressources et des flux. En ce sens, l
es investissements soutenus par l’
État
et la région ont enclenché des changements de stratégie fondamentaux, avec un redéploiement
de la main-
d’œuvre vers des tâches à plus forte valeur ajoutée
.
Les proje
ts d’investissement visent principalement l’achat de machines
plus
performantes, par exemple les dernières générations de tours multifonctions. De nombreuses
démarches de numérisation des processus de travail sont également lancées. Certaines
entreprises o
nt pu internaliser des activités, à l’image de la production de céramique (entreprise
AEVA en Charente, productrice de l’allumage du
Rafale). Ces efforts permettront aux
entreprises de s’orienter
vers de nouveaux marchés nationaux et internationaux. Ils doivent
toutefois être poursuivis en articulation avec l’impératif de consolidation de la filière, qui
exercera une influence sur les gains de productivité.
Les projets comportent également souvent des volets écologiques comme la certification
environnementale de l’entreprise ou la conception de nouveaux matériaux plus responsables
,
lesquels se conjuguent
avec la réflexion en cours à l’échelle régionale sur le sujet des agro
-
carburants. La région travaille
à l’émergence d’une f
ilière en la matière dans le cadre de sa
démarche écologique « néo terra ». Les entreprises telles que Safran Helicopter Engines, qui
dispose de moteurs capables de fonctionner avec ce type de carburants, travaillent également sur
le sujet. La Nouvelle-Aquitaine se distingue par une surface agricole utile (SAU) représentant
4,2 millions d'hectares (1
er
rang français avec 15 % de la SAU nationale), avec une prédominance
de production végétale (69 %). Elle dispose de nombreuses forêts et zones de productions de maïs
permettant de fournir de la biomasse.
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
33
Par ailleurs, certains acteurs portent des projets innovants en faveur du verdissement de
la filière. La société Akira technologie (Bayonne) travaille sur des solutions d’hybridation des
moteurs laissant envisager une réduction de 20 à 30
% de la consommation d’énergie des
appareils à l’horizon 2030. Plusieurs
start-ups
proposent également des avions hybrides et plus
écologiques, développant ainsi à petite échelle des solutions pouvant être reprises à plus grande
échelle par la suite.
La région et le pôle de compétitivité Aerospace Valley accompagnent ce développement
de l’aviation hybride légère. Leur projet est de développer le trafic dit «
point à point », sur de
petites distances et avec des avions de faible capacité, en remobilisant le réseau des aéroports
locaux et des aérodromes. Un travail de recensement et de concertation avec ces derniers a été
conduit en 2020. Ce projet vise en définitive à aborder le défi écologique de l’aéronautique non
seulement par la technique mais aussi par les usages.
Deux avions innovants produits en Nouvelle-Aquitaine
En cohérence avec la logique du « point à point », mais aussi dans l’optique de développer à
petite échelle des solutions de construction et de motorisation qui pourraient être déployées sur des
appareils de plus grande taille à long terme, deux entreprises néo-aquitaines travaillent sur des
modèles d’aéronefs innovants avec le soutien de l’État,
de la région
et d’Aerospace Valley.
La première, VoltAéro, est basée à Médis, en Charente-
Maritime. Il s’agit d’une start
-up créée
par M. Botti, ancien directeur
du département innovation d’Airbus. Elle développe le « Cassio », dont
le premier vol de démonstration a eu lieu en octobre 2020. Une production de série est attendue pour
fin 2022 en trois modèles : un quatre places 100 % électrique (portée de 200 km), un six places hybride
léger avec trois moteurs électriques utilisés durant les phases de décollage et d’atterrissage couplés à
un prolongateur d’endurance (moteur à combustion interne) prenant le relai en vol (portée
de 600 km)
et enfin un modèle dix places à propulsion hybride lourde (plusieurs moteurs électriques pour les
phases au sol et un moteur thermique pour le vol, avec une portée de 1200 km). Dans sa version six
places, le Cassio produit 20
% de moins d’émissions de carbone en vol et
aucune au sol.
La seconde est Elixir aircraft, basée à la Rochelle, en Charente-Maritime. Elle produit un
modèle d’avion léger dénommé Elixir, dont l’innovation réside dans le procédé de construction.
Qualifié de « 4
e
génération », ce procédé consiste à mettre fin aux assemblages complexes en
abandonnant les rivets, la colle et les vis ainsi que, par conséquent, les nervures et les longerons. Ce
nouvel assemblage dit «
one shot
» permet de produire un avion en quelques éléments complets
(envergure, fuselage, arceau de verrière et gouvernes) et non en ayant recours à de nombreuses pièces
éparses. Il y a donc moins d’assemblage à réaliser, la maintenance est facilitée, les risques de
défaillances sont réduits et les performances sont améliorées par la masse réduite. Le moteur qui
équipe cet avion (le Rotax 912 iS) ne consomme qu’entre 10 et 15L/h de carburant et fonctionne avec
de l’essence automobile non plombée, moins nocive pour l’environnement. La simplicité de
conception de l’appareil permet égaleme
nt de le faire certifier plus facilement.
Si l’impulsion pour relever les défis de la filière a donc été certaine pour les entreprises
qui ont bénéficié du plan de relance, et si des initiatives positives sont mises en place, le tissu
industriel dans son ensemble conserve un besoin de modernisation et de verdissement.
COUR DES COMPTES
34
B -
Les enjeux de consolidation et de diversification
Les entreprises sont entrées dans la crise actuelle sans avoir encore totalement neutralisé
les effets de celle
de 2008, avec une rentabilité faible et un taux d’en
dettement plus élevé que
la moyenne européenne
8
. Désormais, elles sont appelées à connaître des exigences de
productivité accrues eu égard à la pression baissière sur les prix à venir de la part des
compagnies aériennes qui ont perdu une grande partie de leur activité durant la crise.
Dans ce contexte, les entreprises dites « zombies »
9
ainsi que les entreprises les plus
fragiles vont être contraintes de cesser leur activité avec l’arrêt des aides exceptionnelles, de la
diminuer en licenciant ou bien de
racheter ou d’être rachetées.
Or, les conditions de la consolidation sont peu propices. Les entreprises ayant fait appel
à l’endettement grâce au PGE ont vu leurs ratios financiers se dégrader fortement, conduisant
à une dépréciation de leur valeur vénale, la divisant parfois de moitié. Le secrétaire général de
l’IUMM souligne que les taux de marge étant déjà faibles dans le secteur, le désendettement
des entreprises, même avec un carnet de commandes en hausse, risque d’être problématique.
Une ouverture en capital dans ces conditions est peu envisageable pour les entrepreneurs qui
préfèreront attendre que leur capitalisation soit revalorisée. La structure familiale du capital des
entreprises rend également plus lent le processus de consolidation.
De peu nomb
reuses opérations ont eu lieu depuis la crise, à l’image du groupe Aquitaine
électronique, détenteur d’AEVA, rachet
é par un groupe aux activités plus larges et à la surface
financière plus importante.
Les différentes opportunités offertes par les dispositi
fs de soutien à la formation et l’appel
à projet aéronautique national n’ont pas produit d’élan des entreprises vers la recherche de
nouvelles activités. Certaines cependant
s’ouvrent à de nouveaux marchés au sein de la filière
tandis que quelques initiati
ves émergent (l’entreprise Lauak qui se diversifie dans la cardiologie
par exemple). Plus marginalement encore
, une diversification au sein de la filière s’opère, avec
l’émergence de projets autour des dirigeables de transport (projet Flying Whales) et de
tourisme
écologique (projet Dirisolar).
Ces dynamiques restent parcellaires.
C -
Le défi de l’adaptation des compétences aux avions de demain
L
’enjeu est de pouvoir
permettre à
l’industrie d’assurer
non seulement le renouvellement
des compétences du fait des départs à la retraite, mais également un vivier de nouvelles
compétences orientées sur de nouvelles spécialités.
Pour faire face à la baisse de l’attractivité constatée pour les formations en aéronautique
et pour anticiper ces besoins à venir, le pôle de compétitivité Aerospace Valley et la région ont
mis en place le projet « Formaero », qui a pour but de réaliser un bilan des formations
disponibles afin d’identifier les compétences nécessaires au secteur
à l’avenir
. Il réunit tous
types d’acteurs,
organismes de formation, IUMM ou encore le Gifas
. L’objectif est de déployer
un vivier de talents afin de réussir les transitions digitale, énergétique et écologique.
8
9
Définies par l’OCDE comme des entreprises ayant au moins dix ans d’âge et dont le revenu opérationnel est
insuffisant pour couvrir leur charge
d’
intérêts pendant trois années consécutives, les « zombies » sont par
conséquent des firmes qui seraient proches d’une situation de faillite dans un contexte économique «
normal ».
LE SOUTIEN PUBLIC À LA FILIÈRE AÉRONAUTIQUE
CAHIER RÉGIONAL NOUVELLE-AQUITAINE
35
Dans le même esprit, le projet Tarmaq porté par la région en partenariat avec des acteurs
publics et privés a pour objectif de
doter la métropole bordelaise d’
une cité des savoirs
aéronautiques et spatiaux
d’envergure internationale.
Projet composite, il vise la valorisation
du patrimoine aéronautique et spatial, la formation professionnelle et la sensibilisation des
jeunes.
Il s’agira par ailleurs
d’un
futur
outil d’image permettant de susciter des vocations.
Ces initiatives vont dans le bon sens. Elles pourraient être amplifiées par une concertation
formalisée entre l’
État, la région et les entreprises, afin de définir une feuille de route pour
assurer les besoins en compétences de la filière.
COUR DES COMPTES
36
CONCLUSION
La filière aéronautique en Nouvelle-
Aquitaine disposait avant crise d’un positionnement
stratégique et d’une dualité entre les activités civiles et militaires
qui permettait de garantir sa
compétitivité dans le paysage économique. Elle était toutefois contrainte par les exigences de
réduction des coû
ts de production des donneurs d’ordres et des difficultés à disposer d’un vivier
de main d’œuvre qualifiée sur l’ensemble du territoire régional.
A l’instar des constats nationaux, l’effet déstabilisat
eur
de la crise sur l’éc
osystème
aéronautique néo-aquitain
a pu être contenu par l’effet conjugué des mesures ambitieuses de
soutien à l’industrie aéronautique et de relance, ainsi que par la mobilisation des acteurs,
région et Etat
notamment. Les fragilités d’avant crise se trouvent toutefois confirmées dans le
contexte actuel. Elles nécessitent une évolution de l’écosystème visant en particulier à
capitaliser
sur
les
enseignements
de
la
crise
en
développant
une
véritable
animation/coordination de réseau des acteurs institutionnels comme privés de la filière. Elles
appellent à un diagnostic approfondi de la situation des entreprises, qui ont été exposées
différemment à la crise et abordent chacune à leur manière la perspective de la reprise.
Annexes
Annexe n° 1 : Panorama cartographique de la filière en région
.............................................................
38
Annexe n° 2
: Résultats de l’enquête
Insee de janvier 2020 sur l’état de la
filière
en région Nouvelle-Aquitaine
................................................................................................................
39
Annexe n° 3 : Liste des personnes rencontrées
......................................................................................
45
COUR DES COMPTES
38
Annexe n° 1 :
Panorama cartographique de la filière en région
Source : région Nouvelle-Aquitaine.
ANNEXES
39
Annexe n° 2 :
Résultats de l’enquête I
nsee de janvier 2020
sur l’état de
la filière en région Nouvelle-Aquitaine
Nombre d’entreprises,
emploi
et chiffre d’affaires
Secteurs
d’activité
Catégorie de
l’entreprise
Nombre
d’entreprises
Effectifs salariés
au 31/12/2018
Effectifs salariés dédiés
à
l’activité aéronautique
et spatiale au 31/12/2018
Ensemble
Total
517
48 667
34 752
Petites et moyennes
entreprises (PME)
375
11 908
6 199
Entreprise de taille
intermédiaire (ETI)
104
17 606
12 066
Grandes entreprises
(GE)
38
19 144
16 487
Industrie
Total
385
40 692
31 911
PME
303
9 866
5 449
ETI
58
15 249
11 228
GE
24
15 577
15 238
Tertiaire
Total
133
7 965
2 841
PME
73
2 041
751
ETI
46
2 357
839
GE
14
3 566
1 251
COUR DES COMPTES
40
Secteurs
d’activité
Catégorie de l’entreprise
Évolution 2017/2018
des effectifs salariés
(en %)
Évolution 2017/2018
des effectifs salariés dédiés
(en %)
Industrie
PME
3
3
ETI
1,9
2
GE
1,1
1,1
Tertiaire
PME
9,7
5,3
ETI
9,4
16,2
GE
4,1
10
ANNEXES
41
Tableau n° 7 :
fonction dans la filière
Nombre d’entreprises
509
Nombre d’entreprises de la chaîne d’approvisionnement aérnautique
493
Nombre d’entreprises de la chaîne d’approvisionnement spatiale
159
% d’entreprises société d’ingénierie, de conception, de R et D en aéronautique
12,2
% d’entreprises fabricant ou fournisseur de composants intégrés en aéronautique
47,7
% d’entreprises
fabricant ou fournisseur d’outils non intégrés en aéronautique
18,7
% d’entreprises société d’intégration et d’essai de système et d’aéronefs en aéronautique
1,8
% d’entreprises société de maintenance, de service de soutien en aéronautique
19,5
%
d’entreprises société d’ingénierie, de conception, de R et D
24,5
% d’entreprises fabricant ou fournisseur de composants intégrés en spatial
38,4
% d’entreprises fabricant ou fournisseur d’outils non intégrés en spatial
19,5
%d’entreprises société d’intégration et d’essai de système et d’aéronefs en spatial
1,9
% d’entreprises sociétés de maintenance, de service de soutien en spatial
16,4
% de l’activité aéronautique réalisée par des sociétés d’ingénierie, de conception, de R et D
8,8
% de l’activité spatiale réalisée par des sociétés d’ingénierie, de conception, de Ret D
16,3
% de l’activité aéronautique réalisée par des fabricants ou des fournisseurs de composants intégrés
49,8
% de l’activité spatiale réalisée par des fabricants ou
des fournisseurs de composants intégrés
19,3
% de l’activité aéronautique réalisée par des fabricants ou des fournisseurs de composants non intégrés
4,0
% de l’activité spatiale réalisée par des fabricants oud es fournisseurs de composants non intégrés
17,7
% de l’activité aéronautique réalisée par des sociétés d’intégration et d’essai de systèmes et d’aéronefs
4,5
% de l’activité spatiale réalisée par des sociétés d’intégration et d’essai de systèmes et d’aéronef
1,7
% de l’activité aéronautique
réalisée par des sociétés de maintenance, de service de soutien
32,8
% de l’activité spatiale réalisée par des sociétés de maintenance, de service de soutien
31,6
% d’entreprises avec une maîtrise totale des processus de fabrication ou de fourniture de
c
omposants ou d’outils
20,4
% d’entreprises avec une maîtrise partielle du processus de fabrication ou de fourniture de
composants ou d’outils
19,3
% d’entreprises qui réalise selon les plans et les spécifications du client
60,1
% d’entreprises avec une
fonction de sous-traitance pour la filière aéronautique et spatiale
70,1
Poids du principal client aéronautique dans l’activité totale
29,8
Poids du principal client spatial dans l’activité totale
1,2
% de l’activité aéronautique réalisée sur des
programmes militaires
20,3
% de l’activité spatiale réalisée sur des programmes militaires
7,8
COUR DES COMPTES
42
Localisation des clients ou donneur d’ordres
Nombre d'entreprises
509
% de l'activité aéronautique pour des clients localisés en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie
42,2
% de l'activité aéronautique pour des clients localisés dans les autres régions françaises
25
% de l'activité aéronautique pour des clients localisés dans un autre pays d'Europe
13,5
% de l'activité aéronautique pour des clients localisés en Amérique
10,3
% de l'activité aéronautique pour des clients localisés en Afrique, Moyen-Orient
2,8
% de l'activité aéronautique pour des clients localisés en Asie, Pacifique
6,2
% de l'activité spatiale pour des clients localisés en France
94,4
% de l'activité spatiale pour des clients localisés dans un autre pays d'Europe
4
% de l'activité spatiale pour des clients localisés dans le reste du monde
1,6
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entreprises
% de l'activité
aéronautique
pour des
clients localisés
en Nouvelle-
Aquitaine et
Occitanie
% de l'activité
aéronautique
pour des
clients localisés
dans les autres
régions
françaises
% de l'activité
aéronautique
pour des
clients localisés
dans un autre
pays d'Europe
% de l'activité
aéronautique
pour des
clients localisés
en Amérique
% de l'activité
aéronautique
pour des
clients localisés
en Afrique,
Moyen-Orient
% de l'activité
aéronautique
pour des
clients localisés
en Asie,
Pacifique
509
42,2
25
13,5
10,3
2,8
6,2
PME
375
58,1
25,7
8,4
3,7
1,9
2,3
ETI
103
52
27,4
8,5
3
4
5
GE
31
22,8
21,3
22,2
22,8
1,6
9,4
Relation avec le principal client ou donneur d’ordres
Nombre d'entreprises
509
% d'entreprises dont l'équilibre de la relation avec le client principal est très satisfaisant
56,6
% d'entreprises dont l'équilibre de la relation avec le client principal est plutôt satisfaisant
37,3
% d'entreprises dont l'équilibre de la relation avec le client principal est plutôt insatisfaisant
5,3
% d'entreprises dont l'équilibre de la relation avec le client principal est très insatisfaisant
1
ANNEXES
43
Recours à la sous-traitance
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entreprises
%
d'entreprises
ayant
recours à la
sous-
traitance
%
d'entreprises
ayant
recours à la
sous-
traitance
aéronautique
% de
l'activité
aéronautique
sous-traitée
% de sous-
traitance
aéronautique
localisée
Nouvelle-
Aquitaine et
Occitanie
% de sous-
traitance
aéronautique
localisée dans
les autres
régions
françaises
% de sous-
traitance
aéronautique
localisée dans
un autre
pays
d'Europe
% de sous-
traitance
aéronautique
localisée en
Amérique
% de sous-
traitance
aéronautique
localisée en
Afrique,
Moyen-
Orient
% de sous-
traitance
aéronautique
localisée en
Asie,
Pacifique
509
27,1
26,7
21,7
52,7
20,5
5,7
15,2
0,6
5,3
PME
375
23,5
23,2
9,6
66,3
17,5
12,4
0,7
0,7
2,3
ETI
103
31,1
31,1
28,9
67
21
4,9
3,3
0
3,8
GE
31
54,8
54,8
16,1
14,4
20
6
47,8
2,2
9,6
Conjoncture et perspectives
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entreprises
Taux
d'utilisation
des capacités
de production
% d'activité
destinée au marché
aéronautique en
hausse début 2019
% d'activité
destinée au marché
aéronautique
stable début 2019
% d'activité
destinée au marché
aéronautique en
baisse début 2019
509
82
72
23,9
4,1
PME
375
85
47,5
42
10,5
ETI
103
90
63,7
31,4
4,9
GE
31
68
92,5
6,8
0,8
Recherche développement et innovation
Axes de développement de l’entreprise
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entreprises
%
d'effectif
salarié
dédié à
la R&D
%
d'entreprises
qui ont
introduit
des innovations
de produits ou
de procédés
depuis 2017
%
d'entreprises
qui financent
leur
innovation ou
leur activité de
R&D par
fonds propres
%
d'entreprises
qui financent
leur
innovation
ou leur activité
de R&D par
prêts
bancaires
%
d'entreprises
qui financent
leur
innovation ou
leur activité
de R&D par
aide publique
régionale ou
nationale
%
d'entreprises
qui financent
leur
innovation ou
leur activité
de R&D par
fonds privés
hors banque
%
d'entreprises
qui financent
leur
innovation ou
leur activité
de R&D par
aide publique
européenne
509
4,3
29,7
46,4
18,7
6,7
13,4
2,8
PME
375
3,8
27,7
42,9
16,5
4,8
17,3
2,4
ETI
103
5,7
30,1
52,4
20,4
8,7
2,9
2,9
GE
31
2,8
51,6
67,7
38,7
25,8
0
3,2
Axes de développement de l’entreprise
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entreprises
%
d'entreprises
qui ont
des projets
d'implantatio
n ou
d'acquisition
%
d'entreprises
qui souhaitent
s'implanter à
l'étranger
pour pénétrer
un marché
%
d'entreprises
qui souhaitent
s'implanter à
l'étranger
pour réduire
le coût de
la main
d'œuvre
%
d'entreprises
qui souhaitent
s'implanter à
l'étranger
pour
accompagner
un donneur
d'ordre ou
par obligation
contractuelle
%
d'entreprises
qui souhaitent
s'implanter à
l'étranger
pour
bénéficier
d'un savoir-
faire existant
%
d'entreprises
qui souhaitent
s'implanter à
l'étranger
pour produire
en zone dollar
%
d'entreprises
qui souhaitent
s'implanter à
l'étranger
pour sous-
traiter au sein
du même
groupe
%
d'entreprises
qui souhaitent
s'implanter à
l'étranger
pour une
autre raison
509
17,3
88,9
66,7
0
5,6
0
11,1
5,6
PME
375
15,7
90,9
81,8
0
0
0
9,1
0
ETI
103
19,4
100
75
0
25
0
0
0
GE
31
29
100
0
0
0
0
50
50
COUR DES COMPTES
44
Recherche de financement
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entrepris
es
% d'entre-
prises
ayant
cherché en
2018 un
finance-
ment
bancaire
% d'entre-
prises
ayant
cherché en
2018 une
aide
publique
% d'entre-
prises
ayant
cherché
en 2018
une aide
publique
pour un
investissem
ent
matériel
% d'entre-
prises
ayant
cherché en
2018 une
aide
publique
pour un
investissem
ent
immatériel
% d'entre-
prises
ayant
cherché en
2018 une
aide
publique
pour un
besoin de
trésorerie
% d'entre-
prises
ayant
cherché en
2018 une
aide
publique
pour un
autre
objectif
Taux de
succès total
dans la
recherche
de finance-
ment
bancaire
en 2018
Taux
d'échec
dans la
recherche
de finance-
ment
bancaire
en 2018
Taux de
succès total
dans la
recherche
d'une aide
publique
en 2018
Taux
d'échec
dans la
recherche
d'une aide
publique
en 2018
509
36,7
25,7
65,6
29,8
6,1
22,1
81,3
8
62,6
12,2
PME
375
45,1
29,3
69,1
30
7,3
18,2
81,1
8,9
68,2
12,7
ETI
103
17,5
14,6
46,7
33,3
0
40
83,3
0
33,3
13,3
GE
31
ns
19,4
66,7
16,7
0
50
ns
ns
33,3
0
Emploi, recrutement
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entreprises
% de cadres
au 31/12/2018
%
d'entreprises
ayant recours
à l'intérim en
2018
Nombre
d'intérimaires
en moyenne
par mois en
2018
Parmi les
entreprises
qui ont
recruté %
d'entreprises
qui ont
recruté en
CDI
Parmi les
entreprises
qui ont
recruté %
d'entreprises
qui ont
recruté en
CDD de 6
mois ou plus
Parmi les
entreprises
qui ont
recruté %
d'entreprises
qui ont
recruté en
CDD de
moins de 6
mois
Parmi les
entreprises
qui ont
recruté %
d'entreprises
qui ont
recruté
autrement
Parmi les
entreprises
qui ont
recruté %
d'entreprises
qui ne savent
pas comment
elles ont
recruté
509
21,9
44,4
2863
90,3
22,7
17,3
7,1
5,7
PME
375
19,3
39,7
788
87,5
22,4
15,7
4,7
6,7
ETI
103
20
55,3
1065
95,8
25
25
11,1
2,8
GE
31
27,1
67,7
1010
100
20
8
16
0
Catégorie
d'entreprise
Nombre
d'entreprises
Parmi les
entreprises qui
ont recruté %
d'entreprises
qui ont recruté
suite au
remplacement
de salariés
Parmi les
entreprises qui
ont recruté %
d'entreprises
qui ont recruté
suite à
l'augmentation
de la demande
Parmi les
entreprises qui
ont recruté %
d'entreprises
qui ont recruté
suite à
l'évolution
des technologies
de l'aéronautiq
ue et du spatial
Parmi les
entreprises qui
ont recruté %
d'entreprises
qui ont recruté
suite à une
réorganisation
interne
509
62,2
68,5
10,8
31,5
PME
375
55,3
67,1
7,1
35,7
ETI
103
79,2
68,1
15,3
19,4
GE
31
88
84
32
24
ANNEXES
45
Annexe n° 3 :
Liste des personnes rencontrées
Organismes publics, organisations professionnelles et pôles de compétitivité
Direction régionale de l’économie, de l’emploi
, du travail et des solidarités
M. Patrick Aussel, directeur adjoint, responsable pôle 3E
M. Colin Ducrotoy, responsable du service économique
M. Cédric Porta-Bonete, référent aéronautique régional
Région
M.François Poupard, directeur général des services
Mme Valérie Lauret, inspectrice générale des services
Mme Maud Pawlowski, cheffe du service aéronautique photonique chimie matériaux transports
site de Bordeaux, pôle développement économique et environnemental, direction pilotage
stratégique et filières
M. Laurent Saint Jours, consultant auditeur
inspection générale des services
Bordeaux Métropole
M. Mathieu Guerlain, directeur Général des finances et de la commande publique
M. Yves Miaud, directeur du développement économique
Mme Ambre Nelet, cheffe de service entreprises et écosystèmes
direction de développement
économique
Mme Sandrine San Martin, chargée de mission aéronautique spatial défense, service entreprises
et écosystèmes
direction de développement économique
Bpifrance Nouvelle-Aquitaine
M. Laurent de Calbiac, directeur régional réseau Ouest
Mme Natalia Araujo, déléguée régionale innovation réseau Ouest
Union interprofessionnelle des métiers de la métallurgie
M. Alexandre Le Camus, secrétaire général
M. Julien Morvan, chargé de mission résilience industrielle et industrie durable
Chaire défense et aérospatial (Sciences Po Bordeaux, Université de Bordeaux, ArianeGroup,
CEA, Dassault Aviation, Safran, Thalès, Fondation Bordeaux Université)
Général Jean-Marc Laurent, fondateur et responsable exécutif de la Chaire
Pôle de compétitivité Aerospace Valley
M. Philippe Troyas, délégué région Nouvelle-Aquitaine
secteur spatial, Ariane Group.
M. Philippe Walter, responsable du secteur aéronautique
COUR DES COMPTES
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Centre de formation Aerocampus
M. Jérôme Verschave, directeur
Entreprises
Table ronde à la chambre régionale des comptes
STAERO (Bayonne) : M. Jean-Baptiste Faure, directeur général
Akira (Bayonne) : M.Sylvain Loume, président
Aéva (Fléac) : M. Xavier Narbonne, Directeur
Spi Aéro groupe Lopitz (Mauléon-Licharre) : M. Mathieu Pourillou, directeur
Lauak Aérostructures (Hasparre, Ayherre) : M. Emmanuel Gaillard, directeur financier
Visites sur site
Thalès (Mérignac) :
M. Arnaud Bergeron, directeur d’établissement
/ Mme Trang Pham,
directrice du développement régional
Otonomy Aviation (Mérignac) : M.Guillaume Daudon, C.E.O
STAERO (Bayonne) : M. Jean-Baptiste Faure, directeur général
Akira (Bayonne) : M.Sylvain Loume, président
Aéva (Fléac) : M. Christian Houel, président / M. Xavier Narbonne, Directeur