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LE MAINTIEN EN
CONDITION
OPÉRATIONNELLE
DES MATÉRIELS
MILITAIRES : DES
EFFORTS À
POURSUIVRE
Rapport public thématique
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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Sommaire
DÉLIBÉRÉ
....................................................................................................
9
INTRODUCTION
.....................................................................................
11
CHAPITRE I - LES CONSTATS : UN PROBLEME DE
DISPONIBILITE MALGRE LES REFORMES ENGAGEES, UN COUT
CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
..............
17
I - La crise de disponibilité du début des années 2000 a conduit à une
réforme de l’organisation
.........................................................................
17
A - Le début des années 2000 se caractérisait par une crise importante du
MCO
..........................................................................................................
17
B - Le MCO était alors organisé de façon spécifique au sein de chacune
des trois armées
.......................................................................................
18
C - Une réforme importante de l’organisation du MCO est intervenue ... 22
II - Malgré les réformes, les performances restent décevantes en termes de
disponibilité
.............................................................................................
23
A - La disponibilité des matériels est une notion complexe en cours
d’évolution
................................................................................................
23
B - Les résultats en termes de disponibilité diffèrent selon les milieux et
les matériels
.............................................................................................
26
III - Le coût budgétaire doit être mieux cerné et maîtrisé
.........................
31
A - Les dépenses et le coût du MCO sont encore mal cernés
...................
31
B - Les dépenses budgétaires de MCO représentent plus de 15 % du
budget de la défense en 2012
..................................................................
35
C - La croissance des dépenses doit être maîtrisée pour rester dans
l’enveloppe prévue par la LPM
.................................................................
37
IV - La nature du parc de matériels et les contraintes qui pèsent sur lui
compliquent le MCO
................................................................................
41
A - Le parc de matériel est très hétérogène, ce qui complique le MCO ... 41
B - Les opérations extérieures représentent une contrainte forte
..........
44
C - La mise en œuvre des règles de sécurité s’impose au MCO et constitue
une forte contrainte
.................................................................................
47
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4
COUR DES COMPTES
CHAPITRE II - L’ORGANISATION DU MCO AU MINISTERE DE LA
DEFENSE : UNE RATIONALISATION A POURSUIVRE
.................
53
I - La poursuite de la réduction du nombre d’implantations est
nécessaire
................................................................................................
54
A - Le choix des implantations sur le territoire ne tient guère compte des
contraintes de MCO
..................................................................................
54
B - Le MCO de la marine est principalement implanté à Brest et à
Toulon
.......................................................................................................
55
C - Les implantations du service de maintenance industrielle terrestre
(SMITer) restent nombreuses et tributaires de l’évolution de la carte
militaire
.....................................................................................................
56
D - Le nombre de plateformes aéronautiques demeure élevé
................
60
II - Les restructurations fournissent l’occasion de poursuivre la
rationalisation et l’amélioration des performances des sites
...................
62
A - Les modalités de mise en œuvre des restructurations n’ont pas encore
été annoncées à l’ensemble des acteurs
..................................................
62
B - Les services étatiques ne sont pas encore assez performants
............
65
CHAPITRE III - LA RELATION AVEC LES INDUSTRIELS : UN
NOUVEAU PARTENARIAT A CONSTRUIRE
....................................
73
I - Une nouvelle organisation du ministère ne résoudrait pas les difficultés
du MCO
....................................................................................................
73
A - L’actuel partage des responsabilités entre la DGA et les armées est
remis en cause
..........................................................................................
73
B - La poursuite de l’optimisation de l’organisation actuelle est
préférable
.................................................................................................
74
C - Les expériences britannique et allemande ne sont pas concluantes .. 76
II - L’État entretient une relation complexe avec les industries
d’armement
.............................................................................................
77
A - L’État est à la fois actionnaire, client et garant de l’indépendance
stratégique
................................................................................................
77
B - Les commandes de l’État orientent la politique industrielle, voire
l’aménagement du territoire
....................................................................
78
C - La relation contractuelle avec les industriels est devenue plus
complexe
..................................................................................................
79
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SOMMAIRE
5
III - L’amélioration des capacités de négociation de l’État avec les
industriels mérite d’être poursuivie
.........................................................
80
A - Le renforcement des prérogatives et des moyens du bureau
d’enquête de coûts est nécessaire
...........................................................
80
B - L’amélioration de la contractualisation favorise un meilleur rapport
qualité prix
................................................................................................
82
C - La relation partenariale avec les industriels peut être améliorée
.......
84
IV - Le MCO est à prendre en compte tout au long du cycle de vie des
matériels
..................................................................................................
86
A - Le MCO est mieux pris en compte que par le passé dans la conception
des matériels
............................................................................................
86
B - L’articulation entre les contrats de MCO initiaux et les contrats de
MCO en service est essentielle
.................................................................
89
CONCLUSION GENERALE
.....................................................................
95
RECAPITULATIF DES RECOMMANDATIONS
................................
99
GLOSSAIRE
.............................................................................................
101
RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS CONCERNÉES
..................
103
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Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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Les rapports publics de la Cour des comptes
- élaboration et publication -
La Cour publie, chaque année, un rapport public annuel et des
rapports publics thématiques.
Le présent rapport est un rapport public thématique.
Les rapports publics de la Cour s’appuient sur les contrôles et les
enquêtes conduits par la Cour des comptes ou les chambres régionales des
comptes et, pour certains, - ce qui a été le cas pour la présente enquête -
conjointement entre la Cour et les chambres régionales ou entre les chambres.
En tant que de besoin, il est fait appel au concours d’experts extérieurs, et des
consultations et des auditions sont organisées pour bénéficier d’éclairages
larges et variés.
Au sein de la Cour, ces travaux et leurs suites, notamment la
préparation des projets de texte destinés à un rapport public, sont réalisés par
l’une des sept chambres que comprend la Cour ou par une formation
associant plusieurs chambres.
Trois principes fondamentaux gouvernent l’organisation et l’activité
de la Cour des comptes, ainsi que des chambres régionales des comptes, et
donc aussi bien l’exécution de leurs contrôles et enquêtes que l’élaboration
des rapports publics : l’indépendance, la contradiction et la collégialité.
L
’indépendance
institutionnelle
des
juridictions
financières
et
statutaire de leurs membres garantit que les contrôles effectués et les
conclusions tirées le sont en toute liberté d’appréciation.
La
contradiction
implique
que
toutes
les
constatations
et
appréciations ressortant d’un contrôle ou d’une enquête, de même que toutes
les
observations
et
recommandations
formulées
ensuite,
sont
systématiquement soumises aux responsables des administrations ou
organismes concernés ; elles ne peuvent être rendues définitives qu’après
prise en compte des réponses reçues et, s’il y a lieu, après audition des
responsables concernés.
La publication d’un rapport public est nécessairement précédée par la
communication du projet de texte que la Cour se propose de publier aux
ministres et aux responsables des organismes concernés, ainsi qu’aux autres
personnes morales ou physiques directement intéressées. Dans le rapport
publié, leurs réponses accompagnent toujours le texte de la Cour.
La
collégialité
intervient pour conclure les principales étapes des
procédures de contrôle et de publication.
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8
COUR DES COMPTES
Tout contrôle ou enquête est confié à un ou plusieurs rapporteurs.
Leur rapport d’instruction, comme leurs projets ultérieurs d’observations et
de recommandations, provisoires et définitives, sont examinés et délibérés de
façon collégiale, par une chambre ou une autre formation comprenant au
moins trois magistrats, dont l’un assure le rôle de contre-rapporteur, chargé
notamment de veiller à la qualité des contrôles. Il en va de même pour les
projets de rapport public.
Le contenu des projets de rapport public est défini, et leur élaboration
est suivie, par le comité du rapport public et des programmes, constitué du
premier président, du procureur général et des présidents de chambre de la
Cour, dont l’un exerce la fonction de rapporteur général.
Enfin, les projets de rapport public sont soumis, pour adoption, à la
chambre du conseil où siègent en formation plénière ou ordinaire, sous la
présidence du premier président et en présence du procureur général, les
présidents de chambre de la Cour, les conseillers maîtres et les conseillers
maîtres en service extraordinaire.
Ne prennent pas part aux délibérations des formations collégiales,
quelles qu’elles soient, les magistrats tenus de s’abstenir en raison des
fonctions qu’ils exercent ou ont exercées, ou pour tout autre motif
déontologique.
*
Les rapports publics de la Cour des comptes sont accessibles en ligne
sur le site internet de la Cour des comptes et des chambres régionales et
territoriales des comptes :
www.ccomptes.fr
. Ils sont diffusés par
La
Documentation Française
.
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Délibéré
La Cour des comptes, délibérant en chambre du conseil réunie en
formation ordinaire, a adopté le présent rapport intitulé
Le maintien en
condition opérationnelle des matériels militaires : des efforts à
poursuivre.
Le rapport a été arrêté au vu du projet communiqué au préalable
aux administrations concernées et des réponses adressées en retour à la
Cour.
Les réponses sont publiées à la suite du rapport. Elles engagent la
seule responsabilité de leurs auteurs.
Ont participé au délibéré : M. Migaud, Premier président,
MM. Durrleman, Lefas, Briet, Mme Ratte, MM. Vachia, Paul,
Duchadeuil, Piolé, présidents de chambre, MM. Picq, Descheemaeker,
Bayle, Bertrand, Levy, Mme Froment-Meurice, présidents de chambre
maintenus
en
activité,
M.
Pannier,
Mme
Morell,
M.
Perrot,
Mmes Françoise Saliou, Ulmann, MM. Pétel, Martin, Guibert, Le Méné,
Vialla,
Sépulchre,
Mousson,
Saudubray,
Rousselot,
Laboureix,
Mme Esparre, MM. Monteils, Jamet, Écalle, Mme Soussia, conseillers
maîtres, MM. Dubois, Jouanneau, Sarrazin conseillers maîtres en service
extraordinaire.
Ont été entendus :
-
en sa présentation, M. Piolé, président de la chambre chargée des
travaux sur lesquels le rapport est fondé et de la préparation du
projet de rapport ;
-
en son rapport, M. Paul, rapporteur du projet devant la chambre
du conseil, assisté de M. Jourdan, conseiller référendaire,
rapporteur devant la chambre chargée de le préparer, et de
Mme Françoise Saliou, conseillère maître, contre-rapporteur
devant cette même chambre ;
-
en ses conclusions, sans avoir pris part au délibéré, M. Johanet,
Procureur général. Il était accompagné de Mme Gaspari, chargée
de mission.
M. Filippini, secrétaire général, assurait le secrétariat de la
chambre du conseil.
Fait à la Cour, le 23 septembre 2014.
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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10
COUR DES COMPTES
Le projet de rapport soumis à la chambre du conseil a été préparé,
puis délibéré le 28 avril 2014, par la deuxième chambre présidée par
M. Levy, président de chambre, et composée de MM. Rémond, Camoin,
Vivet, Rigaudiat, Mousson, Colcombet, Dors et Mme Dujols, ainsi que,
en tant que rapporteur, M. Jourdan, conseiller référendaire et, en tant que
contre-rapporteur, Mme Françoise Saliou, conseillère maitre.
Le projet de rapport a été examiné et approuvé, le 6 mai 2014, par
le comité du rapport public et des programmes de la Cour des comptes,
composé de M. Migaud, Premier président, Mme Froment-Meurice,
MM. Durrleman, Levy, Lefas, Briet, Mme Ratte, M. Vachia, M. Paul,
rapporteur général du comité, présidents de chambre, et M. Johanet,
procureur général, entendu en ses avis.
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Introduction
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires
(MCO) est l’ensemble des actions de maintenance préventive et curative
réalisées par le ministère de la défense ou par les industriels publics ou
privés afin d’entretenir les matériels militaires.
En 2012, avec un coût de plus de 6 Md€, le MCO a représenté
15 % du budget de la mission
Défense
et mobilisé plus de 45 000 agents
du ministère. Son coût a augmenté de 22 % en euros constants depuis
2000, sans que les problèmes d’insuffisance de disponibilité des matériels
relevés à l’époque n’aient été résolus. Il regroupe trois types de dépenses :
-
les dépenses dites d’« Entretien Programmé des Matériels » (EPM),
autrement dit les achats de prestations et de pièces de rechange auprès
des fournisseurs privés ou publics, qui représentent plus de la moitié
des dépenses totales du MCO ;
-
la masse salariale de la main d’oeuvre interne au ministère, qui
représente plus de 40 % de la dépense totale du MCO ;
-
les dépenses d’investissement et d’entretien des infrastructures et des
équipements dédiés, qui représentent moins de 5 % de la dépense
totale du MCO.
À la suite de la crise de disponibilité des matériels constatée au
début des années 2000, les tâches ont été réorganisées et sont assurées par
trois catégories d’acteurs :
-
les états-majors d’armées, qui expriment les besoins des unités
opérationnelles, en tant que maîtres d’ouvrage ;
-
les trois services spécialisés par milieu (aérien, terrestre, naval), la
Structure Intégrée de Maintien en condition opérationnelle des
Matériels Aéronautiques de la Défense (SIMMAD), la Structure
Intégrée du Maintien en condition opérationnelle des Matériels
Terrestres (SIMMT) et le Service de Soutien de la Flotte (SSF), qui,
en tant que maîtres d’ouvrage délégués des premiers, planifient et
coordonnent les travaux, passent les commandes et négocient les
contrats avec les entreprises publiques ou privées comme avec les
services en régie du ministère ;
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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12
COUR DES COMPTES
-
ceux qui réalisent effectivement les prestations de fournitures de
pièces ou de services : entreprises privées ou publiques, services en
régie comme il en existe un par milieu
1
, enfin personnels militaires ou
civils du ministère – mécaniciens, marins, etc. – qui, dans les
régiments, sur les bâtiments de la marine nationale et au sein des bases
aériennes – assurent le premier entretien.
Cette organisation par milieu ne présente de réels enjeux
interarmées que pour le matériel aéronautique dont, au-delà de l’armée de
l’air, une partie importante est utilisée par la marine et l’armée de terre.
La situation est différente pour les matériels navals, principalement en
service dans la marine nationale, et pour les matériels terrestres, détenus à
90 % par l’armée de terre.
Tableau n° 1 :
répartition des matériels des armées en 2013
Matériel terrestre
Matériel naval
Matériel
aéronautique
Armée de terre
90 % du matériel terrestre
soit environ 4 millions de
petits matériels et 20 000
véhicules
Très
peu
de
matériel
28 % des
aéronefs
Marine
nationale
Moins d’1 % du matériel
terrestre
Quasi-totalité
du
matériel naval dont
67 bâtiments
16 % des
aéronefs
Armée de l’air
9 % du matériel terrestre
Très
peu
de
matériel
56 % des
aéronefs
Source : ministère de la défense
À ces acteurs, il faut ajouter la direction générale de l’armement
(DGA) qui contractualise les premières années d’entretien dans le cadre
des marchés d’acquisition des matériels. En effet, le MCO initial des
matériels relève de la DGA.
1
Le Service de Maintenance Industrielle Terrestre (SMITer), le Service Industriel de
l’Aéronautique (SIAé) et le Service de Logistique de la Marine (SLM) auxquels on
peut ajouter le Service des Infrastructures de Défense (SID).
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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INTRODUCTION
13
Lorsqu’un nouveau programme d’armement est lancé, celle-ci
contractualise avec l’industriel l’acquisition des premières années de
MCO en même temps que le développement et l’acquisition des
équipements. L’idée est de prendre en compte ce MCO initial dans les
décisions de conception, de manière à faciliter l’entretien futur et
d’intéresser l’industriel à la maintenabilité des matériels qu’il produit. Par
ailleurs, cette organisation permet à la DGA de bénéficier d’un retour
d’expérience de la mise en oeuvre des premiers matériels des séries
commandées qui, par leur aspect innovant et technologique, ont souvent
les caractéristiques d’un prototype. Des modifications peuvent ainsi être
apportées aux matériels pour améliorer leur fiabilité. Ce MCO initial est
financé par le programme budgétaire 146 placé sous la responsabilité
conjointe du Délégué général à l’armement (DGA) et du chef d’état-
major des armées (CEMA). À l’issue de la phase de MCO initial, la
responsabilité du soutien en service est transférée à l’état-major des
armées (EMA) qui le finance par le programme budgétaire 178 placé sous
la responsabilité du CEMA. Cette organisation est résumée dans le
schéma ci-dessous.
Schéma n° 1 : organisation actuelle du MCO
Source : Cour des comptes à partir des données du ministère de la défense
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14
COUR DES COMPTES
Au cours de la vie des matériels, le choix de confier une tâche de
MCO à une maîtrise d’oeuvre plutôt qu’à une autre dépend d’abord de la
tâche à réaliser. Plus l’intervention à réaliser est complexe et nécessite
une infrastructure industrielle lourde, plus l’industrie privée et, pour
l’aéronautique, le SIAé, sont sollicités car les autres régies ne disposent
pas des équipements nécessaires à la réalisation de l’ensemble des
opérations. Il existe donc un certain nombre de cas où la mise en
concurrence de la régie avec l’industrie n’est pas possible.
Le poids de l’industrie a augmenté, notamment du fait de la
diminution des moyens des régies étatiques et de la transformation en
société anonyme des arsenaux terrestres (devenus le groupe Nexter) et
des arsenaux navals (devenus DCNS).
Pour autant, l’État a gardé en régie des capacités industrielles pour
plusieurs raisons : elles sont nécessaires pour entretenir des matériels
anciens qui n’intéressent pas les entreprises privées bien qu’ils soient
toujours en service ; elles sont considérées indispensables pour permettre
d’étalonner les offres de l’industrie privé ; et elles permettent de former
les mécaniciens qui doivent aller réparer les matériels en opérations.
En effet, le choix dépend aussi des contraintes opérationnelles car
les armées ont besoin de pouvoir réparer leur matériel sur les théâtres
d’opérations, ce qui nécessite de disposer des personnels militaires
formés. Les matériels terrestres sont ceux qui doivent pouvoir être réparés
au plus près des zones d’engagement, d’où la présence de sections de
maintenance dans les régiments et la capacité du SMITer à pouvoir
projeter ses personnels militaires avec des lots de rechanges sur les
théâtres extérieurs. Les bâtiments de la flotte doivent pouvoir être traités
en mer en cas d’avarie, d’où le fort investissement des équipages dans le
domaine du MCO. Les aéronefs sont déployés en opérations à partir de
bases aériennes projetées ou du porte-avions, ce qui nécessite de pouvoir
positionner sur place des mécaniciens et des lots de rechanges.
Le MCO est également organisé en fonction des niveaux de
maintenance. Trois niveaux techniques d’intervention 1, 2 et 3 (NTI1,
NTI2 et NTI3), sont déterminés en fonction de la complexité technique
que revêt l’action à mettre en oeuvre :
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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INTRODUCTION
15
-
le NTI 1 correspond aux actions les plus simples pouvant être
réalisées par les maintenanciers des formations opérationnelles et ne
nécessitant pas d’outillage industriel lourd ;
-
le NTI 2 recouvre les opérations nécessitant des installations
spécifiques pour effectuer des tests ou des visites techniques qui sont
réalisées dans des ateliers ou dans des espaces de visite dédiés, par
exemple dans les structures de maintenance en régie ;
-
le NTI 3 correspond aux interventions nécessitant des moyens et des
compétences de niveau industriel, comme des bureaux d’études et des
unités de production qui sont réalisées en général chez les industriels.
Les frontières entre les trois niveaux de maintenance sont
différentes en fonction des matériels et le périmètre exact du NTI2 assez
difficile à définir.
Enfin, les armées utilisent aussi la distinction entre le niveau de
soutien industriel (NSI) et le niveau de soutien opérationnel (NSO). Ceci
vise à distinguer notamment les actions nécessitant le recours à des
infrastructures et à des compétences de niveau industriel, ce qui
correspond, avec le soutien initial, au concept d’entretien programmé des
matériels, et les actions qui doivent pouvoir être conduites au sein des
forces, notamment lors des opérations.
Les frontières entre le NSI et le
NSO sont évolutives en fonction du contexte d’emploi des matériels sur
le terrain.
Cette organisation et les actions qu’elle met en oeuvre ont pour
objectif d’obtenir la meilleure disponibilité des matériels au moindre
coût. Or, les taux de disponibilité, qui étaient particulièrement faibles au
début des années 2000, restent aujourd’hui proches de 50 à 60 %, voire
moins, pour nombre d’équipements, si bien que la situation constatée par
la Cour il y a une décennie semble avoir peu évolué. La Cour avait publié
en 2004 un rapport qui analysait la crise de disponibilité des matériels
observée au début de la décennie 2000. Ce rapport expliquait cette
situation par des causes structurelles liées à l’organisation du MCO au
sein du ministère de la défense, à la nature du parc des matériels à
entretenir et à la forte diminution des crédits d’entretien des matériels à la
fin des années 1990.
Dix
années
plus
tard, la
Cour
des comptes
a
conduit
simultanément trois contrôles portant sur le maintien en condition
opérationnelle (MCO) des matériels terrestres, navals et aéronautiques du
ministère de la défense. Le présent rapport, qui en fait la synthèse, dresse
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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16
COUR DES COMPTES
un nouveau bilan alors que le sujet reste une préoccupation majeure des
pouvoirs publics comme en témoignent, en 2008, le rapport du sénateur
Fréville
2
et, en 2011, le rapport confié au Contrôle général des armées
(CGA) et à l’Inspection générale des finances (IGF).
Le contrôle de la Cour intervient dans le contexte de la mise en
oeuvre de la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) couvrant la
période 2014-2019, qui définit des moyens nécessairement comptés pour
le MCO, dont la performance actuelle est décevante. Il porte sur
l’ensemble des acteurs du MCO des milieux terrestre, naval et
aéronautique.
Le rapport s’articule en trois grandes parties : la première dresse
les principaux constats en termes de performance et de coûts ; les deux
autres identifient les grands axes de progrès, l’un relevant de
l’organisation et de la rationalisation du MCO réalisé au sein du
ministère, l’autre de l’amélioration de la relation entre les industriels et le
ministère.
2
Rapport d’information fait par M. Yves Fréville au nom de la commission des
Finances du Sénat sur la structure intégrée de maintien en condition opérationnelle
des matériels aéronautiques du ministère de la défense (SIMMAD), et le maintien en
condition opérationnelle des matériels aéronautiques du ministère de la défense, mai
2008.
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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Chapitre I
Les constats : un problème de
disponibilité malgré les réformes
engagées, un coût croissant et des
contraintes structurelles
I - La crise de disponibilité du début des années
2000 a conduit à une réforme de l’organisation
A - Le début des années 2000 se caractérisait par une
crise importante du MCO
La disponibilité des matériels s’était, au début des années 2000,
brutalement
dégradée
pour
tous
les
matériels.
Cette
mauvaise
performance s’expliquait, en partie, par la forte diminution des crédits
affectés à la maintenance des équipements dans le nouveau contexte
stratégique qui avait suivi la fin de la guerre froide.
Le rapport publié par la Cour des comptes en 2004
3
mettait en
évidence cette chute, dont quelques exemples sont donnés ci-dessous.
3
Cour des comptes,
Rapport
au Président de la République
: Le maintien en
condition opérationnelle des matériels des armées.
La documentation française
,
décembre 2004, 94 p., disponible sur
www.ccomptes.fr
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18
COUR DES COMPTES
Tableau n° 2 :
la dégradation de la disponibilité technique des
matériels militaires entre 1997 et 2000
Matériel
Disponibilité 1997
Disponibilité 2000
Véhicules
de
l’avant
blindé (VAB)
82 %
72 %
Chars légers AMX10 RC
84 %
57 %
Frégates anti-sous-marines
74 %
56 %
Sous-marins
nucléaires
d’attaque
70 %
43 %
Matériels
majeurs
de
l’armée de l’air
65 %
56 %
Source : Ministère de la défense
Cette crise s’expliquait également par une organisation complexe
qui était déstabilisée par les profonds changements qui affectaient les
armées : suspension du service national, changement de statuts des
arsenaux, nouvelle donne stratégique.
B - Le MCO était alors organisé de façon spécifique au
sein de chacune des trois armées
1 - Dans l’armée de terre, l’organisation du MCO restait très
décentralisée
Pour des raisons historiques liées aux perspectives de conflits en
Centre-Europe, les formations terrestres sont réparties sur l’ensemble du
territoire national avec une prédominance pour le Nord-Est et sont
équipées d’une grande diversité de matériels : encore aujourd’hui, elles
comptent environ 20 000 véhicules et plusieurs centaines de milliers de
petits équipements. L’organisation historique du MCO terrestre prévoyait
donc l’entretien des matériels par les maintenanciers des régiments pour
les actions ne nécessitant pas un outillage industriel lourd, et la réalisation
des tâches plus complexes par les formations du matériel relevant de la
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LES CONSTATS : UN PROBLEME DE DISPONIBILITE MALGRE LES REFORMES
ENGAGEES, UN COUT CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
19
direction centrale du matériel (DCMAT), créée dans sa forme initiale en
1944, l’arme du matériel ayant été créée en 1976.
La DCMAT disposait à la fois d’établissements avec des outils
industriels lourds, d’entrepôts de stockage et de détachements de
formations du matériel implantés dans les régiments des forces. Le
recours aux industriels pouvait paraître moins important qu’aujourd’hui,
dans la mesure où une partie de la production de matériels neufs relevait
elle-même des arsenaux terrestres, avant leur transformation en société
anonyme en 1990 sous le nom de GIAT Industries, devenu depuis le
groupe Nexter. La volonté de maintenir une compétence forte de MCO au
sein de l’armée de terre s’explique aussi par la nécessité de réparer les
matériels lors des opérations extérieures, ce qui suppose de pouvoir
projeter des maintenanciers au plus près des zones de combat.
Le rapport public de la Cour de 2004 imputait en partie la chute
des disponibilités des matériels à cette organisation. L’armée de terre,
concernée au premier chef par la suspension du service national en 1996
et par les réductions successives de format décidées depuis la fin de la
guerre froide, était entrée dans un cycle de réformes successives qui
avaient fragilisé l’organisation du MCO. Au-delà des réductions
d’effectifs des formations du matériel, la réorganisation du milieu des
années 1990 avait conduit à séparer l’entretien courant en métropole, sous
la responsabilité de la DCMAT, et la préparation opérationnelle pour le
MCO en opérations extérieures sous la responsabilité de la Brigade
logistique. Elle avait introduit une complexe structure matricielle source
d’inefficiences, d’autant que, dans le même temps, les directions
régionales du matériel étaient subordonnées aux régions Terre. Les
formations du matériel devaient ainsi répondre à des objectifs parfois
contradictoires de plusieurs chaînes de commandement avec des moyens
comptés.
2 - Le MCO naval était assuré par les arsenaux navals
Les tâches d’entretien courant et de petites réparations étaient
effectuées par les équipages à la mer, tandis que les actions plus lourdes
étaient confiées aux arsenaux navals, situés notamment dans les ports de
guerre, qui avaient en charge également la construction des nouveaux
bâtiments.
La flotte s’est toujours caractérisée par son hétérogénéité et par la
durée de vie longue des bâtiments, de l’ordre de 40 ans : encore
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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20
COUR DES COMPTES
aujourd’hui, on compte une soixantaine de bâtiments répartis en sept
grandes catégories, certaines ne comportant qu’une unité (le porte-
avions), d’autres ayant des spécificités fortes (propulsion nucléaire du
porte-avions et des sous-marins, impossibilité d’accéder à certaines
parties du bâtiment en phase d’exploitation), ce qui nécessite le recours à
des arrêts techniques périodiques et à de lourds travaux d’entretien voire
de remise à niveau, néanmoins facilités par le regroupement de la plus
grande partie de la flotte dans deux ports de guerre, Brest et Toulon.
Le rapport public de la Cour de 2004 constatait la chute de la
disponibilité des bâtiments et identifiait des facteurs d’explication
spécifiques à l’organisation de la marine nationale. Le relatif désintérêt de
la direction générale de l’armement (DGA) pour le MCO de la flotte et le
désengagement progressif de la direction des constructions navales -
transformée en société anonyme en 2003 sous le nom de DCN SA - qui
tendait à concentrer les efforts sur la construction neuve, se traduisaient
par des difficultés importantes pour la marine nationale. Le sous-
encadrement des équipes de maintenanciers de DCN SA conduisait les
commandants de bâtiments à affecter des membres de leur équipage aux
tâches de MCO. Le cas de l’établissement des constructions navales de
Toulon était emblématique des difficultés de la période de transition :
instructions judiciaires sur la fonction achat, effet négatif du changement
de statut de DCN SA sur la motivation des personnels, écarts d’inventaire
très significatifs relevés sur les rechanges lors de l’apport d’actifs à DCN
SA, etc. Tout cela ne pouvait pas être sans effet sur la disponibilité des
bâtiments de la flotte.
3 - Le MCO aéronautique faisait déjà une large place à l’industrie
Dès l’origine, l’industrie privée a eu un rôle important dans la
production et la maintenance des aéronefs de l’armée de l’air. En effet,
cette industrie est née au début du XX
ème
siècle, avant la constitution de
l’aviation militaire au cours de la première guerre mondiale et la création
de l’armée de l’air en 1934. Le ministère de la défense n’a jamais été
constructeur d’aéronefs et les activités en régie se sont limitées à la
réparation. La technicité des matériels et leur proximité initiale avec les
aéronefs civils ont conduit à une organisation du MCO reposant en
premier niveau sur les mécaniciens de l’armée de l’air répartis sur les
bases aériennes au plus près des escadrons et sur le recours aux
industriels dans un deuxième temps pour les interventions nécessitant un
outillage industriel lourd.
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LES CONSTATS : UN PROBLEME DE DISPONIBILITE MALGRE LES REFORMES
ENGAGEES, UN COUT CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
21
Comme pour l’armée de terre, les perspectives de conflits en
Centre-Europe ont conduit à la constitution d’un réseau dense de bases
aériennes sur l’ensemble du territoire, avec une prédominance pour le
Nord-Est.
Quant à
la régie constituée à partir de la fin des années 1930
par les ateliers industriels de l’aéronautique (AIA), elle a été conçue en
complémentarité
des
capacités
des
industriels.
La
question
du
rattachement de cette régie a été posée dès l’origine. Initialement
rattachée à l’armée de l’air dans les années 1930, elle a été ensuite
rattachée à la direction des constructions aéronautiques, puis à la direction
générale de l’armement (DGA) jusqu’en 2008.
La dispersion des aéronefs dans les armées et le manque de pièces
détachées ont contribué à la dégradation de la disponibilité dans l’armée
de l’air.
Le rapport public de la Cour de 2004 imputait ainsi une partie de
la chute de disponibilité des aéronefs à des questions d’organisation. Les
aéronefs sont répartis dans l’ensemble des armées : avions de combat,
avions de transport et hélicoptères dans l’armée de l’air ; hélicoptères de
combat et de manoeuvre dans l’armée de terre ; avions de combat, avions
de patrouille maritime et hélicoptères dans la marine. Cette situation
conduisait à un dialogue séparé de chaque armée avec la DGA, dans un
contexte où cette dernière allouait la majorité de ses ressources au suivi
des programmes d’armements neufs. Il en est résulté une consolidation
insuffisante des faits techniques des différentes armées et une politique
d’approvisionnement inadaptée en pièces détachées. La pénurie de pièces
pour certains aéronefs a ainsi fortement contribué à la dégradation de leur
disponibilité.
Face à la gravité de cette crise, le ministère de la défense a, dès le
début des années 2000, engagé des réformes profondes de l’organisation
du MCO notamment en substituant une organisation par milieu à une
organisation par armées.
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COUR DES COMPTES
C - Une réforme importante de l’organisation du MCO
est intervenue
1 - Une organisation par milieu se substitue à une organisation par
armée
a)
La nouvelle organisation a concerné d’abord les matériels
aéronautiques
Après la création de la structure intégrée de maintien en condition
opérationnelle des matériels aéronautiques de la défense (SIMMAD),
structure d’achat interarmées centralisée, subordonnée au chef d’état-
major de l’armée de l’air (CEMAA) en 2000, les ateliers industriels de
l’aéronautique ont été transférés de la DGA au service industriel de
l’aéronautique (SIAé), rattaché au chef d’état-major de l’armée de l’air en
2008.
Désormais le MCO des matériels aéronautiques est organisé sur
une base interarmées. Le domaine aéronautique concentre les enjeux les
plus importants compte tenu du coût (environ de 3,2 Md€ en 2012, soit
plus de la moitié du coût total du MCO), des effectifs (environ 24 000
emplois en 2012 avec le SIAé sur les 45 000 intervenant dans le MCO) et
du nombre de matériels concernés (environ 1 250 aéronefs au total).
b)
L’armée de terre s’est inspirée du modèle aéronautique, tout en
développant une gestion en « pool » de ses engins
En octobre 2010, la structure intégrée de maintien en condition
opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT) est créée sur le modèle
de la SIMMAD. Cette même année, est aussi créé le service de la
maintenance industrielle terrestre (SMITer) pour regrouper les capacités
de MCO en régie de l’armée de terre. La SIMMT et le SMITer succèdent
à la DCMAT et ont vocation à prendre en charge le maintien en condition
opérationnelle des matériels terrestres des trois armées, même si, dans les
faits, 90 % de ces matériels sont en service dans l’armée de terre.
Par ailleurs, l’armée de terre a développé une gestion en
pool
de
ses matériels roulants, la politique d’emploi et de gestion des parcs
(PEGP). Il s’agit d’assurer le bon niveau de disponibilité au bon moment
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ENGAGEES, UN COUT CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
23
et au bon endroit pour alimenter les opérations extérieures et permettre la
préparation
opérationnelle
en
métropole,
tout
en
acceptant
ponctuellement des baisses de disponibilité en fonction des cycles
d’activités des régiments.
Le MCO terrestre représente en 2012 un coût de l’ordre de
1,5 Md€ et un effectif d’environ 14 500 emplois.
c)
La marine fonctionne selon le même modèle
Le service de soutien de la flotte (SSF), structure d’achat centrale,
a été créé en 2000 ; une régie industrielle, le service logistique de la
marine (SLM), a été constituée par les ateliers militaires de la flotte
(AMF), créés dans leur forme originelle en 1895.
Même si la dimension
interarmées des matériels navals est faible, la marine nationale dispose
ainsi d’une maîtrise d’ouvrage déléguée à vocation interarmées, ce même
SSF, créé en 2000, et d’un maître d’oeuvre en régie, le SLM, qui regroupe
les ateliers militaires de la flotte.
Le MCO naval représente un coût de l’ordre de 1,2 Md€ en 2012 et
un effectif d’environ 5 500 emplois, chiffre qui comprend les effectifs
dédiés au MCO naval et englobe une estimation de 3 000 équivalents
temps plein consacrés par les équipages des bâtiments au MCO.
II - Malgré les réformes, les performances restent
décevantes en termes de disponibilité
A - La disponibilité des matériels est une notion
complexe en cours d’évolution
1 - Le concept de disponibilité évolue vers la notion de disponibilité
suffisante au bon endroit et au bon moment
Pendant longtemps, la performance du MCO a été mesurée à l’aide
de la disponibilité technique (DT), définie comme le pourcentage de
matériels en état de fonctionnement par rapport au total des matériels, et
de la disponibilité technique opérationnelle (DTO), définie comme le
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COUR DES COMPTES
pourcentage de matériels en état d’accomplir leurs missions (c’est-à-dire
en état de fonctionnement et disposant des armements nécessaires) par
rapport au total des matériels. Dans un contexte de risque d’engagement
massif en Europe, l’objectif était d’atteindre un niveau maximum de
disponibilité, malgré les immobilisations inéluctables des matériels durant
les périodes de réparation ou de rénovation, afin d’assurer une montée en
puissance rapide face à une menace majeure.
L’évolution du contexte stratégique et la contrainte financière ont
conduit les armées à évoluer vers une politique visant à assurer une
disponibilité suffisante des matériels au bon endroit et au bon moment.
Dans le domaine terrestre, l’objectif est de garantir en permanence un
taux de disponibilité opérationnelle des matériels supérieurs à 90 % en
opérations extérieures, et d’adapter le taux de disponibilité en métropole
aux besoins de la préparation opérationnelle. En fonction de sa position
dans le cycle d’engagement, chaque régiment se voit attribuer un niveau
de priorité différent et des seuils de disponibilités planchers pour les
matériels qu’il utilise au quotidien pour sa préparation opérationnelle.
Dans le domaine naval, la programmation des arrêts techniques des
bâtiments est établie de manière à pouvoir assurer en permanence la
mission de dissuasion nucléaire et de disposer de suffisamment d’unités
pour faire face aux missions récurrentes. Dans le domaine aéronautique,
la priorité est également donnée à la disponibilité en opérations
extérieures et à la permanence de la mission de dissuasion. D’autres
critères d’évaluation de la performance comme, par exemple dans
l’aéronautique, le nombre d’heures de vol accomplies par pilote afin de
garder ou d’obtenir ses qualifications, peuvent s’avérer pertinents.
2 - Les définitions des concepts de disponibilité diffèrent selon les
armées
La définition de la disponibilité peut présenter des nuances
importantes selon les armées.
Dans l’armée de terre, le concept de DTO est utilisé pour
connaître, au jour le jour, le nombre de véhicules aptes aux missions
opérationnelles.
La marine nationale a développé une appréciation complexe de la
disponibilité de ses bâtiments en fonction des missions qu’ils sont amenés
à exercer. La disponibilité technique est conçue comme la capacité du
bâtiment à naviguer, tandis que la disponibilité technique opérationnelle
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ENGAGEES, UN COUT CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
25
s’apprécie en fonction des missions qu’il est capable d’effectuer : une
frégate anti sous-marines peut ainsi à un moment donné disposer de ses
capacités anti-sous-marines, mais pas de ses capacités antiaériennes par
exemple. Dès lors, les indicateurs de disponibilité présentés dans les
documents de synthèse budgétaire tiennent compte à la fois de la
disponibilité technique (le nombre de jours où le bâtiment n’est pas en
arrêt technique) et de la disponibilité opérationnelle résultant du
compromis effectué entre le temps consommé en arrêt technique pour la
restauration de certaines capacités et la dégradation acceptable de
certaines capacités au regard de la mission exercée.
Dans le domaine aéronautique enfin, la disponibilité technique est
définie comme la capacité d’un aéronef à effectuer en moins de 6 heures
une des missions prévues pour son emploi. La disponibilité technique
opérationnelle (DTO) correspond au ratio des aéronefs disponibles
techniquement, par rapport à ceux nécessaires pour la mise en oeuvre de
l’hypothèse la plus exigeante du contrat opérationnel
4
. Cette définition a
été modifiée en 2011 : les années précédentes, la DTO correspondait au
ratio entre les aéronefs disponibles techniquement et ceux nécessaires
pour faire face à l’activité prévue.
4
Dans le
Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale
de 2013, les armées
doivent être capables d’engager dans une opération majeure jusqu’à 45 avions de
chasse issus de l’armée de l’air et de l’aéronavale.
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COUR DES COMPTES
B - Les résultats en termes de disponibilité
5
diffèrent
selon les milieux et les matériels
1 - La faible disponibilité des aéronefs demeure un sujet important de
préoccupation
Les taux de disponibilité observés pour les aéronefs en 2013
rappellent ceux observés dans le précédent rapport public de la Cour
6
: la
disponibilité des matériels majeurs de l’armée de l’air était passée de
65 % en 1997 à 56 % en 2000. Après un net redressement et une
disponibilité du parc aérien de la défense qui a atteint en 2005 63,5 %, la
dégradation a repris et touche les trois armées, tant pour les matériels
récents que pour les matériels anciens.
Tableau n° 3 :
évolution de la disponibilité des aéronefs
2008
2011
2012
2013
Armée de l’air
60 %
59 %
43 %
41 %
Marine
nationale
41 %
39 %
38 %
38 %
Armée de terre
48 %
54 %
42 %
41 %
Sources : EMAA, EMM et EMAT
Le taux de disponibilité des avions de transport C130 de l’armée
de l’air n’est que de 39 % au premier semestre 2013, celui de l’avion de
combat Super Étendard de la marine nationale n’atteint que 31 % en
2012, tandis que celui de l’hélicoptère Tigre est de seulement 22 % en
2013. Cette dernière situation, qui affecte un matériel très récent,
s’explique à la fois par le fort engagement de ces appareils en opérations
5
Il s’agit de la disponibilité technique opérationnelle.
6
Les chiffres apparaissent inférieurs à ceux constatés en 2000, mais ceci résulte de la
modification de la méthode de calcul. En 2000, la disponibilité était calculée en
fonction du nombre d’appareils présents au sein de l’armée de l’air, tandis qu’en
2011, 2012, 2013, la disponibilité est calculée en fonction du nombre total d’appareils
(ceux qui sont dans les forces et ceux qui sont en rénovation chez les industriels).
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27
où ils ont parfois subi de graves dommages, par les longues durées
d’immobilisation chez les industriels, deux fois plus longues que prévues,
sans que des pénalités de retard soient facturées, et par un volume
insuffisant de pièces de rechange, à la suite des arbitrages budgétaires de
2009 qui ont conduit à financer des pièces de rechange pour seulement 20
appareils alors que 45 sont en service.
En 2013, la nécessité de résorber les restes à payer en fin d’année
qui s’élèvent à 186 M€ à la fin de 2013 contre 346 M€ à la fin de 2012, a
conduit la SIMMAD à repousser des actions de maintenance, ce qui a
diminué le nombre d’avions disponibles et l’activité de certains pilotes,
en deçà des normes OTAN requises pour disposer de la qualification
opérationnelle en 2013. Dans ces conditions, les objectifs d’heures de
vols des pilotes ne peuvent pas être tenus. L’objectif pour la chasse est de
180 heures de vols, la réalisation 2012 est de 169 heures. Les situations
les plus critiques sont observées pour les pilotes de transport (265 heures
réalisées en 2012 pour un objectif de 400) et dans une moindre mesure
pour les pilotes d’hélicoptères de l’armée de terre (165 heures réalisées en
2012 pour un objectif de 200). Dans un contexte de fort engagement
opérationnel, cette situation peut créer des difficultés pour la formation
des jeunes pilotes.
2 - La disponibilité de la flotte a été redressée, même si les objectifs de
nombre de jours à la mer ne sont pas atteints
Les résultats obtenus dans le domaine naval sont meilleurs que
ceux observés dans le précédent rapport public de la Cour qui relevait par
exemple une disponibilité technique des sous-marins nucléaires d’attaque
(SNA) de seulement 43 % en 2000 alors qu’elle atteint 60 % en 2012.
La disponibilité de la flotte dépend des arrêts techniques des
différents bâtiments qui, conjugués avec la réduction du nombre de
plateformes, ne permettent plus de disposer en permanence de certaines
capacités. Ainsi, si les patrouilles de sous-marins nucléaires lanceurs
d’engins (SNLE) peuvent être effectuées avec en permanence au moins
un des quatre sous-marins à la mer, il n’est en revanche plus possible de
disposer en permanence d’un porte-avions à la mer puisqu’il n’y en a plus
qu’un en parc.
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COUR DES COMPTES
Tableau n° 4 :
disponibilité des principales unités de la flotte
Bâtiments
Nombre
Âge
moyen
en
2013
Disponibilité
2008
Disponibilité
2011
Disponibilité
2012
Porte-
avions
1
12
at
51 %
46 %
Sous-
marins
nucléaires
d’attaque
6
25
40 %
56 %
60 %
Frégates
16
18
52 %
55 %
60 %
Bâtiments
amphibie
4
7
37 %
42 %
49 %
Source : EMM
at : bâtiment en arrêt technique majeur cette année-là.
Malgré cette amélioration, les objectifs visant à tenir 100 jours de
mer pour l’ensemble des bâtiments et 110 pour les bâtiments de plus de
1 000 tonnes ne sont pas atteints. Les données 2012 font apparaître
89 jours de mer pour l’ensemble de la flotte et 98 jours pour les bâtiments
de plus de 1 000 tonnes.
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3 - La disponibilité technique des matériels terrestres anciens reste
insuffisante, tandis que celle des matériels récents est satisfaisante
Tableau n° 5 :
disponibilités des matériels terrestres en PSP
7
Engins
Nombre
2008
2011
2012
2013
Char lourd
Leclerc
292
32 %
58 %
50 %
67 %
Char médian
AMX 10RC
271
57 %
51 %
48 %
55 %
Blindé VBCI
486
ns
73 %
79 %
80 %
Blindé VAB
3 447
68 %
51 %
56 %
62 %
Canon
CAESAR
78
ns
82 %
83 %
79 %
Source : EMAT
ns : matériel qui n’était pas encore rentré en service en 2008
L’armée de terre a déployé à partir de 2008 la gestion en
pool
de
ses engins dans le cadre de la politique d’emploi et de gestion de parcs
(PEGP) qui vise à garantir le taux de disponibilité suffisant au bon
moment et au bon endroit aux forces, afin qu’elles puissent assurer leurs
interventions extérieures et leur préparation opérationnelle.
7
Parc de service permanent, considéré comme le parc pour lequel les résultats en
termes de disponibilité sont les plus probants et les plus directement comparables aux
données de 2000 qui couvraient l’ensemble des matériels avant le déploiement de la
PEGP.
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30
COUR DES COMPTES
Ainsi les principaux matériels roulants ont été répartis en quatre
parcs génériques : le parc d’alerte (PA) destiné à répondre aux dispositifs
d’alerte GUEPARD
8
, le parc de service permanent (PSP) maintenu dans
les régiments pour assurer la préparation opérationnelle, le parc
d’entraînement (PE) pré-positionné dans les camps d’entraînement et le
parc de gestion (PG) destiné à alimenter les autres parcs et constitué à la
fois d’engins disponibles et d’engins en cours de réparation.
Si la gestion en
pool
des matériels à travers la politique d’emploi et
de gestion des parcs (PEGP) a pu garantir une disponibilité supérieure à
90 % pour les opérations extérieures et une disponibilité suffisante dans
les parcs d’entraînement, les résultats obtenus dans les parcs de service
permanents (PSP) des régiments présentés dans le tableau ci-dessus sont
contrastés en fonction du type de matériel : la très bonne disponibilité des
nouveaux matériels comme le véhicule de combat d’infanterie (VBCI) et
le camion équipé de système d’artillerie (CAESAR) voisine avec la
disponibilité plus faible des parcs vieillissants des véhicules de l’avant
blindé (VAB) et des automitrailleuses de classe 10 tonnes roues canon
(AMX10 RC) qui, malgré les efforts de redressement accomplis, se
dégrade par rapport à 2000.
Cette situation contrastée risque de perdurer dans la mesure où les
priorités de court terme (la disponibilité en opérations extérieures, dans le
parc d’entraînement et dans les PSP) prennent nécessairement le pas sur
les priorités de moyen terme (la réparation des engins du parc de gestion,
pourtant indispensables au fonctionnement de la PEGP, et où les engins
de retour d’opérations extérieures nécessitent souvent des actions de
maintenance lourdes.
8
Le
dispositif Guépard a pour finalité de « mettre à la disposition du commandement
une force constituée, apte à faire campagne en tout lieu et pour tout type de mission,
sur très court préavis. Il existe plusieurs modules d’alerte : 24h, 48h et 72h définissant
chacun le volume de force qui doit être prêt à partir dans ces délais ».
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31
III - Le coût budgétaire doit être mieux cerné et
maîtrisé
A - Les dépenses et le coût du MCO sont encore mal
cernés
1 - Le coût du MCO comprend des données hétérogènes, incomplètes,
réparties sur plusieurs lignes budgétaires
Il n’existe pas, au sein du ministère de la défense, d’autorité de
synthèse analysant le coût complet du MCO des matériels militaires et
suivant l’évolution des dépenses de MCO au regard de la programmation
budgétaire annuelle et pluriannuelle. Cette lacune est regrettable car elle
ne permet pas de rapprocher les montants prévus pour le MCO de ceux
réellement consommés, et d’analyser les raisons de ces écarts afin d’en
tirer les conséquences, tant sur les crédits à affecter que sur les ambitions
à atteindre.
Pour ce qui est des dépenses budgétaires, la SIMMAD réalise, pour
le milieu aéronautique, un travail de synthèse qui agrège des budgets
éclatés entre le programme budgétaire 146 pour le MCO initial et les
BOP des trois armées du programme budgétaire 178 pour le MCO en
service, des dépenses d’investissement, de fonctionnement et de
personnels. Le même niveau de synthèse n’existe ni pour le soutien des
matériels terrestres, ni pour le soutien des matériels navals.
L’analyse des chiffres est rendue difficile par la grande
hétérogénéité des dépenses de MCO. Elles comprennent la masse
salariale des administrations centrales et des maîtrises d’ouvrage
déléguées ainsi que des régies étatiques dont certaines comme le SIAé
fonctionnent en compte de commerce, les achats de pièces détachées et de
prestations plus complètes auprès de l’industrie dans le cadre de
l’entretien
programmé
des
matériels
(EPM),
les
dépenses
de
fonctionnement et d’investissement des régies étatiques, les surcoûts liés
aux opérations extérieures. Ces dépenses reflètent donc des réalités très
différentes allant du soutien industriel en métropole confié à une
entreprise privée au soutien opérationnel réalisé par les militaires en
opérations extérieures.
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32
COUR DES COMPTES
Pour ce qui est des coûts complets, l’approche est balbutiante du
fait de l’absence de comptabilité analytique à la DGA, au sein des forces
et dans certaines régies comme le SMITer et de l’absence de prise en
compte des problématiques liées aux amortissements des outils de
production et des constructions (les chiffres présentés ne comprennent pas
de dotation aux amortissements mais l’investissement de l’année dans
l’outil de production, par nature fluctuant) ; et au démantèlement (dont le
coût n’est pas estimé de façon fiable à ce jour).
2 - Il est difficile de connaître le coût et la dépense budgétaire de
MCO dans la durée à périmètre constant
L’analyse de l’évolution des coûts et des dépenses de MCO sur la
longue période et la capacité à prévoir leur évolution constituent un cadre
nécessaire à la prise de décision et aux arbitrages entre la rénovation et
l’acquisition de nouveaux matériels par exemple. Or, bien que le présent
rapport puisse présenter une évolution globale de la dépense de MCO
entre 2000 et 2012, il n’est pas possible de l’analyser par milieu, faute de
disposer de données
pro-forma
pour la période où le MCO était organisé
par armée, et où la loi organique relative aux lois de finances n’était pas
encore en vigueur.
3 - L’absence de comptabilité analytique ne permet pas de connaître
le coût complet des matériels terrestres et navals
Dans le domaine terrestre, il n’existe ni allocation des heures des
personnels par matériels ni allocation des coûts de structure, notamment
de l’outil industriel. Cette information sur le coût complet du MCO d’un
matériel donné serait néanmoins utile pour piloter l’activité du SMITer et
pour accroître la capacité de négociation avec les industriels lorsqu’ils
proposent une prestation pouvant être réalisée par la régie.
Dans le domaine naval, même si le SLM dispose d’une
comptabilité analytique, l’absence de suivi des temps des équipages
aboutit à une méconnaissance du coût complet du MCO d’un bâtiment
donné. L’estimation de 3 000 ETPT consacrés au MCO par les équipages
résulte d’une approximation non étayée de l’ordre de 30 % des effectifs.
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4 - L’absence de structure de synthèse ne permet pas de recenser
l’exhaustivité des dépenses du MCO terrestre et naval
Dans les domaines terrestres et navals, il n’y a pas d’autorité de
synthèse récapitulant l’ensemble des dépenses de MCO. Les données
chiffrées présentées dans le présent rapport ont été compilées à partir des
données recueillies auprès de l’état-major de l’armée de terre et de la
SIMMT pour le domaine terrestre et auprès de l’état-major de la marine,
du SSF et du SLF pour le domaine naval.
Elles ne sont pour autant pas exhaustives dans la mesure où elles
ne comprennent pas, par exemple, la masse salariale consacrée par la
DGA au MCO terrestre, cette dernière estimant ne pas être en mesure de
produire la donnée, compte tenu de l’absence de comptabilité analytique
permettant de ventiler le temps des personnels répartis dans les
différentes unités de management qui ne travaillent pas uniquement au
profit du MCO. Elles sont estimatives car elles résultent d’une
valorisation approximative de la masse salariale par le ministère de la
défense, qui connaît des difficultés persistantes dans ce domaine.
5 - Des actions doivent être entreprises pour mieux connaître et
mieux suivre les dépenses, les coûts et les effectifs du MCO
À l’instar du rôle confié à la SIMMAD, la SIMMT et le SSF
pourraient être chargés de la synthèse des dépenses pour chacun des
milieux dans lequel ces maîtres d’ouvrage délégués interviennent. Ces
structures pourraient recenser chaque année l’ensemble des dépenses
budgétaires composant l’agrégat du MCO, qu’il s’agisse d’achats
d’entretien programmé du matériel ou de masse salariale, et que
l’imputation budgétaire relève du programme 178 ou du programme 146.
Ce travail permettrait de suivre l’évolution de l’agrégat de MCO par
milieu au regard des objectifs de la programmation fixés par la loi de
programmation militaire et la loi de finances, et offrirait ainsi un outil
utile aux décideurs pour la programmation et le pilotage, voire pour la
mise en concurrence des industriels avec les régies pour certaines
prestations.
Dans un second temps, ces trois autorités de synthèse pourraient
se voir confier les exercices d’estimation des coûts complets du MCO des
principaux matériels, afin que les arbitrages entre le prolongement de la
durée de vie des matériels anciens, moyennant un effort de MCO, et
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34
COUR DES COMPTES
l’acquisition de matériels neufs, puissent être rendus sur la base de
données fiables.
La bonne réalisation de ce travail suppose que des outils de
comptabilité analytique adaptés soient déployés, rapidement (sans
attendre l’aboutissement du projet ministériel Aramis
4
), au sein du
SMITer, des bâtiments de la marine et de la DGA afin de bien identifier
le temps passé par les personnels sur le MCO de chaque matériel. Dans
cette optique, les comptabilités analytiques déjà en place au sein du SIAé
et du SLF devront être améliorées, ce qui peut se faire par la mise en
place d’audits conduits par l’autorité de synthèse. Les ressources
nécessaires à la mise en place de cette nouvelle mission devraient être
dégagées par redéploiement des effectifs au sein des administrations
centrales de la SIMMAD, de la SIMMT et du SSF.
4
Projet du ministère de la défense visant au renforcement de sa fonction financière
(comptabilité analytique, contrôle de gestion de la fonction financière et
professionnalisation de la fonction financière).
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35
B -
Les dépenses budgétaires de MCO représentent
plus de 15 % du budget de la défense en 2012
1 - Les dépenses de MCO sont estimées à plus de 6 Md€ en 2012, dont
plus de la moitié au titre du MCO aéronautique
Tableau n° 6 :
Synthèse des dépenses budgétaires du MCO en 2012
En M€
Masse salariale
avec pensions
5
Fonctionnement
et
investissement
6
Achats
(entretien
programmé et
rechanges)
7
Total
Aéronautique
8
1 430
118
1 670
3 218
Terrestre
795
103
677
1 575
Naval
9
371
6
858
1 235
TOTAL
2 596
227
3 205
6 028
Sources : MMAE pour l’aéronautique, EMAT et SIMMT pour le terrestre,
EMM, SSF et SLM pour le naval
Malgré les insuffisances relevées en termes de connaissance des
dépenses et des coûts du MCO, la Cour, en compilant les informations
disponibles, aboutit à une estimation minimale de dépenses budgétaires
5
Il s’agit de la masse salariale d’environ 45 000 personnels qui travaillent au profit du
MCO au sein du ministère de la défense.
6
Il s’agit des frais de fonctionnement et des investissements des régies industrielles
étatiques (SIAé, SLM et SMITer). Cette colonne ne comprend pas les investissements
financés sur le programme budgétaire 212 mis en oeuvre par le SID et pouvant être
utilisés pour le MCO.
7
Il s’agit des achats de pièces détachées et de prestations de MCO, que ce soit pour
l’entretien programmé des matériels ou pour les réparations ponctuelles.
8
Pour les besoins de la présentation, les 262 M€ de masse salariale du SIAé
correspondant à ses 4 881 personnels ont été retirés des achats de MCO pour être
présentés dans la colonne masse salariale.
9
Dont 172 M€ au titre des effectifs de MCO
stricto sensu
et 199 M€ au titre de la
contribution des équipages estimée à 3 000 ETP.
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36
COUR DES COMPTES
de MCO qui s’élève à 6 Md€ pour l’exercice 2012, soit environ 15,5 %
du budget de la mission
défense
qui s’est élevé à 38,88 Md€ de crédits de
paiement. Le MCO des seuls matériels aéronautiques s’est élevé à
3,22 Md€, soit 8,3 % du budget de la mission.
2 - La masse salariale concerne plus de 45 000 personnels après la
suppression de plus de 6 400 postes depuis 2008
Tableau n° 7 :
évolution des effectifs entre 2008 et 2012
Emplois (ETPT)
2008
2012
Écart
Aéronautique
10
26 809
24 129
- 2 680
Terrestre
19 659
15 957
- 3 702
Naval
5 598
5 552
11
- 46
TOTAL
52 066
45 638
-6 428
Source : MMAE pour l’aéronautique, EMAT et SIMMT pour le terrestre,
EMM, SSF et SLM pour le naval
En 2012, la masse salariale du MCO (y compris les pensions)
représente près de 2,6 Md€, soit 6,7 % du budget de la défense et 12,9 %
des dépenses de titre 2 avec pensions. Ce chiffre correspond à la
rémunération d’environ 45 000 personnes (dont environ 24 000 dans le
domaine aéronautique, 16 000 dans le domaine terrestre et 5 500 dans le
domaine naval). Dans le cadre des réformes lancées après le Livre blanc
sur la défense et la sécurité nationale de 2008, plus de 6 400 emplois ont
été supprimés dans le MCO sur la période allant de 2008 à 2012, soit
13 % des effectifs de 2008, l’effort ayant porté sur les domaines
aéronautique et terrestre et ayant relativement épargné les administrations
centrales.
10
Y compris les effectifs du SIAé.
11
Y compris le temps consacré par les équipages au MCO qui est estimé à environ
3 000 ETPT en 2012.
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37
L’objectif de suppression de 54 000 emplois sur la Mission
Défense
entre 2008 et 2015 comprenait 8 500 suppressions d’emplois
dans le MCO dont 4 500 pour le milieu aéronautique et 4 000 pour le
milieu terrestre. Il devrait être atteint à l’horizon 2015 dans la mesure où
les postes restant à supprimer sont pour la plupart identifiés. Il a toutefois
été revu à la baisse dans le domaine terrestre où les projets initiaux
prévoyaient la suppression de 5 500 postes au lieu de 4 000.
Cette forte diminution des effectifs ne se traduit pas par des
économies de même ampleur sur la masse salariale. Ainsi, dans le
domaine aéronautique, en prenant en compte le SIAé dans l’analyse,
malgré une diminution de 10 % des effectifs entre 2008 et 2012, la masse
salariale avec pensions a légèrement augmenté (1 430 M€ en 2012, contre
1 416 M€ en 2008, soit une augmentation de 1 %). De même, dans le
domaine terrestre, malgré une diminution de 19 % des effectifs, la masse
salariale avec pensions est passée de 901 M€ en 2008 à 795 M€ en 2012,
soit une diminution de seulement 11,5 %. Cette situation résulte à la fois
de la revalorisation des rémunérations des militaires dans le cadre du plan
d’amélioration de la condition militaire, de la dynamique des grilles de
rémunération des ouvriers d’État, et de l’augmentation constante sur la
période des contributions versées au titre des pensions.
C - La croissance des dépenses doit être maîtrisée pour
rester dans l’enveloppe prévue par la LPM
1 - Les dépenses de MCO sont passées de 4,9 Md€
2012
à 6 Md€
2012
entre 2000 et 2012 en euros constants
Dans son rapport public consacré au MCO en 2004, la Cour
relevait, parmi les causes communes aux trois armées qui expliquaient la
chute de la disponibilité observée à l’époque, la diminution des crédits
qui avait résulté d’un effet d’éviction au profit de l’achat de matériels
neufs et de l’évolution de la masse salariale, suite aux surcoûts liés à la
professionnalisation des armées. Les crédits d’achat de MCO étaient alors
passés pour les trois armées de 2,7 Md€
2003
en 1997 à 2,25 Md€
2003
12
en
2000.
12
Équivalent des 2 541 M€
2012
présentés dans le tableau ci-dessus pour l’année 2000.
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COUR DES COMPTES
En revanche, le tableau ci-dessous, qui présente l’évolution du coût
du MCO entre 2000 et 2012 en euros constants, montre une très forte
augmentation des achats de MCO et de l’entretien programmé des
matériels (+ 26 % en euros constants) et une augmentation moindre de la
masse salariale (+ 15 %).
Tableau n° 8 :
évolution des dépenses budgétaires du MCO entre
2000 et 2012
En M€
2012
constants
2000
2012
Écart
Masse
salariale
avec pensions
2 252
2 596
+ 344
Fonctionnement et
investissement des
régies
160
227
+ 67
Achats de MCO et
entretien
programmé
2 541
3 205
+ 664
Total
4 953
13
6 028
+ 1 075
Source : Cour des comptes, Rapport au Président de la République : Le
maintien en condition opérationnelle des matériels des armées, décembre
2004, pour les données 2000, compilation des chiffres obtenus des structures
en charge du MCO au sein du ministère de la défense pour les données 2012
S’agissant des achats, cette augmentation peut, en partie,
s’expliquer par la volonté du ministère d’allouer davantage de crédits à
une activité qui, comme l’avait constaté la Cour, était sous-dotée en 2000.
Elle peut aussi résulter des clauses contractuelles qui incluent parfois
dans les contrats des clauses de révision de prix indexées sur l’évolution
du prix des matières premières, qui peut être supérieure à l’inflation. On
relèvera toutefois que le nombre des équipements a fortement diminué au
cours des quinze dernières années.
13
En euros courants, les dépenses de 2000 s’élèvent à 4 007 M€ dont 1 822 M€ pour
la masse salariale et 2 056 M€ pour les achats.
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39
En ce qui concerne la masse salariale, son périmètre a aussi été
fortement réduit à la fois du fait de la réduction du nombre des personnels
de la défense et des modifications de périmètres intervenues entre 2000 et
2012. Ainsi le recours à l’externalisation était moins répandu en 2000. Par
ailleurs, le changement de statut de DCN n’était pas encore intervenu en
2000, si bien que le coût des personnels de DCNS dédiés au MCO
apparaissait sur la ligne masse salariale en 2000, tandis qu’ils sont
couverts par les achats de MCO et d’entretien programmé du matériel en
2012. Une partie de cette augmentation résulte par ailleurs de
l’augmentation du taux de cotisation pour les pensions
14
.
Il faut cependant retenir que, au total, tant la masse salariale que
les dépenses d’achats de MCO et d’entretien programmé des matériels
ont augmenté à un rythme supérieur à l’inflation sur la période malgré les
réductions de périmètre et la baisse du nombre de matériels.
2 - Les ressources programmées par la LPM 2014-2019 déterminent
les crédits affectés aux achats de MCO
La dépense de MCO est en augmentation rapide.
Le rapport conjoint de l’inspection générale des finances et du
contrôle général des armées de septembre 2011 chiffrait à 5,5 Md€ la
dépense budgétaire du MCO des trois milieux en 2010 et estimait que la
poursuite des tendances observées allait aboutir à une hausse de 8,7 %
d’ici à 2014 en euros constants, soit un chiffre de 6 Md€ en 2014. Ce
niveau a déjà été atteint pour l’exercice 2012. Les dépenses relatives à
l’entretien programmé du matériel (EPM) sont passées de 2,65 Md€ en
2011 à 2,91 Md€ en 2013, soit une hausse de 10 % sur deux ans.
La maîtrise des achats et de l’EPM (entretien programmé des
matériels) constitue d’autant plus un défi que la LPM 2014-2019 prévoit
un montant cumulé sur 6 ans de 20,6 Md€ courants pour les achats de
MCO et l’EPM, soit un volume annuel moyen de 3,4 Md€ courants
, un
peu supérieur au chiffre de 3,2 Md€ en 2012. Ce chiffre est une moyenne
de l’agrégat EPM pour lequel la LPM prévoit une augmentation de 4,3 %
en valeur (et 2,16 % en volume) sur la période. Il s’agit ainsi du seul
agrégat de la LPM qui progresse en valeur, les autres lignes restant
14
En 2006, le taux de cotisation était de 50,2 % pour les civils, 100 % pour les
militaires et 24 % pour les ouvriers d’État ; il est en 2014 de 74 % pour les civils,
126 % pour les militaires et 33 % pour les ouvriers d’État.
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COUR DES COMPTES
stables en valeur. Cette ressource budgétaire ne permet cependant pas
d’absorber une forte augmentation du coût de l’EPM et suppose une
stabilisation du coût du MCO.
Les travaux du ministère de la défense montrent que les besoins en
EPM pourraient atteindre 4,10 Md€ en fin de LPM en 2019, soit un écart
cumulé potentiel d’environ 3,5 Md€ en euros courants entre les
ressources et les besoins sur les 6 années de la LPM. Les ressources
financières budgétées n’ont, en particulier, pas prévu le financement de la
remise à niveau des matériels de retour d’opérations extérieures. Or 1 400
engins sont rentrés d’Afghanistan et du Liban en 2013, soit l’équivalent
des parcs de service permanents de 23 régiments de l’armée de terre.
Ces prévisions du ministère de la défense, qui amèneraient à des
dépenses globales de MCO de l’ordre de 6,5 Md€ par an sont, quelles que
soient les fragilités sur lesquelles sont construites ces hypothèses,
plausibles si on les compare aux travaux menés par les Britanniques. Bien
que le
National audit office
15
estime que les évaluations faites par le
ministère de la défense britannique soient sujettes à « risques et
incertitudes » du fait de la « complexité et la volatilité de leurs coûts », il
en reprend les estimations qui conduisent à une augmentation des
dépenses du coût du soutien de l’ordre de 20 % entre 2013 et 2019,
passant de 7,488 Md£ à 9,08 Md£. S’il est difficile de comparer les
montants engagés du fait des différences de périmètre, la tendance
spontanée dans les deux États est à la nette augmentation des dépenses.
Dans le cas de la France elle s’explique en partie par les
caractéristiques du parc des matériels et par leur emploi.
La croissance constatée des dépenses de MCO compromet la
trajectoire financière 2014-2019 prévue par la loi de programmation
militaire.
15
National audit office, Rapport au ministre de la Défense,
Equipment plan 2013 to
2023
, février 2014.
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41
IV - La nature du parc de matériels et les
contraintes qui pèsent sur lui compliquent le MCO
A - Le parc de matériel est très hétérogène, ce qui
complique le MCO
1 - Le vieillissement et la diversité de certains matériels constituent
un défi pour le MCO
Bien que la LPM 2009-2014 ait permis l’arrivée dans les forces de
matériels de nouvelle génération comme les avions Rafale dans l’armée
de l’air, les bâtiments de projection et de commandement (BPC) dans la
marine nationale et les VBCI et l’hélicoptère Tigre dans l’armée de terre,
les armées disposent encore de matériels datant des années 1970, comme
les frégates anti-sous-marines F70, les VAB, voire des années 1960
comme les avions ravitailleurs C135.
De plus, la diversité des parcs multiplie les besoins du MCO en
professionnels, équipements et pièces de rechange. Elle est appelée à
perdurer compte tenu de l’étalement dans le temps des nouveaux
programmes d’armement décidés par la LPM 2014-2019, qui privilégient
l’allongement de la durée de vie des matériels existants, au détriment de
leur remplacement par du matériel neuf.
Ainsi, l’avion de patrouille maritime Atlantique 2 devra servir
jusqu’en 2032 et l’hélicoptère Alouette 3, dont la conception remonte aux
années 1960, devra prolonger sa carrière jusqu’en 2024. De même le
report du programme des bâtiments de soutien et d’approvisionnement de
la marine engendre un surcoût estimé à 17 M€ par an pour prolonger les
bâtiments anciens ou affréter des bâtiments civils, dont le financement
n’est pas pris en compte.
De plus, des matériels ont été achetés en petite série pour pallier
les retards de certains équipements ; ainsi, le retard du programme
A400 M et le vieillissement de la flotte d’avions de transport tactique ont
conduit l’armée de l’air à acheter des CASA 235 en nombre limité à partir
du milieu des années 1990.
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COUR DES COMPTES
Tableau n° 9 :
quelques exemples de matériels anciens
Matériel
Nombre en 2013
Année de mise en
service du premier de
série
VAB
3 447 (37 versions
différentes)
1976
AMX10RC
266
1980
Frégates F70 anti
sous-marines
7
1979
C160 Transall
40
1967
Hélicoptère
Gazelle
133
1971
Super Étendard
21
1978
Source : ministère de la défense
Il en résulte des difficultés importantes en termes de MCO car le
vieillissement des matériels peut engendrer une fréquence plus grande des
défaillances techniques, tandis que leur disparition du marché rend
parfois impossible leur maintenance et la fourniture de pièces de rechange
par les industriels, ce qui oblige les armées à constituer des stocks ou à
conserver des savoir-faire industriels en régie pour anticiper le traitement
des obsolescences et les réparations lourdes.
Le vieillissement et l’éclatement des parcs engendrent aussi la
multiplication de références différentes pour des matériels faisant souvent
l’objet de micro-séries
16
, ce qui ne favorise pas une organisation
industrielle des processus de MCO. Ainsi, dans le domaine de
l’aéronautique en 2013, l’armée de l’air compte 693 aéronefs de
26 modèles différents, la marine nationale 206 aéronefs de 15 modèles
différents et l’armée de terre 345 appareils de 9 modèles différents, sans
compter les différentes variantes qui existent pour certains matériels.
Dans le domaine naval, s’il est naturel que le nombre de bâtiments par
16
À titre d’exemple, la marine nationale dispose de seulement 2 hélicoptères Caracal,
4 avions Falcon 50, 6 avions Falcon 10.
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43
série soit limité, les tentatives de produire une grande série de frégates
avec le programme des frégates européennes multi-missions (FREMM)
se sont rapidement heurtées aux réalités budgétaires, la série prévue de
17 frégates ayant été ramenée à 11 en 2009. Dans le domaine terrestre, la
volonté de mutualiser un certain nombre de composants des nouveaux
programmes à travers le programme « Synergie du contact renforcé par la
polyvalence et l’infovalorisation » (SCORPION) voit ses effets limités
par les décisions de repousser les programmes des futurs engins blindés.
2 - Certains matériels récents sont encore en phase de montée en
puissance
Les choix opérationnels effectués ces dernières années ont conduit
à engager très rapidement les nouveaux matériels en opérations
extérieures. Certains sont encore en phase de montée en puissance et
l’expérience des maintenanciers sur ces machines nécessite encore d’être
enrichie, d’autant qu’une place plus importante que par le passé est
laissée à l’industrie, compte tenu de la rétractation des capacités des
régies étatiques. Or les conséquences sur le MCO des décisions de
conception des nouveaux matériels et d’emploi sur les théâtres
d’opérations ont été peu prises en considération, ce qui oblige les
maintenanciers à s’adapter au mieux aux circonstances.
Les principaux nouveaux matériels engagés en opérations
extérieures sont l’avion Rafale et l’hélicoptère Tigre dans le domaine
aéronautique, le blindé VBCI et le système d’artillerie CAESAR dans le
domaine terrestre, et le BPC dans le domaine naval. Les nouveaux
matériels terrestres disposent d’équipements plus sophistiqués que les
générations précédentes ; les nouveaux bâtiments de la marine nationale
font l’expérience de l’équipage réduit, ce qui change les pratiques en
termes de maintenance à bord par l’équipage ; les nouveaux aéronefs se
caractérisent par leur sophistication croissante.
Certains taux de disponibilité des nouveaux matériels sont
anormalement bas comme ceux des hélicoptères Tigre (22 % en 2013).
Les conditions difficiles d'emploi du Tigre en opérations extérieures et le
temps nécessaire à la production des pièces détachées expliquent cette
faible disponibilité, dans un contexte où la contrainte budgétaire avait
conduit les armées à limiter le stockage des pièces détachées de cet
hélicoptère.
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44
COUR DES COMPTES
3 - Le MCO des matériels récents est plus onéreux que celui des
générations précédentes
De manière générale, l’entretien programmé des matériels des
nouvelles générations d’équipements est plus onéreux que celui des
générations précédentes. Le tableau ci-dessous présente le coût de l’EPM
à l’heure de vol de certains matériels de nouvelle génération en service
dans l’armée de l’air (avion Rafale, hélicoptère Caracal) comparé à celui
de matériels d’ancienne génération (avion Mirage 2000, hélicoptère
Puma). La diminution du format et du nombre de vecteurs n’entraîne
donc pas une diminution du coût du MCO.
Tableau n° 10 :
évolution des EPM des matériels aéronautiques
Mirage 2000
8 082 €
Puma
6 902 €
Rafale
17
14 596 €
Caracal
9 286 €
Source : SIMMAD (coût de l’EPM à l’heure de vol - moyenne 2009-2013)
B - Les opérations extérieures représentent une
contrainte forte
1 - L’engagement de plusieurs opérations simultanément sur
plusieurs théâtres constitue une charge lourde pour le MCO
Alors que le Royaume-Uni, après les deux grandes opérations en
Irak et en Afghanistan et l’intervention en Libye, limite aujourd’hui son
engagement en opérations extérieures, la France poursuit simultanément
plusieurs opérations extérieures et en engage de nouvelles dont le niveau
d’intensité
est
parfois
très
élevé.
Pour
appuyer
ces
nombreux
engagements, il faut disposer sur les différents théâtres de multiples
17
Le Rafale dispose cependant d’une capacité d’emport et d’une polyvalence
beaucoup plus importantes que celle du Mirage 2000 ce qui lui permet de réaliser
davantage de missions pendant une période de temps équivalente.
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LES CONSTATS : UN PROBLEME DE DISPONIBILITE MALGRE LES REFORMES
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45
équipes de maintenanciers et de lots de pièces de rechange, et assurer la
rotation des matériels avec des objectifs ambitieux de disponibilité, par
exemple supérieur à 90 % dans le domaine terrestre. Cet objectif est
atteint, ce qui traduit la priorité donnée au bon équipement des militaires
en opérations extérieures. Il en résulte cependant des contraintes
logistiques majeures, conduisant parfois à un décrochage de la
disponibilité des matériels en métropole.
De plus, les impacts futurs en termes de disponibilité des matériels
et de coût du MCO des opérations extérieures ne semblent pas être
suffisamment analysés dans les dossiers techniques qui accompagnent les
choix politiques présidant aux décisions d’intervention, alors qu’ils
viendront nécessairement grever la capacité ultérieure d’intervention.
La charge des opérations est plus particulièrement lourde pour les
matériels terrestres et pour les matériels aéronautiques.
2 - Le retour en métropole des matériels de l’armée de terre montre
une usure importante des équipements
À l’issue de l’opération PAMIR en Afghanistan, un nombre
important de matériels a été rapatrié en métropole. En février 2014, 1 354
véhicules (sur un total de 1417) étaient rentrés. Ces matériels doivent être
triés et réparés avant d’être à nouveau disponibles (opération dite de
« métropolisation »). La plupart de ces matériels nécessite des actions de
remise en état, allant au-delà des modifications nécessaires pour les
rendre conformes à la règlementation applicable pour la circulation en
métropole. Pour les VAB, cela peut aller jusqu’à la reconstruction de la
caisse blindée. Les premiers enseignements des retours des matériels de
l’opération SERVAL au Mali montrent également un taux d’usure
important, lié au milieu hostile dans lequel s’est déroulée l’opération et
aux distances importantes du théâtre, où les VAB peuvent faire plus de
1600 kms par semaine
18
. Cette utilisation intensive et l’usure qui en
résulte peuvent conduire à un engorgement des capacités de la régie
étatique, le SMITer, et, à terme, à la baisse de la disponibilité des
matériels constituant les parcs de service permanent des régiments en
métropole.
18
L’état-major de l’armée de terre indique que ce chiffre est à comparer avec une
moyenne de 100 km par mois en Afghanistan et de 5 000 km par an en France pour
les VAB.
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46
COUR DES COMPTES
3 - Le MCO aéronautique pour les opérations extérieures se fait au
détriment de l’activité en métropole
D’une part, les aéronefs sont projetés avec un lot conséquent de
pièces de rechanges pour permettre les dépannages sur place et ne pas
avoir à attendre les pièces de métropole. L’ensemble des moyens des
unités de métropole (ressources humaines, pièces de rechange, matériels
de maintenance, etc.) sont mobilisés pour atteindre cet objectif prioritaire,
qui vise à assurer aux militaires en opérations les moyens adéquats à la
réalisation de leur mission. Cela se traduit par de la maintenance
supplémentaire en métropole (visites de maintenance avancées pour les
matériels ayant vocation à être projetés), et par une diminution des
moyens disponibles, en raison des prélèvements sur les aéronefs restants
pour équiper ceux qui partent, ou pour constituer des lots de dépannage
pour les opérations extérieures initialement acquis en nombre insuffisant.
D’autre part, la suractivité (activité supérieure à la planification) et
la surintensité (utilisation en milieu sévère) des aéronefs projetés
conduisent, à leur retour, à une longue immobilisation chez l’industriel.
Ce pic, qui perturbe le flux prévisionnel d’envoi des équipements en
régénération, peut conduire à une saturation des capacités de l’industriel
privé ou public et, donc, à un allongement des délais d’indisponibilité des
matériels.
Ainsi la dégradation de la disponibilité des avions de chasse en
2011 peut-elle s’expliquer par leur important engagement, avec 70 avions
de combat engagés au mois d’août dans les opérations menées
simultanément en Libye, en Afghanistan, au Tchad, en même temps que
la France assurait la sécurité aérienne de l’Estonie.
4 - Les conséquences des opérations extérieures sur le coût du MCO
ne sont pas budgétées dans les lois de finances
Les lois de finances prévoient une ligne budgétaire, d’ailleurs
insuffisante
19
, au titre du surcoût des opérations extérieures. Elle couvre
notamment les compléments de rémunération des personnels engagés et
les surcoûts en termes de logistique. En revanche, l’usure accélérée des
19
Comme la Cour l’a rappelé dans son rapport sur les résultats et la gestion du budget
2013 de l’État, la provision destinée à couvrir le surcoût des opérations extérieures est
systématiquement sous-évaluée et s’est encore élevée en 2013 à un montant de
630 M€ très inférieur à la dépense réelle constatée de 1 250 M€.
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LES CONSTATS : UN PROBLEME DE DISPONIBILITE MALGRE LES REFORMES
ENGAGEES, UN COUT CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
47
matériels qu’engendre leur engagement, qui a des conséquences fortes en
matière de MCO puisqu’il faut remettre en état les matériels à leur retour
et tenir compte de l’intensité de leur emploi, est mal prise en compte.
C - La mise en oeuvre des règles de sécurité s’impose au
MCO et constitue une forte contrainte
1 - Les règles de navigabilité aérienne
Afin de se mettre en conformité avec la nouvelle règlementation
pour l’utilisation, la navigabilité et l’immatriculation des aéronefs
militaires et d’État
20
, les organismes de gestion du maintien de la
navigabilité (ensemble des bases dotées d’aéronefs, SIMMAD et SIAé)
doivent obtenir la labellisation dite FRA M
21
et les ateliers de réparation
du SIAé la labellisation dite FRA 145. Cette règlementation, qui découle
des règles de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI),
permet
de
garantir
la
sécurité
des
vols
dans
l’espace
aérien,
qu’empruntent aussi bien les avions civils que militaires. Ayant pour
objectif de renforcer la sécurité aérienne, la navigabilité est aussi un
investissement de long terme conduisant à suivre les incidents, à
cartographier les processus et, plus généralement, à professionnaliser la
gestion de la maintenance des aéronefs.
Le processus de maintien de la navigabilité requiert un effort accru
de formation des personnels en place, en plus de la modification des
cursus de formation initiale. Elle s’est traduite par la constitution
d’équipes dédiées à la navigabilité sur les bases, chargées de la mise à
jour de la documentation technique propre à chaque aéronef, de
l’obtention de son certificat de navigabilité et par la suite de son suivi.
Ces équipes regroupent en moyenne entre 10 et 20 équivalents temps
plein (ETP) par base. Il s’agit de personnels techniques initialement
affectés à des opérations de maintenance.
20
Décret n° 2006-1551 du 7 décembre 2006 relatif aux règles d’utilisation, de
navigabilité et d’immatriculation des aéronefs militaires et des aéronefs appartenant à
l’État et utilisés par les services de douanes, de sécurité publique et de sécurité civile.
21
FRA pour France. Les FRA s'appliquent à tous les domaines : FRA 21 pour la
conception et la production ; FRA M pour la gestion du maintien de la navigabilité ;
FRA 145 pour la maintenance et la logistique ; FRA 147 pour la formation du
personnel et FRA 66, les licences des mécaniciens.
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48
COUR DES COMPTES
L’évaluation de l’impact de la navigabilité sur les coûts en termes
financiers et humains faisait partie des recommandations formulées par le
rapport conjoint de l’inspection générale des finances et du contrôle
général des armées sur le MCO des matériels du milieu aéronautique. Le
groupe de travail entre la DGA et la SIMMAD, constitué à la fin de
l’année 2012, estime le surcoût de la navigabilité en termes d’ETP à
180 ETP (73 pour l’armée de l’air, 51 pour l’armée de terre, 45 pour la
marine et 11 pour la DGA)
22
.
La mise en oeuvre des exigences de navigabilité, comme le
souligne la SIMMAD, nécessite d’en prévoir les conséquences
contractuelles et de traduire et notifier ces exigences auprès des
industriels concernés. Les marchés devant servir de support à la
contractualisation de ces exigences, ainsi que la nature des exigences
demandées pour chaque titulaire ont été identifiés avec la DGA et un
cahier des clauses types permettant d’assurer une cohérence globale des
exigences spécifiées a été réalisé. Compte tenu du calendrier de
renouvellement des contrats, la SIMMAD estime que les exigences de
navigabilité seront intégrées dans tous les contrats à l’horizon de 2016.
2 - Le rythme des visites techniques pour la maintenance préventive
Le rythme des visites techniques est fixé par le constructeur, en
accord avec la DGA, et son respect conditionne l’employabilité du
matériel selon une logique de maintenance préventive. Le rythme des
visites et le niveau de qualification requis pour les effectuer peuvent
engendrer de la sur-qualité et un engorgement des structures. Ainsi, dans
l’armée de terre, la répartition des actes de maintenance entre les
formations
du
SMITer
et
les
régiments
conduit
à
effectuer
systématiquement les visites 400 heures des VAB au sein du SMITer,
même si, dans certains cas, les personnels des sections de maintenance
régimentaires des régiments des forces auraient la compétence et le
matériel pour effectuer lesdites visites.
Bien que le calendrier des visites techniques dépende du
constructeur, le caractère particulier des matériels militaires, notamment
22
EMA, Comité de pilotage du traitement des propositions du rapport IGF-CGA du
30 mai 2013. Ces chiffres ne comprennent pas les effectifs de l’autorité de contrôle, la
Direction de la Sécurité Aéronautique d’État (DSAÉ), service à compétence nationale
placé auprès du ministre de la défense composé d’environ 200 personnes qui est
chargé de la sécurité des aéronefs d’État (aéronefs militaires et aéronefs des services
de douanes, de sécurité publique et de sécurité civile).
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LES CONSTATS : UN PROBLEME DE DISPONIBILITE MALGRE LES REFORMES
ENGAGEES, UN COUT CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
49
le caractère de quasi prototype quand ils entrent en service, donne une
certaine faculté de modifier, avec l’accord du constructeur, ce calendrier,
en espaçant les visites au vu des performances et de l’emploi. Cette
faculté doit être pleinement utilisée par la DGA et, si cela est possible,
déléguée à la structure en charge du MCO en service.
3 - Des règles différentes pour des matériels identiques
Il a été également constaté que, pour un même équipement, parfois
dans des conditions d’emploi très voisines, les armées fixent des règles de
MCO différentes. Ainsi les règles de maintenance de l’hélicoptère
Caracal peuvent-elles s’avérer différentes selon que l’appareil est en
service dans l’armée de terre ou dans l’armée de l’air, comme c’était le
cas en Afghanistan avant l’intervention du chef d’état-major des armées.
__________
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
________
Malgré la forte augmentation des dépenses budgétaires de MCO
depuis 2000, corrigeant la faiblesse conjoncturelle des budgets relevée
dans le rapport de la Cour des comptes de 2004, et les importantes
réformes de l’organisation du MCO mises en oeuvre par le ministère de la
défense, les résultats obtenus en termes de disponibilité des matériels
demeurent insuffisants. Pour les matériels terrestres, la situation est
contrastée en fonction des parcs avec une très bonne disponibilité des
nouveaux matériels VBCI et CAESAR et une disponibilité dégradée des
matériels vieillissants VAB et AMX10 RC. Si la disponibilité des
principales unités de la flotte de la marine nationale a globalement été
redressée, les objectifs de nombre de jours à la mer ne sont pas tenus et
la réduction du nombre d’unités fragilise la capacité à remplir
simultanément toutes les exigences des contrats opérationnels. Dans le
domaine aéronautique, la disponibilité des aéronefs des trois armées se
dégrade depuis 2011 et les objectifs en termes d’heures de vol ne sont pas
atteints. La difficulté d’assurer le MCO des matériels militaires et la
contrainte financière ont conduit le ministère de la défense à limiter les
ambitions en termes de disponibilité, en recherchant une disponibilité
suffisante au bon moment et au bon endroit en fonction des besoins
opérationnels.
Le coût et les dépenses budgétaires de MCO demeurent encore
aujourd’hui insuffisamment connus faute, notamment, de comptabilité
analytique et de structures de synthèse dans la marine et l’armée de terre.
La connaissance précise du coût du MCO d’un matériel devrait pourtant
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50
COUR DES COMPTES
constituer un des critères de décision quand il s’agit d’arbitrer entre
prolongation de la durée de vie d’un matériel ancien et acquisition d’un
matériel neuf. Des actions doivent être mises en place pour permettre une
meilleure connaissance des coûts et des dépenses budgétaires du MCO,
ce qui suppose le déploiement d’outils de comptabilité analytique là où il
n’y en a pas encore comme au SMITer, et de donner un rôle de synthèse
aux maîtrises d’ouvrage déléguées (SIMMT, SSF et SIMMAD).
La dépense budgétaire de MCO a augmenté de 22 % entre 2000 et
2012 en euros constants. Elle constitue un enjeu budgétaire important :
6 Md€ en 2012, soit 15,5 % du budget de la défense pensions incluses,
dont la moitié pour le milieu aéronautique. L’augmentation provient à la
fois des achats de MCO et de l’entretien programmé du matériel, qui sont
en croissance de 26 % sur la période, et de la masse salariale, qui est en
hausse de 15 % entre 2000 et 2012 en euros constants.
En 2012, plus de 45 000 personnes travaillaient au profit du MCO
dans les armées, dont plus de 24 000 dans le milieu aéronautique (y
compris les personnels du SIAé) et près de 16 000 dans le milieu
terrestre. Malgré une importante réduction d’effectifs d’environ 6 400
emplois réalisée entre 2008 et 2012 (chiffre devant atteindre 8 500
suppression d’emplois à l’horizon 2015), la diminution observée sur la
masse salariale est d’une ampleur moindre (de l’ordre de 180 M€ de
diminution par rapport à 2008 pour atteindre, en 2012, une masse
salariale de 2,6 Md€).
Les achats et l’entretien programmé du matériel doivent rester
dans le cadre de la loi de programmation militaire 2014-2019, qui
prévoit de leur affecter une ressource d’environ 3,4 Md€ par an en
moyenne. Les prévisions montrent toutefois que les besoins pourraient
atteindre 4,1 Md€ en 2019, soit un écart cumulé sur 6 ans de l’ordre de
3,5 Md€ en euros courants entre les ressources et les besoins.
Cette situation résulte en partie des caractéristiques du parc de
matériels dans lequel la multiplication des modèles et la constitution de
micro-séries
empêchent
une
rationalisation
industrielle
des
flux
d’entretien. Les acteurs du MCO doivent aussi composer avec des
matériels vieillissants, qui nécessitent la constitution de stocks et le
maintien de savoir-faire rares, ainsi qu’avec des matériels modernes en
phase de montée en puissance, pour lesquels l’expérience du MCO n’est
pas encore totalement acquise et qui sont rapidement engagés en
opérations extérieures. Le poids des opérations extérieures, avec un
nombre de théâtres plus important que ceux du Royaume-Uni et de
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ENGAGEES, UN COUT CROISSANT ET DES CONTRAINTES STRUCTURELLES
51
nouvelles opérations lancées après le retrait d’Afghanistan, oblige à
projeter de multiples équipes de maintenanciers et des lots techniques
pour garantir une disponibilité élevée en opérations, parfois au détriment
de la situation en métropole, notamment dans les domaines aéronautique
et terrestre. Enfin, les acteurs du MCO sont contraints d’appliquer de
multiples règles en constante évolution, que ce soit en termes de
navigabilité aérienne pour que les appareils puissent voler en conformité
avec la règlementation, ou dans le domaine de la maintenance préventive
où le rythme des visites est fixé par les constructeurs en liaison avec la
direction générale de l’armement.
Ces différents constats conduisent la Cour à formuler la
recommandation suivante :
1.
fiabiliser les données relatives au coût complet, aux effectifs et
à la dépense budgétaire du MCO, en déployant des
comptabilités analytiques adaptées et en confiant un rôle de
synthèse et d’expertise dans chaque milieu à la SIMMT, au SSF
et à la SIMMAD
.
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Chapitre II
L’organisation du MCO au ministère de
la défense : une rationalisation à
poursuivre
Si les caractéristiques du parc de matériels à entretenir expliquent
les difficultés du MCO, des améliorations substantielles, tant en termes de
disponibilité que de maîtrise des coûts, pourraient être obtenues en
poursuivant la réorganisation de la fonction au sein des armées.
La dispersion des implantations des forces et des structures de
MCO sur l’ensemble du territoire, leur organisation conduisent les acteurs
à relever des défis logistiques, à soutenir de multiples sites et à être en
permanence à la recherche d’un optimum de deuxième rang pour assurer,
sous contrainte de ressources financières et humaines, le niveau de
disponibilité nécessaire à la réalisation des contrats opérationnels. En
revanche, les décisions relatives aux choix des matériels constituant le
parc, à leur implantation sur le territoire et au soutien de la base
industrielle et technologique de défense, qui sont pourtant structurantes
en termes de flux logistiques et de modalités de maintenance, sont prises
sans prendre en compte suffisamment les contraintes du MCO.
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54
COUR DES COMPTES
I - La poursuite de la réduction du nombre
d’implantations est nécessaire
A - Le choix des implantations sur le territoire ne tient
guère compte des contraintes de MCO
Si la marine nationale regroupe la plus grande partie de la flotte
dans les ports de Toulon et de Brest, ce qui procure des avantages
indéniables en termes logistiques, les matériels terrestres et aéronautiques
sont répartis sur de très nombreux sites sur l’ensemble du territoire. Cette
situation est le fruit de l’histoire des choix d’implantations des forces de
l’armée de terre et de l’armée de l’air, qui ont pris en compte des besoins
opérationnels, notamment à l’époque de la guerre froide, et d’autres
considérations parfois liées à l’aménagement du territoire. Cette
dispersion des matériels crée des défis importants sur le plan de la
logistique et des rationalisations industrielles
.
La réforme de la carte militaire de 2008 a permis la fermeture de
certains sites et la densification d’autres
23
. Néanmoins, il reste un très
grand nombre d’implantations et, bien que les décisions de restructuration
soient complexes à mettre en oeuvre en raison des questions touchant aux
infrastructures, à la gestion des ressources humaines et, parfois, à des
préoccupations d’aménagement du territoire, il est nécessaire, pour
gagner en efficacité, de poursuivre cette évolution.
La nouvelle LPM 2014-2019, qui prévoit une nouvelle suppression
de 24 000 emplois, en fournit l’occasion, mais les annonces de fermetures
de sites et de déplacements d’unités sont, pour l’instant, effectuées année
après année, ce qui empêche les acteurs du MCO de programmer
l’évolution de leurs structures et de leurs effectifs à moyen terme, et
notamment de jouer sur les départs naturels. Pourtant, compte tenu des
coûts fixes importants que supposent le maintien d’infrastructures
industrielles en sous-capacité d’emprises sous-occupées, la réalisation
d’économies réelles,
via
la réduction des effectifs et la réorganisation des
flux logistiques, ne sera pleinement obtenue que si le nombre de sites est
réduit de façon importante, tant pour ce qui est de l’implantation des
forces que de l’implantation des régies étatiques industrielles.
23
Entre 2009 et 2015, cette réforme a prévu la dissolution ou le transfert de 20
régiments, de 11 bases aériennes, d’1 base de l’aéronavale et d’une quarantaine
d’établissements ou de sites isolés.
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Tant que ces mesures ne sont pas prises, l’enjeu pour le MCO est
de faire au mieux avec l’existant, c'est-à-dire de se mettre en situation de
fournir un soutien au forces là où elles sont implantées, en gérant au
mieux les difficultés que cela pose en termes de flux logistiques et de
gestion des stocks.
B - Le MCO de la marine est principalement implanté à
Brest et à Toulon
Le regroupement de l’essentiel de la flotte autour de deux grands
ports de guerre, Toulon et Brest, a permis de nombreuses rationalisations
des emprises du MCO naval. Le MCO naval en régie est réalisé dans les
ateliers militaires de la flotte qui comptent quatre implantations
métropolitaines dont deux de très faible taille.
Tableau n° 11 :
implantations des structures du MCO naval
Activité
Implantation
Effectifs
Structure centrale du
SLF
Toulon
60
Atelier militaire de la
flotte
Brest
468
Annexe de l’AMF de
Brest
Lorient
20
Atelier militaire de la
flotte
Toulon
772
Atelier militaire de la
flotte
Cherbourg
76
TOTAL
1 396
24
Source : SLM
24
À ce chiffre s’ajoutent le temps consacré au MCO par les équipages, estimé à
3 000 ETPT, ainsi que les effectifs du SSF, de l’EMM et la part consacré par la DGA
au MCO naval pour atteindre le chiffre d’environ 5 500 personnels.
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56
COUR DES COMPTES
Carte n° 1 :
implantations du service logistique de la marine (SLM)
en métropole en 2014
Source : Cour des comptes à partir des données SLM (2014)
C - Les implantations du service de maintenance
industrielle terrestre (SMITer) restent nombreuses et
tributaires de l’évolution de la carte militaire
La carte du MCO terrestre est largement le produit de
l’implantation des 87 régiments de l’armée de terre dont les formations du
SMITer. Les formations du matériel relevant du SMITer ont, en effet, fait
évoluer leurs implantations en conciliant au mieux les contraintes liées à
la dispersion des matériels à soutenir sur l’ensemble du territoire.
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La LPM 2009-2014 prévoyait la fermeture de 20 régiments de
l’armée de terre y compris leurs sections de maintenance. Dans le même
temps, les formations du matériel sont passées de 43 à 18 sites
principaux
25
, en dissolvant des unités comme la 15
ième
base de soutien du
matériel ou en densifiant les emprises existantes par regroupement
d’unités et par suppression d’antennes dans les régiments des forces.
Carte n° 2 :
implantations du service de maintenance industrielle
terrestre (SMIter) en métropole (sites principaux et secondaires)
en 2014
Source : Cour des comptes à partir des données SMIter (2014)
25
Hors antennes maintenues dans certains régiments.
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58
COUR DES COMPTES
Tableau n° 12 :
implantations du service de maintenance industrielle
terrestre (SMIter) (sites principaux et secondaires)
Activité
Implantations
Effectifs
Structure centrale
Satory
237
2
ième
RMAT
Bruz, Le Mans, Poitiers
1 010
3
ième
RMAT
Muret, Montauban, Vayres
1 156
4
ième
RMAT
Nîmes St Césaire, Nîmes Garrigues, Miramas
581
6
ième
RMAT
Besançon, Gresswiller
871
7
ième
RMAT
Lyon, Varces
668
8
ième
RMAT
Mourmelon, Suippes, Chalon-en-Champagne,
Douai, Woippy, Verdun
1 274
5
ième
BSMAT
Draguignan, Carpiagne, Canjuers
595
12
ième
BSMAT
Neuvy Pailloux, Nouâtre, Gien, Olivet, Satory
966
13
ième
BSMAT
Clermont-Ferrand, Moulins, Saint-Astier
680
15
ième
BSMAT
En cours de dissolution
148
TOTAL SMITer
8 186
26
Source : SMITer (2014)
Des réflexions sont en cours pour faire évoluer cette carte, par
exemple au niveau des sites de stockage qui pourraient, à l’horizon 2019,
passer de 18 à 4, en conservant le stock central de Moulins, les stocks des
parc d’entraînement de Champagne et de Provence et le stock de matériel
aéroporté de Montauban. Pour les sites de production, les évolutions de la
carte doivent se faire en cohérence avec l’évolution des implantations de
l’armée de terre, qui doit perdre l’équivalent d’une brigade d’ici à 2019.
26
À ce chiffre s’ajoutent les effectifs du CFT (avec notamment les sections de
maintenance régimentaires des 79 régiments (hors formations du matériel), soit 4 877
personnels), ainsi que les personnels de la SIMMT, de l’EMAT de l’armée de l’air et
de la marine nationale pour atteindre le chiffre d’environ 16 000 personnels
intervenant dans le MCO terrestre.
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La réduction du nombre d’emprises, la densification et la spécialisation
des infrastructures existantes doivent être recherchées pour améliorer
l’efficacité d’ensemble.
Les visites de terrain effectuées au 4
ième
RMAT, au 8
ième
RMAT, à
la 12
ième
BSMAT pour ce qui est des formations du matériel, et au
1
er
Régiment d’infanterie et au 1
er
Régiment de Spahis pour ce qui est des
régiments
des
forces,
confirment
qu’il
existe
des
possibilités
d’optimisation des implantations. Ainsi, le site de Nîmes Saint Césaire du
4
ième
RMAT est engorgé et vieillissant, tandis que les hangars récents de
Valence du 1
er
Spahis sont sous-utilisés car ils ont été dimensionnés avant
le déploiement de la politique d’emploi et de gestion des parcs. Elles
confirment aussi que ces restructurations sont délicates et peuvent poser
des problèmes, tant au niveau des personnels que des infrastructures :
ainsi, le regroupement de l’ensemble des infrastructures de MCO
électronique à Nouâtre au sein de la 12
ième
BSMAT, par fermeture du site
de Langres, s’est heurté au refus de déménager des personnels civils de
Langres et à des retards d’investissement dans les infrastructures de
Nouâtre.
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60
COUR DES COMPTES
D - Le nombre de plateformes aéronautiques demeure
élevé
Carte n° 3 :
implantations du service industriel de l’aéronautique
(SIAé) en métropole en 2014
Source : Cour des comptes à partir des données SIAE (2014)
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61
Tableau n° 13 :
implantations des structures du MCO aéronautique
Activité
Implantations
Effectifs
Ateliers industriels de
l’aéronautique (SIAé)
5 AIA sur 11 sites
27
4 567
Bases aériennes à
vocation aéronautique
(armée de l’air)
18 bases plateformes
28
12 789
Bases de l’aéronavale
(marine nationale)
4 bases de l’aéronavale
29
2 985
Plateformes
aéronautiques de
l’ALAT (armée de terre)
9 implantations
30
2 195
TOTAL
22 536
31
Source : SIMMAD
Bien que d’importantes restructurations aient été accomplies avec
le regroupement en interarmées des infrastructures de maintenance du
SIAé et la fermeture de 8 bases aériennes en métropole, de la base de
l’aéronavale de Nîmes Garons et du 6
ième
Régiment d’hélicoptères de
combat
de
Margny-lès-Compiègne,
le
nombre
des
implantations
aéronautiques qui ont des activités de maintenance s’élève encore à 42.
Les aéronefs des trois armées sont, en effet, implantés sur
31 plateformes différentes en métropole et le SIAé dispose de 11 sites de
MCO dans ses 5 ateliers interarmées de l’aéronautique, ce qui paraît élevé
au regard de l’exemple britannique qui ne compte que 22 plateformes
aéronautiques. Cette organisation génère une complexité logistique à
27
AIA Bordeaux (Bordeaux et Cestas), AIA Clermont-Ferrand (Clermont-Ferrand,
Toul et Phalsbourg), AIA de Cuers Pierrefeu (Cuers Pierrefeu et Hyères), AIA
d’Ambérieu et AIA Bretagne (Landivisiau, Lanvéoc Poulnic et Lann Bihoué).
28
Après la fermeture de 8 bases en métropole depuis 2008.
29
Après la fermeture de Nîmes Garons.
30
Bourges, Dax, Etain, Le Luc, Montauban, Pau, Phalsbourg, Rennes, Valence ; le
MCO des plateformes de Rennes et de Dax est externalisé.
31
À ce chiffre s’ajoutent les effectifs de la SIMMAD et ceux de la DGA pour
atteindre environ 24 000 personnels intervenant dans le MCO aéronautique.
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COUR DES COMPTES
laquelle s’ajoutent les coûts fixes nécessairement induits par ces multiples
emprises.
De nouvelles fermetures de sites doivent être étudiées au regard du
format opérationnel qui résulte de la loi de programmation militaire 2014-
2019.
Ainsi, dans l’armée de l’air, il serait possible à terme d’envisager
une réduction de 18 à 9 plateformes en regroupant les appareils par
grande famille (2 bases Rafale, 2 bases Mirage 2000, 2 bases transport,
2 bases écoles, 1 base grands appareils).
La co-localisation des hélicoptères Caracal de l’armée de l’air
basés à Cazaux et de ceux de l’armée de terre basés à Pau pourrait aussi
être étudiée, d’autant qu’elle pourrait permettre d’harmoniser les
conditions de MCO des deux flottes aujourd’hui très différentes : 15
mécaniciens par appareil et 263,9 heures de vols par an pour les Caracal
de l’armée de l’air en 2013; 6 mécaniciens par appareil et 173,5 heures de
vol par an pour ceux de l’armée de terre
32
.
II - Les restructurations fournissent l’occasion de
poursuivre la rationalisation et l’amélioration des
performances des sites
A - Les modalités de mise en oeuvre des restructurations
n’ont pas encore été annoncées à l’ensemble des acteurs
1 - Les acteurs du MCO ont besoin d’une vision partagée de
l’évolution de leurs effectifs d’ici à 2019
La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit une nouvelle
suppression d’emplois de 24 000 emplois d’ici à 2019 au sein du
ministère de la défense et une réduction des contrats opérationnels des
trois armées. Au moment de l’écriture de ce rapport, il n’existe pas de
vision partagée entre tous les acteurs du ministère sur la façon dont cette
32
Pour un coût d’EPM voisin (2,45 M€ pour les Caracal air par an, 2,51 M€ pour les
Caracal terre), les appareils de l’armée de l’air réalisent 50 % d’heures de vols
supplémentaires.
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LA
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RATIONALISATION A POURSUIVRE
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nouvelle déflation va être mise en oeuvre année après année. La loi de
finances pour 2014 prévoit en effet une baisse des effectifs similaire à ce
que prévoyait la précédente loi de programmation militaire, avec la
suppression de 54 000 emplois entre 2008 et 2015, qui se poursuit, et à
laquelle s’ajoute la nouvelle réduction de 24 000 emplois.
Il est indispensable que les acteurs du MCO, notamment les
structures en régie (SMITer, SLM et SIAé), mais aussi les forces
(mécaniciens servant dans l’armée de l’air et dans l’armée de terre
notamment) disposent le plus rapidement possible de la contribution à la
nouvelle baisse de 24 000 emplois qui leur sera demandée, afin qu’ils
puissent prévoir l’évolution de leur organisation au-delà de 2015 et gérer
les carrières de leurs personnels. À ce stade, l’armée de terre a décidé de
ne pas faire contribuer le SMITer aux nouvelles déflations d’effectifs, en
cohérence avec la priorité en faveur du MCO prévue par la LPM et
compte tenu de la charge de travail très lourde liée au retour en métropole
des engins de retour des opérations extérieures d’Afghanistan et du Liban
et à terme du Mali et du Centrafrique. Les suppressions d’emploi
devraient, en revanche, concerner les maintenanciers de 4 régiments des
forces qui doivent être dissous dans le cadre de la réduction du format
prévue par la LPM. Le SIAé, quant à lui, attend de disposer d’une
visibilité sur son plan de charge pour décider si les effectifs doivent
évoluer en deçà de la cible de 4 582 emplois à l’horizon 2015 prévue par
la LPM 2009-2014.
2 - L’annonce du plan de stationnement des forces faciliterait la
rationalisation des structures
Les annonces effectuées par le ministère de la défense relatives à
l’évolution des implantations territoriales n’ont concerné pour l’instant
que 2014 avec le transfert du 1
er
Régiment étranger de cavalerie d’Orange
à Carpiagne, la dissolution du 4
ième
Régiment de dragons de Carpiagne et
la fermeture du Détachement air de Varennes-sur-Allier notamment.
Afin de permettre une correcte réorganisation des implantations
territoriales du MCO d’ici à 2019, il est important que les fermetures de
sites ainsi que les dissolutions et transferts d’unités devant intervenir d’ici
la fin de la loi de programmation militaire soient annoncées le plus
rapidement possible. Une annonce au compte-gouttes, année après année,
risque d’entraîner des décisions inappropriées d’investissements dans les
infrastructures et de mutations des personnels, qui pèseront sur
l’efficacité d’ensemble du MCO et sur le moral des personnels, tout en
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64
COUR DES COMPTES
augmentant les coûts. Les décisions relatives aux implantations doivent
prendre en compte les impératifs de densification de sites et les besoins
opérationnels
des
armées,
indépendamment
des
contraintes
de
l’aménagement du territoire qui n’entrent pas dans le cadre des missions
du ministère de la défense.
3 - Les administrations centrales et les fonctions supports, qui ont
échappé jusqu’à présent aux réductions d’effectifs, ne peuvent rester
à l’écart
Les structures centrales du MCO disposent d’effectifs importants
(1 170 emplois à la SIMMT en 2013, 790 au SSF et 1 424 à la
SIMMAD). Les importantes réductions d’effectifs réalisées depuis 2008
ont essentiellement porté sur les structures de terrain : 3 702 emplois ont
été supprimés dans le MCO terrestre entre 2008 et 2012, principalement
dans les régiments des forces et dans les régiments du matériels, tandis
que 2 780 emplois ont été supprimés dans le MCO aéronautique dans les
trois armées et au SIAé. En revanche, dans le même temps, les structures
centrales ont conservé leurs effectifs (c’est le cas de la SIMMT) voire les
ont augmentés (c’est le cas de la SIMMAD qui dispose de 339 emplois de
plus en 2012 par rapport à 2008). S’il est naturel que la dissolution de
certaines unités (régiments de l’armée de terre, escadrons de l’armée de
l’air) aboutisse à des réductions de postes de mécaniciens sur le terrain, le
fait de préserver les structures centrales conduit de fait à un repyramidage
et à une moindre économie.
Pour la construction du plan de déflation à venir dans le cadre de la
loi de programmation militaire 2014-2019, une revue fonctionnelle des
structures centrales serait utile, de manière à identifier les fonctions sur
lesquels les effectifs pourraient être réduits. Cette démarche a commencé
à la SIMMAD, qui doit supprimer 120 emplois d’ici à 2019, ce qu’elle va
réaliser en concentrant ses effectifs sur les nouveaux appareils et sur les
appareils en fin de vie, où se situent les enjeux les plus importants.
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B - Les services étatiques ne sont pas encore assez
performants
1 - Une évolution de la politique de gestion des ressources humaines
paraît nécessaire
a)
Le recrutement d’ouvriers d’État n’est pas la bonne réponse au
nécessaire renouvellement des compétences des personnels civils
La suppression de près de 6 500 emplois dans le MCO entre 2008
et 2012 s’est effectuée pour les personnels civils, employés pour
l’essentiel sous un statut de carrière longue (en particulier celui d’ouvrier
d’État), par le non remplacement des personnels partant en retraite. Il en
résulte un vieillissement de cette population et un risque de perte de
compétences, notamment dans les domaines nécessitant le plus de
technicité, et des difficultés de gestion.
Les armées ont compensé ces départs en affectant davantage de
personnels militaires dans ces fonctions. Ainsi, dans le domaine du MCO
terrestre, au SMITer en 2012, 240 emplois de personnels civils étaient
vacants tandis qu’on constatait un sureffectif de 495 personnels
militaires ; à la SIMMT, il manquait 103 personnels civils par rapport à
son effectif théorique ; au CFT, 147 emplois civils étaient vacants dans
les postes de maintenanciers alors que le sureffectif des personnels
militaires était de 239.
Le ministère de la défense a eu également recours au dispositif de
la loi du 12 mars 2012, qui permet de recruter des agents dans le cadre de
contrats à durée indéterminée. Le SIAé a ainsi pu recruter pour
l’ensemble des postes offerts des agents de niveau baccalauréat
professionnel qui lui ont donné satisfaction.
En juin 2013, le gouvernement a cependant décidé de ré-ouvrir le
recrutement des ouvriers d’État, ce qui s’est traduit dans le domaine du
MCO aéronautique par le recrutement de 67 ouvriers d’État et par
l’application de ce statut à 300 personnels recrutés depuis 2009. Le MCO
naval et le MCO terrestre ne sont pour l’instant pas touchés par cette
mesure. Le statut d’ouvrier d’État comporte des contraintes fortes en
termes de gestion des carrières (dans un contexte de réformes
permanentes de la défense, il n’est pas possible de s’engager sur l’emploi
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COUR DES COMPTES
de personnels maintenanciers sur plusieurs décennies) et de coûts pour les
services employeurs (d’autant que l’employeur n’a pas de visibilité sur
l’évolution des grades et des grilles salariales statutaires et des
recrutements à venir). La Cour estime donc, comme elle l’a indiqué dans
le référé du 24 octobre 2013
33
, qu’il doit être mis fin au recrutement
d’ouvriers d’État et que ce statut ne constitue pas la réponse pertinente au
besoin de renouvellement des compétences des personnels civils, en
particulier en période de restructuration.
Par ailleurs, le remodelage de la carte des implantations conduit à
étudier les équilibres entre civils et militaires au cas par cas en tenant
compte des avantages et des inconvénients de chaque statut, notamment
en termes de mobilité, et de leur coût complet.
Tableau n° 14 :
part de personnels civils dans les effectifs de MCO
MCO terrestre
MCO naval
MCO
aéronautique
Part de
personnels
civils
35 %
globalement
58 % à la
SIMMT
47 % au SMITer
37 %
globalement
34
58 % au SSF
36 % au SLF
21 %
globalement
19 % à la
SIMMAD
70 % au SIAé
Source : Cour des comptes à partir des données recueillies au ministère de la
défense
La répartition des effectifs de MCO entre personnels civils et
personnels militaires est le fruit de l’histoire et des restructurations
passées. Chacun des statuts présente ses propres avantages et est plus ou
moins bien adapté selon la mission confiée. Les personnels militaires sont
ainsi nécessaires pour le MCO mené en opérations, que ce soit en
opérations extérieures dans le domaine terrestre ou à bord des bâtiments
dans le domaine naval. Ils présentent aussi une flexibilité plus grande, liée
à la présence de nombreux contractuels et au régime des mutations, qui
33
Cour des comptes,
Référé, La gestion des ouvriers de l’État au ministère de la
défense
, 24 octobre 2013, 5 p., disponible sur www.ccomptes.fr
34
Sans tenir compte des 3 000 ETPT estimés au sein des équipages qui sont
militaires.
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facilite les évolutions de la carte des implantations militaires. Les
personnels civils ont, quant à eux, la capacité de consacrer davantage de
temps à la production en métropole dans la mesure où ils n’ont pas besoin
de consacrer du temps à la préparation opérationnelle. Ils disposent
souvent d’un niveau de technicité et d’ancienneté élevé, lié à leur plus
faible mobilité.
Ces éléments peuvent servir à discerner, en fonction des
circonstances locales et des postes, s’il vaut mieux disposer d’un
personnel militaire ou d’un personnel civil. Le coût est aussi un facteur
d’appréciation, mais il doit être appréhendé, statut par statut, et englober
l’ensemble de ses composantes, y compris la charge de pensions pour
servir utilement à la décision.
b)
Des améliorations sur l’organisation et le temps de travail restent
possibles
L’expérience de la transformation des arsenaux terrestres et navals
en sociétés anonymes à travers les groupes Nexter et DCNS montre que
des gains significatifs de productivité peuvent être obtenus en modifiant
de façon importante l’organisation du travail, de manière à pouvoir
bénéficier d’une véritable politique de production industrielle organisée
en flux. Cela suppose que les mécanismes de flexibilité des horaires de
travail soient revus, afin de permettre le travail simultané de l’ensemble
d’une équipe, et que les techniques de suivi et d’analyse du temps de
travail soient développées de manière à maximiser la capacité de
production dans les régies étatiques. Cette expérience du secteur civil
paraît d’autant plus transposable qu’il s’agissait il y a une vingtaine
d’année des mêmes personnels et des mêmes problématiques dans les
arsenaux que ce qui est observé à présent dans les régies étatiques.
La mise en oeuvre de telles mesures devrait permettre des gains de
productivité par rapport à la situation actuelle, caractérisée par un niveau
d’absentéisme parfois élevé et par une organisation du travail plus proche
de celle de l’arsenal, voire de l’atelier, que de celle de l’industrie. Des
efforts ont ainsi commencé à être déployés au sein du SIAé avec une
augmentation de la capacité productive horaire de 1,5 % entre 2010 et
2013. Néanmoins, le nombre d’heures productives par personnel de
production ne s’élève qu’à 1 310 heures par an en 2013, soit l’équivalent
de seulement 164 journées de travail de 8 heures sur une année. Ce
chiffre présente également des variations importantes d’un atelier à
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COUR DES COMPTES
l’autre (1 378 heures par personnel et par an dans l’AIA de Bordeaux
contre seulement 1 224 heures dans l’AIA d’Ambérieu).
2 - Les investissements et l’occupation rationnelle de la main
d’oeuvre nécessitent une visibilité des plans de charge futurs
Comme pour les industriels du secteur civil, il est essentiel que les
régies étatiques intervenant dans le domaine du MCO disposent d’une
visibilité pluriannuelle pour planifier leur plan de charge et l’adaptation
de leur outil industriel. Ceci est d’autant plus important, qu’étant
soumises au cadre du code des marchés publics et au cadrage budgétaire
de l’État, les régies étatiques ne disposent pas de la même agilité que
leurs homologues privés pour faire évoluer leur politique d’achat et leurs
infrastructures industrielles. La SIMMAD prévoit de développer sa
capacité dans ce domaine dans son plan stratégique « CAP 2016 » de
manière à pouvoir offrir une telle visibilité au SIAé.
3 - La diffusion des méthodes de management industriel a été initiée
Au cours des années récentes, le SMITer, le SLM et le SIAé ont
introduit dans leurs ateliers des techniques de management industriel
issues du secteur privé, notamment pour ce qui touche à l’organisation du
travail et des flux logistiques, à la mesure de la productivité et à la gestion
de la « non qualité ». Les approches de type «
lean management »
35
visant
à optimiser les processus de production en éliminant les gaspillages, en
visant à réduire les pertes de temps et le niveau des stocks intermédiaires
comme la méthode dite « 5S »
36
consistant à mieux organiser les postes
de travail pour limiter la perte de temps et faciliter la polyvalence des
personnels, doivent être résolument poursuivies.
Cela passe par l’amélioration des outils de gestion. Dans son plan
stratégique « CAP 2016 », la SIMMAD prévoit ainsi de développer un
35
Le
« lean management »
est un système d'organisation du travail qui cherche à
mettre à contribution l'ensemble des acteurs afin d'éliminer les gaspillages et les
inefficiences qui réduisent l'efficacité et la performance d’un processus de production
industriel.
36
Le « 5S » est une technique de management industriel japonaise qui vise à
optimiser l’utilisation des espaces de travail :
Seiri
(débarrasser),
Seiton
(ranger),
Seiso
(nettoyer),
Seiketsu
(ordonner),
Shitsuke
(être rigoureux) »
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système d’information unique capable de traiter le MCO aéronautique en
interarmées et de remplacer la quarantaine de systèmes d’information
existant actuellement. Ce plan prévoit également la mise en place d’un
outil de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.
Le cas particulier de chaque établissement doit être étudié afin d’y
améliorer la réactivité et la productivité. À cet égard, un effort particulier
doit être effectué au sein de l’Atelier Industriel de l’Aéronautique (AIA)
de Cuers, qui cumule des difficultés liées à une gestion logistique
perfectible, un management insuffisant des ressources humaines et de la
capacité
de
production,
ainsi
qu’un
système
d’information
insuffisamment fiable.
Le système d’information du MCO aéronautique a connu 10 ans de
retard dans son déploiement, et est caractérisé par deux projets
concurrents, non coordonnés entre eux, les systèmes ATAMS et
COMP@S, ce qui ne saurait être regardé comme une bonne pratique en
matière de gestion de projet.
4 - Des améliorations sont possibles dans la chaîne logistique
Il ressort des différentes visites de terrain réalisées pendant le
contrôle qu’il existe des marges de progrès et d’économies dans le
domaine de l’organisation de la chaîne logistique du MCO, dans les trois
milieux. Une chaîne logistique mal organisée engendre notamment des
lenteurs liées aux déplacements des pièces détachées et des matériels d’un
site à l’autre, ce qui augmente la durée d’immobilisation et diminue la
disponibilité des matériels. Cela engendre également des surcoûts
notamment au niveau des stocks qui ne sont pas optimisés et comportent
des stocks de précaution pour pallier la lenteur des flux logistiques.
L’EMA travaille sur l’organisation de ce processus et a lancé un appel
d’offres
mi-2013
pour
bénéficier
d’une
expertise
extérieure.
L’accélération et la rationalisation de cette chaîne devraient entraîner une
réduction significative des stocks, des achats des pièces de rechange et
une accélération du traitement des réparations.
Dans le domaine terrestre, des progrès significatifs ont été réalisés
grâce au plan « maintenance 2010 », qui a permis la mise en place
progressive d’un système d’information interarmées (SIM@T) interfacé
avec le progiciel financier de l’État Chorus, la réduction du nombre de
sites de stockage d’une trentaine à 18, et la mise en oeuvre de techniques
de management industriel inspirées du secteur privé au sein du SMITer.
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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70
COUR DES COMPTES
Cette démarche d’amélioration continue de la chaîne logistique doit être
poursuivie car il subsiste diverses rigidités : manque de main d’oeuvre ou
de pièces détachées selon les ateliers, engins stockés en extérieur sur
certains sites alors qu’ailleurs les capacités de stockage en intérieur sont
sous-utilisées, données logistiques dans SIM@T nécessitant d’être
fiabilisées. Elle aura son plein effet si elle s’accompagne de la réduction
du nombre de sites de stockage de 18 à 4 qui serait envisagée.
Dans le domaine naval, le niveau de stock détenu par la marine
paraît très important (2,99 Md€ à la fin de l’année 2012), ce qui témoigne
de l’existence de stocks obsolètes non clairement identifiés comme tels,
qui mériteraient d’être réformés. Dans ce cadre, des effets positifs sont
attendus de la rationalisation de la mission logistique du SLM ainsi que
de l’approche intégrée de la chaîne logistique prônée par l’EMA. Des
réflexions sont également en cours pour s’inspirer des méthodes civiles,
en réalisant davantage de MCO hors arrêt technique, et pour s’adapter
aux équipages réduits des nouveaux bâtiments, en mettant en place des
équipes dites
reachback
à terre, susceptibles de prendre en charge une
partie des travaux de MCO de l’équipage lorsque le bâtiment est à quai.
Ces réflexions doivent être poursuivies et encouragées.
Dans le domaine aéronautique, le stock détenu par la SIMMAD est
pléthorique, avec 80 millions d’articles représentant 623 500 références et
une valorisation de 17,2 Md€ en valeur nette à la fin de l’année 2012. Un
effort de rationalisation a été entrepris à la suite du rapport du sénateur
Fréville, qui estimait que ce stock pouvait être significativement réduit. Il
mérite d’être poursuivi et amplifié. Par ailleurs, 13 années après la
création de la SIMMAD, ce stock paraît assez peu interarmisé, comme en
témoigne le faible niveau des transferts de stocks entre armées (4 278
dossiers en 2012 pour seulement 3 M€). Le potentiel d’optimisation et
d’interarmisation des stocks aéronautique reste donc élevé.
De manière générale, la rationalisation de la chaîne logistique
pourrait conduire à une réduction significative des plateformes de
stockage, pour se limiter à terme à une dizaine de sites contre une
cinquantaine actuellement, ce qui permettrait une réduction d’environ 900
emplois.
Ce
projet
devrait
également
conduire
à
rationaliser
l’organisation logistique au sein des unités de l’armée de l’air, en
revoyant le rôle et les moyens dédiés aux escadrons de soutien et de
ravitaillement technique.
L’ensemble de ces mesures qui touchent essentiellement à la partie
du MCO réalisée en interne par le ministère de la défense, doit
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RATIONALISATION A POURSUIVRE
71
s’accompagner d’une réflexion sur la mise en oeuvre d’une nouvelle
relation avec les industriels et les fournisseurs.
__________
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
________
Le MCO n’est pas suffisamment pris en considération dans les
choix de localisation sur le territoire des matériels, des forces et des
ateliers qui sont pourtant structurants d’un point de vue logistique. Les
choix de localisation sont le fruit de l’histoire et de contraintes parfois
extérieures à la défense, comme le souci d’aménagement du territoire.
Cette multiplicité des implantations crée des contraintes fortes, tant sur le
plan logistique qu’organisationnel.
La dispersion des implantations sur le territoire concerne au
premier chef le domaine aéronautique (les aéronefs sont répartis sur
31 plateformes, contre seulement 22 au Royaume-Uni, auxquelles
s’ajoutent les 11 implantations des ateliers du SIAé) et le domaine
terrestre (les maintenanciers sont répartis dans 87 régiments dont les
formations du matériel du SMITer qui comptent 18 sites principaux).
L’essentiel des moyens du domaine naval est regroupé à Toulon et à
Brest.
Le nombre des implantations accueillant les matériels militaires et
des régies assurant leur MCO (SMITer, SLM, SIAé) devrait être
significativement réduit pour réaliser les économies attendues de la
nouvelle baisse de 24 000 emplois prévues par la loi de programmation
militaire 2014-2019 et pour faciliter la simplification des flux logistiques
du MCO. Alors que les annonces de fermetures ou de déplacements
d’unités n’ont été effectuées que pour 2014, il conviendrait d’afficher les
restructurations à horizon 2019 sur une base pluriannuelle, afin d’offrir
une meilleure visibilité aux acteurs et de leur permettre d’adapter leur
organisation, leur infrastructure, et de gérer l’évolution de carrière de
leur personnel.
Les structures centrales du MCO pourraient également contribuer
à la déflation des effectifs, contrairement à ce qui a été fait depuis 2008,
de manière à éviter de faire porter l’effort uniquement sur les structures
de terrain et à éviter un repyramidage rognant l’économie potentielle. La
réduction des effectifs de MCO effectuée depuis 2008 a été réalisée pour
les personnels civils par le non remplacement des départs en retraite, ce
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72
COUR DES COMPTES
qui engendre un vieillissement de cette population et un enjeu de
renouvellement des compétences.
Les efforts entrepris en matière d’organisation en vue d’augmenter
la productivité grâce à une meilleure visibilité sur les plans de charge,
une organisation du travail plus performante et un management
industriel plus efficace, méritent d’être approfondis. Les travaux
entrepris sur la chaîne logistique afin de rationaliser les sites de
stockage, limiter le volume des stocks, accélérer la circulation et le
traitement des pièces à réparer, la mutualisation des systèmes
d’information et l’interarmisation des stocks, devraient déboucher
rapidement et leurs conclusions être mises en oeuvre.
Ces différents constats conduisent la Cour à formuler les
recommandations suivantes :
2.
donner le plus rapidement possible aux acteurs du MCO une
visibilité sur l’évolution de leurs effectifs et de la carte militaire à
l’horizon 2019, afin qu’ils puissent conduire efficacement les
restructurations nécessaires pour s’adapter au nouveau format des
armées ;
3.
engager résolument la réduction du nombre de sites, la densification
et la spécialisation des emprises de MCO, en fonction des besoins
des forces, en annonçant dès maintenant les fermetures devant
intervenir sur la durée de la LPM 2014-2019, afin de permettre aux
structures de MCO d’organiser dans la durée les opérations de
restructuration ;
4.
sur les sites maintenus, assurer le renouvellement de compétence des
personnels civils, là où le besoin est avéré, par le recours à des
personnels contractuels qualifiés.
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Chapitre III
La relation avec les industriels : un
nouveau partenariat à construire
Le MCO est largement déterminé par la conception initiale des
matériels ; leur entretien programmé (EPM) et les réparations lourdes font
appel essentiellement aux industriels publics et privés et, s’agissant de
l’aéronautique, au SIAé, pour un montant annuel moyen d’environ
3 Md€. Aussi la relation avec les industriels est-elle au coeur de la
problématique du MCO.
I - Une nouvelle organisation du ministère ne
résoudrait pas les difficultés du MCO
A - L’actuel partage des responsabilités entre la DGA et
les armées est remis en cause
La dégradation de la disponibilité des aéronefs et les montants
engagés ont conduit la direction générale de l’armement (DGA) à
présenter, à l’été 2013, un projet visant à reprendre à sa charge le travail
de contractualisation du MCO aéronautique, actuellement réalisé par la
SIMMAD, ainsi que les budgets associés.
Ce projet, connu sous le nom de « scénario H4 », revient à la
situation antérieure aux réformes des années 2000 et s’écarte de ce qui est
pratiqué par les industriels, qui ont tendance à séparer l’activité MCO de
l’activité matériels neufs (création de Nexter Services en 2013, création
d’une division services chez DCNS en 2006). Pour la DGA, il permettrait
un meilleur rapport de force dans la discussion avec les industriels du
secteur aéronautique en globalisant les commandes de MCO lors de
l’acquisition des matériels. Ce scénario implique le basculement, du
programme budgétaire 178 vers le programme 146, d’une masse de
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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74
COUR DES COMPTES
crédits de l’ordre de 1,8 Md€ par an. La DGA estime que la mise en
oeuvre de ce scénario permettrait un gain de l’ordre de 300 ETP et de 200
M€ sur le seul MCO aéronautique.
Ces estimations ne reposent pas sur
des données auditables permettant de les valider.
De son côté, l’état-major des armées souhaite consolider et
approfondir les réformes intervenues dans les années 2000 afin d’en
recueillir pleinement les fruits, et a lancé un chantier visant à optimiser la
chaîne logistique dans un cadre interarmées. Il souligne que le besoin
dépend très largement de l’activité programmée, qui ne saurait être
présupposée, que la globalisation des contrats par type d’équipements
auprès des fournisseurs initiaux serait nuisible à l’introduction de la
concurrence, et qu’enfin d’autres méthodes de globalisation innovantes et
transverses peuvent être mises en oeuvre pour obtenir des prestations plus
performantes. À titre d’exemple, les armées citent la conclusion du
contrat transverse à plusieurs flottes aériennes, pour certains composants,
conclu avec Thales dans le domaine de l’optronique.
Cette approche, connue sous le nom de « scénario H2 », met en
avant l’importance de prendre en compte le point de vue des
opérationnels qui sont les utilisateurs des matériels. Elle vise à simplifier
la gouvernance en plaçant le MCO de chaque milieu sous la
responsabilité d’un chef d’état-major d’armée référent
35
et à renforcer le
rôle des structures à vocation interarmées créées dans le cadre des
réformes des années 2000. Elle intègre la réforme de la chaîne logistique
interarmées. L’EMA estime que, si son scénario est validé, un gain de
l’ordre de 1 400 ETP et de 200 à 300 M€ peut être réalisé. Ces
estimations ne reposent pas non plus sur des données auditables
permettant de les valider. L’EMA travaille enfin sur une nouvelle cible
d’effectifs prenant en compte les nouveaux contrats opérationnels du
Livre blanc de 2013, dont l’objet est de fixer la contribution du MCO à la
nouvelle déflation de 24 000 emplois prévue d’ici 2019.
B - La poursuite de l’optimisation de l’organisation
actuelle est préférable
Le domaine du MCO aéronautique a connu des évolutions
importantes dans le partage des rôles entre l’armée de l’air et la DGA,
sans que celles-ci n’apportent des réponses décisives aux problèmes
35
De manière à ce que par exemple les mêmes règles de MCO s’appliquent aux
hélicoptères Caracal, qu’ils appartiennent à l’armée de l’air ou à l’armée de terre.
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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LA RELATION AVEC LES INDUSTRIELS : UN NOUVEAU PARTENARIAT A
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75
rencontrés. Ainsi, les ateliers industriels de l’aéronautique relevaient de
l’armée de l’air dans les années 1930, avant de rejoindre le giron de la
DGA pour retourner finalement au sein de l’armée de l’air, avec la
création du SIAé en 2008. De même, les responsabilités budgétaires des
achats de MCO aéronautique étaient confiées à la DGA jusqu’en 2000.
Quand la première crise majeure de la disponibilité a été constatée, ces
responsabilités ont été attribuées aux armées, à l’exception du MCO
initial.
La décennie 2000 a été marquée par des réformes majeures dans
les trois milieux, avec la mise en place d’une organisation interarmées des
maîtrises
d’ouvrage
déléguées
(SIMMAD,
SSF
et
SIMMT)
et
d’importants plans de réductions d’effectifs dans les domaines terrestre et
aéronautique. Les organisations actuelles sont en train de conduire des
programmes de réformes (comme « maintenance 2010 » dans le domaine
terrestre, « CAP 2016 » pour l’aéronautique) prévus pour être mis en
oeuvre jusqu’en 2015. Ces réformes présentent des potentiels importants
d’amélioration de la situation actuelle et méritent dès lors d’être menées à
terme.
En revanche, la nouvelle réorganisation proposée par la DGA,
visant à regrouper l’ensemble des responsabilités en matière d’achats
dans le MCO aéronautique n’apparaît pas souhaitable, tant au regard de
l’expérience britannique en la matière, que des défaillances du MCO
aéronautique relevées en France à la fin des années 1990 lorsqu’il relevait
de la DGA.
Cette réorganisation aurait en outre l’inconvénient d’éloigner les
acheteurs du MCO des forces, ce qui nuirait à la prise en compte du juste
besoin au bon moment dans les contrats, et elle favoriserait la
contractualisation avec le constructeur des matériels neufs au détriment
des possibilités de mise en concurrence ou de passation de marchés
transverses à plusieurs matériels auprès d’équipementiers sous-traitants.
Enfin, il faut relever que l’organisation actuelle avait quasiment
atteint ses objectifs en matière de disponibilité, avec un taux de 59 %
pour les avions de combat de l’armée de l’air et de 54 % pour les
hélicoptères de l’armée de terre en 2011 (ce qui peut être considéré
comme satisfaisant car cette donnée prend en compte la totalité des
appareils, y compris ceux qui sont en arrêt technique). La forte
dégradation de 18 points pour les avions de combat de l’armée de l’air et
de 13 points pour les hélicoptères de l’armée de terre, constatée entre
2011 et 2013, résulte de causes (notamment, le très fort engagement en
OPEX) qui sont indépendantes de l’organisation du ministère.
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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76
COUR DES COMPTES
C - Les expériences britannique et allemande ne sont
pas concluantes
1 - La mise en place du
Defence equipment & support
en 2007 au
Royaume-Uni ne donne pas totalement satisfaction
L’expérience récente des Britanniques en matière de MCO se
caractérise par la réunion dans une même structure, le
Defence equipment
& support
, en 2007, des responsabilités d’achat des matériels militaires et
du MCO des trois milieux. Six ans plus tard, les interlocuteurs du
ministère de la défense et du
National Audit Office
estiment que ce
rapprochement est positif pour prendre en compte le coût du MCO dès la
conception du matériel. Néanmoins, la coopération entre cette structure et
les armées porteuses du besoin opérationnel paraît insuffisante, tandis
qu’il est difficile de retenir les compétences pointues nécessaires pour
faire jeu égal avec les industriels dans les négociations.
Les Britanniques envisagent dès lors une nouvelle réorganisation
majeure, qui consisterait à confier par appel d’offres au secteur privé la
gestion du
Defence equipment & support,
et multiplient les dispositions
incitatives dans les contrats pour orienter le comportement des industriels.
De plus, l’armée britannique a de plus en plus recours à des
contrats de long terme qui garantissent un bon niveau de disponibilité des
matériels acquis, mais qui limitent la mise en concurrence du prestataire
historique et aboutissent à un modèle coûteux présentant de fortes
rigidités budgétaires. Selon les données reprises par le NAO, le coût
annuel du soutien des équipements atteindrait, 7,488 Md£ au titre de
l’exercice 2013-2014, soit un montant sensiblement supérieur pour une
armée de taille équivalente.
2 - Il est trop tôt pour dresser un bilan de la nouvelle organisation
mise en place par l’Allemagne en 2012
En 2012, à la suite de l’exemple britannique, les autorités
allemandes ont regroupé la responsabilité des achats des matériels et des
prestations de MCO pour les trois milieux au sein d’une même structure,
afin de prendre en compte le MCO dès la phase de conception des
matériels. De même, la procédure de conduite des programmes
d’armement a été réformée en s’inspirant du modèle britannique, en
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LA RELATION AVEC LES INDUSTRIELS : UN NOUVEAU PARTENARIAT A
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77
mettant en place des équipes de programme intégrées regroupant les
armées utilisatrices, la structure publique d’achat des matériels et du
MCO et les industriels. Il faut relever que le modèle allemand favorise
une forte intégration entre les militaires et les civils en métropole, ce qui
rend le système peu adapté aux opérations extérieures. L’Allemagne
envisage enfin de mettre en place un système proche de la « politique
d’emploi et de gestion des parcs » française.
Cette réforme étant en cours de déploiement, il est trop tôt pour en
tirer des enseignements probants.
II - L’État entretient une relation complexe avec les
industries d’armement
A - L’État est à la fois actionnaire, client et garant de
l’indépendance stratégique
Comme l’a déjà écrit la Cour, l’État doit concilier ses intérêts
d’actionnaire,
de
client
et
de
garant
de
l’indépendance
stratégique
37
. Même si le poids de l’État dans l’industrie de défense a
diminué depuis une trentaine d’années, il conserve un rôle d’actionnaire
influent, voire majoritaire dans certains groupes industriels. C’est
notamment le cas dans le domaine terrestre, où l’État détient 100 % du
groupe Nexter, et dans le domaine naval où l’État détient 65 % du groupe
DCNS. Il défend alors des intérêts patrimoniaux, cherchant à assurer un
bon niveau de rentabilité à ces groupes, de manière à éviter de devoir les
renflouer comme cela a pu être le cas dans le passé, et à permettre le
versement de dividendes, ce qui, en période de difficultés budgétaires,
peut constituer une ressource appréciable. Il peut aussi essayer de jouer
un rôle moteur dans la consolidation de l’industrie de défense, tant au
niveau français qu’européen. Au sein du ministère chargé de l’économie
et des finances, c’est l’Agence des participations de l’État qui porte les
intérêts patrimoniaux de l’État.
Par ailleurs, l’État est un client important des groupes de défense,
représentant parfois une part prépondérante de leur chiffre d’affaires,
via
37
Cour des comptes,
Rapport public thématique
:
Les faiblesses de l’État actionnaire
des entreprises industrielles de défense,
La documentation française, 2 avril 2013,
disponible sur www.ccomptes.fr
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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78
COUR DES COMPTES
la commande publique de matériels militaires et de prestations de MCO.
Son intérêt consiste dès lors à acheter au meilleur prix les matériels et les
prestations, avec une politique d’achat qui est portée par les unités de
management de la direction des opérations de la DGA pour les matériels
neufs et par la SIMMT, le SSF et la SIMMAD pour le MCO.
Enfin, l’État est le garant de l’indépendance stratégique, ce qui
suppose d’assurer à moyen et long terme le maintien d’une base
industrielle et technologique de défense (BITD) susceptible de pouvoir
répondre aux besoins futurs de la défense nationale. Cet objectif de
politique publique est porté par la direction de la stratégie de la DGA.
Compte tenu de la nécessité de conduire de front ces trois
politiques publiques (État actionnaire, État client et État stratège), il peut
être parfois complexe de concilier des objectifs qui peuvent apparaître
comme contradictoires. L’État aurait cependant intérêt à renforcer sa
politique d’achat. De fait, les ressources budgétaires actuelles sont
insuffisantes pour maintenir des entreprises par la seule commande
publique : leur pérennité passe par le développement de leur capacité à
exporter, ce qui suppose une plus grande compétitivité et une plus grande
agilité face à la concurrence, autant de qualités qu’une approche plus
exigeante de l’État pour ses achats nationaux peut encourager si elle est
gérée avec prudence.
B - Les commandes de l’État orientent la politique
industrielle, voire l’aménagement du territoire
Via la commande publique (les achats de défense constituant le
premier investissement de l’État en volume avec 8,56 Md€ de dépenses
de titre 5 sur la mission budgétaire
Défense
en 2012) et son rôle
d’actionnaire, l’État dispose, avec l’industrie de défense, d’un levier pour
conduire une politique industrielle et intervenir dans le domaine de
l’aménagement du territoire. Dans un contexte de crise économique et de
niveau élevé de chômage, la tentation peut être grande d’utiliser ce levier
indépendamment des objectifs poursuivis en termes de politique de
défense. Cette tendance risque d’être vaine dans le long terme pour peu
que les moyens budgétaires s’avèrent
in fine
insuffisants pour soutenir
artificiellement des activités non rentables. Il apparaît dès lors, là aussi,
que le renforcement de la compétitivité de l’industrie de défense est un
impératif pour pérenniser l’emploi et les implantations territoriales, et que
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79
cette compétitivité accrue peut aller de pair avec une attitude
progressivement plus exigeante de l’État acheteur.
C - La relation contractuelle avec les industriels est
devenue plus complexe
1 - Une grande partie du MCO revient à des industriels en situation
monopolistique
Dans plusieurs secteurs, en particulier aéronautique et naval, l’État
doit contracter avec des industriels en situation de monopole. C’est
notamment le cas pour la propulsion des sous-marins et du porte-avions
dès lors que le choix du nucléaire a été fait. C’est également le cas des
avions de combat de nouvelles générations, de haute technicité.
2 - La maintenance préventive est développée pour limiter le recours
à une maintenance curative plus difficile à anticiper
Même si elle reste prépondérante pour les matériels terrestres, la
maintenance curative laisse peu à peu la place pour les gros matériels à la
maintenance préventive, depuis longtemps en vigueur pour les matériels
aéronautiques et les matériels navals. Il s’agit de limiter les risques de
panne en effectuant régulièrement des visites de contrôle préventives et
un certain nombre d’actes de maintenance, plus ou moins lourds et
pouvant aller jusqu’à l’arrêt technique, destinés à redonner du potentiel
aux matériels. Cette évolution est récente et fait suite à une longue
période à partir des années 1980, au cours de laquelle les dispositifs de
maintenance préventive avaient été allégés au profit de la maintenance
curative réputée moins onéreuse.
Cette évolution contribue à rendre plus complexe la relation
contractuelle avec les industriels qui définisse les rythmes des visites et
des actes de maintenances préventifs propres à assurer le bon
fonctionnement des matériels qu’ils fournissent et entretiennent. Il est
donc nécessaire que l’État renforce ses capacités de spécification et
d’achat, sur le plan quantitatif et qualitatif, pour relever ces nouveaux
défis.
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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COUR DES COMPTES
3 - Des contrats innovants alliant pluri-annualité et engagement de
disponibilité commencent à être mis en place
Historiquement, les achats de MCO consistaient, soit à acquérir
des rechanges auprès de l’industrie pour permettre à la régie de travailler,
soit à acquérir ponctuellement des prestations complètes de MCO pour
réaliser une tâche donnée. Sous l’impulsion du milieu aéronautique, le
ministère de la défense a mis peu à peu en place de nouveaux types de
contrats pluriannuels dans lesquels l’industriel fournisseur du produit se
voit confier dans la durée le MCO, charge à lui de fournir le niveau de
disponibilité demandé, en fonction d’hypothèses d’emplois fournies par
les armées (généralement exprimées en heures de vol, en jours de mer, en
kilomètres et en nombre de tirs). Ces contrats obligent les armées à mieux
évaluer leurs besoins et donnent une visibilité pluriannuelle à l’industriel,
utile tant pour ses décisions internes que dans ses relations avec ses
propres sous-traitants. De ce point de vue, ils permettent
a priori
d’obtenir de meilleures conditions tarifaires. En revanche, ils obligent
l’État à disposer de compétence de bon niveau pour piloter ces contrats
complexes, à bien coordonner les acheteurs avec les forces pour bien
ajuster la disponibilité contractuelle demandée aux besoins opérationnels,
et à programmer de façon fiable les ressources budgétaires disponibles
sur une base pluriannuelle.
Au cours des années 1990 et 2000, le rôle des industriels a pris de
l’ampleur, notamment dans le domaine terrestre et naval, avec le
changement de statut du GIAT et de DCNS et la réduction des moyens
des régies industrielles étatiques. Il est dès lors essentiel que l’État
devienne plus performant dans ses politiques d’achat pour faire face à ces
évolutions.
III - L’amélioration des capacités de négociation de
l’État avec les industriels mérite d’être poursuivie
A - Le renforcement des prérogatives et des moyens du
bureau d’enquête de coûts est nécessaire
La DGA dispose d’un « bureau d’enquête de coûts » (BEDC) dont
l’effectif de 35 enquêteurs en 2011 a progressé pour atteindre une
cinquantaine de personnes en 2013, dont une vingtaine sont financées par
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81
le programme budgétaire 178 au titre des prestations qu’ils fournissent à
la SIMMAD, à la SIMMT et au SSF. Cette montée en puissance est lente
et se caractérise par des négociations entre responsables de programme.
Les enquêteurs de coûts disposent de la possibilité d’aller vérifier les
coûts des industriels sur les marchés en monopole. Cette action s’est
avérée très utile en 2013 dans le cadre de la négociation du marché de
MCO de soutien en service du VBCI conduite par la SIMMT.
Malgré des progrès récents, qui font suite notamment aux
recommandations formulées par la Cour dans son rapport public annuel
de 2013, les effectifs d’enquêteurs de coûts, soit 50 agents, paraissent
insuffisants au regard des effectifs employés à cette mission observés à
l’étranger (390 enquêteurs de coûts au Royaume-Uni et 100 en
Allemagne). Le BEDC ne peut ainsi satisfaire, par exemple, que le tiers
des demandes du SSF. Il y a donc une nécessité d’augmenter les effectifs
d’enquêteurs de coûts par redéploiement des ressources au sein des
administrations centrales.
Par ailleurs, la règlementation actuelle ne donne aux enquêteurs de
coûts un accès complet à l’information que pour l’examen
a posteriori
des marchés déjà exécutés ou en cours d’exécution. La Cour avait
recommandé dans le rapport public annuel de 2013 qu’une modification
législative et règlementaire soit initiée afin de permettre l’examen
a priori
des devis sur les nouveaux marchés en monopole. Au moment de
l’écriture de ce rapport, ces mesures n’ont pas été prises.
La SIMMAD compte 21 postes d’acheteurs sur un effectif de
1 424 personnes et pour 268 contrats notifiés. Le SSF compte 50 postes
d’acheteurs sur un effectif de 790 personnes et pour 1 168 contrats
notifiés. La SIMMT enfin compte 68 postes d’acheteurs sur un effectif de
1 170 et pour 426 contrats notifiés. Sur ces 68 postes théoriques, seuls
51 sont pourvus et le sous-effectif constaté par rapport aux droits ouverts
en personnel civil est partiellement compensé par l’emploi de militaires.
Ces effectifs paraissent peu élevés au regard du volume des achats en jeu,
qui représentent en cumulé chaque année 3,2 Md€ pour les trois milieux.
Pour répondre à ces besoins ainsi qu’à ceux du BEDC, des
parcours professionnels pourraient être mis en place permettant une
alternance de postes entre les fonctions d’enquêteurs de coût et
d’acheteurs au sein de la DGA et des armées.
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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COUR DES COMPTES
B - L’amélioration de la contractualisation favorise un
meilleur rapport qualité prix
1 - La démarche « Archer » peut être étendue aux autres milieux
Une
démarche
dite
d’amélioration
du
référencement
des
composants homologués pour la réparation (ARCHER) a été mise en
place par la SIMMT. Elle vise à recenser dans une base de données toutes
les références et les prix de marché des composants utiles pour une
prestation de MCO. Les informations proviennent de la DGA, qui dispose
de la codification initiale pour les nouveaux matériels, de la SIMMT au
titre des achats passés et de l’exploitation des informations contenues
dans les lots livrés par les fournisseurs. Il s’agit de disposer de données
permettant une meilleure négociation avec les fournisseurs dès lors que
les prix pratiqués par leurs sous-traitants sont connus, et de se donner la
possibilité d’aller acheter directement à la source lorsque la valeur ajoutée
de l’intégrateur n’est pas évidente au regard du prix pratiqué. Cette
démarche commence à produire des résultats, comme la diminution de
20 % du tarif constructeur sur les pièces de rechange de la flotte Scania,
et mérite d’être approfondie et adaptée pour les milieux naval et
aéronautique.
Cette démarche doit s’accompagner d’une meilleure rédaction des
clauses contractuelles des marchés relatives à la garantie du constructeur,
afin qu’elles prévoient la possibilité d’utiliser des pièces détachées non
nécessairement fournies par le constructeur, ce qui est loin d’être toujours
le cas aujourd’hui.
2 - La mise en concurrence peut être plus systématiquement
recherchée et facilité
Un exemple de mise en concurrence réussi est le contrat « pneus,
piles, batteries » pour les matériels roulants de l’armée de terre, qui a été
gagné par Inéo au détriment du prestataire historique Nexter, ce qui a
permis à l’État d’obtenir de meilleures conditions financières et une plus
grande souplesse logistique, Inéo faisant son affaire de la gestion des
stocks, et ce qui a incité Nexter à créer une filiale service afin d’être
davantage compétitif sur les prochains appels d’offres. Cet exemple
montre que l’État a tout à gagner à rechercher une mise en concurrence
plus systématique, y compris vis-à-vis du prestataire historique.
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LA RELATION AVEC LES INDUSTRIELS : UN NOUVEAU PARTENARIAT A
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83
Ainsi, la mise en concurrence effectuée pour les frégates Lafayette
a abouti dans un premier temps à la perte du marché par le prestataire
historique DCNS. La perte de la compétition a incité DCNS à améliorer
sa proposition lors de l’appel d’offres suivant que DCNS a remporté.
Dans l’intervalle, l’État a obtenu un gain financier substantiel pour des
prestations équivalentes, grâce à cette mise en concurrence.
Aujourd’hui, la part des marchés passés après mise en concurrence
atteint environ 30 % de la valeur des contrats d’EPM. Le ministère de la
défense a, notamment, recours à la mise en concurrence pour ses
matériels de second rang, comme les avisos de la classe A69 de la marine
nationale et les avions écoles Xingu de l’armée de l’air. Une telle mise en
concurrence des prestations de MCO suppose que, dès la phase
d’acquisition, la DGA ait inclus dans les marchés une clause prévoyant le
transfert à l’État de la propriété intellectuelle de la documentation et des
outillages nécessaires à la réalisation des prestations de MCO. De telles
dispositions contractuelles mériteraient d’être systématiquement prévues
dans les contrats d’acquisition, pour ouvrir à la concurrence des
prestations de MCO, y compris sur des matériels majeurs produits par des
prestataires historiques. Cette évolution est d’autant plus justifiée que les
programmes d’armement financés par l’État incluent les phases de
développement.
En effet, bien qu’il soit difficilement imaginable de mettre en
concurrence le MCO des bâtiments de premier rang à propulsion
nucléaire (sous-marins, porte-avions) pour lesquels DCNS est le seul à
disposer de la capacité nécessaire et à pouvoir garantir l’indépendance
stratégique de la France dans ce domaine, il est possible de recourir à des
appels d’offres pour des matériels de premier rang présentant moins
d’enjeux stratégiques.
Dans le domaine aérien, la mise en concurrence du marché de
MCO de l’AWACS a certes abouti à attribuer le marché 2007-2011 au
prestataire historique Air France, mais elle a conduit à un gain que la
SIMMAD estime à 17 M€ par an par rapport au précédent contrat à
conditions équivalentes.
3 -
Les contrats conclus pour les besoins des trois armées peuvent
être mieux coordonnés
Les besoins des trois armées devraient être exprimés de manière
coordonnée afin, tout en prenant en compte les besoins opérationnels, de
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COUR DES COMPTES
pouvoir globaliser les contrats conclus avec les industriels. Cette
démarche pourrait, en particulier dans le domaine de l’aéronautique, être
ultérieurement étendue aux autres services de l’État qui disposent de
matériels voisins et ont les mêmes fournisseurs (douanes, sécurité civile,
SAMU, etc.).
Par ailleurs, certaines commandes d’équipements, comme cela a
été fait par exemple dans le domaine de l’optronique, pourraient être
passées de façon transverse à plusieurs matériels.
C - La relation partenariale avec les industriels peut
être améliorée
1 - Le besoin de visibilité des industriels sur leur plan de charge peut
être mieux pris en compte par l’État
En période de diminution des achats d’équipements neufs,
l’activité de MCO constitue une activité récurrente permettant aux
industriels de maintenir un niveau plancher d’activité. Il est important que
les industriels disposent d’une visibilité pluriannuelle sur les marchés de
MCO, de manière à ce qu’ils puissent organiser leur plan de charge et
obtenir de meilleures conditions d’achat auprès de leurs fournisseurs et
sous-traitants, en disposant de la faculté de s’engager auprès d’eux sur
une base pluriannuelle.
Ce besoin de visibilité peut être satisfait en développant les
contrats de MCO pluriannuels avec les industriels, quitte à mettre en
place des clauses de révisions annuelles portant sur le niveau de
disponibilité à obtenir en fonction d’hypothèses d’emplois mises à jour en
fonction des besoins des armées et de la disponibilité des ressources
budgétaires.
Ce besoin de visibilité s’applique aussi au SIAé dont le compte de
commerce était abondé sur une base trimestrielle en trésorerie et en carnet
de commandes. Comme toute structure industrielle, le SIAé a besoin
d’une visibilité pluriannuelle afin de programmer l’évolution de son outil
industriel et de mettre en place une gestion prévisionnelle des emplois et
des compétences. La situation devrait s’améliorer progressivement. Pour
l’exercice 2014, le service dispose d’une visibilité sur l’ensemble de
l’année, bien qu’elle lui ait été communiquée tardivement et des travaux
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LA RELATION AVEC LES INDUSTRIELS : UN NOUVEAU PARTENARIAT A
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sont en cours avec la SIMMAD afin de lui donner des perspectives à plus
long terme.
2 - Des enseignements issus de l’expérience des industries civiles
peuvent être mieux exploités
Même s’il existe des différences importantes entre les matériels
civils et les matériels militaires, le ministère de la défense devrait
davantage étudier les pratiques du secteur civil en matière de maintenance
des matériels, afin de déterminer si certaines méthodes ne pourraient pas
être adaptées aux spécificités des matériels militaires.
Ce retour d’expérience du secteur civil peut présenter un intérêt
dans le domaine aérien, par exemple pour ce qui concerne les moteurs.
Tirant les conséquences du fait que le coût de maintenance des moteurs
équivalait sur la durée de vie au prix d’achat d’un moteur neuf, qui
représente lui-même de 25 % à 30 % du prix d’un avion, Air France KLM
a développé sa propre activité de MCO en interne,
via
sa filiale Air
France KLM E&M, qui constitue à présent une des activités les plus
rentables du groupe, quitte à proposer ces services à d’autres compagnies
aériennes.
Il est également important dans le domaine naval, où les armateurs
civils ont organisé leur maintenance en immobilisant beaucoup moins les
bâtiments, quitte à accepter que, dans certaines circonstances, ils ne
disposent pas de la totalité de leurs capacités.
3 - L’État n’est pas assez exigeant vis-à-vis de ses fournisseurs en
matière de pénalités de retard
Le montant des pénalités contractuelles perçues par l’État dans le
domaine du MCO aéronautique (5 M€ en 2013 pour un volume d’achat
de 1,7 Md€) paraît faible au regard du volume des achats réalisés dans ce
domaine et des difficultés observées, tant en termes de retard de
prestation que de performances techniques. Dans le domaine naval, les
pénalités perçues en 2013 se sont limitées à 3,9 M€ en 2013 sur un
volume d’achat de 911 M€, après que l’État a renoncé à percevoir 0,6 M€
de pénalités. Cette situation résulte à la fois de la règlementation qui
encadre le montant maximum des pénalités, des difficultés à identifier les
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86
COUR DES COMPTES
causes des retards et des compensations difficilement mesurables
négociées avec les industriels.
Des dispositions règlementaires plus favorables, une analyse plus
précise des responsabilités entre l’État et ses partenaires, et la faculté de
rétablir les crédits lors de la perception de pénalités, pourraient améliorer
cette situation.
IV - Le MCO est à prendre en compte tout au long
du cycle de vie des matériels
A - Le MCO est mieux pris en compte que par le passé
dans la conception des matériels
1 - Le MCO subit les conséquences des décisions prises pour le choix
des investissements dans les nouveaux matériels
Les matériels des armées regroupent les équipements les plus
divers avec, pour certains matériels lourds, un nombre important de
versions différentes qui se sont accumulées au fil du temps (il existe ainsi
37 versions de VAB dans un parc qui comptait 3 447 exemplaires en
juin 2013). Les matériels les plus anciens (comme les avions ravitailleurs
C135 datant du début des années 1960) voisinent avec les matériels les
plus récents (comme les frégates FREMM dont le premier exemplaire a
été livré en 2012). Les choix d’investissement prennent en compte de
nombreux critères comme les besoins opérationnels, le maintien d’une
base industrielle et technologique suffisante sur le territoire national et les
ressources budgétaires disponibles. En revanche, les conséquences de ces
choix en termes de MCO pèsent peu dans la prise de décision, alors qu’ils
déterminent environ 80 % du coût du MCO futur.
Les exemples de l’insuffisance de prise en compte du MCO dans
la conception des matériels sont nombreux.
Ainsi, dans le domaine terrestre, la conception initiale du VBCI ne
prévoyait pas de butée de direction (d’un coût unitaire de 200 €), ce qui a
entraîné sur les premiers véhicules des accidents lors des rotations sur les
sols meubles, nécessitant un coûteux remplacement des trains de
roulement (d’un coût unitaire de l’ordre de 100 000 €). Les butées de
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CONSTRUIRE
87
direction ont été intégrées pour l’ensemble du parc de VBCI dans le cadre
d’un avenant fin 2012.
Dans le domaine naval, la décision de développer des bâtiments à
équipages réduits pour les FREMM a été prise dès la phase
d’initialisation au cours de laquelle les responsables du MCO sont
absents : or cette décision est lourde de conséquence pour l’organisation
du MCO à bord. Les difficultés dans le domaine naval tiennent au fait que
les arrêts techniques majeurs comportent à la fois une évolution du
bâtiment, considéré comme un programme d’armement dans lequel la
DGA joue le rôle de leader, et une phase de MCO, dans laquelle le SSF
joue le rôle majeur : l’organisation actuelle ne permet pas dans ce cas
d’analyser les discussions entre la DGA et le SSF afin de déterminer ce
qui relève de l’adaptation au titre du programme budgétaire 146, et ce qui
relève du MCO au titre du programme 178.
Dans le domaine aéronautique, le coût du MCO découle largement
du plan d’entretien des aéronefs, qui est décidé dès la conception en
fonction des règles internationales de navigabilité. Il en ressort que les
choix effectués lors de la conception ont un impact majeur sur le MCO :
en particulier la multiplication des versions et des rénovations des
standards ont des conséquences importantes sur le MCO des matériels
concernés.
Cette insuffisante prise en compte des enjeux du MCO dans les
décisions d’investissement est régulièrement critiquée
36
. La mise en
oeuvre de la nouvelle instruction 1516 de conduite des programmes
d’armement prévoit l’intégration à l’équipe de programme d’un
maintenancier, responsable du soutien en service (RSS). Mais son
influence dans la prise de décision reste très faible.
2 - L’instruction de conduite des programmes d’armement 1516 fait
une place au MCO dès la phase de conception
L’instruction n° 1514 sur le déroulement des programmes
d’armement du 7 mai 1988 a été remplacée, à la suite des réflexions
engagées dans le cadre du Livre blanc sur la défense et la sécurité
nationale de 2008, par une nouvelle instruction n° 1516 du 26 mars 2010.
36
Par exemple dans le rapport de l’Inspection générale des finances et du Contrôle
général des armées sur le MCO des matériels militaires de septembre 2011.
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88
COUR DES COMPTES
Ce texte apporte des progrès dans la prise en compte des contraintes de
MCO dès la phase de conception des nouveaux matériels.
La nouvelle instruction découpe la vie du programme d’armement
en six stades et clarifie les responsabilités respectives des décideurs du
ministère à chacune des étapes du cycle de vie d’un matériel.
La
première
phase,
dite
« d’initialisation »,
est
celle
de
l’expression du besoin et se traduit par l’adoption d’un objectif d’état-
major. Elle est désormais placée clairement sous la responsabilité du
CEMA, même si celui-ci s’appuie sur l’expertise de l’armée concernée,
mais les acteurs du MCO sont absents.
La seconde phase, dite « d’orientation », est celle de la
construction d’une solution adaptée pour répondre au besoin opérationnel.
Au début de cette phase, également placée sous la responsabilité du
CEMA, est désigné un directeur de programme au sein de la DGA, qui
anime une équipe de programme intégrée incluant un représentant du
MCO (avec la désignation du responsable du soutien en service (RSS) qui
prendra le relais de la DGA pour le MCO après la phase de livraison des
matériels).
La troisième phase, dite « d’élaboration », placée sous la
responsabilité de la DGA, aboutit à la contractualisation avec l’industriel.
Elle se traduit notamment par la rédaction d’un dossier lancement
réalisation (DLR), qui comprend notamment le coût prévisionnel final de
référence, lequel inclut une estimation du MCO sur la durée de vie du
matériel.
La quatrième phase dite de « réalisation », également sous la
responsabilité de la DGA, est celle de la construction des matériels. La
responsabilité de la DGA consiste à acheter le matériel neuf mais aussi le
MCO initial sur le programme budgétaire 146, de manière à ce que le
retour d’expérience du prototype et des premiers éléments de la série en
termes de MCO puisse être pris en compte pour corriger la conception.
La cinquième phase, dite « d’utilisation », est celle de la vie
opérationnelle des matériels, tandis que la dernière phase, dite de
« démantèlement », gère le retrait du service actif.
Ces dispositions ne s’appliquent qu’aux nouveaux programmes
lancés depuis 2010.
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89
3 - Le MCO demeure néanmoins insuffisamment pris en compte dans
les choix d’investissement
L’instruction 1516 prévoit que l’équipe de programme intégrée
n’est active qu’à partir de la deuxième phase du programme, si bien qu’il
n’y a aucun représentant du MCO lors de la phase initiale. Par ailleurs, le
coût de MCO présenté dans le coût de possession du DLR n’est pas
estimé de façon fiable et n’est donc pas véritablement un élément pris en
compte pour la prise de décision. Il peut pourtant représenter une part
importante du coût de possession, pouvant aller jusqu’à trois fois le coût
d’acquisition pour certains aéronefs. Les faiblesses d’évaluation tiennent
à la difficulté d’estimer la masse salariale de MCO à l’horizon de la durée
de vie d’un matériel, et la façon dont ce matériel va s’user. Par exemple,
l’absence de suivi des temps des équipages dans la marine nationale
conduit à une probable sous-évaluation des coûts de MCO, ce qui peut
conduire à préférer le prolongement de la durée de vie des bâtiments
vieillissants au détriment de l’acquisition de matériels neufs.
De manière générale, les représentants du MCO n’ont pas assez de
poids dans les processus décisionnels, tant vis-à-vis de la DGA qu’au sein
des armées, alors qu’une grande partie du coût de l’entretien dérive de la
conception même des matériels. Ainsi, ils ne sont pas partie prenantes au
processus d’élaboration des objectifs d’état-major au sein des armées qui
constitue la phase initiale d’un programme d’armement.
B - L’articulation entre les contrats de MCO initiaux et
les contrats de MCO en service est essentielle
L’organisation actuelle du ministère de la défense prévoit que les
contrats de maintenance initiale relèvent de la responsabilité de la DGA,
jusqu’à la fin de la livraison des matériels neufs, tandis que les contrats de
maintenance en service relèvent des armées, tout au long de la phase
d’exploitation des matériels. Cette organisation permet à la DGA de tenir
compte des premiers retours d’expérience du MCO réalisé sur les
premiers exemplaires d’une série de matériels neufs pour, le cas échéant,
corriger des défauts de conception et effectuer des modifications sur la fin
de la série, de manière à faciliter le MCO ultérieur.
L’articulation entre les contrats de maintenance initiale et les
contrats de maintenance en service pourrait cependant être améliorée en
améliorant la transmission d’informations entre la DGA et les armées, en
Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires – septembre 2014
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90
COUR DES COMPTES
englobant le futur responsable du soutien en service dans l’équipe de la
DGA lors des dernières années du contrat de maintenance initiale, afin
qu’il dispose de l’ensemble des informations utiles en vue de la
négociation du futur contrat de soutien en service. Cela suppose
également que la gestion de carrière au sein des armées évolue vers un
rythme de mutation plus lent pour les officiers maintenanciers, de
manière à ce qu’ils puissent suivre un contrat de MCO sur un matériel
majeur au moins sur une période de 5 à 6 ans.
Cette meilleure articulation entre le contrat de MCO initial et le
contrat de MCO en service est recherchée dans le plan stratégique « CAP
2016 » de la SIMMAD. Il s’agit notamment de prévoir dès le contrat
initial le transfert des pièces détachées et de toute la documentation, afin
de permettre une mise en concurrence de l’industriel ayant produit
l’aéronef avec d’autres prestataires lors de la phase de MCO en service. Il
s’agit également de mettre en place des plateformes regroupant les
représentants de l’État (DGA et SIMMAD) et les représentants des
industriels pour améliorer les retours d’expérience de la phase de MCO
initial.
__________
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
________
Il ne semble pas qu’une nouvelle réforme de l’organisation du
ministère soit le moyen de résoudre les difficultés du MCO qui sont, en
grande partie, d’origine structurelle et conjoncturelle. Une nouvelle
architecture des responsabilités risque, au contraire, de fragiliser des
structures déjà affectées par les nombreuses réformes du ministère sans
garantir une meilleure performance, comme le montrent à la fois
l’expérience du passé et les exemples de nos partenaires britanniques et
allemands. En revanche, il est nécessaire de construire une nouvelle
relation avec les industriels quelle que soit la complexité de la relation
que les industries de défense entretiennent avec l’État.
L’État poursuit en effet plusieurs objectifs de politique publique
dans ses relations avec l’industrie de défense, qui peuvent parfois être
contradictoires, ce qui peut nuire à la bonne prise en compte des
contraintes de MCO. L’État est simultanément actionnaire, acheteur et
garant du maintien à moyen terme d’une base industrielle et
technologique de défense indispensable à l’indépendance stratégique,
tout en utilisant parfois son poids sur l’industrie de défense pour
poursuivre des objectifs de politique industrielle, de défense de l’emploi
et d’aménagement du territoire.
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91
Dans le contexte actuel, marqué par une ressource budgétaire
limitée, insuffisante à elle seule pour assurer la pérennité de l’industrie
de défense par la seule commande publique nationale, et par de nouvelles
pratiques contractuelles rendant plus complexe la fonction d’acheteur
public, il apparaît que l’État devrait renforcer sa politique d’achat en
étant plus exigeant face aux industriels, afin de les rendre plus
compétitifs dans un monde nécessairement concurrentiel à l’exportation,
tout en achetant le juste besoin au moindre coût pour les finances
publiques.
L’État devrait renforcer ses capacités de négociation avec les
industriels, souvent en situation de monopole, pour les achats de MCO
qui se sont complexifiés. Les efforts récents entrepris pour augmenter les
effectifs des enquêteurs de coûts doivent être poursuivis. Avec une
cinquantaine de personnels, ces effectifs restent significativement
inférieurs aux effectifs britanniques (près de 400) et allemands (une
centaine), alors que les enquêtes font leur preuve comme, par exemple,
celles menées en 2013 dans le cadre de la négociation du contrat de
MCO du VBCI, qui se sont avérées utiles pour la conduite des discussions
avec l’industriel. Il est donc nécessaire de redéployer les effectifs des
administrations centrales pour augmenter le nombre des enquêteurs de
coûts. Par ailleurs, la recommandation formulée par la Cour dans son
rapport public annuel de 2013, visant à renforcer, par voie législative et
règlementaire, les pouvoirs des enquêteurs de coûts, afin qu’ils puissent
intervenir également a priori sur les devis des nouveaux marchés n’a
toujours pas été mise en oeuvre, ce qui est regrettable. Les professionnels
des achats doivent aussi voir leur nombre augmenté au sein de la
SIMMT, du SSF et de la SIMMAD, ce qui peut être obtenu par
redéploiement des effectifs de ces structures centrales. Les acheteurs ne
sont actuellement qu’une cinquantaine à la SIMMT et au SSF et qu’une
vingtaine à la SIMMAD, ce qui semble peu au regard du volume d’achat
de MCO annuel de ces trois entités, qui représente en cumulé 3,2 Md€
par an.
Les structures porteuses du MCO devraient rechercher les
meilleures voies pour mieux acheter, en introduisant davantage de
concurrence et en globalisant les achats des armées, voire en étendant le
périmètre à d’autres administrations. La SIMMT a engagé pour le MCO
terrestre
une
démarche
de
recensement
des
composants,
dite
« ARCHER », qui permet d’avoir des arguments de négociation face aux
industriels lorsque certaines pièces de leur matériel se trouvent sur le
marché à un prix inférieur. Cette démarche mérite d’être approfondie et
adaptée pour les MCO naval et aéronautique. Le ministère de la défense
gagnerait aussi à davantage s’intéresser aux expériences du secteur civil
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92
COUR DES COMPTES
en matière de maintenance et à prendre en compte, dans la relation
partenariale à construire avec les industriels, la nécessité de donner de la
visibilité sur leur plan de charge, ce qui suppose la conclusion de
contrats de MCO pluriannuels.
Le MCO reste insuffisamment pris en considération dans les choix
d’investissement dans les nouveaux matériels, bien que ceux-ci
engendrent des conséquences lourdes pour l’entretien de ces matériels
tout au long de leur durée de vie. L’instruction 1516 de conduite des
programmes d’armement mise en place en 2010 a apporté des progrès
dans la prise en compte du MCO dès la conception des nouveaux
matériels.
Ces progrès sont récents dans la mesure où l’instruction 1516 ne
s’applique qu’aux programmes d’armement lancés depuis 2010, soit une
très faible partie des équipements des armées, qui sont pour la plupart
plus anciens, et où le poids du représentant du MCO dans le processus de
décision demeure insuffisant. Le MCO se trouve ainsi très souvent
contraint par les choix effectués dès la conception des nouveaux
matériels. Par ailleurs, l’articulation entre les contrats de maintenance
initiale relevant de la DGA et les contrats de maintenance en service
relevant des armées pourrait être améliorée, notamment en diminuant le
rythme des mutations des officiers maintenanciers et en améliorant les
procédures de transmission des dossiers entre la DGA et les armées.
Ces différents constats conduisent la Cour à formuler les
recommandations suivantes :
5.
prendre davantage en compte le MCO dès la phase de conception
des matériels en renforçant le rôle des maintenanciers au-delà de
ce qui est prévu dans l’instruction de conduite des programmes
d’armement 1516 ;
6.
améliorer l’enchaînement entre les contrats de maintenance
initiale et ceux de maintenance en service ;
7.
harmoniser les règles de maintenance entre les différentes armées;
8.
mieux contractualiser avec les industriels, en les mettant
davantage en concurrence, en regroupant les achats de prestations
ou de pièces détachées de manière transverse aux équipements et
aux armées, et en appliquant une politique de pénalités plus
exigeante ;
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CONSTRUIRE
93
9.
améliorer la capacité de négociation de l’État auprès des
industriels, en renforçant, par redéploiement d’effectifs, les
professionnels des achats et les enquêteurs de coûts, et en
renforçant, par voie législative et règlementaire, les prérogatives
des enquêteurs de coûts sur les marchés monopolistiques.
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.
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Conclusion générale
Dans son rapport public de 2004, la Cour des comptes dressait le
constat de la chute de disponibilité des principaux matériels militaires
depuis la fin des années 1990. Les causes identifiées alors étaient une
diminution relative de l’effort budgétaire consacré au MCO des matériels,
et des problèmes d’organisation propres au ministère de la défense.
Depuis, les dépenses budgétaires consacrées au MCO sont passées de
4,9 Md€
2012
en 2000 à 6 Md€
2012
en 2012 en euros constants et une
profonde réorganisation, tendant à organiser le MCO des matériels au
niveau interarmées par milieu, a été mise en place.
Malgré l’augmentation des dépenses, les résultats obtenus en
termes de disponibilité des matériels demeurent insuffisants au regard des
besoins opérationnels. Par ailleurs, la croissance continue des dépenses de
MCO, tant au niveau des achats et de l’entretien programmé des matériels
que de la masse salariale, malgré la suppression de 15 % des effectifs en
régie depuis 2008, risque de ne pas être soutenable au regard de la
ressource prévue par la loi de programmation militaire 2014-2019.
Les raisons de ces difficultés sont connues. Les conséquences sur
le MCO des décisions prises en termes de choix d’investissement dans les
matériels, d’implantations territoriales et de politique de l’État vis-à-vis
de l’industrie de défense, ne sont pas assez mesurées et prises en compte.
Il en résulte un parc de matériels hétérogènes, parfois vieillissants, soumis
à de multiples contraintes règlementaires et à un engagement opérationnel
intense qu’il est difficile et coûteux de maintenir. Ces matériels sont, par
ailleurs, dispersés sur l’ensemble du territoire, ce qui complique les flux
logistiques et alourdit les coûts fixes. La productivité des structures de
l’État qui interviennent pour les entretenir garde des capacités de
progression. Enfin, l’État, qui peine à concilier des impératifs
contradictoires vis-à-vis des industriels, ne met pas toujours en place une
politique d’achat suffisamment volontariste.
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96
COUR DES COMPTES
La Cour considère que les grands équilibres issus des réformes des
années 2000, et notamment la répartition des rôles entre la direction
générale de l’armement et les armées en matière de MCO, ne doivent pas
être remis en cause. Elle estime qu’une réorganisation supplémentaire ne
s’impose pas.
L’État détient donc trois leviers d’actions pour contenir les coûts et
assurer la soutenabilité de la politique de MCO dans le cadre de la
trajectoire budgétaire fixée par la LPM 2014-2019 : améliorer sa
performance interne, améliorer sa performance d’acheteur et rationaliser
ses parcs de matériel. Ce dernier levier touche au format des armées et a
déjà fait l’objet d’arbitrage dans le cadre de la LPM. Il convient donc de
mettre l’accent sur les deux premiers, ce que la Cour recommande de
faire en agissant principalement dans six domaines :
-
renforcer la connaissance des éléments de décision et de négociation :
mise en place d’une comptabilité analytique là où elle est absente,
mise en cohérence des multiples systèmes d’information ;
-
anticiper les besoins de maintenance par la prise en compte du MCO
dès la conception des équipements et par la planification des
opérations de maintenance préventive ;
-
« interarmiser » davantage l’entretien des équipements employés dans
plusieurs armées, notamment les aéronefs ;
-
réorganiser l’outil de production et de stockage du ministère :
réduire le nombre de sites et rechercher une
optimisation accrue des flux pour bénéficier des
effets d’échelle et de spécialisation ;
annoncer
sans
attendre
les
implantations
supprimées durant la loi de programmation
militaire 2014-2019 pour limiter les incertitudes,
bénéficier au maximum des départs naturels et
organiser au mieux les adaptations ;
mettre en oeuvre toutes les mesures destinées à
améliorer la productivité.
-
repenser la relation avec les fournisseurs extérieurs :
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CONCLUSION GENERALE
97
en faisant jouer davantage la concurrence, en
généralisant les démarches du type « Archer » ;
en conservant la propriété intellectuelle des
développements financés par le ministère de la
défense ;
en prévoyant et en appliquant des clauses de
pénalités significatives en cas de défaillance des
cocontractants ;
mais aussi en s’efforçant d’apporter une visibilité
renforcée à des entreprises qui ont-elles-mêmes
des programmes à organiser, des investissements
à prévoir et des sous-traitants sur lesquels elles
s’appuient ;
-
développer la réflexion sur les critères de décision à mettre en oeuvre
pour arbitrer entre la prolongation de matériels anciens d’entretien
coûteux, et l’achat d’équipements nouveaux plus performants mais
imposant une dépense immédiate plus lourde.
La Cour insiste sur l’importance de la gestion des ressources
humaines dans cette évolution.
Les regroupements de sites, comme la réduction du poids relatif
des fonctions centrales, sont par nature sensibles et appellent un pilotage
rapproché. Les arbitrages entre le recours à des personnels civils
contractuels ou à des militaires doivent prendre en compte la flexibilité de
ces agents pour s’adapter aux évolutions en cours comme aux besoins
éventuels de projection en opérations.
Le renforcement des équipes d’acheteurs suppose de bâtir des
parcours de carrière motivants, susceptibles d’attirer et de retenir des
professionnels de qualité très sollicités par le marché. La compréhension
par les gestionnaires du MCO des besoins des unités opérationnelles
suppose des échanges de personnels entre les deux activités. La fonction
et les parcours professionnels des personnels chargés de la maintenance
doivent être valorisés.
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Récapitulatif des recommandations
1.
fiabiliser les données relatives au coût complet, aux effectifs et à la
dépense budgétaire du MCO, en déployant des comptabilités
analytiques adaptées et en confiant un rôle de synthèse et d’expertise
dans chaque milieu à la SIMMT, au SSF et à la SIMMAD ;
2.
donner le plus rapidement possible aux acteurs du MCO une
visibilité de l’évolution de leurs effectifs et de la carte militaire à
l’horizon 2019, afin qu’ils puissent conduire efficacement les
restructurations nécessaires pour s’adapter au nouveau format des
armées ;
3.
engager résolument la réduction du nombre de sites, la densification
et la spécialisation des emprises de MCO, en fonction des besoins
des forces, en annonçant dès maintenant les fermetures devant
intervenir sur la durée de la LPM 2014-2019, afin de permettre aux
structures de MCO d’organiser dans la durée les opérations de
restructuration ;
4.
sur les sites pérennes, assurer le renouvellement de compétence des
personnels civils, là où le besoin est avéré, par le recours à des
personnels contractuels qualifiés ;
5.
prendre davantage en compte le MCO dès la phase de conception
des matériels en renforçant le rôle des maintenanciers au-delà de ce
qui est prévu dans l’instruction de conduite des programmes
d’armement 1516 ;
6.
améliorer l’enchaînement entre les contrats de maintenance initiale
et ceux de maintenance en service ;
7.
harmoniser les règles de maintenance entre les différentes armées ;
8.
mieux contractualiser avec les industriels, en les mettant davantage
en concurrence, en regroupant les achats de prestations ou de pièces
détachées de manière transverse aux équipements et aux armées, et
en appliquant une politique de pénalités plus exigeante ;
9.
améliorer la capacité de négociation de l’État auprès des industriels
en renforçant, par redéploiement d’effectifs, les professionnels des
achats et les enquêteurs de coûts, et en renforçant, par voie
législative et règlementaire, les prérogatives des enquêteurs de coûts
sur les marchés monopolistiques.
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Glossaire
AIA : atelier industriel de l’aéronautique
ALAVIA : Amiral commandant l’aéronautique navale
ALFAN : Amiral commandant la force d’action navale
ALFOST : Amiral commandant la force océanique stratégique
ALFUSCO : Amiral commandant les fusiliers marins commandos
AMF : atelier militaire de la flotte
AMX 10 RC : auto mitrailleuse de classe 10 tonnes roues canon
BEDC : bureau d’enquête de coûts
BITD : base industrielle et technologique de défense
BOP : budget opérationnel de programme
BSMAT : base de soutien du matériel
CAESAR : camion équipé d’un système d’artillerie
CEMA : Chef d’état-major des armées
CFT : commandement des forces terrestres
CGA : contrôle général des armées
COMALAT : commandement de l’aviation légère de l’armée de terre
CSFA : commandement du soutien des forces aériennes
DCMAT : direction centrale du matériel terrestre
DGA : délégation générale à l’armement (ou Délégué général pour
l’armement)
DLR : dossier lancement réalisation
DT : disponibilité technique
DTO : disponibilité technique opérationnelle
EMA : état-major des armées
EMAA : état-major de l’armée de l’air
EMAT : état-major de l’armée de terre
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102
COUR DES COMPTES
EMM : état-major de la marine
EPM : entretien programmé des matériels
ETPT : équivalent temps plein travaillé
FREMM : frégate européenne multi missions
IGF : inspection générale des finances
LPM : loi de programmation militaire
MCO : maintien en condition opérationnelle
MMAé : mission d’amélioration du MCO aéronautique
NSI : niveau de soutien industriel
NSO : niveau de soutien opérationnel
NT11, 2, 3 : niveau technique d’intervention n° 1, n° 2 et n° 3
PEGP : politique d’emploi et de gestion des parcs
RSS : responsable du soutien en service
RMAT : régiment du matériel
SCORPION : Synergie du contact renforcée par la polyvalence et
l’infovalorisation
SIAé : service industriel de l’aéronautique
SID : service d’infrastructure de la défense
SIMMAD : structure intégrée de maintien en condition opérationnelle des
matériels aéronautiques de la défense
SIMMT : structure intégrée du maintien en condition opérationnelle du
matériel terrestre
SLM : service logistique de la marine
SMITer : service de maintenance industrielle terrestre
SSF : service de soutien de la flotte
VAB : véhicule de l’avant blindé
VBCI : véhicule de combat d’infanterie
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RÉPONSES DES
ADMINISTRATIONS CONCERNÉES
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Sommaire
Réponse commune du ministre des finances et des comptes
publics et du secrétaire d’État chargé du budget, auprès du
ministre des finances et des comptes publics
107
Ministre de la défense
108
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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS CONCERNÉES
107
RÉPONSE COMMUNE DU MINISTRE DES FINANCES ET
DES COMPTES PUBLICS ET DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT
CHARGE DU BUDGET, AUPRES DU MINISTRE DES FINANCES
ET DES COMPTES PUBLICS
En premier lieu, la croissance continue des dépenses d'entretien
programmé des
matériels (EPM), mise en évidence au travers de votre
enquête, nous semble devoir être
interrogée. En effet, la Cour démontre
que la disponibilité et partant, le niveau d'activité des armées, n'ont pas
progressé dans les proportions attendues au regard de l'augmentation en
volume des moyens financiers alloués au maintien en condition
opérationnelle (MCO) depuis les années 2000.
S'agissant de l'évolution du coût des facteurs, elle doit nous
semble-t-il être
considérée avec prudence. En effet, nous considérons
qu'aucun é1ément réglementaire ni
jurisprudentiel ne permet de justifier
une inflation durablement supérieure, dans le
domaine de la maintenance
des matériels militaires, à celle du reste de l'économie. Il
appartient donc
au ministère de la défense de négocier avec les industriels des formules
de révision des marchés acceptables et conformes aux réalités
économiques.
La Cour estime qu'une exigence accrue envers les fournisseurs de
maintenance
serait mieux à même de stimuler leur compétitivité et ainsi
d'assurer leur pérennité sur le long terme. Nous souscrivons pleinement à
cette analyse, qui appelle notamment un
effort accru pour maîtriser les
taux de marge dans le cadre des marchés passés en gré-à-gré, comme le
mettait en évidence le rapport public annuel de 2013. Nous rappelons
toutefois que le renforcement des effectifs d'acheteurs et d'enquêteurs de
coûts doit
s'effectuer par redéploiement au sein de la trajectoire
d'effectifs prévue par la loi de programmation militaire 2014-2019.
La Cour établit également que les dépenses de personnel n'ont pas
baissé en
dépit de la réduction des effectifs dédiés aux activités de
maintenance. Nous notons que ce phénomène s'est observé, au cours de
la période 2008-2012, pour l'ensemble du
ministère et qu'il appelle, par
conséquent, des réponses transverses.
S'agissant des restructurations à opérer dans le cadre de la loi de
programmation
militaire 2014-2019, nous rejoignons la recommandation
de
la
Cour
d'annoncer
les
restructurations
dans
une
logique
pluriannuelle. Une telle publicité donnerait en effet la
visibilité
nécessaire aux agents et à leur gestionnaire et crédibiliserait ainsi la
réalisation
du schéma d'emplois du ministère.
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108
COUR DES COMPTES
RÉPONSE DU MINISTRE DE LA DÉFENSE
Je souscris globalement à l'analyse de la Cour.
Ce rapport confirme notamment :
- la recommandation générale, déjà engagée, de renforcer la prise
en compte du MCO dès la conception des matériels ;
- la
préconisation
de
conserver
les
grands
équilibres
organisationnels du MCO des matériels, qui s'inscrit dans les décisions
récentes d'améliorer sa gouvernance par milieu ;
- la nécessité de déployer des comptabilités analytiques adaptées
au sein des services en charge du MCO.
Afin de poursuivre la réduction des coûts du MCO des matériels,
les mesures suivantes sont d'ores et déjà mises en oeuvre :
- budget et maîtrise des coûts : l'objectif premier est de mieux
caractériser le lien physico-financier et de fiabiliser la programmation
budgétaire du MCO. L'analyse des conséquences (physiques et
financières) sera systématisée lors de l'actualisation des programmes
budgétaires (P146, P178). Elle devra permettre de renforcer la
cohérence acquisition/soutien ;
- politique de contractualisation : la capacité de négociation de
l'État sera renforcée en rapprochant les processus d'acquisition, de
rénovation et de soutien des matériels ;
-
professionnalisation des acteurs : l'objectif prioritaire, dans un
contexte de ressources humaines fortement contraintes, est de porter une
attention toute particulière au maintien des compétences des acteurs de
l'État maître d'ouvrage. L'acquisition des prestations de MCO nécessite
de recourir à des expertises métiers similaires à celles requises pour
l'acquisition des armements (managers, spécificateurs, coordonnateurs
physico-financiers, acheteurs, experts techniques, experts financiers...) :
dès lors, la gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC)
mise en oeuvre à la Direction générale de l'armement (DGA) sera étendue
à l'ensemble du domaine MCO. Ces mesures permettront notamment de
« bâtir des parcours de carrière motivants, susceptibles d'attirer et de
retenir des professionnels de qualité », comme le recommande la Cour.
Plusieurs mesures font l'objet de plans d'action particuliers suivis
au niveau ministériel.
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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS CONCERNÉES
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Le recours à une comptabilité analytique est un outil important,
notamment pour éclairer le choix entre le renouvellement des matériels et
leur prolongation. Le projet de comptabilité analytique engagé par le
ministère a connu des avancées significatives ces derniers mois. En effet,
dans le cadre du chantier interministériel piloté par l'Agence pour
l'informatique
financière
de
l'État
(AIFE),
une
opération
de
préconception a été réalisée et a permis de qualifier un nouveau module
de Chorus (« SAP/PCM ») pour répondre aux besoins exprimés en
matière de comptabilité analytique par différentes entités pilotes, au rang
desquelles la Structure intégrée de maintenance des matériels terrestres
(SIMMT). Le déploiement de comptabilités analytiques est intégré dans le
cadre du projet ministériel ad hoc piloté par la direction de projet
Aramis, pour assurer la cohérence globale du dispositif.
Concernant la méthode de calcul des coûts de MCO, des travaux
ont notamment été engagés dans les trois services de soutien ; à titre
d'exemple, la SIMMT a réalisé en lien avec l'AIFE un démonstrateur sur
une famille de matériels donnés, appuyée d'un support pédagogique et
d'une fiche méthodologique. Ces travaux sont en cours de finalisation et
de validation au sein de la SIMMT et permettront d'illustrer les
utilisations possibles des données produites. S'agissant de faire réaliser
des systèmes complexes, à longue durée de vie et destinés à être mis en
oeuvre dans un environnement évolutif, la détermination de leur coût
global - dont leur coût de soutien - ne peut résulter que d'une démarche
de construction progressive, permettant d'affiner continûment les modèles
correspondants.
La démarche de rationalisation des structures et des fonctions
essentielles du MCO a déjà été engagée pour réduire les coûts et créer
les conditions de récupération des marges indispensables à la satisfaction
in fine d'un besoin opérationnel qui n'a pas décru au cours des dernières
années. La réorganisation de la chaîne logistique, à l'intersection de
plusieurs réformes, entre dans une dynamique plus vaste qui vise à
préserver la cohérence entre les ressources allouées, les capacités
opérationnelles et les missions des armées. Toutefois, la réduction du
nombre de sites doit s'intégrer dans l'ensemble des restructurations du
ministère et prendre en compte la totalité des éléments de ce dossier, qui
vont au-delà du seul domaine du MCO.
Concernant
plus
particulièrement
le
Service
industriel
de
l'aéronautique (SIAé), une logique industrielle doit prévaloir, le
dimensionnement du service devant être effectué en regard des prévisions
de commandes.
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COUR DES COMPTES
En ce qui concerne l'harmonisation des règles de maintenance
entre les différentes armées, à titre d'illustration, le chef d'état-major de
l'armée de l'air s'est vu confier la responsabilité de synthétiser les besoins
de chaque armée et de contrôler la performance du MCO aéronautique,
lequel constitue, en termes financiers, une part majeure du MCO des
matériels.
Sur le fait que le MCO soit contraint, selon la Cour, par les choix
effectués lors de la conception des nouveaux matériels, la conception des
systèmes d'armes prévoit, dès l'origine des programmes, la mise en oeuvre
d'une démarche de soutien logistique intégré (SLI), visant à prendre en
compte dans les choix de conception les besoins de soutien exprimés par
les forces. Ces choix ne se limitent pas aux caractéristiques techniques
des équipements mais portent également sur l'organisation étatique du
soutien.
Les
choix
d'organisation
sont
en
effet
directement
dimensionnants sur les stocks de rechanges comme sur les effectifs de
maintenanciers opérationnels et les rémunérations et charges sociales
(RCS) correspondantes. Or, pour exprimer ces besoins organisationnels,
les responsables du soutien en service (RSS) doivent être présents au sein
des équipes de programmes intégrées (EDPI), dès leur constitution.
Enfin, si le rôle de synthèse des dépenses constatées (EPM & RCS)
incombe naturellement aux structures de soutien, l'estimation du coût
global des systèmes d'armes nécessite des compétences spécifiques en
modélisation des coûts et s'inscrit dans un processus continu sur le cycle
de vie, dont la DGA est responsable. Le maintien d'un acteur unique est
nécessaire pour garantir une cohérence sur ce cycle de vie, dès les
premiers stades des programmes.
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