2.
Les maisons
des adolescents :
une réponse de première
ligne pour les jeunes
en mal-être
Période de développement et de transition vers l’âge
adulte, l’adolescence constitue parfois une phase de
questionnement et de vulnérabilité qui nécessite un
accompagnement adapté. Structures d’accueil intervenant
dans le domaine sanitaire et social créées progressivement
depuis le début des années 2000 pour répondre à ce besoin,
les maisons des adolescents (MDA) accueillent, écoutent et
orientent les jeunes de 11 à 21, voire 25 ans, leurs familles
et les professionnels qui les accompagnent. En 2024, on
en comptait 123 en activité. Financées principalement par
l’assurance maladie, elles interviennent pour la plupart à
l’échelle départementale.
39
Proposant une approche globale de la santé des jeunes, ces structures répondent,
depuis la crise sanitaire, à la demande croissante de jeunes en situation de mal-
être, dans un contexte de difficultés d’accès à des prises en charge spécialisées.
Anxiété scolaire, conflits familiaux, inquiétudes liées à l’actualité, isolement
social… le mal-être des jeunes prend des formes variées dans ses causes et ses
manifestations, ce qui rend indispensable un repérage par des professionnels
compétents.
Dans un entretien de septembre 2023 accordé au média en ligne HugoDécrypte,
le Président de la République a ainsi qualifié les maisons des adolescents d’acteur
central de la prévention des troubles psychiques chez les jeunes.
L’enquête réalisée par la Cour des comptes et cinq chambres régionales des
comptes
1
vise à apprécier la pertinence de l’accueil généraliste proposé par les
maisons des adolescents (I) ainsi qu’à identifier des pistes d’amélioration des par-
cours des jeunes (II) et de l’efficience du service rendu (III).
40
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
1.
Enquête réalisée auprès de seize MDA par les chambres régionales des comptes Bourgogne-Franche-
Comté, Normandie, Occitanie, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, complétée par des entretiens
avec d’autres MDA, l’association nationale les représentant (ANMDA), des administrations centrales, des
agences régionales de santé, des financeurs et des partenaires du dispositif.
41
Chiffres clés
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
123
MAISONS DES
ADOLESCENTS
10
personnes
à temps plein
en moyenne par structure
(+ 37 % depuis 2018)
84
M€
budget par an (+ 44 % de
budget moyen depuis 2018)
Source : Cour des comptes
à partir des données de l’ANMDA
et du ministère de la santé
100 000
jeunes accompagnés par an
(+ 18 % depuis 2018)
17 %
autres structures
36 %
associations
5 %
départements
42 %
centres hospitaliers
I.
Un dispositif souple destiné aux
problématiques adolescentes
Conçues comme un dispositif flexible, les maisons des adolescents constituent des
structures d’accompagnement pluridisciplinaire des jeunes et de leur entourage.
Leur activité a connu une forte croissance. Leur offre s’est adaptée pour répondre
à l’expression protéiforme du mal-être de certains adolescents.
A.
Des espaces d’accueil et de prévention
Le concept de maison des adolescents est né au tournant des années 2000, à partir
d’initiatives locales. Il s’agissait de répondre, par une approche globale de la santé
2
,
à la demande de soins des adolescents, en leur donnant accès à une équipe pluri-
disciplinaire réunie dans un lieu unique, décloisonnant ainsi les différents champs
concernés (psychiatrie, social, judiciaire, sanitaire et médico-social). Les maisons
des adolescents doivent s’articuler avec de nombreux dispositifs sanitaires
3
ou
d’information et d’orientation, à vocation généraliste ou spécialisée, à destination
des adolescents et des jeunes adultes
4
.
Ces structures bénéficient d’une grande liberté dans leur mode d’organisation et
de fonctionnement. Leur cadre d’intervention n’est pas fixé par la loi ou le règle-
ment, mais par deux cahiers des charges (2005 et 2016), annexés à des circulaires
et juridiquement peu contraignants. Les premières MDA ont été créées au sein de
structures hospitalières. Leur développement sous une forme associative, orientée
vers le secteur social, a contribué à l’élargissement progressif de leur activité.
Leur mission consiste à répondre aux besoins des personnes reçues par un travail
d’écoute, d’évaluation et d’orientation. L’accompagnement individuel vise à orienter
les jeunes et leur entourage vers la solution la plus adaptée à leur situation. Il débute
généralement par un premier entretien, dit d’évaluation, à l’issue duquel le jeune
peut être dirigé vers un professionnel de la MDA ou d’une institution partenaire.
42
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
2.
Cette orientation est conforme au préambule de la constitution de l’OMS, entrée en vigueur le 7 avril 1948,
selon lequel «
la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement
en une absence de maladie ou d’infirmité ».
3.
Notamment les centres médico-psycho-pédagogiques, les centres médico-psychologiques infanto-
juvéniles et les centres d’accueil et de soins pour adolescents.
4.
Par exemple, les bureaux et points information jeunesse, les espaces santé jeunes, les points accueil
écoute jeunes, les centres de planification et d’éducation familiale, les consultations jeunes consommateurs
ou encore les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic.
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
43
Une mission d’orientation essentielle
« Depuis la première fois que je suis venue ici, tout a changé et en bien, les
personnes qui m’ont suivie m’ont beaucoup aidée et montré les démarches
à suivre pour mon cas. Ça m’a permis de sortir d’une situation très difficile
dans la maison familiale et actuellement je suis suivie aussi par un autre
organisme ». (une femme de 18 ans).
« La présence d’intervenants extérieurs [est un atout], comme la sophrologue
qui en-dehors de la MDA m’a prise en charge quelquefois à son cabinet
n’oubliant pas que j’étais de la MDA pour avoir des horaires plus vastes à me
consacrer. Cela m’a énormément aidée. Aujourd’hui n’ayant plus de suivi, je
reste accueillie par la MDA lorsque je le souhaite ». (une fille de 16 ans).
« Je trouve que le personnel est très accueillant et compréhensif, ils m’ont
apporté plusieurs solutions auxquelles je n’avais pas pensé. » (une fille de
15 ans).
« L’accès à un rendez-vous avec un psychiatre est plus simple si l’on passe par
le biais de la MDA, le fait de suivre un psychologue ici m’a permis de voir un
psychiatre » (une fille de 16 ans).
« Analyse dès le premier coup de fil pour orienter sur le bon professionnel,
orientation plus précise sur le premier entretien avec définition de deux
rendez-vous planifiés, très bonne prise en charge. » (un parent d’une fille de
12 ans).
« Dommage qu’à une certaine étape la maison des ados ne sache plus
accompagner. » (un parent d’une fille de 14 ans).
« Je trouve dommage que la MDA n’ait pas la possibilité de mettre en lien
l’enfant avec un professionnel pouvant réaliser un bilan neuropsychologique
et/ou une association qui aiderait tant dans la démarche que
financièrement » (un parent d’une fille de 11 ans).
Dans le cas d’une orientation en interne, un objectif de cinq à six consultations
maximum est souvent affiché et généralement respecté (la moyenne est de
4,4 séances), malgré d’importantes disparités. La réalisation de plusieurs séances
est parfois justifiée par le temps requis pour conduire le jeune ou son entourage à
accepter une orientation vers un dispositif dont la connotation psychologique ou
psychiatrique peut constituer un facteur de rejet ou pour assurer une continuité
de la prise en charge dans l’attente de disponibilités dans un organisme adapté.
44
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
SCHÉMA N° 1 | Illustration du parcours d’accompagnement d’une famille
par une maison des adolescents
Association
École
URGENCES
H
Suivi / prise
en charge
de premier
niveau
Léa
obtient
un entretien d’évaluation
auprès de la MDA.
Léa
bénéficie
de 3 séances
auprès
d’un psychologue
de la MDA.
Léa
, 15 ans, sou
ff
re
d’anxiété scolaire. Elle se
confie à une infirmière
de son collège qui la met
en relation avec la MDA.
La MDA oriente
Léa
vers
un professionnel libéral
pour un suivi à plus long
terme.
Le soutien
aux parents
peut
se poursuivre dans la durée
avec les enfants.
Soutien
de moyen
et long terme
M
D
A
Accueil
Ses parents, Béatrice
et Simon
, peuvent être
accueillis par un éducateur
spécialisé et un assistant
social de la MDA.
Source : Cour des comptes, à partir des constats établis par les chambres régionales des comptes
Les MDA proposent également des actions collectives, par exemple pour offrir
aux jeunes un cadre d’expression alternatif (90 % des MDA), complétant l’accueil
individuel. La MDA du Gard organise ainsi des ateliers collectifs d’art-thérapie et
de sophrologie. Il peut également s’agir, sur différentes thématiques, d’actions de
prévention auprès des jeunes (89 % des MDA) et de sensibilisation des profession-
nels
5
(60 % des MDA).
5.
Les relations avec le réseau des professionnels se nouent généralement dans le cadre de partenariats,
le plus fréquemment avec l’Éducation nationale, les points accueil-écoute jeunes ou encore les services de
psychiatrie infanto-juvénile. Cette logique partenariale s’étend parfois à une grande diversité d’acteurs. Ainsi,
en 2023, la MDA de l’Aude entretenait des liens avec 232 partenaires, alors qu’elle en comptait 65 en 2019.
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
45
Composés, en moyenne, de 9,6 équivalents temps plein (ETP), les effectifs des
MDA présentent une grande hétérogénéité. 69 % d’entre elles bénéficient de
mises à disposition de personnels, pour en moyenne deux ETP, contre 7,6 pour les
personnels salariés. 6 % des MDA ne fonctionnent qu’avec des mises à disposition
6
.
Les maisons des adolescents ont cependant toutes en commun de regrouper des
professionnels issus de différentes disciplines. Cela se traduit souvent par la pré-
sence de temps de médecin, de psychologue et d’infirmier ce qui donne au dispositif
une orientation principalement sanitaire. Elle est complétée par une dimension
socio-éducative, du fait de la présence importante d’éducateurs spécialisés et, dans
une moindre mesure, d’assistants sociaux.
TABLEAU N° 1 | Les professionnels des MDA
Médecin
Psychologue
Infirmiers
Éducateurs
spécialisés
Assistants
sociaux
Juristes
Taux de
représentation
de la profession
75,8 %
97,1 %
86,4 %
92,2 %
41,8 %
12,6 %
Nombre d’ETP
moyen
2,1
1,5
2,1
0,4
0,03
0,4
Source : Cour des comptes, à partir des données de l’association nationale des maisons des
adolescents
Favorisant l’identification de la solution la plus appropriée pour le jeune, la
coordination des professionnels est essentielle et doit bénéficier d’un temps
spécifique régulier. Ce rôle est souvent assuré par le médecin présent dans le
dispositif. 64 % des maisons des adolescents indiquent procéder, « toujours » ou
« souvent », à un suivi pluriprofessionnel des personnes accompagnées.
Les temps d’échange formels ou informels entre professionnels de la MDA
contribuent également au développement d’une culture partagée de l’accom-
pagnement. Certaines maisons des adolescents, comme celle de la Sarthe, ont
par exemple élaboré une grille d’entretien commune à tous les professionnels,
afin de mettre en œuvre un accueil généraliste.
B.
Un recours croissant des jeunes aux MDA
Les contrôles réalisés dans le cadre de l’enquête ont mis en lumière l’hétérogénéité
des pratiques de suivi d’activité des maisons des adolescents et le manque de fiabilité
des données recueillies. S’il convient de les considérer avec prudence, les données
d’activité permettent cependant d’établir une montée en puissance progressive du
dispositif depuis sa création.
6.
Données de l’ANMDA.
46
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
Les MDA accompagnent chaque année environ 100 000 jeunes à titre individuel
7
,
soit une augmentation de près de 20 % depuis 2018
8
. À titre d’exemple, la file active
9
de la maison des adolescents du Havre a augmenté de 38 % entre 2019 et 2023.
Le nombre de jeunes pris en charge par MDA varie de quelques centaines à plu-
sieurs milliers par an. Avec un âge moyen de 15,4 ans, la plupart des adolescents
reçus sont des collégiens ou des lycéens. Certaines MDA, comme dans la Vienne,
se présentent comme maisons des adolescents et des jeunes adultes, dans le but
de favoriser une meilleure appropriation de ce dispositif par les jeunes majeurs.
Les actions collectives se développent également, permettant d’élargir le public
concerné. Ainsi, la maison des adolescents du Doubs a reçu cinq fois plus de jeunes
dans le cadre d’actions collectives (3 145 en 2023) qu’en entretien individuel (577).
L’augmentation des demandes d’entretien au sein des MDA s’inscrit dans un
contexte de hausse de l’expression du mal-être, bien que près de neuf jeunes sur
dix se considèrent en bonne santé
10
. Dans son rapport sur la pédopsychiatrie publié
en 2023
11
, la Cour relevait que le nombre de passages aux urgences pour troubles
psychiques chez les moins de 18 ans avait augmenté de 65 % entre 2016 et 2021,
contre 4 % pour l’ensemble des passages tous motifs confondus.
Les données relatives aux idées suicidaires et aux hospitalisations de jeunes pour
geste suicidaire mettent également en évidence une dégradation de la situation
depuis la crise sanitaire : 22 % des 15-24 ans présentaient des syndromes dépressifs
à la fin du premier confinement, en mai 2020, et, dans les mois suivants, ce taux est
resté supérieur à son niveau d’avant l’épidémie (14 % en juillet 2021 contre 10 %
en 2019)
12
.
Les acteurs rencontrés ont aussi souligné, au-delà de l’aggravation du mal-être,
les effets d’une déstigmatisation de la psychiatrie, conduisant les jeunes à solliciter
davantage les structures sanitaires.
Dans la très grande majorité des MDA, et depuis l’origine du dispositif, les adoles-
centes accueillies sont plus nombreuses que les adolescents. Elles représentent
généralement près des deux tiers des jeunes fréquentant la maison des adolescents.
Cette situation n’est pas totalement objectivée, mais pourrait s’expliquer en partie
par des différences dans le vécu de l’adolescence et la capacité à solliciter l’appui
d’un tiers pour répondre aux questionnements qu’elle génère.
7.
La Cour avait relevé dans son rapport sur la pédopsychiatrie de 2023 que le nombre de patients suivis
en centre médico-psychologique (CMP) infanto-juvénile était de 522 756 en 2021. Celui des personnes
accompagnées en centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) s’élevait à 112 128 en 2019.
8.
Source : ANMDA.
9.
La file active désigne le nombre total de personnes prises en charge dans une structure donnée au cours
d’une année (en l’occurrence, jeunes et entourage).
10.
Voir par exemple le baromètre d’opinion de la Drees 2022 et l’enquête
« EnCLASS »
, 2022.
11. Cour des comptes,
La pédopsychiatrie – Un accès et une offre de soins à réorganiser
, communication à la
commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, mars 2023.
12.
DREES,
Les dossiers de la Drees
, n° 102,
L’état de santé de la population en France à l’aune des inégalités
sociales
, septembre 2022.
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
47
Des adolescentes plus nombreuses à recourir aux MDA
Les adolescentes, déjà considérées comme une population à risque,
semblent particulièrement touchées par la dégradation de la santé mentale
et du bien-être constatée ces dernières années
13
. Cette hausse concerne
tout le territoire, les différents niveaux socio-économiques, mais aussi
tous les modes opératoires et niveaux de gravité
14
. En psychiatrie, le taux
d’hospitalisation pour geste auto-infligé des filles de 10 à 19 ans a doublé
entre 2012 et 2020 puis de nouveau entre 2020 et 2022, alors même que
celui des autres catégories d’âge et de sexe était relativement stable, voire
en diminution, depuis plus de dix ans
15
.
C.
Des lieux d’expression du mal-être reconnus
par leurs bénéficiaires mais dont l’impact
en matière de santé publique n’est pas évalué
Malgré les dispositions du cahier des charges, il n’existe pas de recueil des données
d’activité des maisons des adolescents au niveau national
16
, ni d’outil de mesure de la
satisfaction des jeunes et de leur entourage. En l’absence de telles données, la Cour
a examiné la notoriété du dispositif et le niveau de satisfaction des bénéficiaires et
des partenaires par le biais de questionnaires.
La mesure de la satisfaction des bénéficiaires
Quatre questionnaires ont été élaborés. Deux s’adressaient aux
jeunes et aux familles accompagnés par les maisons des adolescents.
Ils ont été diffusés,
via
l’assocation nationale des maisons des
adolescents (ANMDA), aux 123 MDA réparties sur le territoire
national. 823 réponses de jeunes et 547 de membres de leur
entourage ont été recueillies, provenant de 73 départements.
Deux autres questionnaires ont été envoyés aux professionnels de
l’Éducation nationale et aux médecins, qui constituent, avec les centres
médico-psychologiques, les trois principaux partenaires des MDA.
13.
D’après l’enquête EnCLASS 2022, 30,9 % des filles et 17,4 % des garçons ont eu des pensées suicidaires
au cours de l’année écoulée.
14.
Santé publique France,
Bulletin de santé publique,
février 2023.
15.
DREES,
Études et Résultats
, mai 2024, n° 1300,
Hospitalisations pour geste auto-infligé : une progression
inédite chez les adolescentes et les jeunes femmes en 2021 et 2022
.
16.
Selon la DGOS, la constitution d’un rapport d’activité national est toutefois envisagée dans le cadre des
réflexions sur le renouvellement du cahier des charges. Des scénarios alternatifs sont également explorés,
tels que la mise en place d’un rapport d’activités en région assorti de la transmission d’indicateurs au niveau
national ou l’annualisation des remontées de données auprès de l’ANMDA.
48
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
Ces questionnaires ont été respectivement diffusés
via
la direction générale
de l’enseignement scolaire et le conseil national de l’ordre des médecins.
3 035 réponses d’agents du ministère de l’éducation nationale
17
et
1 279 réponses de médecins
18
ont été recueillies.
Les sondages réalisés par la Cour auprès des jeunes, de leur entourage et des pro-
fessionnels témoignent de la diversité des thèmes abordés au sein des maisons des
adolescents (santé mentale, difficulté d’apprentissage, violences, santé somatique,
etc.) et des dimensions de leur environnement (école, famille, travail, etc.).
GRAPHIQUE N° 1 | Les sujets évoqués par les jeunes au sein des MDA
(plusieurs réponses possibles)
Mal-être, estime
de soi, anxiété
Relations familiales
Scolarité
Relations amicales
Violence, harcèlement
Relations amoureuses, sexualité,
contraception, première fois…
Troubles
comportement
Addictions, usages de
psychoactifs ou abus des écrans
Discrimination
Identité de genre
Réseaux sociaux
du
produits
alimentaire
Autre
0
100
200
300
400
500
600
700
72 %
21 %
10 %
7 %
6 %
10 %
68 %
51 %
33 %
25 %
24 %
5 %
Source : questionnaire adressé aux jeunes fréquentant les MDA par la Cour des comptes
17.
Les réponses ont été apportées par 2 241 infirmiers, 433 assistants de service social, 293 psychologues,
22 médecins, 12 conseillers principaux d’éducation. 34 réponses d’autres professionnels, non identifiés, ont
également été reçues.
18.
Dont 890 réponses de médecins généralistes, 201 réponses de psychiatres et 108 réponses de pédiatres.
Des réponses ont été obtenues dans 79 départements mais cinq départements totalisent près de 55 % des
réponses (Loire-Atlantique 25 %, Gironde 9 %, Finistère 8 %, Haute-Savoie 7 %, Doubs 6 %).
Les MDA adaptent leurs pratiques à des problématiques émergentes, tels le refus
scolaire anxieux ou les troubles du comportement alimentaire. À titre d’exemple,
la maison des adolescents de la Sarthe organise des ateliers de remobilisation
scolaire pour les jeunes déscolarisés.
Les MDA sont bien identifiées par leurs bénéficiaires potentiels. D’après l’enquête
réalisée par la Cour auprès de 1 011 jeunes âgés de 15 à 25 ans, près de deux jeunes
sur trois indiquent savoir ce qu’est une maison des adolescents
19
. Elles accueillent
chaque année, sur le plan national, environ 0,8 % des jeunes âgés de 11 à 25 ans
en entretien individuel.
L’existence du dispositif est également connue par 98 % des professionnels de
l’Éducation nationale et 88 % des médecins interrogés par la Cour. Néanmoins,
seuls 40 % des médecins interrogés estiment avoir une connaissance précise du
contenu des activités des MDA (mais 72 % des psychiatres).
Les données collectées par la Cour auprès des jeunes et de leurs familles font
apparaître la satisfaction des bénéficiaires dans neuf cas sur dix. Les locaux, les
jours et les horaires d’accueil au public sont généralement considérés comme
adaptés. Par ailleurs, plus de sept professionnels sur dix ayant orienté un jeune
20
vers la maison des adolescents estiment que ces orientations ont été bénéfiques
pour l’intéressé.
L’originalité du modèle des maisons des adolescents repose sur sa souplesse et
sur sa pluridisciplinarité. Ces atouts favorisent la prise en compte des besoins des
usagers. La qualité du service rendu se traduit notamment par le haut niveau de
satisfaction exprimé. La réalisation d’une étude de l’impact sanitaire du dispositif
serait toutefois utile au regard de l’importance de la prévention et du repérage
précoce des troubles
21
. Les bénéfices sociaux attendus des maisons des adolescents
pourraient également être objectivés.
II.
Des conditions d’entrée dans le parcours
d’accompagnement à améliorer
Le rôle des maisons des adolescents est de favoriser l’entrée des jeunes et de leur
entourage dans un parcours d’accompagnement adapté à leurs besoins. Si tous
les départements sont désormais couverts, l’égal accès des publics aux MDA n’est
à ce jour pas garanti. En effet, des efforts doivent être consentis afin d’améliorer
l’accessibilité du dispositif, de garantir sa réactivité et de clarifier l’offre de service
à destination de l’adolescence.
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
49
19.
À la question
« savez-vous ce qu’est une MDA ? »
, 30 % des jeunes ont répondu
« oui et je vois bien de quoi il
s’agit »
, 32 %
« oui mais je ne vois pas bien de quoi il s’agit »
, 37 %
« non pas du tout »
, 1 %
« ne se prononce pas »
.
20.
91 % des professionnels de l’Éducation nationale et deux tiers des médecins interrogés ont déjà orienté
des jeunes vers une MDA.
21.
Marco Solmi et al.,
Age at onset of mental disorders worldwide: large-scale metaanalysis of 192 epidemiological
studies, Molecular Psychiatry
(2022) 27:281–295 : 35 % des pathologies psychiatriques adultes débutent avant
14 ans, 48 % avant 18 ans et 62,5 % avant 25 ans.
50
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
A.
Un accès au service à garantir
Les maisons des adolescents doivent être facilement accessibles pour les popula-
tions qu’elles ciblent, à proximité des transports en commun et des établissements
d’enseignement. Les contrôles réalisés dans le cadre de l’enquête montrent que le
travail de diagnostic territorial préalable est souvent insuffisant alors qu’il devrait
être déterminant pour définir les choix d’implantation.
La part des jeunes fréquentant la MDA, variant de 0,1 % à 6,6 % selon les départe-
ments, témoigne de l’hétérogénéité des situations. Ces indicateurs de taux de recours
peuvent découler de nombreux paramètres extérieurs à la maison des adolescents
(caractéristiques socio-démographiques du département, offre d’accompagnement
et de prise en charge sanitaire disponible, qualité des réseaux de transports, etc.). Ils
dépendent également de ses choix d’organisation.
CARTE N° 1 | Taux de recours départemental en 2023 (en %)
Guadeloupe
Martinique
Guyane
Mayotte
La Réunion
Taux de recours
0,1
0,4
0,7
0,9
1,1
1,5
2,0
6,6
Source : Cour des comptes, à partir de données ANMDA et Insee
Commentaire : ce taux de recours rapporte la file active des MDA à la population des 11-25 ans.
Les données concernant les départements en gris n’étaient pas disponibles.
L’implantation du site principal d’une maison des adolescents dans une grande
ville permet généralement d’en garantir l’accès à de nombreux jeunes. Elles sont
cependant moins accessibles aux habitants des zones rurales. Les stratégies de
développement territorial devraient donc être construites en cohérence avec
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
51
les besoins des jeunes. Un suivi par les agences régionales de santé des taux de
recours au dispositif à l’échelle du bassin de vie pourrait être mis en place, avec
l’instauration d’un taux cible minimal
22
.
Une accessibilité à renforcer
« Il faudrait qu’il y ait des MDA dans plus de villes car pas facile de faire
30 minutes de route quand on habite en campagne et qu’il n’y a pas de bus.
Ou un bus itinérant » (parent d’une fille de 13 ans).
« [Il faudrait] maintenir des points d’écoute accessibles pour les jeunes et
leurs parents » (parent d’un garçon de 17 ans).
« Relance nécessaire pour avoir un rendez-vous. Accueil téléphonique
injoignable. Pas de confirmation des rendez-vous par mail/SMS. Créneaux de
rendez-vous en plein pendant les journées de cours » (parent d’un garçon de
16 ans).
« [Il faudrait] inscrire à l’entrée de l’impasse qu’il y a la maison des
adolescents » (parent d’une fille de 13 ans).
« Je pense qu’être plus actif sur les réseaux sociaux permettrait à nous,
jeunes, d’avoir accès plus facilement aux informations concernant ces
structures et aux actions qu’elles proposent » (jeune femme de 19 ans).
L’amélioration de l’accessibilité du service pourrait notamment résulter d’un
renforcement des démarches « d’aller-vers »
23
d’ores et déjà engagées par de
nombreuses MDA afin de réduire les zones non couvertes. Certaines d’entre elles
déploient une équipe mobile départementale, par exemple dans l’Aude (bus), voire
interdépartementale, comme dans le Gard, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône
24
.
Elles disposent souvent d’antennes ou de permanences pour diversifier leurs lieux
d’accueil sur les territoires, en bénéficiant de mises à disposition de locaux par
des collectivités locales. Des interventions dans certains établissements scolaires
ou dans des secteurs de précarité importante, tels les quartiers prioritaires de la
politique de la ville, sont également organisées.
Le réseau des établissements scolaires constitue le vecteur principal de maillage
du territoire s’agissant des jeunes mineurs. De nombreuses initiatives partenariales
existent entre les maisons des adolescents et les professionnels de l’Éducation
nationale. A titre d’exemple, l’équipe mobile de la MDA de la Nièvre est intervenue
auprès de 35 établissements scolaires en 2022, pour l’accueil de jeunes dans un
camping-car garé à l’extérieur des établissements.
22.
Au regard des constats effectués par les chambres régionales des comptes, une valeur cible minimale de
l’ordre de 0,5 % pourrait être envisagée.
23.
La notion d’aller-vers correspond au fait de sortir d’une logique de guichet pour aller au-devant des
personnes.
24.
Ces MDA ont créé en 2021 une équipe mobile commune dite de
« prévention évaluation coordination »
.
Chaque MDA met à disposition à mi-temps un psychologue, un infirmier, un éducateur spécialisé (4,5 ETP)
pour des actions d’accueil individuel et de prévention, notamment au sein d’établissements scolaires.
En l’absence de doctrine nationale uniforme, d’importantes différences ont été
constatées entre les territoires en matière d’accès aux établissements scolaires
par la MDA. En s’appuyant sur les expériences concluantes, la Cour suggère de
définir les conditions dans lesquelles l’intervention des maisons des adolescents
est possible au sein des collèges et des lycées
25
.
Ces orientations s’inscrivent en cohérence avec les conclusions des
« Assises de la
santé de l’enfant et de la pédiatrie »
de mai 2024, qui prévoient d’augmenter les
crédits affectés aux MDA pour le déploiement d’équipes mobiles et encouragent
le conventionnement avec l’Éducation nationale.
Enfin, des modalités
« d’aller-vers »
numériques peuvent également être envisagées.
De nombreuses maisons des adolescents, comme en Ariège ou en Vendée, disposent
par exemple dans leurs effectifs de professionnels labellisés
« promeneur du net »
,
assurant un dialogue avec les jeunes sur les réseaux sociaux
26
.
B.
Une réactivité à préserver
L’un des principaux atouts des maison des adolescents est de pouvoir répondre
rapidement aux sollicitations qui leur sont adressées
27
, ce qui peut permettre d’évi-
ter certains passages aux urgences faute d’alternatives. Or, le positionnement des
MDA en première ligne les conduit à pallier partiellement les carences d’autres
acteurs chargés d’accompagner la souffrance adolescente, au risque d’amoindrir
la réactivité du dispositif.
La Cour a déjà souligné les difficultés importantes connues par certains de ces
partenaires des MDA, notamment la médecine scolaire
28
et la pédopsychiatrie.
Les effectifs de personnels de santé scolaire, en particulier, ont reculé entre 2018
et 2022. La hausse d’activité des MDA pourrait, à certains égards, être interprétée
comme un symptôme des limites du dispositif de santé scolaire, alors qu’elles n’ont
pas vocation à se substituer aux professionnels de l’Éducation nationale. Dans
les Pyrénées-Orientales, des permanences organisées par la MDA à la demande
d’établissements du second degré ont ainsi été arrêtées à la demande de l’agence
régionale de santé (ARS).
52
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
25.
La mise en place de formations de personnels de l’éducation nationale par les MDA et l’organisation de
réunions sur des situations complexes sont les options privilégiées à ce stade par le ministère de l’éducation
nationale, qui n’est pas favorable à la réalisation d’entretiens individuels au sein des établissements
scolaires.
26.
Ce dispositif, lancé en 2012, est piloté par les caisses d’allocations familiales. Un Promeneur du Net
est un professionnel de la jeunesse ou de la parentalité qui, au cours de son travail dans une structure,
accompagne les jeunes et les parents sur Internet et les réseaux sociaux.
27.
49 % des MDA ont un délai moyen de premier rendez-vous inférieur à deux semaines et 95 % inférieur à
un mois. 53 % MDA disposent de possibilités d’accueil rapide en moins de 48 heures si nécessaire.
28.
Cour des comptes,
Les médecins et les personnels de santé scolaire
, communication à la commission
des finances de l’Assemblée nationale, 27 mai 2020.
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
53
TABLEAU N° 2 | Évolution des effectifs de l’éducation nationale
(en ETP pour 1 000 élèves de collèges et lycées)
Catégorie de personnels
2018
2022
Évolution
0,53
0,50
- 4,6 %
Service social
1,39
1,36
- 2,2 %
Infirmiers
0,18
0,14
- 20,8 %
Médecins
Source : Cour des comptes, à partir des données du ministère de l’éducation nationale
Les fortes tensions sur l’activité de la psychiatrie infanto-juvénile ont également
des effets perceptibles sur le travail conduit par les maisons des adolescents.
Conséquence de l’allongement des délais de prise en charge par les centres
médico-psychologiques (le rapport de la Cour sur la pédopsychiatrie publié en
mars 2023 faisait état d’un délai d’attente moyen de 116 jours), les MDA accueillent
davantage de jeunes en grande souffrance. La nature des métiers exercés dans
ces structures se modifie ainsi, les conduisant à soutenir leurs personnels par la
mise en place de temps d’échanges sur leurs pratiques. La maison des adolescents
de Lozère a par exemple désigné une personne référente clinique intervenant
notamment auprès des accompagnants.
Cette évolution peut cependant compromettre la capacité des MDA à exercer leur
mission première et nuire à leur réactivité. Certaines maisons des adolescents,
comme celle de Haute-Garonne, ont ainsi mis en place une procédure de sélection
des demandes des jeunes, ce qui permet un recentrage sur les situations où leur
apport est le plus important. Ce type d’approche impose néanmoins une certaine
vigilance pour ne pas laisser des jeunes sans solution et requiert une articulation
fine avec les autres acteurs de l’adolescence.
L’absence d’objectifs clairement circonscrits par le cahier des charges conduit les
MDA à proposer de nouvelles formes d’accompagnement. La souplesse de leur
fonctionnement leur permet de s’adapter aux contextes locaux. Cela les amène
également à contribuer à pallier les difficultés rencontrées par d’autres institutions,
sortant ainsi du cadre strict de leurs missions. L’augmentation de l’activité des mai-
sons des adolescents peut alors s’interpréter en partie comme la conséquence des
difficultés des pouvoirs publics à résoudre la crise de la psychiatrie infanto-juvénile.
54
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
C.
Une lisibilité de l’offre à renforcer
Le foisonnement de dispositifs
29
concourt à affaiblir la lisibilité du positionnement
des MDA dans l’offre de soutien à la jeunesse et à la parentalité. Ayant constaté ce
phénomène dans son rapport consacré à la pédopsychiatrie publié en 2023, la Cour
avait souligné qu’une intégration progressive des différents dispositifs apporterait
un niveau de cohérence supplémentaire au parcours de soins des adolescents et
à sa coordination.
La répartition des compétences souffre souvent d’un manque de clarté pour le
public. Pour y remédier, les MDA ont noué des partenariats, par exemple avec
l’association Addictions France pour faciliter l’accès aux
« consultations jeunes
consommateurs »
dans le cadre de la lutte contre les conduites addictives. La
maison des adolescents de l’Aveyron a, quant à elle, créé, au premier semestre
2024, une maison des adolescents et des familles, regroupant à son siège plusieurs
associations intervenant dans ce secteur.
D’autres rapprochements peuvent être envisagés afin de rationaliser l’offre. À cet
égard, l’articulation des maisons des adolescents avec les Points Accueil-Écoute
Jeunes (PAEJ) pose des difficultés à ce jour non résolues, qui contribuent à la
fragmentation et au manque de lisibilité de l’offre.
Les Points Accueil-Écoute Jeunes
Créés en 1996, les PAEJ sont des structures de proximité, mettant en
œuvre des missions d’accueil et d’écoute généralistes auprès des jeunes et
de leur entourage.
Leur rôle est de préserver le lien avec le jeune, se proposer comme
interlocuteur, restaurer la confiance, accompagner ses démarches
d’inscription ou de réinscription sociale, soutenir l’exercice de son
autonomie et de sa liberté de choix. Les PAEJ jouent un rôle de prévention
globale et généraliste sur les territoires.
Leur gestion est assurée depuis 2021 par la Caisse nationale des allocations
familiales, qui a publié en 2024 un nouveau référentiel afin d’encadrer leur
action et les modalités de leur financement. Il existe environ 250 PAEJ
disposant d’un millier d’antennes sur le territoire.
29. Structures proposant un accueil (spécifique ou non aux jeunes), gratuit et anonyme et/ou confidentiel :
Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), Centres de planification et
d’éducation familiale (CPEF), Centres de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie
(CSAPA), Consultations jeunes consommateurs (CJC), Espaces santé jeunes (ESJ), Maisons départementales
de la solidarité (MDS), Points accueil écoute jeunes (PAEJ).
Les cahiers des charges des deux dispositifs traduisent la proximité de leur mode
d’intervention. Les publics visés, la pluridisciplinarité de leurs équipes et la nature
de leurs missions présentent d’importantes similitudes. Le référentiel d’agrément
des PAEJ invite d’ailleurs ces derniers à porter, à l’égard des MDA, une attention
particulière
« à leur articulation et leur complémentarité sur les territoires, pour
être lisible pour le public, les partenaires et les co-financeurs »
.
Cette préoccupation est partagée tant au niveau national, par les administrations
pilotes, qu’à l’échelle locale, par les structures elles-mêmes. Dans les territoires
où coexistent les deux offres, ce travail est souvent mené. Dans les Pyrénées-
Orientales, il se traduit notamment par un partage du territoire entre les dispositifs,
qui n’évite cependant pas certaines redondances.
Dans d’autres départements, comme en Lozère ou dans le Calvados, le constat de
la proximité des deux structures a conduit les acteurs locaux à s’organiser pour
assurer un portage commun. Cette configuration favorise la lisibilité pour le grand
public et la fluidité des accompagnements mais elle engendre des difficultés de
financement, de gestion et de suivi. Ainsi, les caisses d’allocations familiales et
les agences régionales de santé, pilotes respectifs des PAEJ et des maisons des
adolescents, exigent des comptes rendus financiers et d’activité distincts, alors
même que l’activité est intégrée.
Une fusion des MDA et des Points Accueil-Écoute Jeunes, dans le cadre d’un pilotage
partagé entre les financeurs, permettrait de surmonter ces difficultés. La création
d’un dispositif unifié favoriserait la constitution d’équipes mieux dotées, au bénéfice
de la pluridisciplinarité. La combinaison des missions et des savoir-faire des deux
dispositifs offrirait un accompagnement global aux bénéficiaires, en prévenant les
ruptures sociales et en facilitant, si nécessaire, l’entrée dans un parcours de soins.
La mise en place d’un dispositif unifié contribuerait aussi à un meilleur maillage du
territoire, aujourd’hui dépendant de la volonté des acteurs de coopérer dans chaque
département.
Il bénéficierait de l’expérience du réseau des PAEJ en ce qui concerne le suivi
d’activité, les maisons des adolescents ne disposant pas d’un outil commun de
recueil des données d’activité. Il conviendrait de porter une attention particulière
à la dénomination du dispositif, qui devrait demeurer aisément identifiable, non
stigmatisante et inclusive pour les jeunes adultes. Enfin, la fusion des MDA et
des PAEJ favoriserait la mise en place d’une coordination entre le ministère de la
santé et la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF)
30
.
Par ailleurs, l’offre des maisons des adolescents souffre d’une moindre cohérence
au fil de ses développements, favorisés par l’élargissement du cahier des charges
intervenu en 2016. En effet les MDA étendent leur action à des thématiques de
plus en de plus nombreuses, tels la prévention de la radicalisation, la lutte contre
l’échec scolaire ou le développement de l’activité physique des jeunes.
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
55
30.
A cet égard, la CNAF partage le constat d’une nécessaire clarification de l’offre pour les publics et d’une
meilleure articulation entre les financeurs, soulignant cependant le risque de déstabilisation du réseau
que généreraient, selon elle, d’importants changements structurels à court terme alors qu’un nouveau
référentiel national vient d’être publié.
De plus, les structures porteuses des maisons des adolescents – en particulier
dans le milieu associatif – gèrent souvent d’autres dispositifs. Cette situation peut
constituer un facteur de complexité pour leurs partenaires. Une telle difficulté a
par exemple été identifiée dans l’Hérault et le Vaucluse.
La diversification des activités des MDA et de leurs structures porteuses rend par
ailleurs malaisée la réalisation de comparaisons, en l’absence d’indicateurs de suivi
partagés et de comptabilité analytique.
L’inégal déploiement des maisons des adolescents, la mutation de leur activité
et le foisonnement des dispositifs en faveur des jeunes fragilisent la construction
de parcours d’accompagnement appropriés. L’amélioration de l’accessibilité, de
la réactivité et de la lisibilité du dispositif doit donc être recherchée. Au-delà, une
réflexion plus globale doit être engagée par les pouvoirs publics afin de renforcer
son efficience.
III.
Une mission de prévention à sanctuariser
Alors que les MDA bénéficient de moyens croissants, les modalités de leurs finan-
cements demeurent hétérogènes. Les pouvoirs publics devraient clarifier leurs
attentes à l’égard du dispositif en garantissant l’adéquation de ses moyens aux
besoins de prévention dans les territoires.
A.
Des financements nationaux en hausse
Aux termes du cahier des charges de 2016, les maisons des adolescents sont essen-
tiellement financées par des fonds publics, provenant pour l’essentiel des agences
régionales de santé (ARS), mais aussi des départements et, plus marginalement,
du bloc communal et des régions. D’autres partenaires publics et privés peuvent
également apporter des financements. Ceux-ci ne font pas l’objet d’un recensement
exhaustif sur le plan national.
Sur la base des données recueillies par l’ANMDA et après prise en compte des
financements complémentaires décidés lors des Assises de la santé mentale et
de la psychiatrie en 2021, la Cour a estimé le coût global du dispositif des MDA à
environ 84 M€ par an
31
, soit l’équivalent d’environ 5 % des dépenses consacrées à
la prise en charge en psychiatrie infanto-juvénile
32
.
56
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
31.
Ce montant n’inclut pas la valorisation des mises à disposition de personnels, de matériels et de locaux.
32.
Le rapport précité sur la pédopsychiatrie a estimé les dépenses dédiées à la prise en charge en
psychiatrie infanto-juvénile dans les établissements de santé à environ 1,86 Md€ en 2019.
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
57
GRAPHIQUE N° 2 | Financement des maisons des adolescents
ARS
52 %
Hôpitaux
8 %
Départements
13 %
Autres financeurs
27 %
Source : Cour des comptes
En moyenne, les maisons des adolescents sont financées à hauteur de 60 % par
l’assurance maladie (52 % par les ARS et 8 %
via
les hôpitaux
33
), de 13 % par les
départements et de 27 % pour d’autres financeurs
34
.
Compte tenu de cette estimation, le suivi annuel d’un jeune représenterait une
dépense de 850 € en moyenne
35
. A titre de comparaison, ce montant serait de
1 888 € par patient suivi dans un centre médico-psychologique
36
et de 2 143 € par
place dans les centres médico-psycho-pédagogiques
37
.
Les moyens spécifiquement consacrés par l’État au dispositif ont sensiblement
augmenté, dans un contexte de création de nouvelles MDA et d’élargissement des
missions qui leur sont confiées. Les financements sont principalement attribués
par les ARS dans le cadre, depuis 2013, du fonds d’intervention régional (FIR)
38
.
Ils ont atteint près de 44 M€ en 2022, dépassant de plus de 15 M€
39
le budget
indicatif initialement prévu de 200 000 € par MDA « moyenne » (exerçant des
missions « santé » sur un périmètre de 400 000 habitants).
33.
Certaines MDA bénéficient de financements hospitaliers, notamment par le canal de dotations ciblées
vers la psychiatrie qui se substituent largement au FIR. Ces financements représentaient, en 2023, à La
Réunion, 3,2 M€, contre 0,6 M€ pour le FIR. Par ailleurs, certains établissements hospitaliers prennent en
charge une partie significative des dépenses des MDA, comme c’est le cas dans le Doubs.
34.
Il s’agit de montants dont l’origine n’a pu être identifiée par la Cour.
35.
La médiane serait de 690 €.
36.
11 consultations en moyenne par patient
(Les établissements de santé, 2019, Drees)
.
37. Cour des comptes, La pédopsychiatrie – Un accès et une offre de soins à réorganiser, communication à la
commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, mars 2023.
38.
Cet instrument de financement est accessible à des bénéficiaires élargis tels que les associations. Il
offre aux agences régionales de santé une grande souplesse dans le choix et les montants des actions et
expérimentations accompagnés.
39.
Différence entre le montant total de l’enveloppe allouée et le budget indicatif multiplié par le nombre
de MDA aujourd’hui en activité : 123 MDA financées à hauteur de 200 k€ en moyenne auraient dû donner
24,6 M€, corrigés à 28,95 M€ en intégrant 17,7 % d’inflation entre 2013 et 2023.
58
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
Un dispositif renforcé à la suite des Assises de la santé mentale
et de la psychiatrie
À l’issue des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie en 2021,
l’attribution de moyens supplémentaires aux MDA a été inscrite dans
la feuille de route
« Santé mentale et psychiatrie »
déployée par le
Gouvernement depuis 2018. Cette mesure, dite
« mesure 14 »
, a pour
objectif premier d’installer au moins une maison des adolescents dans
chaque département et de renforcer les MDA déjà en activité.
Des crédits pérennes ont abondé le FIR à hauteur de 10,5 M€
supplémentaires pour poursuivre le développement des maisons des
adolescents. La dotation versée à chaque ARS a été attribuée en prenant
en compte la population mineure régionale, le nombre de MDA existantes
ainsi que le taux de pauvreté de chaque région. Une part des crédits a
été attribuée de manière forfaitaire, pour l’ouverture de maisons des
adolescents dans des départements non couverts. Ils ont ainsi contribué à
l’ouverture d’une MDA en Ardèche, dans l’Aisne, en Lozère et dans l’Oise.
Les maisons des adolescents bénéficient de cofinancements dans des proportions
extrêmement variables. La nature de ces soutiens l’est tout autant (subventions,
mises à disposition de personnels, de locaux et de matériels). Ils constituent dans
de rares cas une véritable variable d’ajustement.
Au-delà de leur contribution financière ou matérielle, une participation plus fré-
quente des différents financeurs et acteurs de l’adolescence à la gouvernance des
MDA permettrait d’identifier, par territoire, des axes de coopération plus durables.
B.
Des moyens à allouer en fonction des besoins
Malgré la croissance des financements, l’hétérogénéité des modalités de pilo-
tage par les agences régionales de santé, conjuguée à la souplesse du cahier des
charges, ne garantit pas une harmonisation des ressources allouées aux maisons
des adolescents ni une offre de service proportionnée aux besoins des territoires.
Certaines ARS ont adopté des critères de financement afin d’offrir de la
lisibilité aux organismes financés, allouant à partir de 2022 les nouveaux
crédits en fonction de projets précis, tel le développement de
« l’aller-vers »
. En
2019, l’ARS Occitanie a élaboré un cahier des charges régional, liant le montant de
la subvention au dépassement d’un seuil de population
40
. Cela a permis d’introduire
une certaine corrélation entre le nombre de jeunes du département et le montant
effectivement versé.
40.
En l’espèce, un seuil de 100 000 « jeunes », dont la tranche d’âge n’est toutefois pas définie.
Le principe d’une stricte proportionnalité du financement par rapport à la popu-
lation ne saurait toutefois être appliqué. En effet, les dépenses des maisons des
adolescents sont essentiellement consacrées à la rémunération de personnels.
Le fonctionnement minimal d’une structure implique un coût incompressible,
indépendant de la démographie du territoire couvert. Si le nombre de jeunes du
département rapporté aux ETP de la MDA a tendance à croître avec la population
du territoire concerné, les écarts à cette tendance traduisent l’hétérogénéité de
l’allocation des ressources.
Par ailleurs, une allocation équivalente de ressources ne garantit pas l’homogénéité
de l’offre de service, dans les conditions de pilotage en vigueur. Ainsi, des maisons des
adolescents comptant un nombre similaire d’ETP
41
disposent de compétences très
différentes, dont certaines (éducateurs spécialisés, médecins, assistants sociaux)
sont parfois absentes, alors même que leur présence est requise par le cahier des
charges
42
. Ces disparités, rendues possibles par le caractère non contraignant du
cahier des charges, sont susceptibles de remettre en cause l’objectif d’égal accès
des publics au dispositif.
C.
Un triptyque
« accueil-accompagnement-prévention »
à garantir partout
Près de vingt ans après la publication du premier cahier des charges, les modalités
de pilotage du dispositif apparaissent inadaptées au regard de la montée en puis-
sance de son activité. La recherche d’un niveau de service minimal devrait conduire
à une refonte de son encadrement.
Un ancrage législatif du dispositif consacrerait son rôle. Il sécuriserait juridique-
ment l’action des professionnels auprès des usagers. Afin d’apporter une garantie
minimale de service, la loi pourrait renvoyer au pouvoir réglementaire la définition
des principales caractéristiques du dispositif, telles que les missions essentielles
des MDA, des critères harmonisés d’allocation des moyens et la nécessité d’établir
des liens avec le secteur de psychiatrie infanto-juvénile.
Une liste de missions obligatoires pourrait être établie, valorisant l’accompa-
gnement individuel et la prévention de premier niveau. Au-delà de ces missions
essentielles, les agences régionales de santé conserveraient la possibilité de tenir
compte du contexte territorial pour orienter l’action des maisons des adolescents.
L’exercice homogène des missions ainsi précisées serait garanti par l’allocation de
moyens adaptés à la démographie des jeunes du département. La composition
d’une équipe « socle » serait déterminée par strate de population. Au-delà de
ce niveau minimal, les ARS pourraient bénéficier de marges de manœuvre pour
allouer aux MDA des moyens supplémentaires afin de tenir compte des spécificités
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
59
41.
Analyse issue d’un échantillon constitué des 11 MDA disposant en 2021 d’un nombre d’ETP compris
entre huit et neuf (données ANMDA).
42.
Cette hétérogénéité se retrouve également dans les fonctions d’encadrement et de secrétariat,
variables d’une structure à l’autre.
géographiques (insularité, montagne, superficie), sanitaires ou sociales de certains
départements, particulièrement en outre-mer. La tenue d’une comptabilité analy-
tique garantirait la bonne répartition des moyens alloués.
Organisatrice de l’offre de soins et pilote du dispositif, l’ARS pourrait favoriser
l’accès des structures qui n’en disposent pas à du temps médical
43
, en mobilisant
les professionnels libéraux ou dans le cadre d’une contractualisation avec les
établissements hospitaliers.
Les contrôles conduits par les juridictions financières n’ont pas démontré qu’un
statut juridique serait plus adapté qu’un autre pour porter une MDA. En revanche,
la qualité des partenariats institutionnels favorise indéniablement la fluidité du
parcours des adolescents. C’est particulièrement le cas s’agissant des relations
entretenues avec les acteurs intervenant en aval des maisons des adolescents, dont
le secteur psychiatrique. La mise à disposition de professionnels, la formalisation
de procédures de suivi telles que des fiches de liaison ou l’organisation de temps
d’échange réguliers doivent être encouragées.
L’orientation vers les psychologues du secteur libéral pourrait également être
développée. L’assouplissement, depuis le 15 juin 2024, des conditions d’accès
au dispositif
« Mon soutien psy »
pourrait constituer une opportunité pour les
maisons des adolescents de constituer et d’animer un réseau de psychologues
conventionnés désireux de prendre part à l’accompagnement des adolescents.
Celles-ci pourraient proposer, par exemple, des ressources ou des temps cliniques
destinés à l’accompagnement des cas complexes et faciliter le lien entre ces psy-
chologues et les autres acteurs de la jeunesse du territoire.
L’encadrement résultant de ces évolutions permettrait de garantir un niveau
minimal de service sur l’ensemble du territoire national tout en conservant une
souplesse de gestion favorisant la prise en compte des réalités locales.
60
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
43.
Notamment pour les missions de coordination entre les différents professionnels.
Conclusion et
recommandations
Vingt ans après le lancement du dispositif au niveau national,
les maisons des adolescents proposent un accompagnement
pluridisciplinaire à des bénéficiaires de plus en plus nombreux,
notamment depuis la crise sanitaire. Elles jouent un rôle important
en matière de prévention, contribuant notamment à limiter
l’engorgement des structures de prise en charge sanitaires. Les
difficultés du secteur de la psychiatrie ne doivent cependant pas les
conduire à se substituer aux structures spécialisées d’aval.
Le pilotage déconcentré, exercé par les agences régionales de santé
à partir d’un cahier des charges souple, ne permet pas de garantir
aux adolescents un service équivalent sur l’ensemble du territoire.
Le manque de lisibilité, la dispersion des moyens et l’hétérogénéité
des compétences peuvent entraîner, à situation identique, des
différences de nature et de qualité de l’accompagnement proposé.
Sans remettre en cause la faculté des maisons des adolescents
d’adapter leur accompagnement aux besoins des jeunes, la
construction d’une offre minimale de prévention commune à toutes
les structures doit être recherchée.
Dans ce contexte, la Cour formule les recommandations suivantes :
1.
améliorer la lisibilité de l’offre à destination des jeunes par la
fusion des dispositifs maison des adolescents et point accueil-
écoute jeunes en définissant l’accueil, l’accompagnement
et les actions de prévention sanitaire et sociale comme leur
socle de missions obligatoires
(ministère de la santé et de
l’accès aux soins, Caisse nationale des allocations familiales)
;
2.
conduire une évaluation scientifique de l’impact des
maisons des adolescents en matière de repérage et de
prévention des pathologies somatiques et psychiques des
adolescents
(ministère de la santé et de l’accès aux soins)
;
3.
mieux tenir compte des besoins des territoires en
définissant des critères d’attribution des financements
(ministère de la santé et de l’accès aux soins)
.
61
LES MAISONS DES ADOLESCENTS
62
COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
Réponses reçues
à la date de la publication
Réponse de la ministre de l’éducation nationale
........................................................
62
Réponse du directeur général de la Caisse nationale des allocations familiales
(Cnaf)
....................................................................................................................................
63
Réponse du directeur général de la Caisse nationale de l’assurance maladie
(Cnam)
..................................................................................................................................
65
Réponse de la présidente de l’Association nationale des Maisons
des Adolescents
.................................................................................................................
67
Réponse du président de l’Association nationale des Points
Accueil-Écoute Jeunes (ANPAEJ)
...................................................................................
67
Destinataire n’ayant pas d’observation
Monsieur le ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative
Destinataires n’ayant pas répondu
Madame la ministre de la santé et de l’accès aux soins
Monsieur le ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative
Réponse de la ministre de l’éducation nationale
Vous m’avez adressé un chapitre destiné à figurer dans le rapport public annuel
2025 de la Cour des comptes.
Je note qu’aucune recommandation figurant en conclusion de ce chapitre n’est
adressée au ministère chargé de l’éducation nationale.
Je souhaite néanmoins porter à votre connaissance mes observations sur les
remarques de la Cour formulées par ce rapport.
En réponse à la suggestion de la Cour
« de définir [en s’appuyant sur les expériences
concluantes] les conditions dans lesquelles l’intervention des maisons des
adolescents est possible au sein des collèges et des lycées »
, il y a lieu de rappeler
que, si le travail de partenariat avec les maisons des adolescents semble pertinent,
il n’est pas souhaitable que l’intervention des maisons des adolescents se situe au
sein des établissements scolaires.
Par ailleurs, le tableau n° 2
« évolution des effectifs de l’éducation nationale »
présente les médecins, les infirmiers et les assistant(e)s de service social de
l’éducation nationale, mais omet les psychologues de l’éducation nationale.
Enfin, comme la Cour le souligne en évoquant la hausse de leur activité, il est
important de rappeler que les maisons des adolescents n’ont pas vocation à se
substituer aux professionnels de l’éducation nationale.
RÉPONSES REÇUES À LA DATE DE LA PUBLICATION
63
Réponse du directeur général de la Caisse nationale des allocations familiales
(Cnaf)
Après relecture des constats et recommandations du chapitre destiné à figurer
dans le rapport public annuel 2025 de la Cour des comptes, je vous indique qu’il
appelle les remarques suivantes de la Caisse nationale des allocations familiales.
Recommandation n
1 :
« améliorer la lisibilité de l’offre à destination des jeunes
par la fusion des dispositifs Maison des adolescents et Point d’accueil écoute jeunes
en définissant l’accueil , l’accompagnement et les actions de prévention sanitaire
et sociale comme leur socle de missions obligatoires (ministère de la santé, Caisse
nationale des allocations familiales ) »
: nous avons un avis réservé à court terme car
une fusion des dispositifs nous parait prématuré alors que nous avons engagé dans le
cadre de la COG 2023-2027 des actions visant déjà à articuler de manière cohérente
les Paej avec notre politique jeunesse et parentalité. Ainsi les PAEJ sont inscrits
dans les Conventions territoriales globales (CTG), les Schémas départementaux
de service aux familles (Sdsf). Ils seront aussi intégrés dans le futur « Parcours
jeunes » en partenariat avec la Cnam en s’adressant directement aux jeunes pour
favoriser l’accès à une offre de service globale qui conjuguent prestations et
action sociale disponibles au niveau national et local. Même si la branche Famille
partage avec la Cour la nécessité d’aller plus loin dans la clarification de l’offre
afin d’en améliorer la lisibilité pour les publics et mieux articuler les actions entres
le ministère de la santé, la branche Famille et les collectivités territoriales, une
fusion des deux dispositifs sans tirer les enseignements de nos différentes actions
notamment sur la clarification et l’homogénéisation des missions des PAEJ et de
leur articulation et complémentarité avec les maisons des adolescents nous paraît
prématurée à ce stade.
Pour rappel, les Points d’Accueil et d’Écoute Jeunes (PAEJ), créés en 1996, ont pour
mission de soutenir les jeunes et leurs parents. En 2021, le pilotage des PAEJ a été
transféré à la Branche famille dans le cadre de la réforme territoriale de l’État. S’en
est suivie une période transitoire où les PAEJ ont bénéficié du soutien des Caf à
l’identique de l’enveloppe versée auparavant par l’Etat. Un de nos engagements
dans le cadre de la COG 2023-2027, signée en 2023, porte sur le renforcement de
notre soutien aux Paej, avec la création d’une prestation de service et des moyens
supplémentaires alloués à la branche Famille à cette fin (de 8 à 16 millions en fin
de COG).
Le réseau des Paej constitue désormais un dispositif clef dans l’offre jeunesse de la
Branche famille. Dans une logique de prévention primaire des risques spécifiques
que rencontrent les jeunes, nous visons tout au long de la COG à structurer
une offre de premier niveau en direction des jeunes en s’appuyant sur les trois
modalités d’accompagnement complémentaires : Espaces jeunes avec la PS
jeunes, Points accueil écoute jeunes (Paej) et Promeneurs du net (PDN) dans la
démarche « d’aller-vers ».
L’intégration des Paej au sein de la Branche famille s’effectue en complémentarité
des dispositifs dédiés aux adolescents en développant une approche préventive,
globale et généraliste avec une prise en charge de premier niveau de la vulnérabilité
de certains jeunes. Tout au long de la COG 2023-2027, nous visons à intégrer les
Paej dans la politique jeunesse et parentalité de la « Branche famille » grâce, entre
autres, à leur inscription dans les Conventions territoriales globales (CTG) et les
Schémas départementaux de service aux familles (Sdsf). Ils seront aussi intégrés
dans le futur « Parcours jeunes » en partenariat avec la Cnam en s’adressant
directement aux jeunes pour favoriser l’accès à une offre de service globale qui
conjuguent prestations et action sociale disponibles au niveau national et local
Pour accompagner le développement de ce réseau au fonctionnement et
financements encore hétérogènes, notre action se décline en plusieurs axes :
•
homogénéiser et consolider des pratiques encore diverses par la refonte du
référentiel et sa déclinaison : le référentiel consolide un socle de missions et
d’activités communes à tous les PAEJ. Il réaffirme le caractère pluridisciplinaire
des équipes et recentre l’activité des PAEJ sur l’accueil et l’écoute généralistes,
et l’orientation, si besoin, vers des structures spécialisées pour des suivis
médicaux et psychologiques spécifiques. Il fixe des conditions de qualification
pour le personnel, valorisant les diplômes dans les domaines de l’animation,
du travail social, de l’éducation spécialisée, et de la psychologie. Le référentiel
permet de clarifier leurs missions : appui et conseil de premier niveau face aux
difficultés au sens large des jeunes et de leurs parents, en articulation avec des
prises en charge plus spécialisées dans les maisons des adolescents. Il permet
également d’homogénéiser les pratiques, en étant le socle de référence pour
prétendre aux financements de la branche famille. Ce nouveau référentiel est
en cours d’appropriation par les PAEJ.
•
la création d’une prestation de service pour harmoniser les financements
et accompagner le développement sur les territoires non couverts (18 à ce
jour) : cette prestation est effective depuis le 1
er
janvier 2024. Parallèlement,
nous accompagnons le réseau des PAEJ dans la recherche de financements
complémentaires : à ce titre, un comité des financeurs réunissant différentes
administrations et représentants d’élus se tiendra le 25 septembre prochain.
•
l’articulation avec les autres dispositifs jeunesse, notamment les MDA :
compte tenu de la proximité du cahier des charges des deux dispositifs,
nous avons bien identifié l’articulation Paej – MDA comme enjeu majeur :
nous avons été vigilants à identifier les spécificités des Paej dans le cadre de
la refonte. Afin de poursuivre notre travail sur le sujet et contribuer à une
meilleure connaissance des Paej, nous sommes intervenus à deux reprises
auprès des référents santé mentale des ARS. Nous avons également identifié
des pistes de travail communes avec l’ANMDA1, que nous finançons au titre
de son activité de tête de réseau.
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COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
RÉPONSES REÇUES À LA DATE DE LA PUBLICATION
65
Une fusion des deux dispositifs paraît prématurée à ce stade. En effet, nous en
sommes à la première étape de la clarification de la complémentarité de l’offre de
service entre le Paej et les MDA. Les Paej commencent à s’approprier leur nouveau
référentiel diffusé en 2024 qui les invite à y travailler sur les territoires. De nouveaux
changements risqueraient de déstabiliser un réseau à ce jour encore fragile.
La poursuite du travail d’articulation avec les différentes tutelles, ainsi que
l’accompagnement du réseau des Caf pour un maillage territorial fondé sur la
complémentarité de l’offre, semble constituer actuellement la solution la plus
adaptée. Par exemple, le nouveau référentiel exige que toute création de Paej
s’accompagne d’un diagnostic territorial détaillant les besoins du public cible
ainsi que l’offre déjà existante pour travailler en complémentarité avec les MDA
notamment.
Cette démarche vise à structurer les futurs partenariats et à prévenir un
phénomène de concurrence et de doublons constaté dans certains départements,
préjudiciable tant pour les publics que pour les professionnels.
Certains départements comme la Bretagne témoignent d’une coexistence
fructueuse entre MDA et Paej, attentive aux besoins de leurs publics. En effet, Il
est raisonnable de penser que ces derniers sont suffisamment importants pour
justifier l’existence d’une pluralité de dispositifs visant au bien-être des jeunes.
En conclusion, la branche Famille souhaite poursuivre ses engagements COG en
faveur des Points d’Accueil et Écoute jeunes, dont l’intégration dans l’offre jeunesse
et parentalité des Caf est déjà bien amorcée. Ce dispositif consolide notre action
préventive et généraliste en direction des publics les plus vulnérables.
Nous souhaitons lui laisser le temps nécessaire pour évoluer et s’adapter aux
nouvelles attentes posées par le référentiel, tout en l’accompagnant sur sa
structuration économique et son indispensable travail d’articulation avec les MDA.
Réponse du directeur général de la Caisse nationale de l’assurance maladie
(Cnam)
Vous avez adressé à la Caisse nationale de l’assurance maladie un chapitre
destiné à figurer dans le rapport public annuel 2025 de la Cour des comptes,
intitulé « Les maisons des adolescents : une réponse de première ligne pour les
jeunes en mal-être ? ».
Comme vous m’y invitez, je souhaite vous faire part des principales observations
qu’appelle ce chapitre.
En premier lieu, je tiens à souligner que l’assurance maladie partage la
préoccupation de la Cour en ce qui concerne la santé des jeunes. À ce titre, nous
avons consacré un chapitre de notre rapport Charges et produit 2025 à une
analyse populationnelle ciblée sur les 12-25 ans. Ainsi, nous avons constaté que
depuis la crise sanitaire, les troubles en santé mentale des 12-25 ans ont fortement
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COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
augmenté, avec une hausse notable des prescriptions de psychotropes, surtout
chez les jeunes filles. Cette évolution résulte à la fois de l’impact direct de la
pandémie (stress, isolement) et de facteurs à plus long terme, comme l’anxiété liée
aux écrans, l’écoanxiété, ou encore les violences (harcèlement scolaire, violences
sexuelles). Cette hausse peut aussi refléter une meilleure prise en charge de la
souffrance psychique des jeunes, désormais plus facilement exprimée.
Pour pallier cette hausse, l’assurance maladie est partie prenante à différentes
actions en faveur de la santé mentale des jeunes. Elle contribue tout d’abord,
au côté d’autres acteurs (universitaires, secteur de la justice, fonction publique
territoriale, etc.), à la montée en charge de l’initiative
« Premiers secours en santé
mentale »
à destination des jeunes. Ainsi, d’ici à 2025, 150 000 secouristes en
santé mentale seront en mesure d’apporter une première aide à une personne
qui présente un trouble de santé mentale. L’assurance maladie accompagne par
ailleurs le renforcement du dispositif Mon soutien psy, qui a évolué au 15 juin 2024
pour permettre la prise en charge de 12 séances (contre 8 auparavant) et l’accès
direct aux psychologues, et participe à sa promotion auprès des assurés comme
des professionnels de santé. De plus, une concertation menée auprès d’un groupe
d’experts constitué de psychiatres, de pédopsychiatres, de médecins généralistes
et de psychologues cliniciens, exerçant à l’hôpital ou en libéral, a permis d’identifier
plusieurs axes d’actions pour améliorer la prise en charge de la santé mentale
des jeunes. Tout d’abord, le bon usage des psychotropes pourrait être amélioré,
notamment
via
le renforcement du dispositif de formation continue proposé aux
médecins généralistes qu’il importe en effet d’accompagner et de soutenir dans la
prise en charge des troubles psychologiques des jeunes patients. Concrètement,
l’assurance maladie travaille notamment à mettre à la disposition des médecins
des modules rappelant les recommandations et indications favorisant une prise
en charge adaptée, en cohérence avec les programmes de pertinence et efficience
prévus par la convention médicale conclue le 4 juin 2024. En outre, la structuration
territoriale pourrait être développée, y compris avec les acteurs médicosociaux et
associatifs. À ce titre, je rejoins la recommandation de la Cour visant à mieux tenir
compte des besoins des territoires.
Enfin, ainsi que le propose la Cour pour les maisons des adolescents, l’assurance
maladie soutient le développement de structures permettant une approche
globale de la santé, à l’instar de ce que nous mettons en œuvre avec les Maisons
des femmes. Ces structures médicosociales permettent en effet d’apporter les
soins nécessaires aux publics qu’elles prennent en charge (les femmes victimes
de violences pour ce qui concerne les Maisons des femmes), en décloisonnant
les différents champs concernés (psychiatrie, social, judiciaire, sanitaire et
médico-social).
Voilà les principaux éléments de réaction que je souhaitais porter à votre
connaissance.
RÉPONSES REÇUES À LA DATE DE LA PUBLICATION
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Réponse de la présidente de l’Association nationale des Maisons des Adolescents
Le chapitre de la Cour des comptes met en avant l’importance des Maisons
des adolescents (MDA) dans l’accompagnement pluridisciplinaire des jeunes,
particulièrement depuis la crise sanitaire, en soulignant leur rôle crucial dans la
prévention en santé mentale. L’Association nationale des Maisons des adolescents
(ANMDA) insiste sur la nécessité d’intégrer les évolutions prévues dans le nouveau
cahier des charges pour garantir que toutes les MDA soient accessibles à une
diversité de jeunes, y compris ceux en situation de vulnérabilité. Il est crucial
d’explorer des modalités d’intervention innovantes, notamment en matière de
prévention à distance, pour mieux répondre aux défis sociétaux. La formation
continue des équipes pluridisciplinaires est également essentielle pour s’adapter
aux besoins en constante évolution des adolescents.
En tant que tête de réseau, l’ANMDA joue un rôle clé dans la coordination et
le soutien des MDA au niveau national. Elle plaide pour un pilotage national
structuré, garantissant une cohérence des actions tout en respectant l’autonomie
de chaque structure locale. Un tel pilotage permettrait de consolider les bonnes
pratiques, d’harmoniser les interventions et d’assurer une meilleure répartition des
ressources. Néanmoins, il est indispensable que les MDA conservent la flexibilité
nécessaire pour s’adapter aux besoins spécifiques des territoires, afin de rester au
plus près des réalités locales tout en bénéficiant d’un cadre national fort.
Par ailleurs, l’ANMDA se montre favorable à une évaluation scientifique de
l’impact des MDA afin de valoriser les résultats obtenus en matière de prévention
et d’accompagnement des jeunes. Toutefois, cette évaluation ne doit pas
compromettre leur autonomie, mais plutôt renforcer leur ancrage dans le dispositif
existant, tout en identifiant des axes d›amélioration. Les MDA, qui jouent un rôle
fondamental dans la prévention des troubles de santé (pas uniquement mentale),
doivent disposer des moyens nécessaires pour continuer à innover et à s›adapter.
Enfin, nous avons noté la suppression de la recommandation relative aux modalités
d’intervention des MDA au sein des établissements scolaires. La collaboration
étroite avec l’Éducation nationale est essentielle pour un soutien global et cohérent
des jeunes en difficulté et une articulation fluide et opérante reste nécessaire.
Elle pourrait prendre la forme d’un conventionnement au niveau national, tout en
permettant à chaque MDA de penser sa mise en œuvre.
Réponse du président de l’Association nationale des Points Accueil-Écoute
Jeunes (ANPAEJ)
L’Association nationale des Points Accueil-Écoute Jeunes (ANPAEJ) est défavorable
à la première recommandation de l’audit de la Cour des comptes sur les Maisons
des adolescents (MDA) :
« améliorer la lisibilité de l’offre à destination des jeunes
par la fusion des dispositifs maison des adolescents et point accueil écoute jeunes »
.
En effet, même s’ils s’adressent au même public, PAEJ et MDA ont été créés pour
répondre à deux besoins distincts de la jeunesse :
-
le PAEJ : interlocuteur de la jeunesse généraliste, déspécialisé, en prévention
des ruptures sociales, hors cadre des institutions sociales et sanitaires ;
-
la MDA : institutionnalisée, spécialisée, en interface avec les services sanitaires,
facilitatrice de l’accès aux soins pour les jeunes qui en ont besoin.
Cette complémentarité est pertinente et doit être préservée de façon lisible.
Pour cela, leur place et leur mode opératoire sont spécifiques : soutenir dans les
interstices l’inscription sociale pour les PAEJ, et faciliter dans l’interface l’accès aux
soins pour les MDA.
Que ces différences fondamentales de pratiques sur le terrain ne soient pas
appréhendées par les institutionnels est déjà problématique en soi. D’autre part,
leur difficulté à les prendre en compte porte directement atteinte à la qualité du
lien social et déconsidère l’exercice des professionnels exposés aux situations les
plus difficiles.
Nous déplorons un manque de concertation à tous les niveaux et une absence
de coordination entre les différentes instances compétentes (dimensions sociale,
sanitaire, judiciaire, éducation…). Ne pas considérer la jeunesse dans son ensemble,
conduit l’État et les collectivités territoriales à produire les effets destructeurs
suivants :
•
pour les publics : la disparition des interlocuteurs de proximité accentue la
perte de contact et accroit la déconsidération de la jeunesse, de son existence
et de son devenir. Nous parlons de « disparition » car nous savons que si, dans
un premier temps il sera question de « fusion », à moyen terme, cela entraînera
une uniformisation des pratiques en faveur du dispositif le plus solide : la MDA,
et donc une disparition de la pratique PAEJ ;
•
pour les dispositifs :
-
côté MDA : la réduction de sa mission d’interface vers des principes protocolisés
de 1
re
ligne du sanitaire ;
-
côté PAEJ : la disparition à terme des pratiques sociales désinstitutionnalisées
et déspécialisées ;
•
pour l’objectif de santé publique : la captation des maigres moyens de
la prévention au bénéfice des logiques sanitaires détruira les pratiques
préventives. Pourtant celles-ci évitent la dégradation des situations, et limitent
l’explosion des recours coûteux aux services d’urgence sociaux, sanitaires et
de la chaine judiciaire, déjà embolisés ;
•
pour l’efficacité et l’efficience des politiques publiques : faute d’être concertées
et coordonnées, elles persistent dans des principes qui segmentent toujours
plus les logiques d’actions. C’est le cas entre les Ministères, ainsi qu’à tous les
niveaux de collectivités territoriales, les éloignant encore plus de leurs publics.
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COUR DES COMPTES
| RAPPORT PUBLIC ANNUEL
RÉPONSES REÇUES À LA DATE DE LA PUBLICATION
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Au lieu de se potentialiser grâce à une cohérence d’ensemble, la portée de
l’action publique s’apparente plus à du saupoudrage qu’à un mouvement
d’ampleur en faveur de l’intérêt général.
En résumé, nous considérons que la fusion serait :
•
insuffisante, pour répondre à la crise de la psychiatrie ;
•
inopérante, en entrainant la disparition des dispositifs d’accès aux institutions
de droit commun ;
•
catastrophique, par la perte de contact avec les publics vulnérables, entrainant
une augmentation des inégalités sociales, sanitaires et territoriales, et la
dégradation des situations individuelles et collectives ;
•
coûteuse, par la mobilisation au bout du compte des services d’urgences
sociaux, sanitaires, judiciaires…