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OMPTES
Les services de santé au travail
interentreprises : une réforme
en devenir
Avertissement
Synthèse
du
Rapport public thématique
C
ette synthèse est destinée à faciliter la lecture et
l’utilisation du rapport de la Cour des comptes.
Seul le rapport engage la Cour des comptes.
Les réponses des administrations et des organismes
concernés figurent à la suite du rapport.
Novembre 2012
Introduction
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .5
1
L’organisation de la santé au travail
. . . . . . . . . . . . . .7
2
Le service rendu et les missions fixées
. . . . . . . . . . . .9
3
Les pouvoirs réduits de l’Etat
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .13
4
Un fonctionnement à la recherche d’un nouvel
équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .15
Conclusion
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .17
Recommandations
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .18
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
3
Sommaire
D
ans leur quasi-totalité (90 %), les salariés du secteur privé non agricole sont suivis,
en ce qui concerne la santé au travail, par des services de santé au travail interen-
treprises (SSTI), organisés sous la forme d’associations loi de 1901. Les chefs d’en-
treprise ont l’obligation d’y adhérer en raison de leur responsabilité en matière de préservation
de la santé de leurs employés. Seules les très grandes entreprises ont la possibilité de créer un
service propre en interne, appelé service autonome (les fonctionnaires relèvent d’un régime par-
ticulier et dérogatoire qui n’est pas examiné ici).
Les cotisations que les entreprises versent aux services de santé au travail interentreprises
constituent, d’un point de vue juridique, un versement libératoire d’une obligation légale de faire.
A ce titre, la Cour, en vertu de l’article L. 111-7 du code des juridictions financières, a
com-
pétence pour les vérifier. Ce point est essentiel car les questions de santé au travail, depuis plus
de dix ans, ont suscité l’attention récurrente des pouvoirs publics ; elles ont été à l’origine de
nombreux rapports, qui, eux-mêmes, ont servi de supports aux négociations entre partenaires
sociaux, prélude incontournable, dans ce domaine, à l’élaboration de réformes législatives ou
réglementaires. Toutefois, à l’exception de quelques données éparses recueillies par l’inspection
générale des affaires sociales (IGAS), le fonctionnement même du système n’a jamais fait l’ob-
jet d’une étude approfondie.
C’est donc l’originalité du rapport que d’apporter, pour la première fois, un éclairage de
terrain sur le service effectif rendu – ou non rendu – aux entreprises et à leurs salariés et sur
les causes des dysfonctionnements constatés. A cet effet, des contrôles sur pièces ont été réalisés
dans quatre régions (Centre, Ile-de-France, Midi-Pyrénées et Nord-Pas-de-Calais) où six exa-
mens approfondis ont été conduits, dans des services de taille et de fonctionnement différents. S’y
sont ajoutés le contrôle de la direction générale du travail et de très nombreux contacts avec la
branche professionnelle, le CISME (centre interservices de santé au travail), des universitaires
spécialisés et les partenaires sociaux représentés au conseil d’orientation sur les conditions de
travail.
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
5
Introduction
6
7
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Cour des comptes
1
L’organisation
de la santé au travail
L’organisation française de la
santé au travail est originale en
Europe : au Royaume-Uni, l’em-
ployeur est libre de choisir les moyens
de mettre en œuvre l’obligation de
sécurité qui pèse sur lui ; dans le
monde scandinave ou en Belgique, les
services sont internes à l’entreprise
alors que l’Espagne et l’Allemagne ont
retenu le principe de services externes,
confiés à des mutuelles ou des associa-
tions professionnelles.
Mais, le système français se diffé-
rencie aussi par la place que, tradition-
nellement, il confère à un médecin
spécialisé, le médecin du travail,
notamment chargé d’assurer l’em-
ployeur, par le moyen des visites médi-
cales d’embauche,
que « le salarié est
médicalement apte au poste de travail
auquel l’employeur envisage de l’affec-
ter » (R. 4624-11 du code du travail).
Cette logique « assurancielle » à
l’origine du droit de l’aptitude a tou-
jours coexisté avec une tradition de
prévention dite « primaire » notam-
ment portée par les organismes de
sécurité sociale, les partenaires sociaux
ou les branches professionnelles. Ces
initiatives ont permis de relayer l’im-
portant travail normatif conduit par
les pouvoirs publics et la direction
générale du travail pour fixer par
risques, par secteurs, par métiers les
mesures de prévention.
En outre, dès 1970, les pouvoirs
publics ont également souhaité impul-
ser cette orientation dans les services
alors dénommés de « médecine du tra-
vail » en incluant, dans les missions des
médecins du travail, une « action en
milieu de travail » et un rôle de
« conseiller du chef d’entreprise ou de
son représentant, des salariés, des
représentants du personnel, des ser-
vices
sociaux
»
(décret
du
20 mars 1979).
La quatrième loi Auroux, qui a
créé les comités d’hygiène, de sécurité
et des conditions de travail en 1986
puis
la
directive
européenne
89/391/CE ont conduit à mettre l’ac-
cent sur cette orientation et à intro-
duire, au sein de la médecine du tra-
vail, une approche pluridisciplinaire
(ergonomie, toxicologie etc.). La
L’organisation
de la santé au
travail
8
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
grande loi du 17 janvier 2002 a
confirmé ce choix en transformant la
médecine du travail et ses services en
« santé au travail ».
L’émotion suscitée par le scan-
dale de l’amiante, la prolifération des
cancers professionnels ou les suicides
intervenus en milieu professionnel
ainsi que la démographie déclinante
des médecins du travail ont rendu plus
urgente la mise en œuvre de cette évo-
lution. Des négociations ont donc
repris avec les partenaires sociaux, tan-
dis que certains services, avec l’aval de
l’administration, expérimentaient de
nouvelles pistes.
Le contrôle de la Cour est ainsi
intervenu dans le contexte de l’élabo-
ration de la loi du 20 juillet 2011 puis
des décrets de février 2012, pour l’es-
sentiel applicables au 1er juillet 2012.
Il dresse donc un bilan de la situation
avant la réforme mais en en anticipant
certains effets, à raison de l’expérience
déjà acquise par les services les plus
novateurs.
Dans ces conditions, les recom-
mandations qui découlent des consta-
tations de la Cour ont un caractère très
opératoire. Elles pourraient largement
être reprises dans la campagne de
contractualisation qui s’ouvre entre les
services, l’Etat et l’assurance maladie
accidents du travail maladie profes-
sionnelle.
9
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Cour des comptes
2
Le service rendu
et les missions fixées
Avec la loi du 20 juillet 2011, le
conseil aux employeurs comme aux
employés est devenu la première mis-
sion des services. Il repose désormais
non plus sur le seul médecin du travail
mais sur une équipe pluridisciplinaire.
Or la mise en place de cette dernière,
expérimentale depuis 1979, obligatoire
depuis 2002, a été très lente. La seule
étude nationale disponible date de 2007
et conclut « peut-on parler de pluridisci-
plinarité effective… lorsqu’un seul inter-
venant en prévention des risques profes-
sionnels devrait assister les médecins du
travail dans 3 592 entreprises totalisant
en moyenne 34 279 salariés ? ».
La direction générale du travail n’a
pas souhaité actualiser les chiffres.
Certes, les études menées par la profes-
sion montrent une progression mais
celle-ci résulte d’une addition où l’ingé-
nieur habilité est décompté au même
titre que l’assistant en santé au travail,
profession nouvelle dont les missions et
la formation ne sont pas définies.
Encore largement dépourvu des
moyens nécessaires, l’exercice de la plu-
ridisciplinarité n’échappe pourtant pas à
la tentation de déployer une partie de
son activité vers de grandes entreprises,
pour des prestations facturées qui relè-
vent du secteur concurrentiel.
C’est pourquoi le rôle de pilotage
du médecin du travail doit être préservé.
Il se heurte cependant à la pénurie de
temps médical. Les médecins du travail
atteignent rarement l’objectif, fixé il y a
plus de 30 ans, d’un tiers temps consacré
au conseil et à l’action en milieu de tra-
vail. Dans la plupart des services, les
missions, par ailleurs indispensables, de
participation à la veille sanitaire s’impu-
tent de fait sur ce tiers temps et viennent
donc obérer le temps consacré aux
entreprises.
Ainsi, la fiche d’entreprise, remplie
par le médecin n’est réalisée que pour
moins de 30 % des entreprises. Il s’agit
pourtant d’un document obligatoire qui
détecte les risques et qui, pour l’essentiel
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Le service rendu
et les missions fixées
de son contenu, peut servir de support
au « document unique d’évaluation des
risques » que chaque chef d’entreprise
doit réaliser, à peine d’engager sa res-
ponsabilité pénale.
Si ce service minimal n’est pas
rendu, c’est en raison d’une démogra-
phie médicale très défavorable. En dépit
des efforts déployés et des expérimenta-
tions conduites, aucun des services que
la Cour a contrôlés n’est en mesure de
réaliser l’ensemble des examens médi-
caux réglementaires qui lui incombent et
notamment pas la visite périodique dont
les fréquences ont pourtant été abais-
sées.
Source : Cour des comptes d’après les rapports d’activité des organismes - années concernées :
2009 et 2010.
10
PST : Pôle santé travail
CMIE : Centre médical interentreprises Europe
AMST : Association de médecine et de santé au travail
CMTA : Centre de médecine du travail de l’artisanat et interentreprises
11
Synthèse
du Rapport public
thématique de la
Cour des comptes
Le service rendu
et les missions fixées
A terme proche, cette visite
périodique obligatoire devrait d’ail-
leurs se trouver de moins en moins
assurée, le temps médical disponible
étant désormais largement consommé
par les examens d’embauche, formali-
tés indispensables à la validité du
contrat de travail.
Source : Conditions de travail 2010 - conseil d’orientation sur les conditions de travail (COCT)
L’évolution du salariat multiplie
mécaniquement la fréquence des
visites d’embauche, au détriment des
autres actes qui, pourtant,
emportent
davantage de suites pour la santé du
salarié.
12
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Le service rendu
et les missions fixées
Source : Cour des comptes, d’après le rapport sur les conditions de travail 2010
Les petites entreprises et leurs
salariés sont les principales victimes
des différentes carences relevées.
C’est dans ce contexte que la loi
du 20 juillet 2011 et ses décrets d’ap-
plication proposent la généralisation
d’un projet de service, avalisé par les
pouvoirs publics lors de l’agrément, et
relié aux priorités que les acteurs de la
prévention et les partenaires sociaux
auront reconnues, au plan national et
local. Dans ces conditions, et compte
tenu du contexte de crise de la démo-
graphie médicale, l’activité des ser-
vices est appelée à se différencier for-
tement selon les ressources locales et
selon les catégories d’entreprises.
Les risques de dérive existent et
c’est pourquoi l’Etat a un rôle essentiel
à jouer, nonobstant la faiblesse de ses
pouvoirs.
13
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Cour des comptes
3
Les pouvoirs réduits
de l’Etat
La politique publique de santé et
de sécurité au travail repose d’abord sur
un travail d’animation et de sensibilisa-
tion aux normes de sécurité et aux prin-
cipes et outils de prévention. Les plans
santé au travail ont porté cette ambi-
tion ; la mobilisation de l’inspection du
travail y a contribué : les thèmes de la
santé et de la sécurité au travail repré-
sentent la première source des suites
données à ses interventions.
Dans ce plan d’ensemble, l’organi-
sation de la santé au travail et son pilo-
tage ne représentent qu’un des éléments
du dispositif. Les moyens humains que
l’Etat consacre à cette mission spéci-
fique, au plan national comme au plan
local, sont donc réduits : moins de dix
agents au niveau central, et, au niveau
local, un réseau d’une quarantaine de
médecins inspecteurs régionaux du tra-
vail et de la main d’œuvre, les MIRTMO,
implantés dans les directions régionales
des entreprises, de la concurrence, de la
consommation, du travail et de l’emploi
(DIRECCTE).
Ces moyens limités ne sont pas
renforcés par le statut des MIRTMO.
Depuis 1947, ces derniers sont des
contractuels de droit public. Dans un
contexte de déficit de médecins du tra-
vail, le défaut de perspectives de carrière
et une rémunération qui reste peu attrac-
tive conduisent à des vacances impor-
tantes de postes, 40 % au 1er janvier
2012.
Au surplus, le champ du recrute-
ment peut poser problème puisque ce
sont des médecins du travail, souvent
issus des services de la région et appelés
à y retourner, qui sont chargés de
conseiller le directeur régional des entre-
prises, de la concurrence, de la consom-
mation, du travail et de l’emploi, notam-
ment pour la politique d’agrément des
services.
Les modalités de cet agrément
constituent un deuxième aspect des fai-
blesses de l’Etat. En effet, contraire-
ment au droit en vigueur pour les autres
organismes paritaires, le ministre, en cas
de refus d’agrément, n’a pas la possibi-
14
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Les pouvoirs réduits de l’Etat
lité de dissoudre le service qui, dans les
faits, continue à fonctionner. Il en va
ainsi d’un des services contrôlés,
dépourvu d’agrément depuis 1996.
La loi du 20 juillet 2011 ne modi-
fie pas la donne à cet égard mais simpli-
fie la procédure, dans des conditions qui
mériteront attention. Elle impose, en
outre, ce qui n’était pas le cas, que les
entreprises adhérentes d’un service non
agréé soient désormais averties de la
situation.
Les moyens humains sont donc
réduits et les pouvoirs régaliens faibles.
Dans ces conditions, jusqu’à une date
très récente, l’administration n’a pas
actualisé les données de base du système
d’information. Les services ou les méde-
cins du travail doivent annuellement des
rapports administratifs et financiers et
des rapports médicaux mais la matrice
date de plus de 40 ans. L’inspection
générale des affaires sociales (IGAS) en
a souligné l’obsolescence dès 1990, sans
effet.
Aucun des éléments qui pour-
raient attester de la mise en œuvre des
objectifs nouveaux fixés par le législa-
teur, par exemple la pluridisciplinarité,
n’est pris en compte ; les données médi-
cales ne sont pas exploitées alors
qu’elles pourraient constituer une base
essentielle de recueil pour le suivi de
l’évolution effective de l’état de santé
des salariés.
Au regard de ces carences mani-
festes, le nouveau dispositif issu de la loi
de 2011 promeut le développement de
la contractualisation entre l’Etat, les
caisses d’assurance retraite et de la santé
au travail (CARSAT) et les services.
Dans la lignée des expérimentations
conduites dès le premier plan santé au
travail, la contractualisation envisagée
par l’administration ne mettrait en avant
que des objectifs de santé publique sans
chercher à modifier le pilotage des ser-
vices par l’adoption de mesures visant
au suivi effectif des prestations rendues
aux entreprises, la pluridisciplinarité par
exemple ou, plus généralement, l’action
en milieu de travail, attestée par la réali-
sation d’une fiche de l’entreprise concer-
née.
Une refonte s’avère d’autant plus
urgente qu’en matière de gouvernance
comme de gestion, la loi du 20 juillet
2011 place les services face à des enjeux
conséquents.
15
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Cour des comptes
4
Un fonctionnement
à la recherche
d’un nouvel équilibre
Les contrôles opérés ont mis en
évidence l’atonie fréquente de la vie
associative, dans laquelle, sauf excep-
tion, les chefs des entreprises adhérentes
s’impliquent peu. Il en résulte un risque
de captation de la gouvernance par un
groupe restreint, groupe familial ou
groupe coopté d’une association à statut
fermé.
Face à ces difficultés, la loi du
20 juillet 2011 a opté pour un système
complexe. Le conseil d’administration
est désormais obligatoirement paritaire
et est présidé par l’employeur. Il est
doublé d’une commission de contrôle
également paritaire
mais à présidence
salariée.
En dépit de la quasi-inexistence de
la vie associative, ce texte a par ailleurs
maintenu le rôle clé de l’assemblée géné-
rale
qui
désigne
les
membres
employeurs, après, toutefois, un avis des
organisations représentatives.
S’agissant des salariés, elle n’a pas
favorisé, par un régime de défraiement
qui serait justifié, la participation des
représentants des salariés au conseil
d’administration. Il en résulte un sys-
tème au milieu du gué, entre le modèle
associatif et un
paritarisme contenu.
C’est donc cette nouvelle gouver-
nance qui devra faire face aux enjeux
lourds qui pèsent sur la gestion des ser-
vices. Ces derniers ont réalisé des avan-
cées significatives, en matière de déonto-
logie en renonçant, notamment, au
financement d’organisations représenta-
tives des employeurs. Certes, la préven-
tion des conflits d’intérêts des membres
du conseil d’administration, par le
moyen des conventions réglementées,
n’est pas toujours exemplaire. La tenta-
tion d’une externalisation des fonctions
de formation mais, surtout, du conseil
aux entreprises dans des structures com-
merciales existe.
D’une façon plus générale, le
régime fiscal très particulier des services
crée une ambiguïté : réglementairement,
les services de santé au travail interen-
treprises constituent des organismes
sans but lucratif mais, fiscalement, ils
sont imposables à l’impôt sur les socié-
tés. Certains présidents d’association
estiment donc légitime de les gérer
comme des entreprises et de se rémuné-
16
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
Un fonctionnement à la
recherche d’un nouvel équilibre
rer en conséquence.
A l’initiative de la profession, de
nombreux services se sont lancés dans
une démarche qualité, proposée par la
branche et qui devrait permettre la meil-
leure allocation des moyens au regard
des objectifs retenus par le législateur.
Toutefois, ces éléments positifs ne
suffisent pas. A ressources inchangées,
pour plusieurs services, les résultats ne
permettent plus de financer les investis-
sements indispensables et la politique de
recrutement de nouvelles compétences
que la loi du 20 juillet 2011 rend néces-
saire. La révision des modes de finance-
ment, thème que la loi du 20 juillet 2011
n’a pas abordé, s’impose donc.
On observe, en effet, que près de
la moitié des services ne respectent pas,
pour l’établissement de la cotisation,
l’assiette légale. Ils déterminent un taux
de masse salariale (plafonnée) et non pas
une cotisation
per capita
, au nombre de
salariés à suivre.
La valeur des cotisations versées
atteindrait
globalement
1,3 Md€
annuels, selon les estimations de la Cour.
Elle est inconnue de l’administration qui
n’en demande pas communication.
Cette masse cache toutefois une grande
variation des taux en fonction du service
de santé au travail interentreprises, une
variation difficile à apprécier car, selon
le service, les grilles de cotisations ne
sont pas comparables, certains offrant
une cotisation en quelque sorte forfai-
taire, couvrant l’ensemble des besoins,
d’autres multipliant les cotisations addi-
tionnelles. La seule valeur qui fasse sens
est donc, comme le retient la profession,
le chiffre d’affaires rapporté au nombre
de salariés suivis. Elle se situait en 2009
aux environs de 90 € HT annuels par
salarié à suivre.
Ce chantier du financement est
celui qui désormais attend la santé au
travail.
17
Synthèse
du Rapport public
thématique de la
Cour des comptes
Conclusion
La récente loi du 20 juillet 2011 et ses décrets d’application ont voulu tirer tous les ensei-
gnements
du mouvement, engagé en accord avec les directives européennes, qui pousse à la transfor-
mation de la médecine du travail en santé au travail, c’est-à-dire au passage d’une action dirigée
vers la personne et la réparation (préventions secondaire et tertiaire)
à une intervention sur les causes
(prévention primaire). En quelque sorte refondatrice, la loi du 20 juillet 2011 cherche à remédier
aux insuffisances constatées en renforçant la responsabilité des partenaires sociaux dans la gouver-
nance et le suivi des services de santé au travail interentreprises.
Leur fonctionnement doit désormais reposer sur un triple socle, le projet de service, que
les employeurs et les représentants des salariés présents au conseil d’administration devront approu-
ver, l’agrément accordé par l’Etat et, enfin, la contractualisation qui rassemble le service, l’Etat, la
CARSAT et les partenaires sociaux régionaux.
Afin de surmonter les difficultés apparues dans la mise en oeuvre de la réforme, la Cour
estime particulièrement nécessaire de :
- relancer très vite la concertation avec les partenaires sociaux afin de réviser l’obligation de
la visite médicale systématique d’embauche ;
- conférer à l’agrément le poids qu’il devrait avoir en donnant au ministre du travail, dans
le respect des procédures contradictoires,
la possibilité de dissoudre un service ou de le placer sous
la responsabilité d’un administrateur provisoire ;
- accroître l’implication des partenaires sociaux en leur confiant la responsabilité de fixer des
planchers et des plafonds du montant des cotisations et autres droits que l’entreprise doit régler au
SSTI en contrepartie du conseil et du suivi des salariés.
Recommandations
1)
Accorder, lors de l’agrément
des services, une vigilance particu-
lière aux objectifs retenus en direc-
tion des entreprises de moins de 50
salariés ;
2)
fixer, à cette même occasion,
des objectifs précis en matière d’éta-
blissement des fiches d’entreprise ;
3) élaborer une doctrine claire
quant à la consistance des prestations
pluridisciplinaires attendues, leur
durée, leur articulation avec le finan-
cement par la cotisation, et la fron-
tière avec les activités du secteur
concurrentiel ;
4) recenser, de façon séparée
de l’action en milieu de travail, le
temps médical consacré à la veille
sanitaire ;
5)
relancer les concertations en
vue d’une révision de la visite d’em-
bauche qui pourrait être limitée à des
cas spécifiques ;
6) ouvrir rapidement, au plan
national, pour les « collaborateurs
médecins », les formations continues
envisagées en médecine du travail ;
7) étudier la possibilité de
mesures exceptionnelles pour l’ob-
tention du titre de médecin du travail,
de façon à contrecarrer le risque du
non remplacement, à terme, d’un
médecin du travail sur deux ; à cette
fin, envisager notamment des procé-
dures de reconversion de médecins
généralistes en exercice ;
8) étudier la possibilité d’inté-
grer les médecins inspecteurs régio-
naux du travail dans le corps des
médecins de santé publique ;
9) actualiser rapidement non
seulement le modèle de rapport
administratif et financier mais aussi
le rapport d’activité médicale, en les
adaptant aux réformes, notamment à
la mise en place des équipes pluridis-
ciplinaires ;
10) aligner les services interen-
treprises sur le droit en vigueur pour
d’autres structures paritaires en don-
nant au ministre du travail, dans le
respect des procédures contradic-
toires, la possibilité de dissoudre un
service interentreprises ou de le pla-
cer sous la responsabilité d’un admi-
nistrateur provisoire ;
Synthèse
du Rapport public thématique de la
Cour des comptes
18
Recommandations
19
Synthèse
du Rapport public
thématique de la
Cour des comptes
11)
saisir
l’occasion
des
contractualisations pour définir, en
concertation avec tous les acteurs,
des objectifs chiffrés relatifs au ser-
vice rendu aux entreprises et à leurs
salariés, notamment en matière de
premier diagnostic des risques, donc
de fiches d’entreprises et de modali-
tés d’exercice de la pluridisciplina-
rité ;
12) procéder rapidement à un
premier bilan du fonctionnement
couplé des conseils d’administration
et commissions de contrôle, notam-
ment en matière d’absentéisme des
membres et envisager, le cas échéant,
une simplification du dispositif ;
13) aligner sur le régime en
vigueur pour les commissions de
contrôle le droit à indemnisation des
membres du conseil d‘administration
et, s’agissant du membre salarié tré-
sorier, les droits à formation ;
14) aligner le régime fiscal des
services sur le droit
commun des
associations ;
15) engager, avec les partenaires
sociaux, au sein du comité d’orienta-
tion sur les conditions de travail
(COCT), les concertations utiles
pour une réforme du financement
qui permettrait de leur confier le
pouvoir d’encadrer les variations de
la cotisation et des autres droits dus
par les entreprises aux services de
santé au travail interentreprises
(SSTI), pour des prestations compa-
rables, en contrepartie de l’adhésion.