5,9 %), non par le biais d’une dotation spécifique mais via le Fonds
national d’aménagement et de développement du territoire (FNADT). Le
reste du financement a été le fait des collectivités territoriales partenaires
(pour 61,96 M€), et marginalement de l’Union européenne (pour 2 M€).
Il en ira globalement de même en matière de fonctionnement.
L’Etat ne devrait contribuer au budget de l’établissement, estimé à 10 M€
par an, qu’à hauteur de 1 M€ pendant une période limitée à trois ans, et
non par le biais d’une subvention du ministère de la culture, mais en vertu
d’une décision du préfet de Région au titre du contrat de redynamisation
du site de Metz consécutif à la révision de la carte militaire.
L’antenne Lensoise du musée du Louvre, dont le coût total est
estimé pour l’heure à 150 M€, est comparable à cet égard. L’Etat
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contribue au financement de la construction pour un taux inférieur à celui
appliqué à Metz (5,75 M€, soit 3,8 %), mais ne prévoit pas, à ce stade, de
contribuer au fonctionnement de la structure, dont le budget annuel,
estimé à 12 M€, sera entièrement pris en charge par les collectivités
territoriales
.
D - Les dépôts et la circulation des oeuvres en région
L’absence d’investissement majeur de l’Etat dans les régions, du
moins dans l’attente du MUCEM à Marseille, aurait pu être compensée
par une politique ambitieuse de dépôts, de prêts ou de circulation des
oeuvres des musées nationaux auprès des musées territoriaux.
Précisément, à l’aube de la décennie, le bilan dressé par
l’Inspection générale des finances dans ses rapports d’octobre 2001
appelait à une relance de cette politique, en constatant que «
l’attitude de
l’Etat en la matière a été jusqu’à présent empreinte d’un fort
jacobinisme, les musées nationaux restant dans l’ensemble hésitants à
concevoir une politique de dépôts ambitieuse ou même simplement
respectueuse des attentes des musées territoriaux. (…) On touche là à un
domaine où l’exercice de la tutelle de la direction des musées de France
sur les musées nationaux devrait être plus directif qu’il n’est
traditionnellement, et obéir à une vision stratégique de l’aménagement
culturel du territoire et de l’intéressement des collectivités locales à la
protection et à l’enrichissement du patrimoine.
»
A cet égard, la loi du 4 janvier 2002 devait, en principe, marquer le
début d’une remise en ordre complète des dépôts en province.
Une première mesure très symbolique a prévu, à l’article 13 de la
loi, le transfert de propriété aux collectivités dont ils dépendent des
dépôts effectués au 19
ème
siècle par l’Etat auprès des musées territoriaux.
Il ne s’agissait en l’espèce que d’entériner des situations déjà largement
stratifiées par l’Histoire. Au 31 décembre 2009, ce transfert – qui exige
un récolement préalable auprès de 254 municipalités – était finalisé dans
113 villes et deux départements.
Plus ambitieux apparaissait l’article 11 de la même loi (aujourd’hui
codifié à l’article L. 451-8 du code du patrimoine), qui prévoit la
possibilité pour toute personne publique, y compris l’Etat, de transférer à
titre gratuit à une autre personne publique tout ou partie d’une collection
publique, dès lors que la bénéficiaire s’engage à conserver et exposer les
biens transférés dans un musée disposant du label « Musée de France ».
En clair, cet article permet théoriquement le transfert d’une oeuvre de
l’Etat à une collectivité territoriale, sur le modèle du transfert de
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133
monuments historiques qui constitue, depuis 2004, une orientation forte
de la politique de l’Etat en matière de patrimoine.
Mais cette disposition n’a jamais été utilisée.
Dans sa communication du 4 avril 2003 relative à la réforme des
musées nationaux, le ministre de la culture (qui rappelait l’existence du
transfert des dépôts antérieurs à 1910, mais passait sous silence
l’existence de l’article 11), entendait en fait privilégier une action
territoriale suivant deux axes : la constitution d’antennes régionales, avec
la mention du Centre Pompidou Metz et d’une future antenne du Louvre,
dont la localisation n’était pas encore fixée à l’époque ; et une action
délibérée de prêts et dépôts en région, essentiellement sous la forme
d’événements («
22 oeuvres du Louvre dans 22 régions
»).
Cette dernière orientation ne s’est immédiatement traduite en
indicateurs chiffrés que dans le seul musée du Louvre, où les résultats
témoignent d’un succès modéré :
Indicateurs d’action territoriale du musée du Louvre
Indicateurs
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2.2.a : Nombre d’expositions ou publications
réalisées en collaboration en France
-
-
112
52
66
77
2.2.b : Nombre d’expositions en France ayant
bénéficié de prêts du musée
-
-
102
54
62
64
2.2.c : Nombre de nouveaux dépôts en France
5
16
9
5
6
11
2.3.a : Nombre d’expositions à l’étranger ayant
bénéficié de prêts du musée
-
-
93
68
76
78
Source : rapports annuels de performance du musée du Louvre 2003-2005
Si le contrat de performance 2006-2008 du musée du Louvre a
conservé l’indicateur relatif aux dépôts d’oeuvres (sans objectif chiffré), il
a en revanche remplacé les indicateurs relatifs aux prêts par celui, plus
englobant, de partenariats, lesquels couvrent toute la gamme allant de la
simple participation à des comités scientifiques à des opérations plus
ambitieuses de prêts ou de coproductions d’expositions.
La même prudence semble caractériser le contrat de performance
2008-2010 conclu entre Versailles et l’Etat, qui comporte un indicateur
dont les cibles traduisent une politique de modération de la circulation des
oeuvres : «
Le sens de l'indicateur est de mesurer le nombre total de prêts
et de dépôts d'oeuvres faisant partie des collections de Versailles.
L'objectif poursuivi est de limiter le nombre de dépôts et de répondre
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dans certaines conditions aux demandes de prêts sans amoindrir
globalement la disponibilité des oeuvres de Versailles.
» Le nombre
d’oeuvres déposées, égal à 2 665 en 2006, doit ainsi redescendre
progressivement à 2 220 en 2010.
Ces quelques chiffres tendent à montrer qu’« en routine », la
concentration des investissements de l’Etat en région parisienne n’a guère
été contrebalancée par une politique active et continue de dépôts et de
circulation des oeuvres.
***
Au chapitre de la circulation des oeuvres, deux choix stratégiques
encadrent la décennie et illustrent les transformations qui l’ont
caractérisée.
Pendant la fermeture du Centre Georges Pompidou liée à sa
rénovation, en 1998 et 1999, l’établissement a organisé 34 expositions
« hors les murs » des oeuvres du musée national d’art moderne dans des
musées territoriaux, qui ont attiré, au total, 2,5 millions de visiteurs.
En 2010, pendant la fermeture de la galerie des impressionnistes
(soit les 2/5
ème
des espaces du musée), le musée d’Orsay a organisé deux
expositions destinées à se poser à Madrid, San Francisco et Nashville
pour la première, Canberra, Tokyo et de nouveau San Francisco pour la
seconde.
Ces
deux
expositions
ont
présenté
ensemble
environ
150 oeuvres, et ont rapporté entre 8 et 9 M€.
Le parallèle entre ces deux décisions montre que la contrainte
financière peut conduire les musées à accepter leur insertion dans une
économie tarifée de la circulation des oeuvres, qui réservera presque
toujours à l’étranger les opportunités les plus rémunératrices par rapport à
ce que peuvent consentir les musées en région.
Dès lors, comme le remarquait l’Inspection générale des finances
en 2001, il appartient nécessairement à l’Etat de préciser dans quelle
mesure il entend faire bénéficier les régions des collections nationales.
Car la dynamique de l’économie muséale ne produira pas spontanément
une reprise de la politique de dépôts et une pratique active de la
circulation des oeuvres sur l’ensemble du territoire national.
Il s’agit là d’une question d’opportunité politique. Mais si
l’objectif de démocratisation culturelle continue d’être au coeur des
missions du ministre de la culture, comme le décret qui définit ses
attributions le prévoit toujours, il apparaîtrait cohérent que les musées
nationaux inscrivent davantage leurs activités sur l’ensemble du territoire
que ce n’est le cas aujourd’hui.
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UNE DECENNIE DECEVANTE POUR LA POLITIQUE MUSEALE NATIONALE
135
III
-
La fréquentation : une dynamique
quantitative sans diversification des publics
En 2000, les musées nationaux avaient enregistré 17,8 millions de
visites. En 2009, ce chiffre a atteint 28,1 millions. Certes, entre ces deux
dates, l’offre muséale s’est développée (avec par exemple la réouverture
du musée de l’Orangerie et l’inauguration du musée du quai Branly), et il
n’existe aucune comparaison dans le temps à « périmètre constant ». Mais
la performance quantitative globale des musées nationaux n’en est pas
moins remarquable.
Si la hausse de la fréquentation totale a constitué, naturellement, un
objectif commun à tous les musées, la désignation des publics prioritaires,
c’est-à-dire les jeunes de moins de 18 ans et les personnes relevant du
« champ social » (selon l’expression utilisée dans les contrats de
performance des musées), n’est pas allée sans ambiguïtés : s’agissait-il
d’accroître la proportion de ces publics dans la fréquentation totale ou
simplement de veiller à ce qu’ils soient plus nombreux à visiter les
musées ? Le fait qu’ils bénéficient de la gratuité impliquait-il, dans ce
cas, une réduction de la part de la fréquentation payante par rapport à
celle de la fréquentation gratuite ?
Faute que ces objectifs aient été mis en relation les uns avec les
autres, faute surtout qu’ils aient été mis en cohérence avec les objectifs
parallèles de développement culturel et de croissance des ressources
propres, il est difficile de dire si les musées nationaux les ont atteints.
Les études disponibles suggèrent plutôt que ce n’est pas le cas. En
effet, les résultats de fréquentation enregistrés musée par musée doivent
être accompagnés d’un renversement de perspective : les études menées
auprès des visiteurs de musées doivent être complétées par celles
conduites auprès de l’ensemble des Français.
Les conclusions à tirer de ce renversement de perspective doivent
être prudentes, car les chiffres sont rares et globaux. Reste qu’ils
dessinent un bilan décevant de la décennie 2000 en termes de
diversification des publics.
A - La fréquentation totale des musées : une
progression remarquable
Considérés dans leur ensemble, les musées nationaux ont connu
une décennie éclatante puisqu’entre 2000 et 2009, ce sont près de 10,3
millions de visites supplémentaires qui y ont été enregistrées, soit une
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COUR DES COMPTES
progression en volume de 58 %. Cette dynamique est d’autant plus
notable que les années 1990 avaient été marquées, globalement, par une
stabilité de la fréquentation :
Evolution de la fréquentation des musées nationaux 1990-2009
1990
2000
2009
2009 / 2000
2009 / 1990
Musée du Louvre
5 140 000
6 095 400
8 383 401
+ 37,5%
+ 63,1%
Versailles
2 867 000
2 863 373
5 659 606
+ 97,7%
+ 97,4%
Musée d'Orsay
3 001 000
2 347 660
3 022 012
+ 28,7%
+ 0,7%
Musée national d'art
moderne
1 600 000
2 379 698
3 553 858
+ 49,3%
+ 122,1%
MNAO / Musée du
Quai Branly
297 000
313 000
1 496 439
-
+ 403,9%
Musée Rodin
473 000
603 603
695 620
+ 15,2%
+ 47,1%
Musée Guimet
129 000
9 386
246 836
ns
+ 91,3%
Musée Gustave Moreau
29 000
28 952
32 643
+ 12,7%
ns
Musées SCN
2 694 000
2 270 602
2 414 791
+ 6,4%
-10,4%
Galeries nationales du
Grand Palais
670 000
727 680
1 577 539
+ 116,8%
+ 135 %
Musées nationaux (y
compris GNGP)
16 917 000
17 819 039
28 124 226
+ 57,8 %
+ 66,5 %
Musées nationaux
sans GNGP
16 247 000
17 091 359
26 546 687
+ 55,3 %
+ 63,7 %
Source : Muséostat 1990 et 2000-2009
NB. Les résultats détaillés figurent en annexe 3.
Ce haut niveau de fréquentation fait qu’aujourd’hui, quatre musées
nationaux français figurent parmi les 10 musées les plus fréquentés au
monde :
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137
Les 20 musées les plus fréquentés au monde en 2009
1
Musée du Louvre, Paris
8 383 401
2
Tate Gallery (Tate Britain et Tate Modern), Londres
6 315 027
3
Château et musée de Versailles
5 659 606
4
British Museum, Londres
5 643 708
5
Metropolitan Museum, New York
4 547 353
6
National Gallery of Art, Washington
4 518 413
7
Musées du Vatican
4 310 083
8
National Gallery, Londres
4 159 485
9
Centre Georges Pompidou, Paris
3 553 858
10
Musée d'Orsay, Paris
3 022 012
11
Musée du Prado, Madrid
2 652 924
12
Musée national du Palais, Taipe
2 650 551
13
Victoria and Albert Museum, Londres
2 435 300
14
Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg
2 395 075
15
Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow
2 232 475
16
Museum of Modern Art, New York
2 219 554
17
Field Museum, Chicago
2 133 149
18
National Museum, Tokyo
1 772 255
19
CaxiaForum, Barcelone
1 674 607
20 ea
Musée du Kremlin, Moscou
1 650 000
20 ea
Museum of Fine Arts, Houston
1 649 969
Source : Muséostat 2009 pour les musées français, « Annual Museum Attendance
Survey 2009 », The Art Newspaper pour les autres.
Quelques éléments structurels sous-tendent cette performance.
Le premier tient à une augmentation de l’« offre muséale » par
rapport aux années 1990. La réouverture du Centre Georges Pompidou en
2000, après sa fermeture en 1998 et 1999, a entraîné par exemple un
surcroît annuel de visites de 1,5 million d’une décennie à l’autre. Surtout,
l’ouverture du musée de la musique et du musée du quai Branly (dont la
fréquentation est quatre fois plus élevée que celle de l’ancien musée
national des arts d’Afrique et d’Océanie), ainsi que la transformation
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138
COUR DES COMPTES
radicale du musée des monuments Français sont ensemble à l’origine
d’un gain de près de 1,8 millions de visites annuelles par rapport aux
institutions auxquelles ils ont succédé.
Le second élément tient à ce qui a été qualifié d’ «
engouement
»
des Français pour les musées, et qui fait que l’ensemble des musées de
France a vu sa fréquentation totale passer de 41,11 millions de visites en
2002 (année où l’appellation « musée de France » a été créée en
application de la loi du 4 janvier 2002) à 59,83 millions en 2009.
Confortés par des mesures de gratuité généralisée décidées dans
plusieurs villes (notamment à Paris, où l’augmentation de la fréquentation
liée à la gratuité est estimée à 2 millions de visiteurs depuis 2002), les
musées territoriaux ne sont pas restés absents de cette dynamique
39
.
Mais avec la réouverture du musée de l’Orangerie en 2005, puis
l’ouverture du musée du quai Branly en 2006, la part des musées
nationaux a mécaniquement augmenté dans la fréquentation totale des
musées de France, en passant de 44,7 % en 2002 à 50,0 % en 2009 :
Source : calculs Cour des comptes à partir des séries Muséostat 2002-2009
39
A cet égard, il n’est pas surprenant de retrouver le musée de la porcelaine Adrien
Dubouché à Limoges et le musée Marc Chagall à Nice parmi les musées nationaux
dont la fréquentation a stagné, tous deux ayant été confrontés à la concurrence de
musées municipaux devenus gratuits au cours de la décennie.
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139
La
relative
homogénéité
des
taux
de
progression
de
la
fréquentation ne concerne toutefois que les grands musées ou les grandes
« catégories » (musées nationaux, musées territoriaux). Au sein de ces
dernières, des différences notables existent, le plus souvent en fonction de
la taille des structures : alors que les plus grands musées, quel que soit
leur statut, ont été en mesure de s’organiser et de mobiliser des moyens
pour s’insérer dans une dynamique nationale, les plus petits ont souvent
vu leur fréquentation stagner, voire diminuer.
L’illustration de ce phénomène se lit notamment dans le succès des
expositions temporaires, dont la multiplication au cours de la décennie
traduit une adaptation des musées à une économie de l’événement qui
favorise le renouvellement de leur fréquentation
40
.
Enfin, la décennie 2000-2009 a été marquée par une croissance
importante des flux touristiques à destination de la France, notamment
après le creux enregistré en 2001-2002. Entre 2003 et 2008, le nombre de
nuitées a ainsi crû de près de 13 millions, ce qui a bénéficié aux grands
musées nationaux dont la fréquentation repose encore majoritairement sur
les touristes étrangers.
Cependant, la hausse de la fréquentation totale des musées a été, en
proportion, supérieure à celle des flux touristiques. L’objectif – implicite
dans la plupart des musées, explicite dans le cas du Louvre et de
Versailles – consistant à accroître la part des visites de nationaux a ainsi
été globalement satisfait, même si tous les musées n’ont pas atteint leurs
cibles.
En juin 2000, ainsi, le président du musée du Louvre constatait
devant son conseil d’administration : «
Le Louvre est visité en majorité
par des touristes étrangers qui représentent 70 % de la fréquentation
totale. Soucieux de favoriser l’accès du plus grand nombre à la culture le
musée veillera à développer le public national.
». Cet objectif a été
satisfait. En 2009 – année il est vrai marquée par la crise économique
mondiale, qui a affecté les flux touristiques – les visiteurs nationaux ont
représenté 36 % de la fréquentation totale, soit une progression de 6
points par rapport à 2000.
40
Avec parfois un double effet « mathématique » contestable : le Louvre, par
exemple, compte depuis 2004 pour deux visites chaque billet jumelé permettant
l’accès aux collections permanentes et aux expositions temporaires du hall Napoléon.
Cette évolution de méthode représente à elle seule un surcroît de visites
« statistiques » de 82 167 en 2009.
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140
COUR DES COMPTES
Au musée d’Orsay, la proportion des visiteurs français plafonnait
encore à 25 % en 2002, et après une légère contraction en 2004 (22 %),
elle n’a pas cessé de remonter depuis, au point d’atteindre 31 % en 2008
et même 40 % en 2009.
Seul Versailles paraît en retrait de ce point de vue. Alors que le
contrat de performance 2008-2010 a introduit pour la première fois un
indicateur de fréquentation nationale, égal à 37 % en 2007, celui-ci est
retombé à 35 % en 2008. Le caractère récent de cet indicateur ne permet
cependant pas de tirer des conclusions fiables, d’autant qu’en 2006, le
pourcentage des visiteurs nationaux sur l’ensemble du domaine (donc y
compris les visiteurs du parc) avait été estimé à 42 %.
Au total, les musées nationaux ont donc relevé le défi quantitatif de
la fréquentation. Ce succès a été acquis en partie auprès du public
national, réduisant leur dépendance, pour les plus grands d’entre eux, à
l’égard des touristes étrangers (du moins pour ce qui concerne la
fréquentation : les recettes de billetterie, à l’inverse, ayant plutôt vu
s’accroître leur concentration sur ces touristes). Enfin, ce résultat a été
atteint sans dégradation notable des conditions de visite si l’on en juge
par les quelques indicateurs de satisfaction renseignés par les musées
auprès de leurs visiteurs, qui se sont maintenus à un haut niveau pendant
l’essentiel de la décennie.
L’engouement pour les musées dans les années 2000 : un phénomène
européen mais nulle part aussi fort qu’en France
Tous les pays européens ont connu une croissance de la fréquentation
de leurs musées au cours des dernières années, mais dans peu de cas elle a été
aussi forte qu’en France.
En Espagne, le nombre total de visites enregistrées dans les musées est
passé de 42,5 millions en 2000 à 56 millions en 2008, soit une progression de
32 % (
Ministerio de cultura, Estadística de museos y colecciones
). Au
Royaume-Uni, les musées nationaux (dépendant du
Department for culture,
media and sport
) ont accueilli 44,8 millions de visites en 2009, contre 37,7
millions en 2004, soit une hausse en cinq ans de 19 %. Au Luxembourg, la
fréquentation totale des musées a crû de 49 % entre 2000 et 2007 sur un
rythme continu. En Autriche, entre 2002 et 2008, c’est une progression de 9,3
millions de visites à 12,1 millions qui a été constatée, soit + 39 %.
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UNE DECENNIE DE DEVELOPPEMENT DES MUSEES,
UNE DECENNIE DECEVANTE POUR LA POLITIQUE MUSEALE NATIONALE
141
L’Italie apparaît en retrait de cette dynamique. Les statistiques
regroupent généralement musées et sites archéologiques “muséographiés”,
soit un périmètre un peu différent de celui des “musées de France” : en 2009,
le nombre total de visites y atteignait 32,3 millions, contre 30,2 millions en
2000 (
Ministero per i beni e le attivita culturali
). La progression n’aurait
donc été que de 7 %.
Le taux de progression est le même en Allemagne, où la fréquentation
des quelque 6 000 institutions qualifiées de « musées » a atteint 106,8
millions
de
visites
en
2009,
contre
99,6
en
2000
(
Institüt
für
Museumsforschung
). Ce périmètre est plus large que celui des « Musées de
France », notamment parce qu’il comprend 2300 musées d’intérêt local qui,
en France, seraient considérés comme trop petit pour disposer de ce label.
B - La diversification des publics : des objectifs non
atteints
En matière de composition des publics, deux objectifs ont été
continûment affichés tout au long des années 2000, tant au niveau
national que dans chacun des musées : faire progresser la fréquentation
des jeunes publics, notamment des moins de 18 ans ; et démocratiser
l’accès aux musées en direction des visiteurs relevant du « champ
social ».
La formulation opérationnelle de ces objectifs n’est cependant pas
allée sans contradictions. En effet, ces deux publics-cibles ont pour
caractéristique d’être restés dispensés de droit d’entrée pendant toute la
décennie: accroître leur proportion dans le total des visiteurs aurait donc
dû avoir pour corollaire un objectif assumé de progression de la
fréquentation gratuite par rapport à la fréquentation payante
41
. Or, c’est le
contraire qui a été inscrit dans les contrats pluriannuels : au Louvre, par
exemple, à partir d’un taux de visiteurs payants de 65 % en 2001, le
contrat pluriannuel 2003-2009 assignait comme objectif au musée
d’atteindre le taux de 69 % dès 2003 et de s’y maintenir. Plus tard dans la
décennie, cette contradiction n’a pas été corrigée, puisque le contrat
2008-2010 de Versailles prescrivait lui aussi la stabilité du taux de
41
En prenant soin, toutefois, de distinguer, au sein de la fréquentation gratuite
des musées nationaux, d’une part, les visiteurs bénéficiant de la gratuité en tant
que publics prioritaires, et, d’autre part les visiteurs des « dimanches gratuits »
(le premier dimanche de chaque mois dans tous les musées nationaux). Sans
cette distinction, la fréquentation gratuite totale n’est pas un indicateur
rigoureux de la diversification des publics.
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fréquentation payante à 77 %, tout en affichant une priorité en faveur des
jeunes et des publics du « champ social ».
Cette confusion des objectifs peut expliquer, pour partie, les
résultats décevants constatés au cours des années 2000.
1 -
La stagnation de la fréquentation des jeunes publics
Si le rajeunissement des publics, énoncé de façon générique,
constitue depuis dix ans une priorité constante, les indicateurs choisis et
les instruments mobilisés conduisent en fait à distinguer deux catégories
de jeunes : ceux de moins de 18 ans, qui bénéficient depuis longtemps de
la gratuité d’accès et dont les visites s’effectuent en partie par
l’intermédiaire des groupes scolaires ; et les jeunes de 19 à 25 ans, qui ont
fait l’objet de la principale initiative de la décennie en termes de politique
des publics avec la gratuité d’accès instituée en 2009. Il y est
spécifiquement revenu plus loin.
Signe de son importance, un indicateur de fréquentation des jeunes
de moins de 18 ans, en proportion de la fréquentation totale des musées
nationaux, a été intégré dès 2006 au projet annuel de performance de la
mission « Culture ». Sur la base d’un pourcentage de 17 % atteint en
2003, il était prévu d’atteindre 19 % en 2005 et 22 % à l’horizon 2010. En
2007, cette dernière cible a même été portée de 22 à 23 %.
Ces objectifs n’ont pas été atteints. Mais avant même d’évoquer les
limites des résultats, il convient d’évoquer celles de la méthodologie.
En effet, les données recueillies auprès des musées pour élaborer
les projets et les rapports annuels de performance du ministère de la
culture se sont souvent révélées tardives et peu fiables
42
, et, pour les plus
petits musées, tout simplement indisponibles. Pour l’élaboration du
rapport annuel de performance 2006, alors que les chiffres bruts
disponibles aboutissaient à un taux calculé de 11 %, les services du
ministère de la culture ont estimé qu’il fallait augmenter d’office ce taux
de 7 points et le porter à 18 % pour l’ensemble des musées nationaux.
C’est probablement pour éviter ce type d’ « arrondi » que depuis
2007, l’indicateur de fréquentation des jeunes de moins de 18 ans est
mesuré par l’intermédiaire d’un panel de musées comprenant le musée du
Louvre, le musée du quai Branly et les musées sous statut SCN dont la
billetterie est gérée par la RMN. Le fait que n’y figurent pas le musée
42
A titre d’exemple, le musée Guimet a communiqué une proportion de jeunes
publics de 35,49 % en 2005, puis de 8,38 % en 2006 et 6,21 % en 2007. Un tel
effondrement apparaît peu crédible.
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143
d’Orsay, Versailles et le Centre Georges Pompidou signifie que leur suivi
des visiteurs n’est pas considéré comme suffisamment fiable ou rapide
dans la production des résultats.
Cette limite méthodologique conduit à considérer avec prudence
les résultats affichés. Reste que ceux-ci sont décevants, voire très
décevants : non seulement les cibles fixées par les projets annuels de
performance n’ont jamais été atteintes, mais de surcroît, la proportion des
jeunes dans la fréquentation diminue d’année en année (compte tenu de
l’arrondi pratiqué d’office pour 2006 évoqué ci-dessus, la seule
progression, de 2005 à 2006, ne peut pas être considérée comme fiable).
Proportion des jeunes de moins de 18 ans dans la fréquentation des
musées nationaux
2003
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2013
Cible de
l'année
19,0%
20,0%
18,5%
18,5%
19,0%
> 17 %
> 17 %
Résultats
17,0 %
17,1%
18,0%
16,9%
16,3%
15,6%
Source : PAP et données élémentaires des RAP (DMF)
C’est au vu de ces résultats que les cibles ont été abaissées par
deux fois en 2007 et 2010 : désormais, et jusqu’à l’horizon 2013, le
ministère n’attend pas davantage qu’un retour de la part des visiteurs de
moins de 18 ans à son niveau atteint en 2003, c’est-à-dire 17 %. Pourtant,
l’objectif de rajeunissement des publics n’a officiellement pas été
abandonné.
Ces résultats sont d’autant plus décevants que les visites des jeunes
de moins de 18 ans sont effectuées, pour une bonne part, sous la forme de
groupes scolaires.
Tous les musées, dans leurs rapports d’activité, revendiquent à cet
égard d’avoir développé leurs actions en direction de l’éducation
nationale. Sans doute quelques résultats ont-ils été obtenus. Par exemple,
la fréquentation des groupes scolaires s’est accrue de 29 % dans les
musées SCN entre 2006 et 2009, en passant de 171 200 à 220 900
43
. Mais
43
La RMN et les ministères de la culture et de l’éducation nationale ont signé, le
15 décembre 2009, une convention relative au renforcement de leurs partenariats pour
l’accueil de groupes scolaires, mais la cible affichée porte sur 200 000 jeunes
accueillis, soit légèrement moins que le nombre déjà atteint en 2009. Il est donc
difficile de parler d’une grande ambition. Par ailleurs, même s’il est vrai que le réseau
des musées SCN se réduit et n’incarne plus la communauté des musées nationaux, le
chiffre de 200 000, soit 1,6 % des élèves solarisés, paraît très modeste.
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à un niveau agrégé, les chiffres nationaux n’en rendent pas compte, au
contraire. Au musée du Louvre, la fréquentation des groupes scolaires a
également un peu progressé au cours de la décennie, mais demeure sujette
à des variations : en 2009, ce sont 682 000 jeunes qui ont visité le musée
en groupe, soit 17 000 de moins que l’année précédente.
Finalement, seule la forte croissance de la fréquentation totale a
permis au nombre de jeunes présents dans les musées de se maintenir en
volume. Mais ils ont sensiblement moins « bénéficié » de la décennie que
les autres publics, alors même qu’ils étaient désignés comme prioritaires :
de 2005 à 2009, lorsque la fréquentation totale des musées nationaux
gagnait 4,8 millions de visites, celle des jeunes ne progressait que de
410 000.
Les musées nationaux, notamment les plus grands d’entre eux,
devaient-ils aller au-delà et se donner les moyens d’un accroissement plus
que proportionnel du nombre de jeunes visiteurs ? L’objectif de
rajeunissement des publics et les cibles attachées aux projets annuels de
performance du ministère de la culture l’impliquaient clairement. Encore
eût-il fallu que cet objectif soit assigné sous cette forme aux musées.
A cet égard, le lien entre rajeunissement et démocratisation ne
paraît pas avoir été suffisamment recherché, à travers notamment la
construction de passerelles entre les visites scolaires et les visites
familiales.
Au Metropolitan Museum de NewYork, par exemple, les jeunes
visiteurs accueillis dans le cadre de visites scolaires se voient remettre un
billet gratuit pour les inciter à revenir avec leurs familles
44
. Une
semblable expérience a déjà été tentée en France dans quelques musées
SCN dans le cadre de l’opération «
Les Portes du Temps
», lancée en
2008, qui vise précisément les publics des zones urbaines sensibles. Si, en
amont, les efforts de coopération des grands musées avec les
établissements de l’éducation nationale étaient amplifiés et le cas échéant
davantage ciblés sur les élèves éloignés du monde de la culture, ce type
de mesure pourrait, à peu de coût, avoir un effet direct sur le
rajeunissement et la diversification sociale des publics en aval.
44
L’entrée gratuite est en fait une sorte d’invitation privilégiée, puisque le
Metropolitan Museum n’affiche pas de tarif obligatoire mais seulement un tarif
recommandé. L’enjeu ici n’est pas financier, mais de « prescription » : il s’agit
d’amplifier l’effet d’une visite obligatoire effectuée dans le cadre scolaire par une
visite de plaisir dans laquelle les enfants deviennent prescripteurs vis-à-vis de leurs
parents.
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145
2 -
Une politique encore modeste en direction des « non publics »
A l’inverse des jeunes, les publics relevant du « champ social » et
plus généralement la démocratisation de l’accès aux musées n’ont été
associés à aucun objectif chiffré au niveau national. Seuls les publics
handicapés ont fait l’objet, notamment à partir de 2004, d’une politique
systématique, dont les résultats apparaissent probants.
Il est vrai que la désignation précise desdits publics a été
problématique, et qu’il est très difficile de mesurer de façon fiable sa
présence dans les musées
45
. La majorité des professionnels chargés du
développement et du suivi des publics estime en conséquence qu’il est
difficile, voire impossible, de se donner des cibles chiffrées en matière de
fréquentation
des
« non
publics »
(selon
une
autre
appellation
fréquemment utilisée dans les documents stratégiques des musées), et
qu’il vaut mieux raisonner sur un plan qualitatif à travers des actions
exemplaires.
Reste que les éléments permettant d’apprécier la mise en oeuvre et
la réussite de telles actions sont eux aussi rares et lacunaires.
Le Louvre est l’un des rares musées à s’être doté d’indicateurs en
ce sens dans le cadre de son contrat de performance 2006-2008, qui ont
de surcroît donné lieu à un calcul rétrospectif sur les années 2002-2005.
Cette déclinaison opérationnelle de l’objectif de démocratisation mérite
d’être saluée, même si, formulée en nombres de groupes relevant du
« champ social » accueillis au musée, elle n’implique que lointainement
une modification progressive de la composition des publics. Mais les
modifications intervenues, là aussi, dans les périmètres et les méthodes de
décompte ont pour conséquence de masquer le peu de succès rencontré au
plan quantitatif :
45
La gratuité d’accès accordée aux demandeurs d’emploi ou aux bénéficiaires des
minima sociaux ne s’accompagne pas de contremarques (à l’inverse de celle des
jeunes depuis 2009).
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L’accueil de groupes du « champ social » au musée du Louvre
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
Prévision
310
345
380
415
Nombre de
groupes relevant
du « champ
social »
Réalisation
227
317
296
335
1 043
1 140
1 323
Source : rapports annuels de performance du musée du Louvre 2006-2008
Le triplement du nombre de groupes du « champ social » accueillis
en 2006 par rapport à 2005 s’explique ainsi par le fait que les calculs
rétrospectifs 2002-2005 et la cible 2006 n’ont été fixés qu’en référence
aux groupes de visiteurs handicapés, alors que dès 2006, les visites
comptabilisées ont dénombré, indistinctement, les groupes de visiteurs
handicapés et les groupes « sociaux » (ces derniers ne faisant l’objet
d’aucune définition).
Cet indicateur n’en constitue pas moins un effort et témoigne de la
mise en place d’un service dédié à cette politique au sein de
l’établissement. Pour en apprécier véritablement la portée, il serait
toutefois nécessaire de le compléter par un chiffrage en nombre de
visiteurs (la taille des groupes pouvant être très variable).
A Versailles, le contrat de performance 2008-2010 comporte un
objectif intitulé «
Améliorer l’offre destinée aux publics handicapés et du
champ social
», mais ses deux indicateurs de suivi portent sur le nombre
d’actions
à
destination
du
public
handicapé
(visites-conférences
tactiles…) et sur le nombre de « relais sociaux », qui correspondent
concrètement à la présence de représentants de l’établissement dans les
forums et manifestations destinées aux publics relevant de ce champ. Ils
n’impliquent donc pas d’évolution de la composition du public.
Au musée d’Orsay, le projet scientifique et culturel élaboré en
2005 mentionnait l’objectif de démocratisation, en indiquant notamment :
«
Permettre l’accès du musée au « non public » (personnes défavorisées
et / ou en voie d’insertion, ne fréquentant pas les institutions culturelles)
constitue l’une des missions du musée.
». Malgré cela, le contrat de
performance établi au titre des années 2006-2009 ne comportait aucune
déclinaison de cet objectif, et donc aucun indicateur susceptible d’en
rendre compte. Certes, pendant cette période, le musée a signé quelques
conventions avec des associations du « champ social » ou avec des
collectivités (la ville de Saint-Denis notamment), mais, d’après les
constatations opérées par la Cour à l’occasion du contrôle de
l’établissement, celles-ci restent d’un effet limité.
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147
Il semble que la situation soit comparable dans la majorité des
autres musées. Les services dédiés à l’accueil des publics s’emploient à
développer des actions de partenariat susceptibles de faire venir des
publics ordinairement étrangers au monde de la culture. Mais ces actions
ne sont jamais considérées comme suffisamment prioritaires ou d’une
ambition telle que les musées s’aventurent à en faire un indicateur chiffré
de leur performance. Ce faisant, l’objectif politique de démocratisation en
reste au stade des injonctions de principe, d’une part, et d’actions
méritoires, mais très ciblées, d’autre part.
Les études de fréquentation conduites par les musées ne permettent
pas de conclure à une évolution significative de la composition de leurs
publics. Certes, « en masse », il est incontestable que certains publics peu
familiers des musées s’y sont aventurés pour la première fois durant la
dernière décennie. Mais faute d’estimation fiable du point de départ, et
faute que le point d’arrivée puisse être lui-même tenu pour certain, nul ne
peut se hasarder à dire que la démocratisation de l’accès au musée a
bénéficié des investissements des années 2000-2010. Aucun interlocuteur
de la Cour, issu des musées nationaux ou du monde académique, ne s’y
est risqué chiffres à l’appui.
Au contraire, si l’on considère, non plus la fréquentation des
musées telle que mesurée entre leurs murs, mais l’accès aux musées des
Français dans leur ensemble, c’est un constat pessimiste qui s’impose.
C - Un point de vue national : les Français et les musées
Depuis 1973, à intervalles d’environ 10 ans, le ministère de la
culture collationne et publie les résultats d’une vaste étude intitulée «
Les
pratiques culturelles des Français
», qui constitue la principale source
statistique fondée, non pas sur les lieux et équipements, mais sur les
déclarations de ceux qui les fréquentent ou devraient les fréquenter. Les
derniers résultats disponibles datent de 1989, 1997 et 2008.
L’évolution de l’indicateur de fréquentation des musées révèle à
cet égard un résultat surprenant, puisqu’il montre que l’investissement
massif de l’Etat en faveur des musées nationaux au cours de la décennie
2000 s’est accompagné d’une légère baisse du taux de fréquentation, qui
a retrouvé en 2008 le niveau atteint en 1989.
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Pourcentage de Français de 15 ans et plus ayant visité un musée au
cours des douze derniers mois
1989
1997
2008
Ensemble de la population
30 %
33 %
30 %
Source : Ministère de la culture, « Les pratiques culturelles des Français »
Ce résultat doit être interprété avec prudence, non pas tant en
raison des années choisies (la période 2006-2007 qui comprend les
«
douze derniers mois
» de l’interrogation 2008 correspond à une période
de forte croissance de la fréquentation constatée dans les musées, alors
qu’à l’inverse, la période 1995-1996 de l’interrogation 1997 est marquée
par une conjoncture économique déprimée) que du caractère très global
de l’indicateur. La catégorie « musée » comprend ici tous les types de
musées, des beaux-arts ou de sciences notamment, et va donc bien au-
delà des seuls musées nationaux.
Reste qu’en première analyse, ce chiffre étonne au regard de la
forte hausse, sur la même période, de la fréquentation totale des musées et
de la légère croissance en son sein de la part de la fréquentation nationale.
C’est pourquoi il n’est pas sans intérêt qu’il ait été confirmé par deux fois
par le CREDOC, une première en 2006 à l’occasion d’une étude intitulée
«
Fréquentation et image des musées au début 2005
» (qui aboutissait à
un chiffre de 33 %), la seconde en 2009, à l’occasion des études
évaluatives de la gratuité.
En réponse à cette observation, le ministère de la culture a émis
quelques réserves sur l’interprétation des «
Pratiques culturelles des
Français
»,
en
arguant
notamment
qu’il
serait
étonnant
que
l’augmentation quantitative de la fréquentation ait été le seul fait des
touristes étrangers. De fait, ce n’est pas le cas, comme le montre la légère
progression sur la période 1999-2009 du public national.
En réalité, la stagnation du taux de visite dans la population
générale n’est pas incohérente avec le double constat qui accompagne
l’analyse qualitative de la fréquentation telle qu’elle est menée par les
musées eux-mêmes : l’absence de diversification de la composition des
publics, et, au sein du public national, la stagnation du nombre de « primo
visiteurs ». La mise en relation des chiffres disponibles montre en effet
que la progression de la fréquentation totale a été acquise pour l’essentiel
auprès des visiteurs réguliers des musées, qui sont devenus de plus en
plus assidus, beaucoup plus qu’auprès des « primo visiteurs ».
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149
Il est significatif, à cet égard, que le premier contrat d’objectifs et
de moyens signé par le Louvre et l’Etat au titre des années 2003-2005 ait
comporté un indicateur spécifique mesurant la part des « primo visiteurs »
parmi les visiteurs nationaux, qui constituait implicitement une mesure de
la diversification du public. Estimé à 24,5 % en 2001, il a fait l’objet,
dans ce contrat, d’une cible de 25 % pour l’ensemble des années 2003-
2005. Cet objectif de légère croissance, puis de stabilité, montrait que le
public des primo visiteurs n’était que peu privilégié par rapport aux
visiteurs réguliers. Surtout, les résultats ont pu laisser perplexe : l’année
2002, la première à faire l’objet d’une mesure précise, a débouché sur un
taux de 28,9 %, donc sensiblement plus élevé que celui qui avait été
estimé pour 2001. Le taux s’est ensuite tassé à 28,1 % en 2003, avant de
s’effondrer à 18,3 % en 2004 et de n’être plus mesuré en 2005.
Cet indicateur n’a pas été repris dans le contrat 2006-2008,
illustrant la fâcheuse tendance du monde muséal à modifier ou supprimer
les indicateurs au fur et à mesure qu’ils affichent des déceptions ou des
échecs. Il étayait pourtant un soupçon assez commun dans le monde
muséal : la politique de l’offre déployée depuis dix ans a davantage
bénéficié aux Français qui fréquentaient déjà les musées qu’à ceux qui ne
les fréquentaient pas.
L’absence de progression du taux de visite des expositions de
peinture et de sculpture (qui concerne très directement les musées
nationaux) en dépit de leur multiplication en est un indicateur éloquent :
Pourcentage de Français de 15 ans et plus ayant visité une exposition
de peinture ou de sculpture au cours des douze derniers mois
1989
1997
2008
Ensemble de la population
23 %
25 %
24 %
Source : Ministère de la culture, « Les pratiques culturelles des Français »
En somme, les visiteurs réguliers des musées sont devenus encore
plus assidus, du fait notamment des formules d’abonnement qui se sont
développées et surtout de la multiplication des expositions. Au musée du
Louvre, par exemple, le bilan de la fréquentation des visiteurs franciliens
en 2009 montre que 80 % des visiteurs parisiens et 60 % des visiteurs
franciliens étaient déjà venus au musée au cours des douze derniers mois.
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C’est du reste la raison pour laquelle la désignation par tous les
musées de leur fréquentation comme évaluant le nombre de « visiteurs »
est abusive : en ce qui concerne le public national c’est en réalité le
nombre de « visites » qui a augmenté au cours de la décennie, et non pas
le nombre de « visiteurs ».
L’absence de démocratisation globale de l’accès au musée, elle, est
patente si l’on considère la répartition des visiteurs par catégories
socioprofessionnelles.
Pourcentage de Français de 15 ans et plus ayant visité un musée au
cours des douze derniers mois (répartition par profession)
1989
1997
2008
Agriculteurs
22 %
20 %
17 %
Artisans, commerçants et chefs d'ent.
32 %
33 %
30 %
Cadres et prof. intell. sup.
61 %
65 %
59 %
Professions intermédiaires
43 %
43 %
38 %
Employés
31 %
34 %
22 %
Ouvriers
23 %
22,5 %
15 %
Retraités, inactifs
21 %
entre 25 et 30 %
29 %
Source : Ministère de la culture, « Les pratiques culturelles des Français »
Seule la catégorie des retraités et inactifs a vu son taux de visite
croître continûment entre 1989 et 2008. En revanche, de 1997 à 2008,
toutes les catégories socioprofessionnelles qui auraient dû être les
bénéficiaires de l’entreprise de démocratisation affichée comme priorité
politique ont enregistré des taux de visite en baisse.
Ce constat se double d’une marginalisation des Français de
province, qui n’est pas étonnante compte tenu de l’extrême concentration
parisienne des investissements muséaux de la décennie 2000-2010 :
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151
Pourcentage de Français de 15 ans et plus ayant visité un musée au
cours des douze derniers mois (répartition par origine géographique)
1989
1997
2008
Communes rurales
26 %
22 %
Moins de 20 000 hab.
27 %
23 %
20 000 à 100 000 hab.
31 %
26 %
Plus de 100 000 hab.
36 %
34 %
Paris intra-muros
59 %
57 %
65 %
Reste de l'agglomération parisienne
43 %
42 %
40 %
Source : Ministère de la culture, « Les pratiques culturelles des Français »
Ces chiffres rendent compte de l’extension en volume d’un public
devenu quasiment une catégorie à lui seul : le public parisien des
connaisseurs. Limité à quelques milliers de personnes dans les années
1990, il n’a cessé de croître en bénéficiant à plein de la politique de
l’offre déployée par les musées tout au long de la décennie.
Le taux de visite des musées : d’autres exemples internationaux
Le taux de visite des musées par les Français en 2008, soit 30 %,
paraît se situer dans la moyenne basse des pays comparables si l’on en juge
par quelques études ayant une finalité et une méthodologie semblable à celle
des «
Pratiques culturelles des Français
».
Par exemple, le Conseil des arts du Canada diligente tous les sept ans
une étude «
Profil des activités culturelles et des visites du patrimoine des
canadiens
», qui repose elle aussi sur une interrogation des plus de 15 ans. Le
taux de visite des musées au cours des douze mois précédents mesuré en
1998, soit 32,3 %, était identique à celui mesuré en France en 1997, mais
contrairement au taux français, il a progressé jusqu’à 35,2 % en 2005.
Au Royaume-Uni, le
Department for culture, media and sport
publie
régulièrement une étude dénommée «
Taking part : the national survey of
culture, leisure and sport
». D’après celle-ci, le pourcentage des adultes ayant
fréquenté un musée ou un lieu patrimonial (ce qui est un peu plus large que le
périmètre français) au cours des douze derniers mois s’est élevé en 2009 à
44,5 %, en progression de trois points par rapport à 2006 (41,5 %). Cette
progression est encore plus forte pour les enfants, puisque le taux de visite
des 5-15 ans s’est élevé à 68 % en 2009, contre seulement 56 % en 2006 : ce
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taux très élevé et croissant est lié à une politique systématique en direction
du public scolaire et à une approche délibérément « ludique » proposée par
certains musées britanniques.
Enfin, un indicateur mesurant le taux de visite des nationaux de plus
de 15 ans pour plusieurs pays sur la période 2001-2003 a été calculé par le
European Group on Museum Statistics (EGMUS). Le taux calculé pour la
France(23,5 %) ne recoupe pas celui des «
Pratiques culturelles
», et il est
donc difficile de le considérer comme fiable en valeur absolue. Mais en
supposant que les données ont été harmonisées entre pays, l’échelonnement
relatif suggère que les Français sont loin d’être les visiteurs de musées les
plus assidus parmi les européens :
Autriche : 62,2 %
Luxembourg : 32,10 %
Estonie : 52,0 %
Slovénie : 27,0 %
Danemark : 46,4 %
Irlande : 24,5 %
Royaume-Uni : 42,0 %
France : 23,5 %
Pays-Bas : 38,0 %
Belgique : 22,7 %
Hongrie : 33,0 %
Pologne : 21 %
*
Si la remarquable progression quantitative de la fréquentation, plus
forte en France que partout ailleurs en Europe, doit être mise au crédit des
musées, elle ne saurait déterminer, à elle seule, l’échec ou le succès de la
politique muséale nationale. Le ministère et de la culture et les musées
semblent parfois occulter le fait que cette progression ne constituait qu’un
objectif parmi d’autres, et que l’Etat s’est constamment attaché à désigner
des publics prioritaires. Or, vis-à-vis de ceux-ci, la décennie écoulée n’a
guère enregistré de progrès.
Tous les décrets relatifs aux missions et aux attributions du
ministre de la culture qui ont été en vigueur au cours de la dernière
décennie, et encore récemment le décret du 25 novembre 2010, ont
pourtant repris, souvent dans leur premier article, la formule inventée en
1959 pour le ministère Malraux : «
Le ministre de la culture et de la
communication a pour mission de rendre accessibles au plus grand
nombre les oeuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France.
»
Cette formule célèbre est associée à l’ambition de démocratisation
culturelle, qui constitue l’ambition centrale du ministère de la culture
depuis cinquante ans, et l’une de ses principales raisons d’être.
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UNE DECENNIE DE DEVELOPPEMENT DES MUSEES,
UNE DECENNIE DECEVANTE POUR LA POLITIQUE MUSEALE NATIONALE
153
Comme l’ont souligné plusieurs interlocuteurs de la Cour, Français
ou Américains, les musées se trouvent en bout de chaine de l’entreprise
de « démocratisation » culturelle, et celle-ci doit sans doute être d’abord
portée par les politiques d’éducation à l’art et à la culture. L’échec évoqué
ici n’est donc pas un grief contre les musées, mais un symptôme. Il est
probable qu’en toute bonne foi, les musées nationaux, et notamment les
plus grands, ont pu croire que la multiplication de leurs propositions
culturelles entrainerait un nouveau public à les découvrir. Tel n’a pas été
le cas, tant sont grandes les pesanteurs sociologiques qui déterminent
l’accès aux équipements culturels.
Reste qu’à l’aube d’une nouvelle décennie, les musées doivent
établir un bilan précis et critique de leurs résultats pour envisager un
redéploiement de leurs activités – et de leurs moyens – vers les
propositions les plus aptes à favoriser une réelle diversification des
publics.
Recommandation relatives à la prise en compte des objectifs de
démocratisation culturelle
18.
Intégrer dans le projet annuel de performance du ministère de la culture et dans
les contrats pluriannuels des musées des objectifs et des indicateurs de
rééquilibrage de la politique muséale en faveur des régions ;
19.
Inscrire davantage d’objectifs et d’indicateurs relevant de l’ambition de
démocratisation de l’accès aux musées dans les contrats pluriannuels ;
20.
Fiabiliser les dispositifs de comptage des visiteurs au moyen d’une méthodologie
et de dispositifs harmonisés, et éventuellement certifiés.
IV
-
Les paradoxes des politiques tarifaires
La décennie 2000-2010 s’est ouverte sur une orientation politique
claire en faveur de la modération des tarifs d’entrée dans les musées
nationaux, entendue comme le moyen privilégié de favoriser la
démocratisation de leur fréquentation.
En premier lieu, l’accès gratuit de tous les publics le premier
dimanche de chaque mois a été généralisé à tous les musées nationaux à
compter du dimanche 2 janvier 2000, après avoir été expérimenté au
musée du Louvre. Dans le même temps, la ministre de la culture
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154
COUR DES COMPTES
confirmait la gratuité accordée aux jeunes de moins de 18 ans, qui était
déjà en place dans la plupart des musées.
En second lieu, la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de
France est venue énoncer sous la forme d’une disposition de principe
inscrite à son article 7 : «
Les droits d'entrée des musées de France sont
fixés de manière à favoriser leur accès au public le plus large.
»
En dépit de cette double orientation, à partir de 2003, ce sont de
fortes augmentations de la quasi-totalité des tarifs qui ont été décidées par
les musées nationaux.
Ce phénomène apparaît contradictoire avec les objectifs politiques
assignés aux musées, qui, tout au long des années 2000, ont
officiellement reconduit les orientations arrêtées en 2000-2002 (ne serait-
ce que parce que l’article 7 de la loi du 4 janvier 2002 est demeuré en
vigueur)
46
.
Cette
contradiction
est
en
partie
la
conséquence
d’un
désinvestissement intellectuel, stratégique et politique du ministère de la
culture vis-à-vis des questions tarifaires, aujourd’hui documentées et
décidées par les seuls musées sans inscription dans un cadre national. Ce
faisant, les tarifs sont devenus des sujets de gestion majeurs pour les
musées, mais ne sont plus considérés comme des leviers stratégiques pour
la politique nationale.
A - Un constat : la hausse continue des tarifs
En 2000, les tarifs de base des musées du Louvre et de Versailles
s’élevaient tous deux à 7,01 € (46 francs). En 2010, ils atteignent
respectivement 9,50 et 15 €
47
, soit une hausse de 35,5 % au Louvre et
113 % à Versailles. Dans le même temps, l’indice des prix à la
consommation n’a crû que de 19 % et l’indice des prix des services
récréatifs et culturels de 25 %. Sur longue période, l’augmentation des
droits d’entrée dans les musées est encore plus nette : en 1985, le tarif de
46
L’interprétation selon laquelle l’article 7 de la loi du 4 janvier 2002 incite à la
modération tarifaire n’est pas univoque. Le président de l’établissement public du
château, du musée et du domaine national de Versailles a indiqué à la Cour dans une
lettre du 5 novembre 2010 : «
(…) il est inexact de considérer que l’article 7 de la loi
du 4 janvier 2002 devrait conduire à une modération des tarifs. Cette posture
idéologique est en tout état de cause contredite par l’évolution conjointe des tarifs et
de la fréquentation constatée à Versailles depuis 2000 : la progression des tarifs n’a
pas défavorisé l’accès d’un public, de fait, de plus en plus large.
»
47
Ce tarif est porté à 25 € les jours de Grandes eaux musicales et de jardins musicaux.
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UNE DECENNIE DECEVANTE POUR LA POLITIQUE MUSEALE NATIONALE
155
base du musée du Louvre s’élevait à 16 francs et le tarif réduit à 8 francs,
sans tarification des expositions temporaires.
Evolution du plein tarif des principaux musées nationaux
Louvre
Louvre
Versailles
Orsay
Orsay
MNAM
Orangerie
Billet à 5 € évoluant avec
l'inflation
Billet à 5 € évoluant avec
l'inflation
Billet à 5 € évoluant avec
l'inflation
2,00
3,00
4,00
5,00
6,00
7,00
8,00
9,00
10,00
11,00
12,00
13,00
14,00
15,00
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
Mais au-delà de cette hausse des tarifs de base, c’est en fait toute
uns stratégie tarifaire que les musées ont déployé pour accroître le prix du
« billet moyen ».
Un premier mécanisme tient à la majoration des droits d’entrées
aux expositions temporaires, d’abord dans le cadre d’une tarification
spécifique, puis, de plus en plus, via l’institution de billets « globaux »
obligatoires donnant accès aux collections permanentes et aux expositions
temporaires.
Ce dernier dispositif est adopté par un nombre croissant de musées.
C’est d’abord le Centre Georges Pompidou qui l’a institué en 2006, avant
d’être rejoint par Versailles en 2007. Au musée d’Orsay, la politique
tarifaire conçue pour la période 2008-2010 privilégie la majoration
d’office pendant la durée des deux grandes expositions temporaires de la
saison, ce qui n’est pas très éloigné d’un dispositif « passeport ». Enfin,
ce système est aujourd’hui repris dans quelques musées SCN par la
RMN : dans les musées du 20
ème
siècle des Alpes Maritimes, par
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156
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exemple, le tarif de base de 7,50 € est porté à 9,00 € pendant les
expositions d’été.
Pour les musées, le « passeport » obligatoire est avantageux : les
visiteurs étrangers, dont une proportion importante s’en tient à la visite
des collections permanentes, acquittent ainsi un droit d’entrée supérieur à
ce qu’ils paieraient dans le cadre de tarifs segmentés.
Le deuxième mécanisme d’augmentation du prix du billet moyen
tient à la mise à disposition obligatoire d’audioguides, qui sert de
justification à la majoration permanente ou exceptionnelle des tarifs.
C’est la politique qu’a appliquée la RMN en 2007 en portant le prix des
billets plein tarif de 6,50 à 8,00 € et de 5,00 et 6,50 € dans les châteaux de
Fontainebleau et de Compiègne, et de nouveau en 2009 au musée
Chagall, mais cette fois avec une majoration limitée à 1 €
48
.
Enfin, le champ d’application du tarif réduit a été, dans plusieurs
musées, revu au plus juste pour ne cibler que des catégories de publics
prioritaires. A compter de 2008, le musée d’Orsay, par exemple, a préféré
étendre le tarif réduit aux jeunes de 26 à 30 ans et le généraliser à tous les
publics du nocturne organisé le jeudi soir (à partir de 18h), mais en
supprimer le bénéfice accordé à tous le dimanche : d’après les estimations
du musée, ce double mouvement a un impact financier positif d’environ
130 000 €.
Cette stratégie délibérée a été décidée et déployée par les musées
eux-mêmes, avec l’accord tacite du ministère de la culture qui n’a guère
cherché à y jouer un rôle.
48
Il ne semble pas que la DMF ait sollicité une expertise de la direction générale de la
concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour
s’assurer que l’obligation faite aux visiteurs d’acquitter un tarif audioguides ne
relevait ni de la vente liée ni de la vente forcée.
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Evolution des trois tarifs de base dans les principaux musées nationaux (en euros courants)
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2000-2010
en euros
2000-2010
en %
Louvre
7,01
7,50
7,50
7,50
8,50
8,50
8,50
9,00
9,00
9,00
9,50
2,49
35,5%
Versailles
7,01
7,01
7,50
7,50
7,50
7,50
8,00
13,50
13,50
13,50
15,00
7,99
114,0%
Orsay
6,10
6,10
7,00
7,00
7,00
7,00
7,50
7,50
8,00
8,00
8,00
1,90
31,1%
MNAM
4,60
4,60
5,50
5,50
7,00
7,00
10,00
10,00
12,00 /
10,00
12,00 /
10,00
12,00 /
10,00
7,40
160,9%
Guimet
5,30
5,30
5,50
5,50
6,50
7,50
2,20
41,5%
Chagall
4,60
4,60
5,50
5,50
5,50
5,50
6,50
6,50
6,50
7,50
7,50
2,90
63,0%
Fontainebleau
5,30
5,30
5,50
5,50
5,50
5,50
6,50
8,00
8,00
8,00
8,00
2,70
50,9%
Orangerie
4,60
4,60
5,50
5,50
5,50
5,50
6,50
6,50
6,50
7,50
7,5
2,90
63,0%
Pau
3,80
3,80
4,50
4,50
4,50
4,50
5,00
5,00
5,00
5,00
5,00
1,20
31,6%
Compiègne
5,30
5,30
4,50
4,50
4,50
4,50
5,00
6,50
6,50
6,50
6,50
1,20
22,6%
Plein
tarif
Picasso
4,60
4,60
5,50
5,50
5,50
5,50
6,50
6,50
6,50
6,50
6,50
1,90
41,3%
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2000-2010
en euros
2000-2010
en %
Louvre
3,05
4,57
5,00
5,00
6,00
6,00
6,00
6,00
6,00
6,00
6,00
2,95
96,8%
Versailles
5,30
5,30
5,30
5,30
6,00
6,00
6,00
6,00
10,00
10,00
13,00
7,70
145,3%
Orsay
4,60
4,60
5,00
5,00
7,00
7,00
7,50
7,50
8,00
8,00
8,00
3,40
73,9%
MNAM
3,05
3,05
3,50
3,50
5,00
5,00
8,00
8,00
9,00 /
8,00
9,00 /
8,00
9,00 /
8,00
4,40
144,3%
Guimet
3,50
3,50
4,00
4,00
4,50
5,50
2,00
57,1%
Chagall
3,00
3,00
4,00
4,00
4,00
4,00
4,50
4,50
4,50
5,50
5,50
2,50
83,3%
Fontainebleau
3,50
3,50
4,00
4,00
4,00
4,00
4,50
6,00
6,00
6,00
6,00
2,50
71,4%
Orangerie
3,00
3,00
4,00
4,00
4,00
4,00
4,50
4,50
4,50
5,50
5,00
2,00
66,7%
Pau
2,60
2,60
3,00
3,00
3,00
3,00
3,50
3,50
3,50
3,50
3,50
0,90
34,6%
Compiègne
3,50
3,50
3,00
3,00
3,00
3,00
3,50
4,50
4,50
4,50
4,50
1,00
28,6%
Tarif
réduit
Picasso
3,00
3,00
4,00
4,00
4,00
4,00
4,50
4,50
4,50
4,50
4,50
1,50
50,0%
Cour des comptes
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2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2000-2010
en euros
2000-2010
en %
Louvre
9,15
9,15
10,00
11,50
13,00
13,00
13,00
13,00
13,00
14,00
14,00
4,85
53,0%
Versailles
13,00
13,00
15,00
15,00
15,00
15,00
16,00
13,50
13,50
13,50
18,00
2,00
15,4%
Orsay
9
9,5
9,5
9,5
9,50
-
MNAM
9,15
9,15
10,00
10,00
10,00
10,00
10,00
10,00
10,00
12,00 /
10,00
12,00 /
10,00
7,40
80,9%
Guimet
6,50
6,50
6,70
6,70
9,50
3,00
46,2%
Chagall
5,80
5,80
6,70
6,70
6,70
6,70
7,70
7,70
7,70
9,50
9,50
3,70
63,8%
Fontaine-
bleau
6,50
6,50
6,70
6,70
6,70
6,70
7,70
9,20
9,20
10,00
10,00
3,50
53,8%
Orangerie
5,80
5,80
6,70
6,70
6,70
6,70
7,70
7,70
7,70
9,50
9,00
3,20
55,2%
Pau
5,00
5,00
5,70
5,70
5,70
5,70
6,20
6,20
6,20
7,00
7,00
2,00
40,0%
Compiègne
6,50
6,50
5,70
5,70
5,70
5,70
6,20
7,70
7,70
8,50
8,50
2,00
30,8%
Billet
groupé
collec-
tions
perma-
nentes +
exposi-
tions
tempo-
raires
Picasso
5,80
5,80
6,70
6,70
6,70
6,70
7,70
7,70
7,70
8,50
8,50
2,70
46,6%
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UNE DECENNIE DE DEVELOPPEMENT DES MUSEES,
UNE DECENNIE DECEVANTE POUR LA POLITIQUE MUSEALE NATIONALE
159
B - Une dynamique entretenue par les musées sans
cadrage politique
1 -
Démocratisation tarifaire ou développement des ressources
propres ?
La formule de l’article 7 de la loi du 4 janvier 2002 («
Les droits
d'entrée des musées de France sont fixés de manière à favoriser leur
accès au public le plus large.
») a été reprise dans les (rares) documents
stratégiques publiés par le ministère de la culture. Mais il n’apparaît pas
qu’elle ait réellement orienté l’évolution de la politique tarifaire, qui, dans
les faits, a davantage obéi à l’objectif de maximisation des ressources
propres.
La lettre de mission adressée le 3 novembre 2009 au président du
musée Guimet demande ainsi, simultanément, de «
relever le double défi
d’un accroissement du volume global de la fréquentation et d’une
diversification de sa composition
», de «
cibler en priorité les jeunes
publics »
pour lesquels
« la mise en oeuvre de la gratuité ciblée fournit un
levier de développement
», et de chercher «
parallèlement à développer la
fréquentation payante
».
Dans la lettre de mission adressée au président du musée d’Orsay
le 5 août 2009, le ministre prescrit également : «
Au-delà de
l’augmentation de la fréquentation, vous ferez de l’élargissement et de la
diversification des publics du musée la deuxième priorité de votre action,
en portant une attention particulière à la démocratisation de l’accès à la
culture et à l’éducation artistique et culturelle. (…).
». Mais quelques
lignes plus loin, il est également demandé au président : «
Vous veillerez
également à consolider, voire à dépasser, le remarquable niveau de
ressources propres atteint par l’établissement, notamment grâce au
mécénat.
», tandis que les expositions temporaires sont invitées à
respecter «
un équilibre économique global
».
Ces orientations ne sont pas automatiquement contradictoires, mais
elles dessinent une voie étroite, voire très étroite.
C’est la raison pour laquelle un cadrage de la politique tarifaire par
les contrats permettrait d’arbitrer, au moins dans les grandes lignes, entre
ces objectifs. Mais cela n’a jamais été le cas au cours des dernières
années : les contrats pluriannuels ne comportent tout simplement pas de
volet relatif à la politique tarifaire. Et dans les rares cas où les droits
d’entrée y ont été mentionnés, les orientations tracées – souvent
implicites il est vrai – ont été contredites.
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160
COUR DES COMPTES
Le contrat 2006-2009 du musée d’Orsay se contentait d’indiquer,
dans son préambule, que les visiteurs «
devront continuer à bénéficier de
la politique tarifaire avantageuse qui a été mise en place.
». Cette
mention paraissait plaider pour une stabilité des tarifs. Pourtant, le tarif de
base de 7 €, resté inchangé de 2001 à 2005, a été augmenté par deux fois
dans l’intervalle du contrat, d’abord pour être porté à 7,50 € en 2006 puis
à 8 € en 2008.
Du moins cette augmentation résultait-elle d’une stratégie
délibérée que le musée a eu le mérite d’inscrire dans une perspective
pluriannuelle. Le conseil d’administration, en effet, a approuvé en juin
2007 les principes d’une note intitulée «
Politique tarifaire de l’EPMO
pour la période 2008-2010
», qui évoque «
Le nécessaire développement
des ressources propres de l’établissemen
t ».
De fait, c’est ce dernier objectif qui l’a emporté. Ainsi, au conseil
d’administration du 16 mars 2009, la majoration temporaire du tarif de
base à 9,50 € liée à l’exposition
James Ensor
a été présentée en termes
dénués
d’ambiguïté :
«
Les
recettes
qu’elle
engendrera
seront
principalement destinées aux financement des travaux qui débuteront en
2010 sur l’ensemble des galeries du cinquième étage
». Et en 2010, ce
tarif majoré a été porté à 10 €.
Le contrat 2008-2010 de Versailles ne contenait pas non plus de
disposition claire relative aux tarifs, et comportait même une ambiguïté
puisqu’il évoquait dans son introduction les recettes de billetterie parmi
les ressources destinées à être développées au côté du mécénat et de la
valorisation des espaces, mais ne les reprenait pas dans le corps du
développement. Il est difficile de dire, dans ces conditions, si le contrat
autorisait ou non l’augmentation des tarifs qui a été pratiquée en 2010 (le
tarif « passeport » ayant été porté à 18 €), et ce alors même que le
président de Versailles avait indiqué à l’aube dudit contrat, dans un note
du 4 septembre 2007 destinée au directeur-adjoint du cabinet de la
ministre de la culture, que
« les augmentations tarifaires […] appellent
aujourd’hui une stabilisation ».
En pratique, le fait que les évolutions tarifaires ne soient pas
programmées à moyen terme par les contrats pluriannuels, quand ils
existent, se traduit par une progression par à-coups, les tarifs d’entrée
étant sollicités pour atteindre ou dépasser un certain niveau de recettes
fixé dans le cadre budgétaire. En somme, ce sont les tarifs qui ont à
plusieurs reprises servi de variable d’ajustement, et non les dépenses.
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161
2 -
Des augmentations décidées par les musées
D’une façon générale, les augmentations de tarifs ne font plus
l’objet depuis quelques années d’une analyse poussée de la part du
ministère de la culture, qui s’en remet très largement aux musées
49
.
En 2000, le musée du Louvre avait envisagé de porter son tarif
d’entrée de 46 à 48 francs. Dans une note préparatoire au conseil
d’administration appelé à en délibérer, la direction de l’administration
générale du ministère de la culture avait émis des doutes sur l’opportunité
de cette mesure, et avait demandé une prise de position du cabinet de la
ministre. La directrice-adjointe du cabinet avait alors indiqué qu’une
augmentation tarifaire viendrait contredire la ligne politique qui avait été
fixée début 1999 en faveur de la démocratisation de l’accès aux musées.
Aussi estimait-elle qu’il appartenait au Louvre de dégager via des
économies sur d’autres postes les ressources qu’il espérait retirer de cette
augmentation.
Cette prise de position négative – écrite de surcroît – est la dernière
dont il ait été retrouvé trace vis-à-vis d’une proposition d’augmentation
émanant d’un musée.
Par la suite, et jusqu’à aujourd’hui, les services du ministère,
cabinet du ministre compris, soit ont souscrit aux propositions
d’augmentation formulées par les musées, soit, plus fréquemment encore,
n’ont produit aucune analyse écrite de ces propositions et ont laissé les
représentants du ministère les approuver en conseil d’administration
50
.
Il arrive même régulièrement que les administrations de tutelle et
les représentants de l’Etat au conseil d’administration soient placés
devant le fait (presque) accompli.
Ainsi, alors que le conseil d’administration du musée du Louvre
avait adopté, à l’automne 2009, un tarif individuel d’entrée maintenu à
9 € pour toute la saison 2009-2010, celui-ci a été relevé à 9,50 € au début
49
Ce constat a été confirmé par le président de l’établissement public du château, du
musée et domaine national de Versailles, qui a répondu à la Cour dans sa lettre
précitée du 5 novembre 2010 à propos de l’augmentation tarifaire pratiquée en 2006 :
«
Quant à l’assertion selon laquelle la DMF n’aurait pas été prévenue en temps et
heure de la proposition, elle correspond malheureusement à une habitude, cette
administration ne s’étant jamais montrée disposée, lors de chaque proposition
tarifaire élaborée par l’établissement pendant la période évaluée, à expertiser
rapidement et efficacement les propositions de l’établissement.
»
50
La quasi-totalité des dossiers préparatoires aux conseils d’administration des
musées du Louvre, de Versailles et d’Orsay a été examinée sans qu’il soit retrouvé
trace d’une intervention semblable à celle évoquée en 2000.
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162
COUR DES COMPTES
de l’année 2010, sans que le conseil soit saisi de nouveau, seules les
administrations de tutelle ayant été informellement consultées.
A Versailles, en 2006, les documents justifiant la modification
tarifaire majeure consistant à créer un passeport global fixé à 13,50 €
n’avaient pas été communiqués aux services du ministère la veille de la
réunion préparatoire au conseil d’administration, conduisant la DMF à
décaler d’une semaine ladite réunion et à exiger que les évaluations lui
soient communiquées rapidement.
Au musée d’Orsay, la majoration «
temporaire et exceptionnelle
»
du billet d’entrée de 8 € à 9,50 € pour le deuxième semestre 2008 en
raison des expositions
Pastels
,
Picasso-Manet
et
Masques
allait au-delà
des principes arrêtés dans le cadre de la stratégie 2008-2010, qui ne
prévoyait une telle majoration que pour les « grandes expositions ».
Malgré cela, ce point a été ajouté au dernier moment à l’ordre du jour du
conseil d’administration du 25 juin 2008, obligeant le secrétaire général
du ministère de la culture à observer : «
(…) pour la bonne préparation
des conseils, il serait bon de disposer des points additionnels quelques
jours avant la séance, surtout sur des sujets qui font naître le débat. Je
peux me féliciter de voir que le développement des ressources propres du
musée (…) soit bien pris en compte. Il nous faut cependant débattre de la
diversification des publics et de l’impact d’une telle mesure sur les
publics à élargir (…)
».
Quelques mois plus tard, le même secrétaire général et la directrice
des musées de France ont demandé au musée d’Orsay que soit retirée de
l’ordre du jour la proposition d’appliquer le tarif majoré du 20 octobre
2009 jusqu’à l’été 2010 (lié aux expositions
Art Nouveau Revival
puis
Crime et Châtiment
) en raison du décrochage, pendant la même période,
de plusieurs oeuvres importantes du fait des travaux menés dans la galerie
des impressionnistes. Dans une lettre-réponse du 19 février 2009, le
président du musée a présenté les arguments en défense de sa proposition,
qu’il a ensuite maintenue devant le conseil d’administration et fait
approuver sans autres difficultés.
Enfin, les augmentations tarifaires décidées par les musées
semblent procéder par réaction en chaîne tant les augmentations des uns
servent d’arguments aux autres.
En effet, la quasi-totalité des projets de hausse des tarifs présentent
parmi leurs justifications, outre la nécessité d’augmenter les ressources
propres et de « rattraper » l’inflation (qui a en fait été largement dépassée
sur la décennie), des comparaisons avec les tarifs d’autres musées
concurrents. Les exemples sont nombreux.
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163
Mais les comparaisons ainsi dressées ont une portée tactique et ne
doivent pas grand-chose à l’objectivité. Ainsi, il est notable que parmi les
musées « concurrents », les musées nationaux n’évoquent jamais les
musées de la Ville de Paris, dont l’accès aux collections permanentes est
gratuit depuis 2002.
Les références aux tarifs des grands musées internationaux, qui
constituent un passage obligé de toutes les délibérations tarifaires du
musée du Louvre, apparaissent elles aussi d’une pertinence douteuse
compte tenu de la nature des tarifs mentionnés et de la variété des
structures de financement de ces musées, et notamment du poids qu’y
prend ou non le soutien direct des collectivités publiques.
Aussi, sans prétendre jamais parvenir à une comparabilité parfaite,
serait-il intéressant que la nouvelle instance de pilotage des politiques
tarifaires du ministère de la culture, annoncée en réponse aux
observations provisoires de la Cour, engage ou fasse engager des analyses
comparatives beaucoup plus précises que celles actuellement disponibles,
et qui intégreraient, au-delà du simple énoncé des tarifs affichés, les
questions de gratuité, les structures de financement, la taille des espaces
et le nombre d’oeuvres exposées.
Les comparaisons tarifaires internationales
Le
musée
du
Louvre
présente
régulièrement
à
son
conseil
d’administration une note d’information sur les politiques tarifaires d’un
échantillon de musées français et étrangers. Mais cette note donne parfois
lieu à des conclusions un peu rapides. Par exemple, la note du 23 novembre
2007 concluait à propos du droit d’accès aux expositions permanentes : «
Le
musée du Louvre, en 7
ème
position sur 13 dans l’échantillon, se situe toujours
dans la moyenne des tarifs pratiqués
». Et à propos des tarifs appliqués aux
expositions temporaires : «
Le musée du Louvre, en 13
ème
position sur 16
dans l’échantillon, se situe encore dans la moyenne basse des tarifs
pratiqués
».
Si l’on considère l’échantillon retenu par le Louvre en 2007, celui-ci
se présente ainsi en 2010 :
Versailles : 18 €
Museum of Modern Art de New York : 20 $ (environ 15 €)
Metropolitan Museum of Art de New York : 20 $ (environ 15 €)
Musées du Vatican : 15 €
Musée Guggenheim de Bilbao : de 11 € à 13 € (y compris audioguide)
Centre Pompidou : de 10 € à 12 € selon l’heure ou la saison
Musée du Louvre : 9,50 €
Musée du quai Branly : 8,50 €
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Musée d’Orsay : 8 €
Musée du Prado : 8 €
Galerie des Offices à Florence : 6,50 €
Musée des Beaux-Arts de Lyon : gratuit (6 € en 2007)
Musée des Beaux-Arts de Lille : 5,50 €
Pour interpréter convenablement cette liste, il conviendrait de préciser
que les deux musées new yorkais et le musée Guggenheim de Bilbao ne
bénéficient pas de fonds publics et s’autofinancent par la billetterie et les
contributions de leurs mécènes. De surcroît, dans le cas du Metropolitan
Museum, il s’agit d’un « tarif recommandé » qui autorise les visiteurs à entrer
en acquittant le prix de leur choix. Quant au Museum of Modern Art, il est
gratuit pour tous un soir par semaine, et pas seulement une fois par mois
comme le sont les musées nationaux français.
En réalité, les deux musées internationaux cités dans cet échantillon
dont la structure de financement repose sur une subvention publique
comparable à celle des musées nationaux français sont la Galerie des Offices
de Florence et le musée du Prado à Madrid. Tous deux affichent des tarifs
inférieurs à ceux du Louvre.
Par ailleurs, cette liste ne comporte pas de grands musées
internationaux gratuits, alors que ceux-ci ne sont pas rares.
Aux Etats-Unis, la National Gallery of Art de Washington, qui a reçu
en 2009 environ 115 M$ de subvention fédérale, est entièrement gratuite,
expositions temporaires comprises. Il en est de même de 18 musées sur 19 de
la Smithsonian Institution, dont les dirigeants estiment incongrue l’hypothèse
d’un tarif d’entrée dès lors que l’institution est financée à hauteur de 70 %
(soit un taux comparable aux musées nationaux français) par le budget
fédéral. En sens inverse, le seul musée de la Smithsonian Institution à
présenter un tarif d’entrée recommandé, c’est-à-dire le Cooper-Hewitt
National Design Museum, n’y est autorisé qu’en raison de sa localisation à
New York (tous les autres musées de la Smithsonian sont à Washington), et
surtout parce qu’il n’est financé par l’institution qu’à hauteur de 30 %.
Au Royaume-Uni, l’accès aux collections permanentes des grands
musées nationaux de Londres (National Gallery, British Museum et Victoria
and Albert Museum) est également gratuit.
Enfin, d’après une note de synthèse du service culturel de l’ambassade
de France en Allemagne relative aux musées nationaux allemands : «
les
tarifs proposés sont globalement moins élevés qu’en France, avec seulement
15 % des grands musées (plus de 50 000 visiteurs) qui proposent un tarif
unitaire supérieur à 6 euros
».
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165
Les comparaisons effectuées autour des tarifs des expositions
temporaires sont tout autant sujettes à caution.
Le Louvre, avec un tarif de 9,50 € en 2007 (10 € aujourd’hui), se
situait alors dans la moyenne basse des tarifs pratiqués en raison des prix
élevés des expositions temporaires du British Museum (17 €), des musées
new yorkais (20 $), de la Tate Modern à Londres (15 €) ou des musées du
Vatican (13 €). Mais dans plusieurs de ces cas (Metropolitan Museum,
Museum of Modern Art, musées du Vatican…) le tarif évoqué est en fait
celui du billet « passeport » qui couvre à la fois les expositions permanentes
et les expositions temporaires. Si bien que ce sont en fait les musées anglais,
et eux seuls, qui affichent effectivement des tarifs supérieurs à ceux des
musées français pour leurs expositions temporaires.
Une comparaison tarifaire plus rigoureuse exigerait de mettre en
regard les tarifs donnant accès à l’ensemble de l’offre de chaque musée. Sous
cet angle, les musées Français, avec leurs passeports ou leurs billets jumelés
(20 € à Versailles, 14 € au Louvre, 10 à 12 € au centre Georges Pompidou) se
situent plutôt en haut des comparaisons internationales, à peu près à égalité
avec les musées britanniques dont les tarifs reposent sur un grand écart entre
gratuité des collections permanentes et forte tarification des expositions
temporaires.
En sens inverse, il est probable que le musée du Louvre présente des
ratios prix / surfaces ou prix / nombre d’oeuvres exposées plutôt favorables en
regard de la majorité des autres musées de l’échantillon. Et il pourrait en aller
de même pour Versailles si une telle analyse était entreprise.
***
Au-delà de son constat, la progression des tarifs a-t-elle constitué
au cours des dernières années un frein à la fréquentation des musées, et
surtout à la diversification de leurs publics ? En d’autres termes, les tarifs
sont-ils susceptibles de devenir des barrières à l’entrée des musées au-
delà d’un certain niveau, et si oui, ce niveau a-t-il été atteint dans certains
musées ?
La Cour n’a pu obtenir de ses interlocuteurs aucune réponse
précise à ce sujet.
En première analyse, c’est un fait que la plupart des musées ont
connu une forte augmentation de leur fréquentation, et notamment de leur
fréquentation nationale, malgré la hausse de leurs tarifs.
Cette augmentation aurait-elle été plus forte encore si une politique
de modération tarifaire avait prévalu ? Le président de l’établissement
public du château, du musée et du domaine national de Versailles estime
que ce n’est pas le cas : «
la progression des tarifs n’a pas défavorisé
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l’accès d’un public, de fait, de plus en plus large
», a-t-il ainsi indiqué à
la Cour.
Cette position apparaît dans sa généralité assez partagée par le
monde muséal. Le Louvre, par exemple, a d’ores et déjà annoncé le
relèvement de son tarif de base à 10 € en 2011 pour compenser la
réduction de la subvention allouée par l’Etat.
Mais dans le même temps, le ministère de la culture et les musées
se sont tous efforcés de défendre l’efficacité de la gratuité accordée aux
jeunes de 18 à 25 ans, qui est analysée en détail ci-dessous. Il convient
donc d’en déduire que pour certains publics, la question du prix est un
déterminant de la visite.
En 2005, l’étude du CREDOC intitulée «
Fréquentation et image
des musées au début 2005
» concluait à cet égard : «
62 % de la
population estiment que les prix des musées sont trop élevés. Quel est
alors « le bon prix » ? (…) Si pour les Français, le prix maximum
d’entrée est de 10
euros, il s’agit d’un prix butoir qui ne signifie pas que
chacun est prêt à acquitter une telle somme. Il est notable que 56 % de
ceux qui n’ont pas visité de musées dans l’année déclarent qu’ils se
déplaceraient si l’entrée était gratuite certains jours.
»
Ces chiffres ne peuvent sans doute pas être interprétés dans un sens
prédictif, mais ils dégagent deux messages : le niveau des tarifs est
déterminant pour certains publics ; et la notion de barrière tarifaire existe.
Dès lors, une alternative originale à la stratégie tarifaire qui a été
suivie au cours des dernières années consisterait à expérimenter dans un
musée de taille significative, pendant la durée d’un contrat pluriannuel, le
principe du « billet recommandé » en vigueur dans de nombreux musées
américains.
Ce système présente des risques aussi bien que des avantages. Au
titre des avantages, il permet de conserver des tarifs d’un certain niveau,
voire de les augmenter légèrement avec l’inflation, tout en ne constituant
jamais une barrière à l’entrée puisque les visiteurs qui ne souhaitent ou ne
peuvent pas acquitter ce prix sont autorisés à verser la contribution de
leur choix, voire à entrer gratuitement.
L’ancien directeur du Metropolitan Museum a ainsi indiqué à la
Cour que sur la base d’un tarif recommandé de 20 $, le
per capita
s’y
élevait en réalité à 12 $, soit un abattement de 40 %. Or, cet abattement
est exactement celui qui est constaté aujourd’hui au Louvre si l’on intègre
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167
en masse les dispositifs de gratuité
51
. Cela signifie concrètement que si
ses visiteurs adoptaient exactement la même attitude que les visiteurs du
Metropolitan Museum vis-à-vis d’un tarif unique recommandé à 9,50 €,
le Louvre pourrait voir ses recettes de billetterie se maintenir au même
niveau.
Du côté des risques, en contrepoint, il convient de garder à l’esprit
qu’à l’inverse du Metropolitan Museum, le Louvre reçoit chaque année
une subvention de l’Etat (117 M€ en 2010), ce qui peut dissuader ses
visiteurs d’acquitter un droit d’entrée s’ils n’y sont pas obligés.
Néanmoins, compte tenu de son coût (hypothétique) supportable si
elle était engagée sur un musée plus petit que le Louvre, et de son grand
intérêt potentiel pour dégager les politiques tarifaires nationales de leurs
contradictions, la Cour recommande qu’une telle expérimentation soit
engagée dans l’un au moins des musées nationaux.
C - La gratuité accordée aux 18-25 ans et aux
enseignants : une mesure coûteuse dont l’efficacité
tarde à se manifester
Au terme d’une décennie marquée par la prise en main des sujets
tarifaires par les musées eux-mêmes, la gratuité accordée aux jeunes de
18 à 25 ans et aux enseignants à compter du 1
er
avril 2009 constitue à la
fois une rupture et l’initiative politique la plus affirmée dans le sens d’une
politique des publics depuis le début des années 2000.
Mais dans ce cas, le balancier est extrême : décidée au plus haut
niveau de l’Etat contre l’avis de la majorité des membres de la
communauté muséale, cette mesure n’a pas été insérée dans un dialogue
stratégique entre l’Etat et les musées. C’est peut-être ce qui explique
qu’elle
ait
été
compensée
budgétairement
dans
des
conditions
critiquables, et débouche aujourd’hui sur des résultats peu probants.
51
Le montant total des recettes de billetterie enregistré en 2009, compensation
budgétaire de la gratuité accordée au 18-25 ans comprise, représente 48,6 M€ pour
8,43 millions de visites tous tarifs confondus, soit une recette moyenne par visiteur de
5,76 €, c’est-à-dire exactement 60 % du billet théorique de 9,50 €.
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Les bénéficiaires de la gratuité
Avant que les jeunes de 18 à 25 ans et les enseignants n’en
bénéficient, d’autres formes de gratuité sont demeurées en vigueur depuis le
début de la décennie.
La loi du 4 janvier 2002 a entériné les deux mesures de gratuité qui
existaient déjà au sein des musées nationaux. La première concerne les jeunes
de moins de 18 ans. La seconde, qui n’est pas mentionnée par la loi mais
s’est trouvée confirmée dans la foulée de son adoption, est la gratuité du
premier dimanche de chaque mois au bénéfice de tous les visiteurs. Ces deux
gratuités ne concernent que les collections permanentes.
Trois autres publics bénéficient de la gratuité : les publics du « champ
social », les professionnels du secteur culturel, et les relais institutionnels.
La plupart des publics désignés comme relevant du « champ social »
se sont vu accorder la gratuité d’accès aux musées nationaux à la fin des
années 1990, et l’ont conservée jusqu’à aujourd’hui. Pour l’essentiel, trois
sous-ensembles de bénéficiaires sont concernés : les visiteurs handicapés, les
demandeurs d’emplois et les bénéficiaires de minima sociaux.
Par tradition, les professionnels et futurs professionnels du monde de
l’art et de la culture (agents en activité ou retraités du ministère de la culture,
artistes professionnels, étudiants et enseignants des universités et des écoles
d’art ou du patrimoine) bénéficient de la gratuité d’accès, à la fois aux
collections permanentes et
aux expositions temporaires.
Enfin, aucun musée n’a remis en cause, au cours de la décennie, la
gratuité accordée aux députés, sénateurs et membres du Parlement européen,
ainsi qu’aux journalistes.
1 -
Les origines de la mesure
C’est la lettre de mission adressée par le Président de la
République à la ministre de la culture et de la communication le 1
er
août
2007 qui a relancé la politique de gratuité dans les musées nationaux :
«
La gratuité des musées nationaux fait partie des engagements du projet
présidentiel. Si elle est possible et réussie ailleurs, on ne voit pas
pourquoi elle ne le serait pas en France. Celle-ci faisant toutefois l'objet
de débats au sein du monde de la culture, vous conduirez d'abord une
expérimentation de la gratuité avec un échantillon d'établissements, sans
perte de recettes pour les musées concernés. Son objet sera d'en mesurer
toutes les conséquences et de déterminer les conditions de réussite de sa
généralisation.
»
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169
Comme la lettre le reconnaît, cette mesure rencontrait au sein des
musées un certain scepticisme. Au musée du Louvre, par exemple, il avait
été constaté de longue date que les dimanches gratuits produisaient un
effet volume, mais n’affectaient en rien la composition des publics, voire
éloignaient légèrement les « primo visiteurs » provinciaux au profit des
visiteurs parisiens
52
.
Aussi l’expérimentation engagée le 1
er
janvier 2008 sur six mois
a-t-elle été relativement prudente : limitée aux collections permanentes,
elle a pris la forme d’une gratuité permanente et générale dans 14 musées
de taille moyenne ou modeste (le plus important étant le musée Guimet),
et d’une plage de gratuité un soir par semaine de 18h à 21h au bénéfice
des seuls jeunes de 18 à 25 ans dans quatre grands établissements
parisiens (le musée du quai Branly, le Centre Georges Pompidou, le
Louvre et le musée d’Orsay).
A l’issue de l’expérimentation, les bilans établis de façon
approfondie
53
, sans conclure à un succès incontestable, comportaient
plusieurs éléments d’appréciation favorables.
Le bilan des nocturnes gratuites organisées dans les quatre grands
musées parisiens évoquait ainsi : «
Les jeunes bénéficiaires de la
nocturne gratuite plébiscitent la mesure. Ils en ont retenu surtout le fait
de visiter des grands musées qui leur apparaissent chers (41 % des
jeunes) et de pouvoir les visiter plus souvent (43 %).
»
Le bilan de la gratuité permanente pour tous expérimentée dans les
petits musées concluait quant à lui :
« Sur le semestre d’expérimentation,
l’ensemble des établissements a généré moitié plus d’entrées que l’année
précédente à la même période, soit plus de 350 000 visites
supplémentaires. (…) Ainsi, la gratuité a d’abord mobilisé les étudiants
et les visiteurs des catégories populaires, ceux dont les liens avec la
culture sont relativement distendus et la familiarité avec les musées et
monuments peu considérable.
(…)
les visiteurs mobilisés représentent
47% de l’ensemble du public. Pour l’autre partie des visiteurs, soit la
gratuité ne les a pas motivés (17%), soit ils n’en étaient pas informés
(36 %) »
A partir de ces constats, trois solutions étaient envisageables :
pérenniser la mesure sous la forme d’une plage hebdomadaire ou horaire
52
Bilan quantitatif 2008 des dimanches gratuits du musée du Louvre : «
Un effet
volume indéniable, mais pas de changement significatif de la structure des publics du
Louvre
» (Note interne du musée du Louvre).
53
Respectivement par le laboratoire CERLIS de l’université Paris-Descartes et par le
CREDOC.
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170
COUR DES COMPTES
de gratuité pour tous ; généraliser la gratuité pour tous, tout le temps ; ou
limiter la gratuité permanente aux publics jeunes.
C’est cette dernière option qui a été retenue.
Bien qu’aucune justification officielle n’ait été formulée par la
ministre de la culture, l’argument du coût a, sans le moindre doute,
orienté le choix vers cette dernière option, quand bien même elle était la
plus éloignée de l’orientation tracée par le Président de la République
dans sa lettre de mission du 1
er
août 2007, et quand bien même, en termes
de stricte efficacité, les évaluations paraissaient privilégier la gratuité
générale.
De surcroît, le bénéfice de la gratuité a été accordé à l’ensemble
des enseignants
54
exerçant en France bien que cette mesure n’ait pas été
mentionnée dans la lettre du Président de la République à la ministre de la
culture et n’ait pas été incluse dans l’expérimentation menée en 2008.
2 -
La mise en oeuvre de la mesure : des objectifs modestes, des
bases erronées, des prévisions démenties
La mesure décidée au printemps 2009 a été mise en oeuvre en deux
temps : d’abord, à destination des jeunes de 18 à 25 ans originaires d’un
Etat de l’Union européenne à compter du 4 avril 2009 ; puis, à partir du
1
er
août, en faveur de tous les jeunes, quelle que soit leur nationalité
55
.
a)
Des objectifs modestes
Le projet annuel de performance (PAP) de la mission « Culture »
établi pour 2010 a été doté d’un nouvel indicateur consacré à la part des
jeunes de 18 à 25 ans en proportion du nombre de visiteurs des musées
nationaux, des sites gérés par le Centre des monuments nationaux, du
château de Chambord et de la Cité de l’architecture et du patrimoine
(CAPA) dans lesquels la même mesure a été décidée.
54
Les enseignants bénéficiaient de cette mesure au début des années 2000, mais s’en
étaient vu priver progressivement à partir de 2004, sauf au Centre Georges Pompidou,
au musée Gustave Moreau et dans les musées SCN. En 2004, la fin de la gratuité
accordée aux enseignants par le musée du Louvre avait soulevé une controverse, qui
avait conduit le musée à créer un dispositif de « gratuité conditionnelle » : les
enseignants qui accompagnaient un groupe scolaire au musée se voyaient remettre un
droit d’entrée annuel gratuit.
55
La disparition de la clause de nationalité n’a fait qu’entériner politiquement la
pratique des musées depuis le 4 avril précédent. Ceux-ci estimaient en effet difficile et
coûteux de procéder à un contrôle de nationalité.
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UNE DECENNIE DE DEVELOPPEMENT DES MUSEES,
UNE DECENNIE DECEVANTE POUR LA POLITIQUE MUSEALE NATIONALE
171
Indicateur de représentation des jeunes de 18 à 25 ans figurant aux
PAP 2010 et 2011 (Musées nationaux + CMN + CAPA + Chambord)
2008
2009
2010
2011
2012
2013
Prévision 2010
(automne 2009)
9,75 %
> 10 %
> 11 %
> 11 %
> 11 %
Prévision 2011
(automne 2010)
supprimé comme
« non significatif »
> 8,5 %
> 9,5 %
> 11 %
Source : projets annuels de performance de la mission « Culture » 2010 et 2011
Les cibles affichées devant la représentation nationale à l’automne
2009 ne témoignaient pas d’une grande ambition. Si la proportion de
visiteurs âgés de 18 à 25 ans était alors estimée à 9,75 % en 2008, on peut
se demander si la progression d’un point ou d’un point et demi de ce
pourcentage en trois ans justifiait vraiment une mesure compensée à
hauteur de 23,15 M€ chaque année.
Si l’on en juge par les documents internes à la DMF, les prévisions
formées pour les seuls musées nationaux n’étaient guère plus optimistes
que ces objectifs globaux. En effet, par rapport aux chiffres atteints en
2008, il était espéré de la gratuité une progression en volume de la
fréquentation des 18-25 ans de 10 % par an (ramenée à 9/12
ème
de l’année
en 2009 compte tenu de la date d’effet au 1
er
avril) parallèlement à une
stabilité de la fréquentation totale :
Objectifs de représentation des jeunes de 18 à 25 ans (Musées nationaux seulement)
2008
2009
2010
2012
Réal.
Objectif
Objectif
Objectif
18 - 25 ans UE
2 637 816
2 835 652
3 119 217
3 119 217
Fréq. des coll. permanentes
22 091 052
22 571 940
22 571 940
22 571 940
% public - 18 - 25 ans UE
11,94% *
12,56%
13,82%
13,82%
* estimation
Source : DMF, données de base du RAP 2009
De fait, la fréquentation totale des principaux musées nationaux est
restée à peu près stable en 2009 par rapport à 2008. En revanche, pour ce
qui concerne les visiteurs de 18 à 25 ans, les résultats ne sont pas
seulement décevants en termes d’efficacité de la mesure : ils révèlent
surtout des erreurs de prévision d’une ampleur telle qu’elles remettent
rétrospectivement en cause l’économie même du dispositif.
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COUR DES COMPTES
b)
Des bases erronées, des résultats impossibles à évaluer
La fréquentation des jeunes de 18 à 25 ans n’a été suivie
précisément qu’à partir du 1
er
avril 2009. Dès lors, la comparaison doit
être dressée entre les trois derniers trimestres de l’année 2009 et 9/12
ème
du résultat de 2008 :
Fréquentation des jeunes de 18 à 25 ans dans les musées nationaux
2008 (9/12ème)
2009 (trois derniers
trimestres)
Différence
18-25 ans UE (a)
1 978 362 estimés
1 256 340 mesurés
-722 022
Fréquentation totale des
coll. permanentes (b)
16 568 289
16 295 439
-272 850
en % (a/b)
11,9%
7,7%
moins 4,2 points
Source : DMF, données de base du RAP 2009 (calcul Cour des comptes pour les 9/12
ème
)
Comme le commentent sobrement les services du ministère de la
culture dans leur document de base servant à l’élaboration du rapport
annuel de performance : «
La part des 18 - 25 ans provenant de l'union
européenne est inférieure à l'estimation de fréquentation qui avait été
faite pour 2008 et est inférieure à la prévision faite lors du PAP 2010.
Cependant, depuis que cette mesure a été mise en place début avril 2009,
la part de fréquentation des 18- 25 ans ne cesse d'augmenter (…)
».
Si l’on devait s’en tenir à ces chiffres, la mesure devrait être
considérée comme fortement répulsive. C’est bien sûr impossible. En
réalité, c’est la fréquentation des jeunes de 18 à 25 estimée pour 2008 qui
est nécessairement erronée. Il sera donc difficile, le moment venu, de
mesurer l’efficacité réelle de la généralisation de la gratuité sur moyenne
période.
Pour l’heure, la mesure progresse lentement et les chiffres tardent à
être validés de manière incontestable : alors qu’un bilan provisoire établi
au printemps 2010 pour l’année 2009 estimait la part des 18-25 ans à 8 %
en moyenne de la fréquentation des collections permanentes au premier
trimestre de généralisation (avril-juin), puis 11 % au deuxième trimestre
(juillet-septembre) et 10 % au dernier trimestre (octobre-décembre), ces
chiffres sont aujourd’hui révisés par le ministère de la culture à
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173
respectivement 5,5 %, 8 % et 11 %
56
, ce qui traduirait une montée en
puissance progressive de la mesure au lieu d’une progression immédiate
suivie d’un tassement.
Quelques indices issus des données communiquées par les musées
peuvent aussi êtres évoqués. Tous tendent à modérer le satisfecit énoncé
par le ministre de la culture, selon lequel «
Cette mesure a rencontré un
vrai succès, avec une hausse de 15 % du nombre de jeunes visiteurs.
»
57
(si tant est qu’une hausse de 15 % de la fréquentation du public concerné
constitue vraiment un satisfecit).
Au musée du Louvre, la structure de la fréquentation par tranches
d’âge n’a quasiment pas évolué en 2009 par rapport à 2008, la seule
progression étant le fait des 39-45 ans et des plus de 60 ans.
Curieusement, le Louvre ne distingue pas dans ses chiffres publics de
fréquentation les moins de 18 ans et les jeunes de 18 à 25 ans, et se
contente d’un seul indicateur global sur les moins de 26 ans. Or, celui-ci
est passé de 38 % en 2008 tous espaces confondus à 37 % en 2009.
Au Centre Georges Pompidou, la proportion des jeunes de 18 à 25
ans ayant visité le musée national d’art moderne d’avril 2009 à mars 2010
s’élève à 9 %, soit à peu près le même taux que celui observé en 2008 (et
même 0,1 point de moins). Malgré cela, le musée évoque, dans son bilan
après un an de mise en oeuvre, «
le succès de la mesure de la gratuité
auprès des 18-25 ans
», sans qu’aucun chiffre comparatif ne permette
d’étayer clairement ledit succès.
Le musée du quai Branly, quant à lui, a indiqué n’avoir procédé à
aucun bilan de la mesure depuis sa généralisation.
Sur le plan qualitatif, en revanche, le ministère de la culture s’est
attaché à évaluer la situation des bénéficiaires de la gratuité à la faveur
d’une grande enquête conduite d’octobre 2009 à septembre 2010. Ses
résultats ne sont pas encore publiés, mais d’après les indications fournies
par le ministère, celle-ci témoigne d’un haut niveau de satisfaction assez
prévisible (85 % des jeunes concernés l’estimant comme un plus pour
leur vie culturelle), et d’une efficacité « opérationnelle » convenable
puisque la gratuité aurait joué un rôle dans la décision de visite dans près
de 70 % des cas (mais un rôle décisif pour seulement 21 % des visiteurs).
56
Chiffres mentionnés par le directeur général des patrimoines dans sa réponse du
15 novembre 2010 aux observations provisoires de la Cour.
57
Réponse du ministre à une question écrite du sénateur Bernard Piras, publiée dans
le Journal officiel du Sénat du 3 juin 2010 - page 1390.
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COUR DES COMPTES
Au total, il n’est donc pas encore possible d’évaluer l’effet des
mesures de gratuité mises en oeuvre en avril 2009 puisque les chiffres de
référence s’avèrent rétrospectivement faux, et de beaucoup.
En pratique – et c’est déjà l’attitude à laquelle s’est rallié le
ministère de la culture – l’efficacité de ces mesures ne pourra pas être
évaluée en rapportant des résultats à une situation antérieure, mais
seulement en appréciant leur dynamique propre à dater de leur mise en
oeuvre.
3 -
Le problème de la compensation budgétaire de la gratuité
a)
Une mesure largement compensée (I) : une compensation
discutable dans son principe
Trois formes de compensation ont été mises en place ou acceptées
par le ministère de la culture parallèlement à la généralisation de la
mesure.
Tout d’abord, la gratuité a été limitée aux collections permanentes
et ne concerne pas les expositions temporaires. Quoique prévisible au
regard des modèles internationaux invoqués (le modèle anglais,
principalement), cette restriction, qui ne figurait pas dans la lettre de
mission adressée par le Président de la République à la ministre de la
culture, présente des inconvénients en termes d’efficacité. Elle introduit
notamment une rupture par rapport aux jeunes de moins de 18 ans, qui
accèdent gratuitement à tous les espaces ; et surtout, elle ne facilite pas la
prise en compte de la gratuité dans la communication des musées, cette
dernière étant très largement axée sur les expositions temporaires.
Ensuite, plusieurs contre-mesures adoptées par les musées sont
venues modérer ou compenser la gratuité accordée aux jeunes publics.
Le musée d’Orsay, par exemple, a profité du rattachement de
l’Orangerie pour concevoir une offre tarifaire harmonisée et cohérente sur
les deux sites, qui a été l’occasion de revenir sur certains tarifs ciblant les
publics jeunes : ainsi, le tarif des ateliers destinés aux enfants a été porté
de 6 € à 7 €.
Toujours au musée d’Orsay, l’application du tarif réduit à tous les
visiteurs des expositions temporaires, qui était en vigueur tous les
dimanches depuis le début des années 2000, a été supprimée à compter du
4 avril 2009. La même décision a été prise au musée du quai Branly, dont
le tarif réduit sur les expositions temporaires a été supprimé en 2009.
Dans les deux cas, concrètement, un jeune âgé de 18 à 25 ans qui voudrait
visiter l’ensemble du musée paie à peine moins aujourd’hui qu’hier.
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175
Enfin et surtout, la nouvelle mesure de gratuité a été compensée
budgétairement auprès des musées sans que des engagements précis leur
soient demandés pour « aller chercher » de nouveaux publics. Le volet
« compensation » faisait d’ailleurs l’objet de la première fiche du dossier
de presse rendu public le 4 avril 2009, et s’attachait à donner corps à «
un
principe de stricte neutralité budgétaire
», sans qu’il soit envisagé
d’intégrer la mesure dans une stratégie d’efficience en demandant aux
musées d’en financer au moins partiellement le coût par des économies
sur d’autres postes
58
.
Le montant total de la compensation budgétaire destinée aux
musées dépendant du ministère de la culture a été chiffré à 23,15 M€ en
année pleine, soit 17,86 M€ pour les neuf mois de mise en oeuvre au cours
de l’année 2009 (dont respectivement 6,05 M€ et 4,54 M€ de
compensation liée à la gratuité accordée aux enseignants, prise en charge
sur le budget du ministère de l’éducation nationale)
59
. Intégrée dans la
base des subventions attribuées aux musées à compter de la loi de
finances pour 2010, cette compensation est donc aujourd’hui considérée
comme permanente.
58
La précédente mesure de gratuité décidée en juin 2002 concernant l’ouverture «
des
domaines de la monarchie
» à l’occasion de la fête nationale le 14 juillet n’avait pas
été compensée auprès du Louvre et de Versailles. Il est vrai que le manque à gagner
n’était pas comparable, puisqu’il était estimé à respectivement à 155 000 et 65 000 €.
59
Ce total comprend le musée des monuments français et le musée d’art et d’histoire
du judaïsme. Le montant total de la compensation, en incluant les monuments
historiques et les musées dépendant d’autres ministères, atteint 31,05 M€.
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Répartition de la compensation « gratuité » (18-25 ans et enseignants)
2009
2010
en %
Musée du Louvre
8 158 286
10 425 040
45,0%
Versailles
4 925 477
6 219 036
26,9%
CNAC-GP
1 090 394
1 376 760
5,9%
Musée d'Orsay
1 014 641
1 281 112
5,5%
Musée du quai Branly
547 946
691 852
3,0%
Musée Guimet
181 419
229 064
1,0%
Musée Rodin
194 065
245 032
1,1%
Musées SCN
1 210 347
1 528 216
6,6%
Autres
546 438
1 160 723
5,0%
Total musées nationaux
17 869 013
23 156 835
100,0%
Source : ministère de la culture et de la communication, secrétariat général
Ce choix, coûteux pour les finances publiques, apparaît discutable.
S’il s’imposait peut-être à court terme, notamment parce que les budgets
2009 (élaborés à l’automne 2008) n’avaient pas anticipé la généralisation
de la mesure, il eût été concevable en revanche d’inscrire la gratuité dans
une perspective pluriannuelle et de prévoir à cet effet une compensation
dégressive, par exemple sur trois ans, le temps que les musées
parviennent à en équilibrer l’impact par un surcroît de ressources propres
ou par des gains de productivité.
b)
Une mesure largement compensée (II) : une compensation
critiquable dans ses modalités
D’après le dossier de presse du ministère de la culture
communiqué au moment de la décision en avril 2009, la compensation a
été chiffrée sur la base des données de fréquentation constatées en 2008.
La réalité est un peu différente.
Initialement, la direction des musées de France avait procédé à un
premier chiffrage de l’impact budgétaire de la mesure pour les musées sur
la base des chiffres de fréquentation enregistrés en 2006 et d’estimations
qu’elle considérait elle-même avec prudence. Ce premier calcul recelait,
d’après les musées, plusieurs approximations, notamment en ce qu’il ne
prenait pas en compte l’impact de la gratuité sur les formules
d’abonnement et sur le Paris Museum Pass, alors que les acheteurs de ce
dernier comptaient 23 % de jeunes de 18 à 25 ans. Surtout, tous les
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177
musées avaient intérêt à opérer le calcul sur la fréquentation 2008, qui
était presque partout en hausse par rapport aux deux années précédentes.
Le cabinet de la ministre de la culture, à l’issue d’une réunion
tenue le 28 janvier 2009, a alors invité les musées à corriger le chiffrage
établi par la DMF et à proposer leur propre évaluation du coût de la
mesure. Celle-ci s’est révélée très supérieure.
Cependant, les méthodes utilisées pour cette seconde évaluation
n’étaient pas toutes rigoureuses.
A Versailles, par exemple, la part des jeunes de 18 à 25 ans prise
en compte pour le calcul, c’est-à-dire 9,1 % des visiteurs, résultait de la
dernière étude précise sur la composition des publics, réalisée en 2005 et
appliquée à la fréquentation 2008. Pour ce qui concerne le prix de
référence, Versailles affichait à l’époque une gamme de tarifs payants qui
allaient de 8 € pour le tarif de groupe à un maximum de 25 €, prix du
passeport en haute saison. Les jeunes de 18 à 25 ans bénéficiaient déjà de
la gratuité le premier dimanche du mois. Dans le calcul, l’établissement a
retenu le montant de 13,5 €, qui correspondait à l’époque au plein tarif
pour la visite du château. Un calcul plus logique aurait consisté à
appliquer aux visiteurs de 18 à 25 ans le prix moyen du billet payant, qui
intégrait « en masse » les différentes catégories de tarifs. Or, ce prix
moyen s’élevait à l’époque à 9,04 €, et non à 13,5 €. Ce mode de calcul
aurait débouché sur une compensation en année pleine à la charge de
l’Etat inférieure de 1,64 M€ à celle qui a été consentie à Versailles. .
Un calcul plus logique, tout en restant simple, aurait consisté à
appliquer au nombre de visiteurs de 18 à 25 ans le prix
moyen
du billet
payant (soit 9,04 € au lieu de 13,5 € à l’époque), qui intègre « en masse »
les différentes catégories de tarifs. A Versailles, ce mode de calcul aurait
débouché sur une compensation en année pleine à la charge de l’Etat
inférieure de 1,64 M€ à celle qui a été consentie.
Le calcul pratiqué par le Centre Georges Pompidou et par le musée
d’Orsay était plus rigoureux. Tous deux ont fondé leur calcul directement
sur le nombre de billets à tarif réduit dont les jeunes de 18 à 25 ans étaient
les principaux bénéficiaires, ce qui revenait à exclure
ab initio
de la base,
avec raison, les jeunes de 18 à 25 ans entrés gratuitement. Ils ont aussi
comptabilisé à part les cartes et formules d’abonnement, ainsi que la carte
Paris Museum Pass, toutes précautions dont Versailles s’était abstenu.
Les taux de fréquentation estimés par les musées révélaient de
surcroît quelques curiosités qui auraient pu alerter le ministère :
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Taux de fréquentation pris en compte pour la compensation
Jeunes 18-25 ans UE
Enseignants
Musée du Louvre
15,1 %
3,5 %
Versailles
9,1 %
3,6 %
Musée d’Orsay
7,2 %
4,0 %
Musée du quai Branly
15,0 %
6,0 %
CNAC-GP
14,0 %
gratuit
Musée Guimet
14,3 %
20,0 %
Musée Rodin
4,2 %
3,0 %
Musée Gustave Moreau
14,5 %
gratuit
Arts décoratifs
13,0 %
2,7 %
Musée de la musique
9,5 %
10,0 %
Musées SCN - RMN
12,9 %
gratuit
Centre des monuments nationaux
4,5 %
5,9 %
Source : ministère de la culture et de la communication, secrétariat général
Le désintérêt des jeunes de 18 à 25 ans pour le musée Rodin, en
dépit de son beau jardin, constituait un sujet d’interrogation, de même que
l’estimation selon laquelle le musée Gustave Moreau attirait deux fois
plus les jeunes que le musée d’Orsay et un peu plus que le Centre
Georges Pompidou. Le fait que le musée d’Orsay ait été perçu comme
deux fois moins attractif auprès des jeunes que le musée du Louvre, de
l’autre côté de la Seine, pouvait également laisser perplexe. Quant aux
écarts estimés sur la fréquentation des enseignants, leur ampleur aurait dû
elle aussi provoquer les interrogations du ministère.
De fait, un an plus tard, les résultats constatés sont éloignés des
prévisions.
c)
Une compensation largement surcalibrée
S’il est un résultat qui peut être étayé dès à présent au vu des
derniers trimestres de l’année 2009, c’est l’écart substantiel qui existe
entre le pourcentage
constaté
des jeunes de 18 à 25 ans dans la
fréquentation des collections permanentes et celui qui a servi de base au
calcul de la compensation.
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Ecart entre le taux de fréquentation des 18-25 ans UE constaté
et celui pris en compte pour la compensation budgétaire
Taux de 18-25 ans UE
pris en compte pour la
compensation
Taux de 18-25 ans UE
constaté sur les trois
derniers trimestres
2009
écart
Musée du Louvre
15,1%
6,5%
-8,6 pts
Versailles
9,1%
7,5%
-1,6 pts
CNAC-GP
14,0%
7,9%
-6,1 pts
Musée d'Orsay
7,2%
6,1%
-1,1 pts
Musée du quai Branly
15,0%
18,1%
3,1 pts
Musée Guimet
14,3%
10,8%
-3,5 pts
Musée Rodin
4,2%
5,8%
1,6 pts
Arts décoratifs
13,0 %
12,5 %
- 0,5 pts
Musée de la musique
9,5 %
4,5 %
- 5,0 pts
Musée Gustave Moreau
14,5 %
8,1 %
- 6,4 pts
Musées SCN
12,9%
5,4%
-7,5 pts
Source : secrétariat général du ministère de la culture pour la première
colonne, résultats DMF en vue du RAP 2009 pour la deuxième colonne.
Les écarts négatifs l’emportant largement sur les écarts positifs,
cela signifie qu’au total, la compensation budgétaire a été excessive.
Si les taux de fréquentation des jeunes de 18 à 25 appliqués avaient
été ceux qui ont été constatés en 2009, ce ne sont pas 14,18 M€ qui
auraient été versés aux musées nationaux cette année-là, mais seulement
8,63 M€. Et pour 2010, le trop versé par l’Etat s’élève à 7,40 M€, soit
40 % de la compensation effectivement accordée
60
(cf. annexe 4).
Les enjeux financiers sont moindres pour ce qui concerne la
gratuité accordée aux enseignants, mais les écarts sont en proportion
beaucoup plus importants, au point que les estimations initiales
apparaissent rétrospectivement peu sérieuses :
60
Le même constat a été dressé par la Cour pour ce qui concerne la compensation
accordée au Centre des monuments nationaux à l’occasion de son contrôle de
l’établissement en 2010.
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180
COUR DES COMPTES
Ecart entre le taux de fréquentation des enseignants constaté et celui
pris en compte pour la compensation budgétaire
Taux pris en compte
pour la compensation
« Enseignants »
Taux constatés en
2009
Musée du Louvre
3,5 %
0,5 %
Versailles
3,6 %
0,7 %
Musée d’Orsay
4,0 %
1,1 %
Musée du quai Branly
6,0 %
5,6 %
CNAC-GP
NC (déjà gratuit)
0,4 %
Musée Guimet
20,0 %
nd
Musée Rodin
3,0 %
1,0 %
Musée Gustave Moreau
NC
4,0 %
Arts décoratifs
2,7 %
2,4 %
Musée de la musique
10,0 %
1,7 %
Musées SCN
NC
3,1 %
Source : ministère de la culture et de la communication, secrétariat général
pour la première colonne, données DMF pour la deuxième colonne
Le calcul rétrospectif de ce qu’aurait dû être la compensation liée à
la gratuité « Enseignants » montre que ce sont 2,79 M€ et 3,72 M€ de
trop qui ont été versés respectivement en 2009 et en 2010, soit 78 % des
sommes acquittées.
Au
total,
les
deux
dispositifs
ont
ainsi
provoqué
une
surcompensation de 8,35 M€ en 2009 et de 11,36 M€ en 2010, soit
19,48 M€ au total.
Les services du ministère de la culture et de la direction du budget
ont indiqué que le montant de la compensation budgétaire serait « gelé » à
son niveau atteint en 2010. Si le dispositif de compensation est maintenu,
le montant calculé début 2009 pour les deux années 2009 et 2010 aura
donc valeur « forfaitaire », indépendamment des écarts mesurés entre les
taux de visite utilisés pour ce calcul et ceux réellement constatés.
En revanche, le ministère n’entend pas faire rembourser par les
musées le trop-perçu de 2009 et 2010, qui est plutôt devenu un objet de
négociation. En réponse aux présentes observations, celui-ci a en effet
indiqué : « Pour les musées qui ont bénéficié d’une compensation
supérieure au manque à gagner réel, il a été décidé, non pas de récupérer
directement le trop-perçu, mais de l’affecter à des opérations qui auraient
de toutes les manières eu vocation à être financées par subventions du
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UNE DECENNIE DE DEVELOPPEMENT DES MUSEES,
UNE DECENNIE DECEVANTE POUR LA POLITIQUE MUSEALE NATIONALE
181
ministère de la culture : il en a par exemple été ainsi, avec l’accord de la
direction du budget, pour le financement du schéma directeur incendie du
Louvre.
Cette solution consistant à affecter à des investissements la
surcompensation constitue un pis-aller discutable, car rien ne dit que les
opérations concernées n’auraient pas pu être financées par l’appel à
d’autres ressources (par exemple en mobilisant les fonds issus du projet
de Louvre Abou Dabi, qui avaient été évoqués comme une source
possible de financement du schéma directeur incendie du musée du
Louvre), ou étalées dans un autre calendrier.
***
Le retrait de l’Etat vis-à-vis des questions tarifaires constitue l’un
des éléments les plus notables de la décennie écoulée. Il est normal que
l’autonomie des musées se soit traduite par un déplacement des
compétences tarifaires au bénéfice des conseils d’administration ; mais il
n’est pas compréhensible que le ministère de la culture, qui y est
largement représenté, n’y ait pas été la voix d’une stratégie nationale.
Le résultat, c’est qu’en dépit des objurgations de la loi du 4 janvier
2002 appelant à lier droits d’entrée et démocratisation de l’accès aux
musées, toutes les catégories de tarifs ont été progressivement mais
continûment revues à la hausse.
Ce phénomène n’a pas empêché les musées d’enregistrer des
résultats probants en matière de fréquentation. Avec un public constitué
aux deux-tiers (au Louvre, à Versailles et à Orsay) de touristes étrangers
relativement « captifs », la stratégie de hausse des tarifs n’était pas
vraiment risquée. Mais nul ne peut se hasarder à dire qu’il n’existe aucun
lien, fût-il lointain, fût-il indirect, entre cette progression des tarifs et le
repli de la fréquentation des musées par les Français issus des catégories
socioprofessionnelles les plus modestes. La seule étude disponible sur le
sujet tend même à le suggérer fortement
61
.
A cet égard, il est bienvenu que le ministère de la culture, en
réponse aux observations de la Cour, ait d’ores et déjà fait part de son
intention de créer en son sein une instance de pilotage des questions
tarifaires, qui devrait fonctionner à partir de 2011. Pour être pleinement
efficace, celle-ci devra à la fois susciter les études qui font aujourd’hui
défaut dans la connaissance des liens entre tarifs et démocratisation, et en
tirer les conséquences dans son rôle d’animation et de coordination des
stratégies tarifaires des musées nationaux.
61
Il s’agit de l’étude du CREDOC «
Fréquentation et image des musées de France
»,
réalisée en 2005, évoquée précédemment.
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COUR DES COMPTES
C’est ce même désinvestissement qui explique, au moins en partie,
les résultats décevants – ou pour mieux dire imperceptibles – des mesures
de gratuité mises en place en avril 2009. Les écarts constatés et les
imprécisions qui ont entouré le chiffrage de la compensation budgétaire
discréditent ces mesures. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de
voir les musées, qui y étaient opposés à l’origine, en défendre aujourd’hui
la perpétuation tant ils y ont trouvé leur intérêt.
Une stratégie d’efficience avisée commanderait de ne pas
perpétuer un dispositif à la fois coûteux et d’une efficacité incertaine,
pour privilégier un redéploiement des moyens que l’Etat y a déjà
consacrés au profit de mesures plus directement ciblées sur la
démocratisation de l’accès aux musées et la diversification des publics.
Recommandations relatives aux politiques tarifaires et de gratuité
21.
Expérimenter la mise en place d’un « tarif recommandé » dans un musée pendant
la durée d’un contrat pluriannuel ;
22.
Amplifier les mesures à destination des publics scolaires et établir des
« passerelles » entre visites scolaires et visites familiales ;
23.
Réorienter progressivement les crédits destinés à la compensation des mesures de
gratuité vers le
financement d’initiatives innovantes, par exemple sous la forme
d’appels à projets destinés à favoriser la diversification des publics.
***
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Conclusion générale
Le rapprochement des objectifs assignés aux musées nationaux et
des résultats que ceux-ci ont obtenus tout au long de la décennie
débouche sur un paradoxe : alors que les musées affichent des réussites
sur un grand nombre de leurs activités, la politique nationale, elle, n’a
pas atteint ses objectifs, et semble même s’en être éloignée.
Les musées nationaux, notamment les plus grands d’entre eux,
ont développé leurs espaces et leur offre culturelle de façon brillante,
contribuant au rayonnement international de la France. La forte
progression de leur fréquentation en témoigne.
Mais contrairement aux ambitions exprimées plusieurs fois au
cours de la décennie, ce développement a été financé à titre principal,
non par les ressources propres des musées, mais par l’Etat. C’est dire
que l’objectif d’une efficience accrue des musées nationaux et d’une
modération de leur coût pour la collectivité publique demeure insatisfait
alors qu’il reste nécessaire. Le contexte budgétaire général et le coût des
projets déjà programmés, en investissement comme en, fonctionnement
s’opposent en effet à la perpétuation de la dynamique de dépense qui a
marqué la décennie écoulée.
En termes d’organisation, cette décennie aura vu l’autonomie des
musées
se
substituer
à
une
gestion
administrative
centralisée
manifestement dépassée que la Cour avait critiquée à la fin des années
1990.
Cette autonomie demeure cependant incomplète pour la grande
majorité des musées qui ne maîtrisent pas complètement la gestion de
leurs
personnels,
et
surtout,
elle
n’est
assortie
d’aucune
responsabilisation réelle des établissements. Plusieurs d’entre eux sont
parvenus à s’abstraire des dispositifs de pilotage national, et ont obtenu
de faire financer par des dotations budgétaires additionnelles ou par des
augmentations de tarifs les initiatives de la politique nationale plutôt
que d’en rechercher les moyens par redéploiements.
De surcroît, la réorganisation des musées s’est
accomplie sans
cohérence d’ensemble, voire dans la tension avec le ministère de la
culture. Celui-ci peine aujourd’hui à définir des orientations politiques
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184
COUR DES COMPTES
nationales dans des domaines où elles demeurent nécessaires comme la
politique tarifaire, les droits photographiques, ou la définition du champ
des missions de service public de la RMN.
Par ailleurs, le public des musées ne s’est ni rajeuni, ni diversifié.
Au contraire, la fréquentation des jeunes et des publics issus des
catégories socioprofessionnelles les plus éloignées de la culture apparaît
en repli par rapport aux années 1990, et les grands bénéficiaires de la
politique de l’offre déployée par les musées demeurent, plus que jamais,
des parisiens âgés et aisés.
La politique de l’Etat n’a donc pas atteint ses objectifs
d’efficience et de démocratisation ; elle a manqué de cohérence.
La croissance des ressources propres des musées, par exemple,
repose à la fois sur une dépense fiscale de l’Etat dans le cas du mécénat
et sur une augmentation des droits d’entrée qui rend aujourd’hui l’accès
aux musées plus coûteux pour la plupart des visiteurs alors que le
ministère de la culture n’a pas cessé de promouvoir l’ambition d’une
politique nationale de démocratisation de la culture.
Dans le même esprit, la poursuite d’une politique de grands
chantiers muséaux dans la capitale, non seulement perpétue la
dynamique de dépense qui a déjà caractérisé la dernière décennie, mais
risque de repousser encore de plusieurs années la mise en oeuvre d’une
politique territoriale cohérente avec cette ambition.
Dans ce contexte, l’Etat a éprouvé les plus grandes difficultés à
reconstruire et à faire vivre les dispositifs qui devaient lui permettre
d’orienter l’activité de ses musées.
Tout d’abord, l’ambition de démocratisation culturelle aurait dû
se traduire par des orientations stratégiques plus étayées et plus
volontaristes, notamment en direction des régions. La concentration
parisienne des investissements de l’Etat et le développement de leurs
activités au coeur même des musées ont empêché la définition d’une
politique de développement de l’offre muséale en région.
La même ambition de démocratisation culturelle aurait dû
déboucher, comme la loi du 4 janvier 2002 y invitait l’Etat et les
musées, à déployer des politiques tarifaires adaptées qui préviennent
l’apparition de « barrières à l’entrée » pour les familles et les catégories
socioprofessionnelles les plus modestes. De ce point de vue, la gratuité
accordée aux jeunes de 18 à 25 ans et aux enseignants apparaît
inutilement coûteuse en regard d’initiatives plus ciblées sur des publics
éloignés de la culture.
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CONCLUSION GENERALE
185
La
difficulté,
pour
les
musées,
de
concilier
l’objectif
d’accroissement de leurs ressources avec la modération des tarifs
d’entrée aurait pu être résolue dans une large mesure par un effort de
productivité et d’efficience. Mais l’Etat ne s’y est guère employé. Dans
les faits, tant les subventions publiques que les effectifs employés ont
crû dans des proportions supérieures à ce qui était constaté au même
moment dans la plupart des autres services publics. L’essor du mécénat,
qui a permis de réaliser des opérations remarquables a eu quant à lui
pour contrepartie une dépense fiscale importante, mal suivie et peu
évaluée.
En matière de personnels, c’est une même politique de croissance
des moyens qui s’est imposée en lieu et place d’une politique
d’évolution des emplois et des métiers, notamment en matière d’accueil
et de surveillance, alors que ceux-ci auraient dû faire l’objet d’une
gestion prévisionnelle intégrant de façon systématique le progrès
technologique et l’adoption des meilleures pratiques.
Réorienter la politique de l’offre vers une politique des publics,
équilibrer les investissements culturels sur l’ensemble du territoire,
placer les exigences de démocratisation et d’efficience au coeur de la
politique nationale constituent les enjeux d’une nouvelle forme de
régulation qu’il appartient à l’Etat de définir et au ministère de la
culture de mettre en oeuvre.
Le contexte du début des années 2000, qui a vu les musées
nationaux développer toutes leurs activités simultanément, n’est plus la
réalité d’aujourd’hui. Les exigences de maitrise accrue des finances
publiques s’imposent aussi au ministère de la culture. Les moyens
alloués au cours de la prochaine décennie devront, à cet égard, être
assortis de strictes obligations de résultats vis-à-vis des musées
nationaux. L’autonomie des musées a apporté la preuve de sa pertinence
en termes de dynamisme : elle doit désormais montrer qu’elle peut l’être
tout autant vis-à-vis des objectifs d’efficience et de diversification des
publics.
C’est la mise en oeuvre d’une telle « régulation » que la Cour
appelle de ses voeux. Elle constitue pour le ministère de la culture une
exigence en termes de maîtrise de la dépense publique, mais aussi une
exigence politique et sociale en regard de l’ambition de démocratisation
culturelle.
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RECAPITULATIF DES RECOMMANDATIONS
187
RECAPITULATIF DES RECOMMANDATIONS
Les 23 recommandations opérationnelles formulées par la Cour visent à
traduire les trois grandes orientations stratégiques suggérées par le
présent rapport pour la prochaine décennie :
-
améliorer l’efficience des musées pour anticiper et préparer la
modération du soutien direct de l’Etat ;
-
rééquilibrer la politique nationale en faveur des régions et
inciter les musées à développer leurs actions territoriales ;
-
redéployer les moyens consacrés à la « politique de l’offre »
pour développer ceux de la « politique des publics » pour
favoriser la diversification et la démocratisation de l’accès aux
musées.
Recommandations relatives aux transformations statutaires et au
repositionnement de la RMN
1.
Mettre en cohérence la liste des musées nationaux mentionnés par
le décret du 31 août 1945, la liste des grands départements figurant
au même décret, et les services ou établissements en charge des
collections nationales ;
2.
Subordonner toute création ou transformation de musée à
l’existence d’un projet scientifique et culturel et d’un plan d’activité
précis démontrant la pertinence économique et budgétaire du
schéma retenu ;
3.
Préciser la nature et la portée des compétences de la RMN rangées
sous les différents intitulés de
« prestataire de services »,
« compétences de référence » et « missions de service public ».
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188
COUR DES COMPTES
Recommandations relatives au pilotage de l’Etat
4.
Adresser systématiquement une lettre de mission aux présidents et
aux directeurs des musées nationaux au moment de leur
nomination, et inscrire dans ces lettres l’obligation de conclure,
dans un délai déterminé, un contrat pluriannuel de performance ;
5.
Inscrire dans les contrats pluriannuels un volet relatif à la politique
tarifaire, ainsi qu’un chapitre relatif aux relations de chaque
établissement avec la RMN.
Recommandations relatives au mécénat
6.
Evaluer, dans les projets annuels de performance associés à la
mission « Culture » du budget de l’Etat, la dépense fiscale liée à
tous les dispositifs de mécénat, et notamment au mécénat « de droit
commun » ;
7.
Elaborer une « Charte éthique du mécénat des musées nationaux »
sur le modèle de la charte conçue par le musée du Louvre ;
8.
Mettre en place un dispositif d’agrément des opérations de mécénat
« de droit commun » au-delà d’un certain seuil, (par exemple fixé à
1 M€) ;
9.
Subordonner l’acceptation des mécénats de compétence, au-delà
d’un certain seuil (par exemple 1 M€), à une évaluation
contradictoire de la valeur des apports, puis subordonner la
délivrance de l’attestation fiscale à la production d’un compte
d’opération certifié ;
10.
Préparer un code de déontologie de la circulation des collections
nationales conforme aux standards internationaux.
Recommandations relatives aux emplois
11.
Recenser
les
pratiques
de
surveillance
et
les
procédés
technologiques susceptibles de se traduire, à court et moyen terme,
par des gains de productivité ;
12.
Intégrer les résultats de ces analyses dans la gestion prévisionnelle
des emplois et des compétences des musées, notamment pour la
mise en oeuvre du non-remplacement d’au moins un départ à la
retraite sur deux dans les effectifs des musées nationaux ;
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RECAPITULATIF DES RECOMMANDATIONS
189
13.
Mettre fin à la pratique des « emplois mécénés » et réintroduire
dans le plafond soumis au vote de la représentation nationale la
totalité des emplois
.
.
Recommandations relatives aux acquisitions
14.
Elaborer des stratégies d’acquisitions pluriannuelles, ou à défaut,
inscrire les orientations générales des politiques d’acquisition dans
les projets scientifiques et culturels ou dans les contrats de
performance ;
15.
Pour les musées-établissements publics, remplacer le système des
« 20 % » par des budgets d’acquisitions triennaux ou quinquennaux
sur la base des prévisions de ressources, et pour les musées-SCN et
les musées de petite taille, conserver un mécanisme d’acquisitions
sur ressources stables mutualisées afin qu’ils ne dépendent pas
totalement du mécénat ;
Recommandations relatives à la politique de l’offre
16.
Expliciter dans les contrats pluriannuels les objectifs et les résultats
attendus de la programmation culturelle en termes de fréquentation
et de publics ;
17.
Dans ces mêmes contrats, fixer des objectifs économiques précis
(équilibre, déficit maximal, contribution nette minimale, etc.) aux
expositions, publications, activités et manifestations représentatives
de la « politique de l’offre » en développant les outils de
comptabilité analytique en coûts complets.
Recommandations relatives à la prise en compte des objectifs de
démocratisation culturelle
18.
Intégrer dans le projet annuel de performance du ministère de la
culture et dans les contrats pluriannuels des musées des objectifs et
des indicateurs de rééquilibrage de la politique muséale en faveur
des régions ;
19.
Inscrire
davantage
d’objectifs
et
d’indicateurs
relevant
de
l’ambition de démocratisation de l’accès aux musées dans les
contrats pluriannuels ;
20.
Fiabiliser les dispositifs de comptage des visiteurs au moyen d’une
méthodologie et de dispositifs harmonisés, et éventuellement
certifiés.
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COUR DES COMPTES
Recommandations relatives aux politiques tarifaires et de gratuité
21.
Expérimenter la mise en place d’un « tarif recommandé » dans un
musée pendant la durée d’un contrat pluriannuel ;
22.
Amplifier les mesures à destination des publics scolaires et établir
des « passerelles » entre visites scolaires et visites familiales ;
23.
Réorienter progressivement les crédits destinés à la compensation
des mesures de gratuité vers
le
financement
d’initiatives
innovantes, par exemple sous la forme d’appels à projets destinés à
favoriser la diversification des publics.
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ANNEXES
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Annexe I
Qu’est-ce qu’un musée national ?
Les « musées nationaux » sont énoncés nominativement et
limitativement par l’article 1 du décret du 31 août 1945, qui constitue le
décret d’application de l’ordonnance du 13 juillet 1945 portant
organisation provisoire des musées des Beaux-Arts.
A l’origine, les musées ainsi désignés correspondaient à autant de
collections identifiées. Mais depuis 1945, la création de nouveaux lieux
destinés à exposer des collections existantes (le musée national d’art
moderne abrité par le Centre Georges Pompidou en 1977, le musée
d’Orsay en 1986, le musée du quai Branly en 2006) ou l’acquisition par
legs ou dations de nouvelles collections (le musée Marc Chagall à Nice
en 1973, le musée Picasso en 1985 etc.) ont modifié l’identité musée =
collection telle qu’elle avait été fixée en 1945.
Au 1
er
juillet 2010, après 65 ans d’ajouts, d’adossements, de
scissions, il existe donc des différences notables entre la liste des musées
nationaux telle qu’elle est toujours arrêtée par le décret du 31 août 1945
(dont la dernière modification remonte à 2008), et la liste des structures,
établissements ou services chargés de leur gestion :
La liste des musées nationaux
Musées nationaux
(décret du 31 août 1945)
Forme institutionnelle
Musée du Louvre
Musée Eugène-Delacroix
Etablissement public du musée du Louvre
Musée d’Orsay
Musée Hébert
Musée de l’Orangerie des Tuileries
Etablissement public du musée d’Orsay
Musée des châteaux de Versailles et de
Trianon
Musée des carrosses de Versailles
Salle du Jeu de Paume Versailles
Etablissement public du château, du
musée et du domaine national de
Versailles
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194
COUR DES COMPTES
Musée Rodin
Etablissement public du musée Rodin
Musée des arts asiatiques Guimet
Musée d’Ennery
Etablissement public du musée Guimet
Musée du château de Fontainebleau
Etablissement public du château de
Fontainebleau
Musée de la céramique à Sèvres
Etablissement public Sèvres – Cité de la
céramique
Musée Picasso à Paris
Etablissement public du musée Picasso
Musée Gustave Moreau
Etablissement public du musée Gustave
Moreau
Musée Jean-Jacques Henner
Etablissement public du musée Jean-
Jacques Henner
Non mentionné parmi les musées
nationaux mais parmi les grands
départements
Musée national d’art moderne –
Etablissement public du Centre national
d’art et de culture Georges Pompidou
Non mentionné parmi les musées
nationaux mais parmi les grands
départements
Etablissement public du musée du quai
Branly
Musée du Moyen Âge-thermes et hôtel
de Cluny
Service à compétence nationale du musée
du Moyen Âge-thermes et hôtel de Cluny
Musée de la Renaissance-château
d’Ecouen
Service à compétence nationale du musée
de la Renaissance-château d’Ecouen
Musée des châteaux de Malmaison et de
Bois-Préau
Musée de la maison Bonaparte à Ajaccio
Musée napoléonien et le musée africain
de l’île d’Aix, fondation Gourgaud
Service à compétence nationale du
musée des châteaux de Malmaison et de
Bois-Préau et ses annexes
Musée du château de Pau
Service à compétence nationale musée du
château de Pau
Musée Marc-Chagall à Nice
Musée Fernand-Léger à Biot
Musée Picasso de Vallauris (La guerre et
Service à compétence nationale des
musées du 20
ème
siècle des Alpes-
Maritimes
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ANNEXES
195
la paix)
Musée d’archéologie nationale (des
origines à l’an mille)-château de Saint-
Germain-en-Laye
Service à compétence nationale du musée
d'archéologie nationale et du domaine
national de Saint-Germain-en-Laye
Musée du château de Compiègne
Musée de la voiture et du tourisme à
Compiègne
Service à compétence nationale du musée
du château de Compiègne
Musée de préhistoire des Eyzies-de-
Tayac
Service à compétence national du musée
de préhistoire des Eyzies-de-Tayac
Musée de Port-Royal des Champs à
Magny-les-Hameaux
Service à compétence nationale du musée
de Port-Royal des Champs à Magny-les-
Hameaux
Musée Clemenceau et de Lattre de
Tassigny à Mouilleron-en-Pareds
Service à compétence nationale du musée
Clemenceau et de Lattre de Tassigny à
Mouilleron-en-Pareds
Musée Magnin à Dijon
Service à compétence nationale du musée
Magnin à Dijon
Musée de la porcelaine Adrien-
Dubouché à Limoges
Service à compétence nationale du musée
de la porcelaine Adrien-Dubouché à
Limoges
Musée franco-américain du château de
Blérancourt
Service à compétence nationale du musée
franco-américain du château de
Blérancourt
Musée des civilisations de l’Europe et de
la Méditerranée
Service à compétence nationale du musée
des civilisations de l’Europe et de la
Méditerranée
Source : article 1 du décret du 31 août 1945 et textes statuaires
Cette liste ne mentionne ni le musée national d’art moderne, ni le
musée du quai Branly, alors que tous deux sont à l’inverse désignés à
l’article 2 du même décret parmi les grands départements scientifiques en
charge des collections.
Par ailleurs, certains musées y figurent encore bien que leur
adossement à un musée de plus grande envergure, et surtout l’usage, ne
permettent plus de les distinguer de leur « maison-mère » : il en va ainsi
du musée de la voiture de Compiègne ou du musée des carrosses de
Versailles.
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COUR DES COMPTES
A l’inverse, plusieurs musées et collections relevant du domaine
des beaux-arts et gérés par des organismes ou établissements relevant du
ministère de la culture ne figurent pas dans cette liste : les trois exceptions
les plus notables à cet égard sont le musée des monuments français abrité
par la Cité de l’architecture et du patrimoine (CAPA), le musée de la
musique abrité par la Cité de la musique, et les quatre collections d’arts
décoratifs (le musée des arts décoratifs, le musée du textile et de la mode,
le musée de la publicité et le musée Nissim de Camondo) gérées par
l’Union centrale des arts décoratifs.
La liste des musées nationaux comprend six musées-châteaux
(Versailles, Compiègne, Fontainebleau, Pau, La Malmaison et Bois-
Préau,) dont la qualification de « musée » tient au fait qu’ils contiennent
des collections (d’oeuvres d’art, de mobiliers…). Mais dans le même
temps, d’autres châteaux sont gérés par le Centre des monuments
nationaux (CMN) sous le statut de « monument national » tout en
abritant, eux aussi, des collections : c’est le cas des châteaux d’Azay-le-
Rideau ou d’Angers, ou même du château de Chambord (aujourd’hui
constitué en établissement public) en dépit du caractère composite de ses
collections. La distinction entre ces deux catégories de châteaux n’est pas
toujours évidente. C’est peut-être ce qui avait conduit le conseil de
modernisation des politiques publiques (CMPP) à préconiser, en
décembre 2007, dans la première vague des mesures dites « RGPP », le
rapprochement de la RMN et du CMN, avant que cette hypothèse ne soit
abandonnée.
Certains musées portent dans leur dénomination les termes de
« musée national » parce qu’ils relèvent de l’Etat, mais ne sont pas placés
sous la tutelle principale du ministère de la culture. Les plus importants
sont les musées du ministère de la Défense, qui comprennent notamment
les musées de la marine et de l’armée. Ils n’ont jamais rejoint la liste fixée
par le décret du 31 août 1945, et ne sont pas intégrés au système des
« grands départements ». Cette situation administrative n’est pas sans
conséquences scientifiques et culturelles. Ainsi, la future Maison de
l’Histoire de France est destinée à fédérer neuf musées nationaux
dépendant du ministère de la culture, y compris le musée des plans-reliefs
situé au coeur des Invalides, mais aucun musée dépendant d’autres
ministères, et notamment pas les musées du ministère de la Défense situés
eux aussi aux Invalides.
Enfin, aucun musée des sciences, des techniques ou d’histoire
naturelle ne figure dans le décret du 31 août 1945, qui ne porte que sur les
beaux-arts, bien qu’il existe une importante tradition nationale en la
matière. Certains des établissements qui abritent ces musées sont
d’ailleurs placés sous la tutelle du ministère de la culture, comme
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ANNEXES
197
Universciences, tandis que d’autres relèvent par tradition du ministère en
charge de la recherche, comme le Muséum national d’Histoire naturelle
ou le Conservatoire national des arts et métiers.
De surcroît, la liste des musées de France ne coïncide pas avec
celle des « grands départements » également fixée par le décret du
31 août 1945, qui mêle aujourd’hui logique thématique (avec notamment
la présence de huit départements au sein du musée du Louvre) et
désignation de musées comme départements :
Les grands départements des collections nationales
Antiquités nationales
Antiquités grecques et romaines
Antiquités égyptiennes
Antiquités orientales
Peintures
Sculptures du Moyen Age, de la Renaissance et des Temps modernes
Objets d'art du Moyen Age, de la Renaissance et des Temps modernes
Arts graphiques (cabinet des dessins, chalcographie et collection de gravures et
de dessins Edmond de Rothschild)
Versailles et Trianon
Arts asiatiques (musée Guimet)
Orsay
Arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques (musée du
quai Branly)
Département du XXe siècle (musée Picasso, musée de l'Orangerie à Paris, musée
Fernand-Léger à Biot, musée Marc-Chagall à Nice) ; le musée national d'art
moderne du Centre Georges Pompidou est associé à la mission scientifique de ce
département.
Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée
Arts de l'Islam.
Source : article 2 du décret du 31 août 1945 (version en vigueur)
Les musées relevant de l’Etat ne dessinent donc pas, loin s’en faut,
un jardin à la française. Cette diversité reflète et respecte tout à la fois
l’histoire singulière de chacune des collections qui en sont les raisons
d’être. Mais une mise en cohérence des textes paraît néanmoins
s’imposer.
Cour des comptes
Les musées nationaux après une décennie de transformations 2000 - 2010 – mars 2011
13 rue Cambon 75100 PARIS CEDEX 01 - tel : 01 42 98 95 00 - www.ccomptes.fr
Annexe II
Subventions et dotations attribuées aux musées nationaux (2000-2009)
Subventions et dotations de fonctionnement
aux musées nationaux (2000-2010)
Seules sont retracées ici les subventions
stricto sensu
attribuées aux musées. Dans le cas des musées de Versailles, Orsay, Guimet, Henner, Gustave Moreau, Fontainebleau
et des musées SCN, la majorité des personnels étant directement rémunérée par le ministère de la culture, la part des subventions dans le total des recettes minore
considérablement le poids réel du soutien de l’Etat. Par ailleurs, le musée du quai Branly ne reçoit pas de subvention d’investissement. Celui-ci doit être financé par la
capacité d’autofinancement (CAF) dégagée par l’exploitation, la subvention pour charge de service public allouée au musée comprenant le montant de l’amortissement du
bâtiment. Faute de données fiables en matière d’affectation des personnels, ce dernier ne peut être chiffré à l’euro près.
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
(BP)
Subvention
43,16
41,72
43,67
86,16
81,27
91,43
90,45
103,00
108,23
114,60
117,07
Louvre
% recettes
56,0%
56,4%
58,1%
68,6%
61,0%
57,1%
56,4%
57,0%
54,9%
57,2%
64,4%
Subvention
1,26
1,01
0,55
0,00
0,51
0,33
0,14
0,00
0,11
5,41
6,39
Versailles
% recettes
ns
ns
ns
ns
ns
ns
ns
ns
ns
12,1%
11,8%
Subvention
69,01
65,70
65,09
69,10
70,39
75,13
75,75
75,88
77,92
78,50
78,54
CNAC
% recettes
80,7%
79,0%
79,2%
77,6%
75,7%
78,0%
65,0%
75,8%
74,8%
67,5%
67,5%
Subvention
10,97
10,33
10,08
10,77
11,33
11,71
11,58
Orsay
% recettes
42,5%
31,8%
34,5%
30,8%
32,3%
34,1%
32,9%
Subvention
49,15
52,63
51,59
53,30
53,63
Branly
% recettes
87,4%
81,7%
72,3%
75,3%
88,7%
Subvention
2,89
3,03
3,32
3,26
3,76
3,70
4,00
Guimet
% recettes
66,3%
62,7%
57,5%
52,1%
62,9%
64,7%
68,0%
Subvention
9,6
10,1
10,2
11
10,4
10,9
12,8
13,4
13,3
13,3
13,56
Arts
Décoratifs
% recettes
74,1%
71,0%
67,6%
66,2%
61,2%
61,2%
43,3%
60,3%
54,5%
58,2%
58,0%
Cour des comptes
Les musées nationaux après une décennie de transformations 2000 - 2010 – mars 2011
13 rue Cambon 75100 PARIS CEDEX 01 - tel : 01 42 98 95 00 - www.ccomptes.fr
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
(BP)
Subvention
0,00
0,00
0,00
0,00
0,00
0,00
0,05
0,00
0,02
0,22
0,00
Rodin
% recettes
ns
ns
ns
ns
ns
ns
ns
ns
ns
1,8%
nd
Subvention
0,13
0,13
0,13
0,17
0,20
0,22
0,41
Gustave
Moreau
% recettes
nd
45,8%
34,5%
33,5%
30,3%
17,9%
37,4%
37,6%
40,0%
42,5%
nd
Subvention
0,48
0,71
0,71
0,71
0,71
0,71
0,71
0,083
0,108
0,153
0,34
Henner
% recettes
85,0%
77,2%
75,1%
94,1%
91,0%
90,7%
92,8%
94,3%
56,7%
90,2%
nd
Fontaine-
bleau
Subvention
1,19
Subvention
0,00
0,00
0,00
0,00
17,10
14,50
17,80
18,78
20,38
19,38
23,01
RMN
% recettes
0,0%
0,0%
0,0%
0,0%
11,3%
13,2%
14,6%
15,0%
15,0%
15,8%
21,8%
Musées
SCN
Dotations*
18,93
20,09
20,77
22,55
9,02
8,01
9,88
11,62
14,96
12,75
9,62
Total
142,44
139,34
140,99
189,52
203,38
214,50
270,25
289,60
301,90
313,24
321,75
Source : Comptes financiers (à partir des tableaux de bord du ministère de la culture) 2000 à 2009 pour les établissements publics, données MCC pour
les dotations aux musées-SCN
pour les
années 2005-2010. Crédits votés du chapitre 34-98 Moyens de fonctionnement des services à compétence nationale",
articles 41 "Musée d'Orsay" et 42 "Autres musées nationaux"
Par souci d’homogénéité, les chiffres ci-dessus sont issus des tableaux de bord de suivi du secrétariat général du ministère de la culture. Ils présentent parfois, pour des
montants modestes, quelques divergences avec ceux des musées eux-mêmes du fait d’ambiguïtés sur l’application du gel, sur la répartition fonctionnement / investissement
ou sur un éventuel « fléchage » d’une part des subventions. Ces écarts ne dépassent cependant pas quelques milliers d’euros.
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Subventions et dotations d’investissement
aux grands musées nationaux (2000-2010)
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010 (BP)
Subvention
4,63
0,00
0,00
10,78
0,00
11,45
19,53
19,33
13,61
15,19
12,21
Louvre
% ressources
32,0%
0,0%
0,0%
56,5%
0,0%
30,7%
67,9%
33,9%
33,8%
24,4%
49,2%
Subvention
0,00
11,81
27,03
13,96
7,63
7,37
12,10
19,00
22,60
25,30
24,40
Versailles
% ressources
0,0%
78,9%
77,3%
95,7%
57,7%
55,4%
60,1%
61,4%
27,2%
54,2%
71,6%
Subvention
16,61
11,27
14,67
13,31
13,68
12,03
9,16
8,75
8,48
6,93
7,98
CNAC
% ressources
91,4%
93,2%
93,3%
79,8%
44,9%
97,6%
69,1%
95,1%
82,4%
52,4%
nd
Subvention
0,85
1,71
2,13
5,09
3,41
2,46
3,35
Orsay
% ressources
17,5%
22,5%
44,5%
54,1%
33,1%
23,1%
45,9%
Subvention
1,91
2,22
1,198
1,39
1,92
1,59
1,26
Guimet
% ressources
66,1%
100,0%
94,2%
99,9%
90,6%
100,0%
100,0%
Subvention
9,97
8,80
7,67
9,40
11,30
3,80
6,40
5,68
5,64
3,42
3,72
RMN
% ressources
63,4%
47,1%
75,8%
71,5%
71,4%
58,6%
72,3%
37,2%
14,8%
47,3%
nd
Total
31,21
31,88
49,37
47,45
35,37
38,58
50,52
59,24
55,65
54,51
52,92
Source : Comptes financiers (à partir des tableaux de bord du ministère de la culture) 2000 à 2009
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Annexe III
Chiffrage de la « surcompensation » budgétaire des mesures de gratuité décidées en 2009
Simulation rétrospective de ce qu’aurait été la compensation budgétaire accordée aux musées sur la base des taux effectivement
constatés en 2009 (jeunes de 18 à 25 ans)
Gratuité accordée aux jeunes
de 18 à 25 ans
Compensation
calculée et versée en
2009 (9 mois)
Compensation "rétrospective"
sur la base des taux constatés en
2009 (9 mois)
Compensation 2010 (année pleine)
Prix
moyen
pris en
compte
Fréquenta-
tion estimée
pour le
calcul
Taux de
18-25 ans
estimé
pour la
compen-
sation
Compensation
versée en
2009 (9 mois)
Taux de
18-25 ans
constaté
sur les
trois
derniers
trimestres
2009
Compensa-
tion ajustée
(9 mois)
Ecart
Compensation
versée
Compensation
ajustée sur la
base des taux
constatés)
Ecart
Musée du
Louvre
7,30
7 745 000
15,1%
6 402 119
6,5%
2 755 879
-3 646 240
8 536 159
3 674 505
-4 861 653
Versailles
10,73
4 840 415
9,1%
3 545 378
7,5%
2 922 015
-623 363
4 727 171
3 896 020
-831 151
CNAC-
GP
7,90
1 314 664
14,0%
1 090 394
7,9%
615 294
-475 100
1 453 859
820 392
-633 467
Musée
d'Orsay
6,21
3 025 164
7,2%
1 014 641
6,1%
859 626
-155 015
1 352 855
1 146 169
-206 686
Musée du
quai
Branly
3,23
1 055 403
15,0%
383 562
18,1%
462 831
79 269
511 416
617 109
105 693
Musée
Guimet
3,36
209 633
14,3%
75 591
10,8%
57 090
-18 501
100 788
76 120
-24 668
Cour des comptes
Les musées nationaux après une décennie de transformations 2000 - 2010 – mars 2011
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Musée
Rodin
5,74
762 296
4,2%
137 943
5,8%
190 493
52 550
183 924
253 990
70 066
Arts
décoratifs
5,49
436 775
13,0%
233 991
12,5%
224 991
-9 000
311 988
299 988
-12 000
Musée
Gustave
Moreau
3,18
32 646
14,5%
11 286
8,1%
6 305
-4 981
15 048
8 406
-6 642
Musée de
la musique
2,84
130 000
9,5%
26 294
4,9%
13 562
-12 732
35 059
18 083
-16 976
CNHI
4,13
93 625
17,0%
49 311
5,2%
15 083
-34 228
65 748
20 111
-45 637
Musées
SCN -
RMN
4,69
2 669 056
12,9%
1 210 347
5,4%
502 904
-707 443
1 613 796
670 538
-943 258
Sous-total
14 180 857
8 626 073
-5 554 784
18 907 809
11 501 431
-7 406 378
NB. Le chiffrage établi par les services du ministère de la culture aboutit à un résultat proche de celui proposé ici, quoique inférieur puisqu’il
représente un trop versé de 5,44 M€ en 2009. La différence s’explique par l’application des taux constatés à la fréquentation 2009 et aux tarifs 2009.
Mais dans ce calcul, le fait de retenir les données 2009 aboutit à un manque à gagner 2009 majoré par les effets du phénomène que l’on cherche
précisément à compenser. Ce pourquoi il est en réalité plus logique de partir des données quantitatives 2008, avant que la mesure ne produise
elle-même des effets en volume, pour établir ce que l’Etat
aurait dû
verser (une fois admis le principe d’une compensation budgétaire).
Par souci d’homogénéité, les chiffres ci-dessus sont issus des tableaux de bord de suivi du secrétariat général du ministère de la culture. Ils présentent
parfois, pour des montants modestes, quelques divergences avec ceux des musées eux-mêmes du fait d’ambiguïtés sur l’application du gel, sur la
répartition fonctionnement / investissement ou sur un éventuel « fléchage » d’une part des subventions. Ces écarts ne dépassent cependant pas quelques
milliers d’euros.
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Annexe IV
Simulation rétrospective de ce qu’aurait été la compensation budgétaire accordée
aux musées sur la base des taux effectivement constatés en 2009 (enseignants)
Gratuité accordée aux
enseignants
Compensation
calculée et versée en
2009 (9 mois)
Compensation "rétrospective" sur la
base des taux constatés en 2009 (9
mois)
Compensation 2010 (année pleine)
Prix
moyen
pris en
compte
Fréquentation
estimée pour
le calcul
Taux
d'ensei-
gnants pris
en compte
Compen-
sation
versée en
2009
(9 mois)
Taux
d'enseignants
constaté sur
les trois
derniers
trimestres
2009
Compensa-
tion ajustée
(9 mois)
Ecart
Compensa-
tion versée
Compensation
ajustée sur la
base des taux
constatés)
Ecart
Musée du
Louvre
8,64
7 745 000
3,5%
1 756 168
0,5%
250 881
-1 505 287
2 341 557
334 508
-2 007 049
Versailles
10,56
4 840 415
3,6%
1 380 099
0,7%
268 353
-1 111 746
1 840 132
357 803
-1 482 329
CNAC-
GP
gratuit
1 314 664
nc
gratuit
0,4%
gratuit
-
gratuit
gratuit
-
Musée
d'Orsay
gratuit
3 025 164
nc
gratuit
nc
gratuit
-
gratuit
gratuit
-
Musée du
quai
Branly
3,46
1 055 403
6,0%
164 384
5,6%
153 425
-10 959
219 179
204 567
-14 612
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Musée
Guimet
3,37
209 633
20,0%
105 828
1,6%
8 326
-97 502
141 104
11 101
-130 003
Musée
Rodin
3,27
762 296
3,0%
56 122
1,0%
18 707
-37 415
74 829
24 943
-49 886
Arts
décoratifs
8,13
436 775
2,7%
71 938
2,4%
63 638
-8 300
95 917
84 850
-11 067
Musée
Gustave
Moreau
gratuit
32 646
nc
gratuit
4,0%
gratuit
-
gratuit
gratuit
-
Musée de
la musique
3,24
130 000
10,0%
31 601
1,7%
5 372
-26 229
42 135
7 163
-34 972
CNHI
gratuit
93 625
nc
gratuit
nc
gratuit
-
gratuit
gratuit
-
Musées
SCN -
RMN
gratuit
2 669 056
nc
gratuit
3,1%
gratuit
-
gratuit
gratuit
-
Sous-total
3 566 140
768 702
-2 797 438
4 754 853
1 024 937
-3 729 917
Source : Cour des comptes, à partir des données MCC.
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REPONSE DU MINISTRE DU BUDGET, DES COMPTES PUBLICS,
DE LA FONCTION PUBLIQUE ET DE LA REFORME DE L’ETAT,
PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Les analyses et les propositions formulées par la Cour dans ce
rapport appellent de ma part les observations suivantes.
Concernant les règles transversales applicables aux opérateurs
Plusieurs des recommandations de la Cour rejoignent les normes
transversales
applicables
aux
opérateurs,
récemment
réaffirmées
à
l’occasion du 5
ème
conseil de modernisation des politiques du 9 mars 2011.
L’appel de la Cour à la rénovation de la gouvernance des musées par
l’envoi systématique de lettres de mission, la signature de contrats de
performance et la détermination objective des parts variables des dirigeants
y fait écho.
De même, je me félicite de voir la Cour relayer l’objectif de non
remplacement d’un départ en retraite sur deux appliqué aux opérateurs
culturels, ainsi que la diminution de leurs dépenses de fonctionnement.
L’équilibre des budgets primitifs des opérateurs muséaux pour 2011
témoigne du caractère soutenable des diminutions de subventions et des
baisses des plafonds d’emplois prévues dans le budget triennal 2011-2013.
Il est permis en premier lieu par les économies de fonctionnement et
les gains de productivité que les musées ont su dégager. Dans le cadre de la
révision générale des politiques publiques, des audits ont été conduits au
musée du Louvre et au Centre national d’art et de culture Georges Pompidou
qui commencent à porter leurs fruits. En 2011, ces établissements verront
diminuer leurs dépenses de fonctionnement.
Le développement des recettes associées aux fonctions « coeur de
métier » (adaptation des politiques tarifaires et reprise de la fréquentation)
est un deuxième facteur de soutenabilité.
Plusieurs établissements ont généralement su développer des
financements innovants : partenariats avec des collectivités, itinérances
d’expositions, création de fonds de dotation. Le fonds de dotation du Louvre,
dont le capital a dégagé en 2010 plus de 3 M€ de produits financiers,
constitue un nouveau pilier de financement du musée.
A ce titre, je m’associe aux pistes tracées par la Cour concernant la
mise en place d’une charte déontologique des expositions internationales.
Outre
leur
intérêt
scientifique
évident,
démontré
par
la
demande
internationale et leurs fortes retombées en termes de fréquentation, ces
itinérances permettent de valoriser le patrimoine tout en finançant des
travaux de rénovation et de réaménagement des musées.
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206
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En outre, il convient de rappeler que les établissements disposant des
subventions les plus importantes étaient manifestement surdotés, ce qui les a
conduits à constituer d’importants fonds de roulement. Cette mécanique avait
été remarquée par la Cour à l’occasion de son contrôle du musée d’Orsay en
2010. Les diminutions de subvention actées dans le budget triennal 2011-
2013 portant sur ces mêmes établissements constituent un rééquilibrage
nécessaire.
Concernant le plafond d’emplois des opérateurs
Je ne partage pas l’analyse de la Cour selon laquelle les plafonds
d’emplois « ne constituent pas une assurance contre une évolution non
maîtrisée des emplois ». Ceux-ci constituent au contraire un outil robuste de
détermination et de contrôle de la participation des opérateurs à la maîtrise
de l’emploi public.
Afin de renforcer leur efficacité, il importe d’ailleurs que ceux-ci
soient calibrés au plus juste. La proposition de la Cour de constituer un
« volant de
vacance » sous plafond comme alternative au dispositif des
emplois hors
plafond ne paraît pas à ce stade devoir être retenue comme la
meilleure manière de renforcer le contrôle de l’emploi public.
Concernant l’exercice de la tutelle
Il convient en premier lieu de nuancer l’analyse de la Cour selon
laquelle les musées ont réussi à « s’extraire de l’encadrement des
administrations ministérielles ».
En effet, le ministère du budget a posé les jalons d’un renforcement du
pilotage stratégique, que ce soit en fonctionnement (discussions budgétaires
appuyées sur des projections pluriannuelles du budget des opérateurs)
comme en investissement (mise en place à sa demande en 2008 du comité des
investissements du Louvre, fixation d’enveloppes et d’échéanciers pour les
grands projets d’investissement).
Il est par ailleurs nécessaire d’éclairer l’évolution de la doctrine
relative à la contractualisation entre l’Etat et les opérateurs, qui conduit
aujourd’hui à privilégier aux « contrats d’objectifs et de moyens » les
« contrats de performance ».
La situation des finances publiques impose certes d’éviter de rigidifier
la dépense de l’Etat, mais une visibilité accrue est donnée sur les
perspectives de subventions de l’Etat grâce à l’élaboration du budget
triennal 2011-2013. Dans la pratique, pour les principaux musées, les
tutelles veillent à ce que les négociations s’accompagnent de discussions sur
leur trajectoire financière en phase avec ce budget. Il importe de fait que les
contrats intègrent directement ou indirectement les contraintes qui pèsent sur
les finances publiques.
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INTERESSES
207
Concernant le rééquilibrage vers une véritable politique des publics
La Cour fait plusieurs propositions de nature tarifaire, parmi
lesquelles l’expérimentation, dans un musée national, de la mise en place
d’un droit d’entrée à « tarif conseillé », sur le modèle de certains musées
anglo-saxons ».
Afin d’éviter des écueils financiers dommageables, j’attire l’attention
de la Cour sur le fait qu’une telle expérimentation ne pourrait qu’être
conditionnée à la réalisation préalable d’études sérieuses et fiables en
confirmant l’efficacité, et à un tarif « conseillé calibré » de manière à éviter
toute
compensation
budgétaire.
Toujours
par
prudence,
une
telle
expérimentation, si elle venait à être conduite, ne devrait concerner qu’un
musée de dimension modeste.
Je suis également réservé quant à la proposition de la Cour de
diminuer le tarif des expositions temporaires. Contraire à la pratique des
grandes institutions muséales internationales, une telle baisse des tarifs
entraînerait un effet d’aubaine pour le visitorat actuel dont l’élasticité au
prix paraît faible et qui remplit déjà les jauges des espaces d’expositions.
Enfin, le rééquilibrage demandé par la Cour à destination des régions
me semble, du moins du point de vue budgétaire, largement assuré puisque le
budget triennal 20111-2013 comprend un ambitieux « plan musées » de
70 M€.
Concernant l’évolution des musées vers des centres culturels
diversifiés
L’évolution des musées vers des centres culturels diversifiés justifie
pleinement la demande formulée par la Cour de généraliser la comptabilité
analytique en coûts complets dans les opérateurs muséaux.
La Cour fait état des déséquilibres structurels de certaines activités,
notamment dans les auditoriums à la programmation éclectique et aux taux
de remplissage faibles, qu’une telle présentation budgétaire par activités
permettrait de mieux contenir.
Depuis 2008, le vote de programmations d’expositions assorties de
budgets
prévisionnels
et
d’hypothèses
de
fréquentation
s’étend
progressivement à la demande des tutelles. Cette démarche doit être
généralisée à l’ensemble des musées et de leurs activités culturelles
(expositions, auditoriums, éditions, etc.).
Concernant les grands projets du Ministère de la culture et de la
communication
Je rejoins le souci de la Cour de voir conditionner la création de
nouveaux établissements publics à la présentation de plans d’affaires
pluriannuels équilibrés.
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COUR DES COMPTES
Cette pratique aura son intérêt pour le projet de Maison de l’Histoire
de France qui, s’il prend la forme d’un établissement public, devra préserver
les mutualisations existant dans la gestion actuelle des services à
compétences nationales qu’elle regroupera.
Il convient d’autre part de rappeler à la Cour les importantes
incertitudes budgétaires subsistant autour du projet de Centre de
restauration et de conservation du patrimoine de Cergy Pontoise.
Ses modalités de financements ne sont pas déterminées et plusieurs
établissements
ont,
dans
leurs
schémas
pluriannuels
de
stratégie
immobilière, fait part d’inquiétudes quant aux coûts du projet, qui pourrait
excéder celui des solutions d’entreposage dont ils disposent ainsi que leurs
capacités de financement.
J’ai demandé à mes services une vigilance toute particulière sur ce
projet et une étude du rapport coût-avantage qu’il présente, comparé à des
mesures alternatives de mise à l’abri des réserves en zone inondable :
déplacement des dites réserves au sein de chaque musée ou conception de
dispositifs anti-inondations.
Concernant le mécénat et les dépenses fiscales associées
Faute d’une distinction par le Code général des impôts, la dépense
fiscale relative au mécénat culturel ne peut être aisément isolée de celle
relative aux
mécénats versés aux autres « organismes d’intérêt général ». La
vision consolidée de ces mécénats appelée de ses voeux par la Cour ne pourra
être obtenue que rétrospectivement, à l’aide des comptes financiers et
d’échanges avec les équipes de ses établissements.
A l’occasion de l’élaboration des documents budgétaires, nous
pourrons voir avec le Ministère de la culture et de la communication s’il est
possible de reconstruire ces flux et la dépense fiscale qui y est associée avec
le souci d’une présentation de qualité.
Concernant l’enrichissement des collections
Je partage pleinement l’analyse de la Cour démontrant l’effort
croissant de l’Etat à destination de la politique d’acquisition des musées de
France. Portée par la loi de 2004 et par le dispositif, plus ancien, des dations
en paiement, la dépense fiscale est devenue majoritaire dans le financement
des acquisitions, loin devant les ressources propres et les subventions
publiques.
En tout état de cause, la justification, au sein du PAP « Culture », des
crédits consacrés à la politique d’acquisitions de l’action n° 8 « Acquisition
et
enrichissement
des
collections
publiques »
du
programme
175
« Patrimoines » gagnerait à être enrichie d’une vision consolidée du
financement des acquisitions. Le service des musées de France devrait être
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INTERESSES
209
en mesure, grâce aux remontées d’informations effectuées annuellement par
les musées, d’apporter un tel éclairage.
La Cour souhaite que le MCC renforce le pilotage de sa politique
d’acquisitions. Du point de vue budgétaire, ce renforcement pourrait peut-
être se traduire par la suppression des subventions d’acquisitions et le
renforcement, en contrepartie, des crédits dits « fonds du patrimoine ».
Je souscris enfin à la proposition de la Cour de supprimer les
pourcentages de recettes de billetterie destinés aux acquisitions et de leur
préférer la fixation d’enveloppes pluriannuelles. Celles-ci pourraient
permettre aux Musées de formaliser une meilleure stratégie d’acquisition en
tenant mieux compte des opportunités du marché et de leur équilibre
financier.
REPONSE DU MINISTRE
DE LA CULTURE
ET
DE LA
COMMUNICATION
Le ministère a tenu à adresser à la Cour des comptes une réponse
détaillée à son rapport consacré aux « musées nationaux », après une
décennie de transformations 2000-2010 ». Le ministère salue l’initiative de
la Cour de passer en revue les transformations et les évolutions d’ampleur
qu’ont connues les musées nationaux ces dernières années.
Il regrette néanmoins que le
périmètre d’enquête ait été restreint
aux
plus prestigieux des musées nationaux, et notamment ceux érigés en
établissement public, ce qui ne permet pas de prendre véritablement en
compte la grande diversité des musées « nationaux », qui n’ont pas tous été
analysés précisément par la Cour. La généralisation de raisonnements menés
à l’échelle de quelques musées nationaux ou de thèmes transversaux ne
permet pas de dresser un diagnostic complet.
De la même façon, des
comparaisons internationales plus nourries
auraient permis de nuancer une appréciation centrée exclusivement sur la
France. Par exemple, la recommandation par la Cour d’une substitution des
ressources propres au financement public devrait aussi s’analyser à la
lumière des graves difficultés que rencontrent à l’étranger de nombreux
musées, notamment anglo-saxons, fragilisés depuis 2009 par leur forte
dépendance aux résultats de leurs placements financiers.
L’enquête de la Cour permet néanmoins de bien dégager
les résultats
sans précédent de la politique de développement des musées nationaux, tant
qualitatifs que quantitatifs
, de souligner
la mise en place d’une politique
territoriale nouvelle et
de pointer
les améliorations très substantielles,
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depuis une décennie, quant à la gestion des collections, aux modes
d’acquisition et à la circulation des oeuvres
.
***
La politique de développement des musées nationaux a connu une
accélération sans précédent, et produit des résultats positifs indéniables.
Les années 2000-2010 ont été marquées par le choix national, porté
par l’Etat, d’une politique de développement fondée sur l’évolution vers
davantage d’autonomie des statuts des musées et sur un soutien budgétaire
accru.
Cette politique
a été un choix assumé de politique publique, et
a
constitué le levier permettant aujourd’hui à nos grands musées nationaux
de figurer parmi les plus prestigieux et dynamiques musées au monde
. Une
telle évolution avait du reste été préconisée par la Cour dans son rapport de
1997, invitant en effet le ministère à poursuivre l’évolution des musées
nationaux vers une plus grande autonomie.
Le ministère a corrélativement fait évoluer fondamentalement son
rôle dans un secteur muséal reconfiguré
: il est passé en quelques années de
la gestion directe à un mode de pilotage stratégique d’opérateurs plus
nombreux et plus autonomes. Il a ainsi conçu et déployé, au fur et à mesure
du développement des établissements publics, un ensemble d’outils de
pilotage de ses opérateurs, qui est cité en exemple au plan interministériel :
contrats de performance, lettres de mission et d’objectifs pour les dirigeants
et conférences de tutelle. L’ensemble de ce système est décrit en détail dans
le rapport de la Cour, et le terme « d’affaiblissement » retenu dans un des
titres, ne rend pas compte de la réalité du changement très rapide de posture
du ministère, de la gestion directe à l’amorce d’un pilotage stratégique.
Comme le souligne la Cour, les musées ont bien été au coeur de la
politique culturelle.
L’Etat a en effet accru son effort budgétaire au profit
des
musées
, de 334,5 M€ en 2000 à 528 M€ en 2010. Dans les priorités de sa
politique culturelle, l’Etat a fait le choix d’une
ambition de développement et
de participation accrue
des musées nationaux.
Cet effort budgétaire est allé de pair avec l’accroissement des
ressources propres des musées, entre autres par le dispositif de mécénat mis
en place en 2003, mécénat dont la Cour a relevé l’efficacité.
Le ministère s’étonne à cet égard de la vision négative du mécénat
sous-tendue par le rapport. En effet, le dispositif fiscal des trésors nationaux
et assimilés est particulièrement vertueux pour les finances publiques : il
dispense l’Etat de verser des crédits budgétaires d’acquisition trop
importants pour un usage aléatoire au regard de l’arrivée sur le marché de
l’art d’oeuvres à acquérir ; il nécessite une forte mobilisation des musées
pour trouver des mécènes ; enfin, l’engagement des mécènes traduit une
adhésion de la société civile à l’enrichissement du patrimoine national qui en
résulte.
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Les résultats sont d’ailleurs très probants, aussi bien pour les musées
nationaux que pour les musées de France, qui peuvent bénéficier du
dispositif directement ou indirectement. L’achat par le Louvre en 2007 de La
fuite en Egypte de Nicolas Poussin, immédiatement mis en dépôt au musée
des beaux-arts de Lyon, est emblématique de cette réussite.
Pour autant, l’Etat a choisi de ne pas « privatiser » le financement
des musées nationaux : ces ressources privées sont venues compléter
l’ambition de développement des musées, et non se substituer à des
ressources publiques.
***
Après avoir connu une stagnation durant les années 1990, la
fréquentation des musées nationaux a enregistré une augmentation
exceptionnelle de 56 % entre 2000 et 2009 pour s’élever à 26,8 millions de
visiteurs en 2009.
Après la forte augmentation des années 1980, les années 1990 avaient
pu laisser penser que l’on avait atteint une forme de saturation puisque cette
décennie, inaugurée avec 14,6 millions de visiteurs en 1990, se concluait
avec 14,7 millions.
Or, la progression constatée de 2000 à 2009 démontre l’adhésion
croissante du public à un réseau redynamisé
de musées nationaux, qui ont
fait de la conquête de nouveaux publics et du développement de leur
fréquentation une priorité assumée
, avec pour corollaire l’effort financier
consenti par l’Etat en leur faveur.
Ceci est d’autant plus notable que cette croissance est très supérieure
à celle de la démographie française (+ 6,87 % sur la même période
62
) et à
celle des entrées touristiques (quasiment stables). Ces chiffres, qui sont cités
62
Sur les trois derniers trimestres de l’année 2009 et de l’année 2010.
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dans le rapport de la Cour, viennent contredire totalement une assertion du
rapport qui affirme que les Français ne vont pas plus au musée. Cette
contradiction de la Cour fait l’objet d’un développement argumenté dans la
réponse du ministère.
Ce succès public se traduit également par un autre constat, relevé
également par la Cour : parmi les dix musées les plus visités du monde,
quatre sont des musées nationaux français
: le Louvre (au premier rang
mondial), Versailles, le Centre Pompidou, le musée national d’art moderne
et le musée d’Orsay.
La politique de diversification des publics porte aujourd’hui des
résultats tangibles
. Déjà positive, cette hausse de fréquentation se double
d’une
réelle
politique
de
diversification
des
publics,
qui
a
été
particulièrement marquée par une volonté politique depuis 2007. Le
développement continu d’une stratégie tarifaire de gratuité régulière et
ciblée (premiers dimanches de chaque mois gratuits, Nuit des Musées,
mesure de gratuité en faveur des 18-25 ans et des enseignants) a eu un
impact indiscutable et mesuré par les enquêtes du ministère. De fait,
les
visites gratuites
, qui bénéficient principalement aux visiteurs titulaires de
minima sociaux, aux personnes en situation de handicap et aux jeunes de
moins de 26 ans,
ont augmenté de 40 %
tandis que les visites payantes
n’augmentent que de 7 % sur la période sous revue. L’augmentation de 30 %
de la présence des jeunes (18-25 ans) sur une période équivalente entre 2009
et 2010
63
confirme le succès de la mesure de gratuité décidée par le Président
de la République le 4 avril 2009.
Le ministère regrette à cet égard que les titres du rapport de la Cour
ne rendent pas compte de ces éléments pourtant relevés dans plusieurs
développements de son rapport. Ainsi le travail des musées nationaux pour
élargir leur public, effort lui aussi sans précédent, ne relève pas d’une
« politique de l’offre », et la dynamique de la fréquentation contient une
dimension qualitative non négligeable.
***
Le ministère a initié une politique territoriale innovante
. L’évocation
par la Cour d’un caractère « parisien » de la politique muséale ne tient pas
suffisamment compte de la réalité géographique et historique d’un pays
longtemps centralisé. Elle mériterait d’être plus nuancée, au vu d’éléments
d’appréciation que la Cour relève elle-même dans le coeur de son rapport.
Le ministère relève le paradoxe du rapport de la Cour consistant à
regretter l’augmentation des crédits des musées nationaux et à préconiser
l’augmentation des crédits destinés aux musées territoriaux.
63
Sur les trois derniers trimestres de l’année 2009 et de l’année 2010.
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INTERESSES
213
La loi du 4 janvier 2002 avait confirmé que le rôle de l’Etat n’est pas
de se substituer aux collectivités propriétaires des musées de France, mais de
susciter et d’accompagner des projets sélectionnés au regard de critères
rigoureux présentant un fort effet de levier.
La situation est, par construction, très différente entre les projets
nationaux financés à 100 % par l’Etat et les projets menés par les
collectivités territoriales que le ministère subventionne en moyenne à hauteur
de 25 %.
De 2000 à 2010, l’investissement moyen en région dans le
domaine des musées, généré par l’engagement décisif de l’Etat, peut être
évalué à 100 millions d’euros par an, soit environ un milliard sur dix ans
.
Le ministère accompagne ainsi un encours permanent de l’ordre de
150 projets muséaux en région à tous les stades de leur avancement.
Le plan « musées en région » lancé en 2010
s’inscrit également dans
cette logique de politique de rééquilibrage territorial. Après une baisse des
crédits en 2006 et 2007, le partenariat de l’Etat a été réaffirmé en 2009 et
2010 avec le plan « musées en région » lancé par Frédéric Mitterrand au
profit de 70 projets de musées. Son ambition et son volontarisme, dans un