RAPPORT D'OBSERVATIONS DEFINITIVES
SUR LA GESTION DE LA COMMUNE
DE FORGES-LES-EAUX
Rapport d'observations définitives de la Chambre régionale des comptes de Haute-Normandie sur la gestion de la commune de Forges les
Eaux
1
I - PROCEDURE
L’examen de la gestion de la commune de Forges-les-Eaux a
été engagé le 14 avril 2008, pour les exercices 2002 et suivants.
Le contrôle
a porté sur la fiabilité des comptes de la commune, sa situation financière,
ses relations avec les associations et le renouvellement de la délégation de
service public du casino.
L’entretien de fin de contrôle entre le magistrat et le maire de la
commune s’est tenu le 5 octobre 2009.
Après en avoir délibéré, la Chambre a retenu des observations
provisoires qui ont été adressées au maire le 7 juin 2010 et auxquelles il a été
répondu le 8 juillet 2010.
Après avoir examiné cette réponse, la Chambre a de nouveau
délibéré le 16 septembre 2010 pour retenir les observations définitives
suivantes.
II
- PRESENTATION DE LA COMMUNE
La commune de Forges-les-Eaux, 3784 habitants, doit en partie
sa notoriété à son passé de station thermale et à la présence d’un casino.
Jusqu’en 2002, cet établissement fut d’ailleurs le plus proche de Paris à
proposer des machines à sous, avant que la même autorisation ne soit
accordée au casino d’Enghien. Les eaux ferrugineuses qui ont valu à Forges-
les-Eaux, son nom et sa réputation de station thermale, ne sont plus
exploitées mais la commune est restée classée ville touristique.
La commune fait partie, depuis décembre 2001, de la
communauté
de
communes
du
canton
de
Forges
qui
exerce
les
compétences transférées suivantes : les actions environnementales, les
activités sanitaires et l’action sociale, le développement urbain et
économique, les zones d’activité, les activités sportives, culturelles et
socioculturelles, les réserves foncières, la voirie, le tourisme, le logement et
la gestion du pays.
En outre, la commune est membre de très nombreuses autres
structures intercommunales : le syndicat intercommunal du pays de Bray
pour
l’élimination
des
ordures
ménagères
(SIEOM) ;
le
syndicat
intercommunal d’électrification et de gaz de Forges (SIER) ; le Syndicat des
transports scolaires de Forges (SITS) ; le syndicat d’études, d’aménagement
et d’entretien de l’Epte ; le syndicat mixte d’études, d’aménagement et
d’entretien des bassins versants de l’Andelle et du Crevon ; le syndicat
interdépartemental de l’eau Seine-Aval.
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III – LA TENUE DES COMPTES ET LEUR FIABILITE
Les
observations
qui
suivent
concernent
le
niveau
de
l’information annexée aux documents budgétaires, mais surtout la tenue de la
comptabilité, patrimoniale notamment.
A -
L’INFORMATION
DU CONSEIL MUNICIPAL
Les comptes administratifs ne comportent pas toutes les
annexes obligatoires exigées par les articles L. 2313-1 et L. 2313-3 du code
général des collectivités territoriales, prévus pour l’ensemble des communes
et qui concernent
l’état du personnel, l’état de la dette et celui de la dette
garantie.
En ce qui concerne la dette, la commune a indiqué que le
logiciel financier actuellement utilisé ne permettait pas au service en charge
des finances,
d’éditer un état de la dette conforme aux instructions
comptables.
Par ailleurs, la Chambre rappelle que dans les communes de
plus de 3500 habitants, dont fait partie le commune de Forges-les-Eaux
depuis le 1
er
janvier 2009, les documents budgétaires doivent être assortis de
plusieurs annexes prévues par l’article précité, qui sont destinées à
l’information des membres du conseil municipal et que tout doit être mis en
oeuvre pour en assurer la collecte et la publicité .
B – SOLDES ANORMAUX AU CHAPITRE 16
Le compte 16876 (autres dettes - autres établissements publics)
présente depuis 2002 un solde créditeur constant égal à 33 618 euros.
Cette
somme, relativement modeste, correspondrait à un emprunt contracté par la
commune pour le compte d’autres collectivités territoriales afin de financer
la construction d’un centre de secours. Le centre de secours a été transféré au
département de la Seine- Maritime mais, par convention, l’emprunt devait
être remboursé jusqu’à son terme par la commune et la dépense
correspondante compensée par le département. Toutefois, le compte 16876
n’a toujours pas été débité des sommes ainsi payées par la commune.
Le compte 1676 (Emprunts assortis de conditions particulières-
dettes envers locataires acquéreurs) présente depuis 2002 un solde créditeur
élevé et constant de 2 342 441 euros. Il s’agirait d’écritures anciennes
retraçant une partie de la valeur de biens à transférer à des locataires
acquéreurs.
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Si le bien est effectivement transféré, le compte doit alors être
débité par le crédit du compte 775 (produit des cessions d’immobilisation) et
si le contrat de location acquisition est résilié et que le transfert de propriété
n’a pas lieu, les sommes sont rendues au locataire-acquéreur. Selon les
éléments communiqués, cinq entreprises sont concernées par ces opérations
qui demeurent inachevées depuis 2001 : HF (157 689 euros), AGM (926 585
euros), VIANOR (784 045 euros), ARCADIE (271 439 euros) et SAMPE
(202 683 euros).
Le compte 16878 (Autres emprunts et dettes/autres organismes
et particuliers), dont le mode de fonctionnement est proche du compte 1676,
présente un solde 1 764 398 euros depuis 2006. De 1995 à 2006, ce solde est
resté
constant
à
1 683 697 euros,
mais
la
situation
de
la
société
FRIGOSCANDIA a été régularisée pour 80 701 euros. Deux entreprises,
CEGF (127 297 euros) et VVF (996 257 euros),
et deux terrains (156 815
euros et 11 232 euros), seraient concernés par ces opérations, elles aussi
inachevées.
En tout état de cause, ces soldes inexpliqués et maintenant non
justifiés d’un montant total de 4 140 457 euros, qui ont pour effet de majorer
la dette apparente de la commune, doivent être régularisés dans les meilleurs
délais, afin que le compte donne une image fidèle et sincère de la situation
financière de la commune.
En réponse, le maire indique que «
ces soldes correspondent à
des
emprunts aujourd’hui soldés en totalité
» et que le trésorier de la
commune «
va s’attacher à passer les écritures nécessaires afin que ces
comptes n’apparaissent plus à l’avenir. »
La Chambre ne partage cet optimisme apparent qui pourrait
laisser entendre que tout sera résolu par un jeu d’écritures comptables. Il
convient en effet de refaire tout l’historique de ces comptes en débit et en
crédit puis d’en tirer toutes les conséquences avec si nécessaire la création de
recettes budgétaires pour effectivement solder ces comptes.
C – DELAIS DE MANDATEMENT DES DEPENSES
La rapidité du mandatement des dépenses, dont dépend la
rapidité du paiement des fournisseurs, est un élément important de la maîtrise
par une collectivité de la chaîne de ses opérations comptables financières.
Aucune procédure n’a été mise en place par la commune
pour
lui permettre de s’assurer du paiement des factures dans le délai de 45 jours
fixé par le décret n° 2002-231 du 21 février 2002 ; par ailleurs le compte
6711 (intérêts moratoires) n’a pratiquement jamais été mouvementé sur la
période examinée.
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Pourtant sur 152 mandats (montant total de 800 430 euros)
d’équipement de l’année 2006, 52 ont été payés en moins de 45 jours, 75
entre 45 et 100 jours et 25 à plus de 100 jours, ce qui montre, s’il en était
besoin que l’action de la commune est perfectible en ce domaine.
D
–
LE
RATTACHEMENT
DES
CHARGES
ET
DES
PRODUITS A L’EXERCICE
Afin de respecter l’annualité budgétaire, les collectivités
territoriales sont tenues de rattacher en fin d’année les dépenses ou les
recettes de fonctionnement exécutées au cours de l’année considérée mais
qui ne sont pas entièrement dénouées (facture reçue mais non payée par
exemple).
Aucun rattachement n’a été constaté dans les écritures
comptables de la commune. Pourtant l’examen des 152 mandats précités
montre que 19 d’entre eux, pour un montant total de 161 372 euros, auraient
du être rattachés à l’exercice 2005. La même situation se retrouve en 2007
avec par exemple un ensemble de factures d’un montant total de 311 000
euros, payées en 2008 qui auraient dû être rattachées à l’exercice 2007.
En réponse le maire indique que dès cette année, ses services
vont s’attacher à mettre en oeuvre les procédures de rattachement prévues par
les instructions comptables.
E – TRANSFERT DES SUBVENTIONS D’EQUIPEMENT
A la fin de l’exercice 2001, le compte 131 sur lequel sont
imputées les subventions permettant l’acquisition d’actifs amortissables,
présentait un solde créditeur de 1 266 236 qui a été porté à 2 273 150 euros à
la fin de l’année 2008.
Ces subventions, dites transférables, doivent être reprises
annuellement en section de fonctionnement par débit du compte 131 et crédit
du compte 1391, puis par débit du même 1391 et crédit du compte 777 en
section de fonctionnement. Or depuis 2001 aucune subvention
n’a été
comptablement reprise, ce qui a pour effet de majorer, artificiellement, le
passif du bilan de la commune.
En réponse, le maire indique que les régularisations qui
s’imposent seront faites en liaison avec les services du trésorier municipal.
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F – CONCLUSION
Les comptes de la commune présentent de tels désordres que les
résultats affichés ne peuvent être qualifiés de sincères et de fiables,
notamment en ce qui concerne le chapitre 16 (dette à l’égard des tiers) et
l’absence d’amortissement
des subventions d’équipement (compte 131).
En conséquence la Chambre demande à la commune, en liaison
étroite avec le comptable de la collectivité, de remédier dans les meilleurs
délais à cette situation.
IV – LA SITUATION BUDGETAIRE ET
FINANCIERE DE LA
COMMUNE
A – LES PREVISIONS BUDGETAIRES
Les taux de réalisation du budget (mesure de la qualité des
prévisions) en section de fonctionnement sont particulièrement bas de 2003 à
2007 : environ 80 % en recettes et compris entre 62 % et 82 % en dépenses.
La situation s’améliore toutefois en 2008 avec des taux de réalisation de 85
% tant en recettes qu’en dépenses.
En ce qui concerne plus particulièrement les recettes, les
prévisions de la commune relatives au produit de la redevance du casino sont
systématiquement sur évaluées comme le montre le tableau suivant.
Budget principModif Budget
Total prévu
CA
Correction Exécution
2002
5 131 108
284 000
-
4 847 108
4 922 576
-6%
102%
2003
4 971 219
4 877 327
98%
2004
5 585 756
1 000 000
-
4 585 756
4 509 759
-22%
98%
2005
4 486 592
4 486 592
4 368 581
0%
97%
2006
4 486 592
424 152
-
4 062 440
3 973 707
-10%
98%
2007
4 334 562
102 510
-
4 232 052
4 084 882
-2%
97%
2008
4 336 549
131 044
-
4 205 505
3 767 758
-3%
90%
Prévisions du Prélèvement sur le produit des jeux
Taux de
Les taux de réalisation du produit de la redevance du casino,
apparemment satisfaisants, ne sont obtenus qu’après avoir corrigé en cours
d’année la prévision par décision modificative, pour des montants élevés
comme par exemple en 2004, pour un million d’euros, ou en 2006,
pour
424 000 euros.
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En section d’investissement, les taux de réalisation sont très
faibles, tant en recettes qu’en dépenses, sauf en 2005 au niveau des seules
recettes, où la commune a consolidé un emprunt revolving correspondant à
des investissements déjà réalisés (cf. infra). On assiste, en réalité, à un
affichage de décisions d’investissements qui ne se réalisent généralement
pas, faute de moyens financiers.
Ces faibles réalisations entrainent des reports de crédits d’une
année sur l’autre. Ainsi, dix opérations d’investissement, prévues en 2008,
n’étaient en réalité composées que de crédits reportés de 2007 pour un total
de 320 287 euros. Or ces opérations n’ont été réalisées, en 2008, que très
partiellement (70 117 euros soit 22 %). Il reste donc sur ces opérations
250 170 euros de crédits votés en
2007 à
reporter éventuellement en 2009.
B – LES CHARGES ET LES PRODUITS DE LA SECTION DE
FONCITONNEMENT :
des évolutions préoccupantes
Entre 2002 et 2008, les charges de fonctionnement sont passées
de 6,6 millions d’euros à 6,8 millions d’euros, soit une augmentation de 2 %,
étant toutefois précisé que cette vue d’ensemble se décompose en une
augmentation importante de 10 % entre 2002 et 2003, suivie d’une
diminution régulière entre 2004 et 2007 puis à nouveau une augmentation
importante de 7 % entre 2007 et 2008.
Sur la même période, les produits de gestion sont passés de 8,2
millions d’euros à 7,2 millions d’euros soit une diminution globale de 13 %
qui recouvre en fait une diminution régulière des produits de près de 3 % par
an.
En ce qui concerne les charges de fonctionnement, il convient
notamment de relever les variations importantes, mais en augmentation, du
poste des subventions qui passe de 748 000 euros à plus de 1 millions
d’euros entre 2003 et 2006, pour revenir à 890 000 euros en 2008 (cf. infra,
les relations de la commune avec les associations) et l’augmentation
régulière des charges de personnel qui passent de 3 millions d’euros en 2002
à 3,5 millions en 2008.
Les états du personnel titulaire, remis en cours d’instruction,
montrent que l’effectif de la commune est passé en équivalent temps plein
(ETP) de 68 agents en 2002 à 111 en 2008, auquel il faut ajouter 8 agents
contractuels, 17 apprentis et 15 emplois aidés, avec notamment des créations
importantes de postes dans les services techniques et sportifs qui emploient
en 2008 le plus grand nombre d’agents :
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7
-
28 ETP pour les deux écoles de la commune ;
-
11 ETP pour le service des sports, dont plus de la moitié à la piscine
municipale dont la gestion pourrait être assurée par le communauté de
communes ;
-
58 ETP pour les espaces verts et l’entretien des bâtiments.
En réponse, le maire indique que
le montant des subventions
aux associations est en diminutions (751 000 euros en 2010) et que le
renouvellement des personnels admis à faire valoir leur droit à la retraite est
maintenant exceptionnel, grâce notamment au redéploiement des effectifs en
surnombre dans certains services.
S’agissant des recettes de fonctionnement, la diminution
constatée est pour l’essentiel due à la baisse du produit de la redevance du
casino, qui passe de 4,9 millions en 2002 à 3,7 millions d’euros en 2008, soit
une baisse de 23 %, alors que dans le même temps le produit des
contributions directes progressait modérément du fait de la faible
mobilisation du produit fiscal (environ 0,33) décidée par la commune, en
passant de 670 000 euros à 782 000 euros.
C – LA SECTION D’INVESTISSEMENT ET LA CAPACITE
D’AUTOFINANCEMENT
Entre 2002 et 2008, le remboursement du capital de la dette (4,5
millions d’euros) et les travaux d’équipement (11,7 millions d’euros) ont
constitué l’essentiel des dépenses d’investissement.
Sur la même période, la commune a mobilisé un montant de 5,7
millions de nouveaux emprunts, dont 3,5 millions d’euros de consolidation
d’un crédit revolving.
La capacité d’autofinancement (CAF) brute de la commune est
passée de 1,4 millions d’euros en 2002 à 0,4 millions d’euros en 2008 et sa
capacité d’autofinancement nette, égale à la CAF brute moins le
remboursement de capital de la dette, a été pratiquement négative sur toute la
période, et notamment moins 0, 2 millions d’euros en 2004 et 2005 et 0,1
millions d’euros en 2008.
D
–
ENCOURS
DE
DETTE
ET
CAPACITE
DE
DESENDETTEMENT
Compte tenu des observations précédentes sur les soldes des
comptes 1676, 16876 et 16878 (§ III sur la fiabilité des comptes), la capacité
de désendettement de la commune a été calculée de deux manières
différentes : en premier, de façon classique en divisant le solde du chapitre
16 (hormis le compte 1688) par la CAF brute, en second lieu en ne divisant
que le solde du compte 1641 (soit la seule dette bancaire) par la CAF brute.
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Capacité de désendettement en milliers d'euros
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
Solde chapitre 16 au 31/12
8 105
7 598
7 729
11 591
11 450
10 954
10 385
dette bancaire (16-167-168) 31/12
4 045
3 538
3 670
7 531
7 309
6 814
6 244
Variation de l'encours
-
1 100
-
507
132
3 862
-
141
-
496
-
569
Capacité d'autofinancement brute
1 386
500
322
300
496
819
479
Cap désendettement/chapitre 16)
5,85
15,19
23,98
38,68
23,07
13,37
21,68
Cap désendettement/ cpte 1641
2,92
7,07
11,39
25,13
14,72
8,32
13,03
A partir du premier calcul, le ratio de désendettement est
pratiquement toujours supérieur à 15 années, alors que le ratio couramment
utilisé qui calcule la capacité de désendettement sur la totalité du compte 16,
s’établit en moyenne pour les communes de la strate à laquelle appartient
Forges les eaux à 5 années. Même si le calcul est limité à la seule dette
bancaire, le ratio est pratiquement toujours supérieur à 5 années et atteint
notamment 13 années en fin de période.
Par ailleurs, au 31 décembre 2008, la dette bancaire
(compte1641) est constituée à 25 % d’emprunts à taux fixe et à 75 %
d’emprunts à taux variables indexés sur l’EURIBOR ou la différence entre
les taux longs et courts termes.
En effet, l’essentiel de la dette de la commune est constitué par
un emprunt dit
« revolving » contracté en 2003 (droit de tirage de 3 500 000
euros) qui a été remplacé, en 2005, par un emprunt à taux fixe d’un même
montant remboursable en 20 ans. Dès juillet 2005, la durée de
remboursement a été portée à 23 ans avec un taux d’intérêt calculé sur la
différence entre le taux EURIBOR 12 mois et le TEC (taux de l’échéance
constante basé sur l’interpolation du taux des obligations assimilables du
trésor) jusqu’en 2022, puis le taux EURIBOR 12 mois plus 0,7 % jusqu’en
2028.
Ces dispositions ont été, à nouveau, renégociées en octobre
2006 et l’emprunt à taux variable a été alors transformé en un produit
structuré dit « de pente », comportant un taux fixe à 3,95 % pour les deux
premières années et pour les 20 années suivantes d’un taux variable fixé au
minimum à 3,95 % et au maximum à 6,95 % moins 5 fois la différence entre
le taux CMS 30 ans et le taux CMS 1 an.
Le tableau d’amortissement joint au contrat est de nature à
induire en erreur la commune en minimisant son engagement réel puisqu’il
est établi sur la situation la plus favorable avec un taux constant à 3,95 % sur
toute la durée du remboursement. En réalité, le taux sera plus ou moins
proche de 6,95 % et pourra même dépasser sans limite cette valeur en
fonction de l’évolution comparée des taux à court et long terme, évolution
sur laquelle la commune n’a bien évidemment aucune maîtrise.
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9
Cette situation est d’autant plus préoccupante, que le contrat est
rédigé de telle sorte que la commune ne connaît même pas à quelle condition
elle pourrait, par anticipation, rembourser l’intégralité de sa dette afin
d’éviter d’avoir à supporter des taux d’intérêt lourds pour elle.
E – UN BUDGET 2009 PLUS REALISTE
La principale innovation du budget 2009 a été l’augmentation
des taux de la fiscalité locale d’environ 25 %, qui devait générer un produit
fiscal d’un million d’euros, au lieu de 890 0000 euros perçus en 2008. Par
ailleurs, la recette prévisionnelle de la redevance du casino (3,9 millions
d’euros) semble plus
réaliste que celle inscrite les autres années, bien qu’elle
soit encore en augmentation de 4 % par rapport au produit constaté en 2008,
sans que cette hausse attendue ait pu être véritablement justifiée.
En ce qui concerne les dépenses, il convient de noter la
diminution de 6 % des charges de personnel et de 17 % pour les subventions,
ainsi que la limitation des dépenses d’équipement aux seuls travaux de gros
entretien ou à certains renouvellements indispensables au fonctionnement de
la commune.
F – CONCLUSION SUR LA SITUATION FINANCIERE DE LA
COMMUNE
Sur la période examinée, la commune n’a pas su, ou en tout cas
ne s’est pas donné les moyens, d’adapter ses dépenses à la baisse sensible des
produits de la redevance du casino. Cela s’est traduit par une capacité
d’autofinancement nette pratiquement négative sur toute la période (sauf en
2002 et 2007) et une capacité de désendettement particulièrement
inquiétante, supérieure en moyenne à 10 années si on se limite à la seule
dette bancaire.
Sur ce dernier point, la méconnaissance par la commune, d’une
part de la nature exacte des créances, a priori détenues par des tiers à son
encontre pour environ 4 millions d’euros, d’autre part des taux d’intérêt
appliqués à chaque échéance du remboursement de l’emprunt de 3,5 millions
d’euros, ajoutent bien évidemment au constat négatif fait sur la situation
financière de la commune.
Il convient toutefois de relever, une meilleure appréciation de sa
situation financière réelle par la commune lors de l’élaboration du budget
2009, qu’il conviendra toutefois de comparer avec son exécution. La
Chambre ne peut qu’inviter la commune à poursuivre dans cette voie, tant
que sa situation financière ne se sera pas durablement et solidement rétablie.
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V - LES ASSOCIATIONS SUBVENTIONNEES
La commune subventionne environ 80 associations à but
culturel, social, sportif et de loisirs, dont la moitié bénéficient de moins de
1 000 euros, et une dizaine reçoivent des montants supérieurs à 23 000 euros.
Pour ces associations, les conventions prévues par la loi n° 2000-321 du 12
avril 2000 et le décret 2001-495 du 6 juin 2001 ont bien été établies. Elles
sont toutefois purement formelles et se limitent à indiquer que les actions
subventionnées «
doivent être (…) prévues dans les statuts de l’association et
concerner les manifestations (…) ayant pour objet le développement de
Forges–les-Eaux »
. La Chambre rappelle qu’en application de la loi précitée,
la convention doit définir avec précision «
l’objet, le montant et les
conditions d’utilisation de la subvention attribuée ».
En réponse, le maire indique qu’il sera tenu de cette observation
à l’occasion du renouvellement des conventions.
Trois associations se partagent plus de 50 % du montant des
subventions versées par la commune en 2008 : Le comité des fêtes (80 000
euros), l’office du tourisme (112 000 euros) et Forges développement
(452 000 euros).
L’association « Forges développement » gère l’espace Jean
Bauchet, centre culturel et de congrès construit par la commune. En plus de
la subvention annuelle, du personnel technique est mis à la disposition de
l’association par la commune mais le coût de ces personnels n’est pas
valorisé dans les comptes de l’association ni dans les annexes au compte
administratif de la commune.
« Forges développement » et l’office du tourisme ne perçoivent
aucune subvention de la part de la communauté de communes du canton de
Forges dont les compétences portent cependant sur le tourisme et les activités
culturelles et socioculturelles. Ainsi, la charge financière de ces deux
organismes pèse exclusivement sur la commune de Forges les Eaux, alors
que leurs actions, qui s’étendent au delà du territoire de la commune, relèvent
des compétences transférées à la communauté. Cette situation est bien
évidement contraire aux principes qui régissent l’intercommunalité.
En réponse, le maire indique que non seulement la subvention
annuelle à l’association « Forges développement » est maintenant d’environ
270 000 euros, mais que de plus le personnel communal initialement mis à sa
disposition est dorénavant détaché auprès d’elle et donc intégralement à sa
charge.
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11
La commune assure aussi l’essentiel du fonctionnement du
musée de la résistance qui est géré par l’association départementale du
souvenir de la résistance et de la déportation. En effet, ce musée est installé
dans un bâtiment communal dont tous les frais de fonctionnement
(chauffage, fluides, entretien…) sont pris en charge par la commune qui
verse en plus une subvention annuelle, certes en diminution depuis 2004,
mais qui s’élève encore à 7 000 euros en 2008.
Ce musée expose des objets et des documents divers qui
appartiennent à des collectionneurs privés et selon les services municipaux sa
fréquentation, qu’ils ne connaissent d’ailleurs pas, serait en baisse régulière
depuis 2002. Si le maire de la commune et un adjoint ont été membres de
droit de cette association, la Chambre observe qu’il a été mis fin à cette
situation, mais elle relève qu’aucun élément établissant un lien entre l’intérêt
réel de la commune et l’association, n’a pu lui être communiqué.
VI - LES RELATIONS AVEC LA CASINO.
Le renouvellement de la délégation de service public du casino
de Forges, qui arrivait à échéance le 31 octobre 2002, a été engagé par
délibération du 17 septembre 2001. L’avis d’appel à la concurrence a été
publié le 30 novembre 2001 et la société détentrice de la délégation
précédente du casino (la société « Forges Thermal »)
a remis la seule offre.
Examinée le 14 mai 2002, elle s’est conclue par le renouvellement, au profit
du même groupe, du contrat de délégation pour une durée de 18 ans. Trois
avenants conclus en 2003 et 2007 ont complété le contrat initial signé le 24
juin 2002. L’ensemble de cette procédure n’appelle pas de commentaire
particulier.
En ce qui concerne l’exploitation du casino, la Chambre fait
observer que sur les 30 tables de jeux autorisées (roulette, black jack…) 19
sont installées et sur les 320 machines à sous autorisées depuis le 4 juin
2008, 296 sont effectivement installées.
Conformément à la réglementation et au cahier des charges, la
société « Forges Thermal » communique tous les ans son rapport d’activité à
la mairie. Ces rapports montrent que non seulement le produit des jeux a
baissé, mais aussi que
toutes les activités annexes (hôtellerie, golf…)
à
l’exception de la restauration ont enregistré des baisses sensibles.
L’examen des registres du casino permet de constater que d’une
part, le comptable public de la commune suit de près l’activité avec des
visites mensuelles qui lui permettent de contrôler le produit de la redevance,
et, d’autre part, que la police des jeux effectue également des contrôles
réguliers (destruction des jeux de cartes usagés, contrôle de la documentation
sur les interdits de jeux, contrôle de l’installation de la vidéo-surveillance sur
toutes les tables et toutes les machines, etc.). En revanche, ni le maire, ni ses
adjoints n’ont utilisé le droit d’entrer au casino pour s’assurer du respect du
cahier des charges qui leur est reconnu par la loi.
Rapport d'observations définitives de la Chambre régionale des comptes de Haute-Normandie sur la gestion de la commune de Forges les
Eaux
12
RESUME SYNTHETIQUE
La commune de Forges-les-Eaux, 3784 habitants, tire l’essentiel
de ses ressources de la présence sur son territoire d’un casino. Elle fait partie
de la communauté de communes du canton de Forges, mais elle est encore
membre de nombreuses autres structures intercommunales.
La tenues de ses comptes présente des désordres tels, que les
résultats affichés en sont affectés, notamment en ce qui concerne la nature de
créances a priori détenues par des tiers à l’encontre de la commune pour un
montant de 4 millions d’euros, dont la nature exacte n’a pu être précisée.
La baisse du produit des jeux au casino a entrainé une baisse
régulière des ressources de la commune de 13 % entre 2002 et 2008, sans
que pour autant des dispositions soient prises pour adapter les dépenses qui
n’ont cessé de progresser, notamment en matière de frais de personnel.
Cela s’est traduit par une capacité d’autofinancement nette
pratiquement négative sur toute la période examinée.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’essentiel de
la dette bancaire est assortie de conditions de remboursement que la
commune ne maitrise pas et sur lesquelles elle ne peut avoir de prise.
La Chambre observe, toutefois, qu’une meilleure appréciation
de cette situation financière a été faite lors de l’élaboration du budget 2009,
qui inclut
notamment une augmentation de 25 % des produits attendus de la
fiscalité locale et une diminution des charges de personnel. Il conviendra de
poursuivre dans cette voie tant que les finances de la commune ne seront pas
durablement rétablies.
Trois associations se partagent plus de 50 % des subventions
versées par la commune, sur un montant total de 890 000 euros en 2008.
Pour deux d’entre elles, l’Office du tourisme et « Forges développement »,
dont les activités recouvrent celles qui relèvent des compétences de la
communauté de communes du canton de Forges, il conviendrait de mettre à
l’étude le versement des subventions par cet établissement public de
coopération intercommunale.
Enfin, le renouvellement du contrat de délégation de service
public du casino n’appelle pas de commentaire particulier, mais la Chambre
observe que les élus n’ont pas utilisé leur droit d’entrée dans le casino pour
s’assurer du respect effectif des clauses du cahier des charges.
Rapport d'observations définitives de la Chambre régionale des comptes de Haute-Normandie sur la gestion de la commune de Forges les
Eaux
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Réponse du Député-Maire de Forges les Eaux
p.2.III-B : Soldes anormaux au chapitre 16
Le souhait de la commune et sa volonté sont en effet de régler comme il se
doit cette situation conduisant à majorer la dette apparente de la commune
de 4 140 457 euros. Nous réitérerons notre demande auprès du trésorier
municipal afin d’obtenir son appui et son conseil en la matière.
p.5.F-Conclusion
Les mots utilisés et notamment le mot « désordres » semblent fort, voire
hors de proportion. La volonté de la ville (telle qu’indiquée ci-dessus) est de
régler ce problème qui donne une image fausse de la dette de la collectivité.
Les trésoriers municipaux qui se sont succédé ne sont pas parvenus, à ce
jour, à nous conseiller dans le règlement de cette affaire.
p.11. Résumé Synthétique
Nous adhérons à vos propos concernant l’intercommunalité tout en
regrettant que la piscine n’y soit pas reprise.
En conclusion, la ville, depuis 2009, a pris des mesures afin de rétablir la
situation financière de la commune, cet effort a été poursuivi en 2010 et se
poursuivra tant que la situation le justifiera.