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Département de la Savoie. Société d'économie mixte Savoie Stations Ingéniérie Tourisme. Enquête L'adaptation des stations de montagne au changement climatique

CRC AUVERGNE-RHÔNE-ALPES

Cette enquête a amené la chambre à s’intéresser à la situation des stations de Savoie et à l’action du Département de la Savoie et de son principal opérateur, la société d’économie mixte Savoie, stations, ingénierie, tourisme (SSIT).

Un département dont l’économie est fortement dépendante du tourisme hivernal.

Territoire du massif des Alpes, le département de la Savoie se caractérise par son dynamisme démographique et économique. Au 1er janvier 2022 sa population estimée s’élève à 442 054 habitants et devrait continuer à croître à l’horizon 2050.

L’économie de la Savoie est essentiellement tournée vers les services, avec un poids important du tourisme hivernal. Or, à l’instar de l’ensemble des massifs de montagne, la Savoie est d’ores et déjà confrontée à une hausse régulière des températures moyennes et à une dégradation des conditions d’enneigement, appelées à s’accentuer au moins jusqu’en 2050.

Si l’essentiel des stations du Département, devrait, à cette échéance, encore être en mesure d’assurer une offre touristique autour de la neige, le changement climatique, déjà à l’œuvre, remet néanmoins en cause l’équilibre économique du tourisme en Savoie, dont la fréquentation hivernale liée au ski est une composante essentielle. Il fait également peser un risque financier sur le Département compte tenu de la part importante de ses ressources liées au tourisme.

Un diagnostic précoce des conséquences du changement climatique, mais qui n’a pas abouti à la définition d’une stratégie d’adaptation

Ce diagnostic a été clairement posé relativement tôt par le Département lui-même, dès 2010, mais sans qu’en découle une stratégie directement liée à la nécessité de s’adapter aux conséquences du changement climatique.

Le choix affirmé déjà à l’époque par le Département et à nouveau en 2022, d’une diversification de l’offre touristique constitue une réponse cohérente avec cette évolution. Elle rejoint d’ailleurs largement une évolution des attentes exprimées par la clientèle. L’essentiel de l’intervention du Département en matière de tourisme s’inscrit aujourd’hui dans ce cadre, notamment via le soutien financier à différents projets portés par les acteurs publics ou privés.

Toutefois, il n’en fait pas spécifiquement une stratégie d’adaptation aux conséquences du changement climatique, ce qui l’empêche donc à la fois de fixer des objectifs en la matière et de définir des priorités d’intervention en fonction des territoires et des activités les plus exposées. Elle ne s’accompagne par ailleurs d’aucun dispositif d’évaluation des résultats ni de la réussite des projets et dispositifs soutenus. Leur adéquation avec l’état de la demande des clients et surtout leur capacité à compenser les effets du changement climatique est donc relativement incertaine. L’efficience de l’affectation des ressources publiques consacrées à cette politique n’est donc pas assurée.

Des opérateurs que le département n’a pas clairement engagés pour impulser une démarche d’adaptation au changement climatique

En outre, le Département de la Savoie est engagé dans deux syndicats mixtes compétents en matière d’aménagement de domaines skiables : le Syndicat Mixte Thabor Vanoise (SMTV) et le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée des Belleville (SYMAB). S’y ajoutent des prises de participation dans plusieurs sociétés d’économie mixte (SEM) dédiées à la gestion de domaines skiables : la SSIT, la société des trois vallées (S3V) et la société anonyme d’économie mixte locale pour la gestion intégrée des équipements touristiques de Valmeinier (SEMVAL).

Toutefois, le Département ne cherche pas véritablement à engager ces opérateurs dans une stratégie d’adaptation au changement climatique. Sa position est explicitement de soutenir les initiatives locales mais pas de les orienter. Les revenus tirés de l’activité ski (2,2 M€ annuels de dividendes en provenance du domaine skiable de Courchevel ) ne sont pas destinées à financer la diversification touristique.

C’est également le cas pour la SSIT, dont l’activité restait jusqu’alors essentiellement tournée soit vers l’exploitation des domaines skiables, soit vers l’immobilier de loisir en lien direct avec le ski. Les recettes provenant de ses participations dans des domaines skiables, issues pour l’essentiel du domaine skiable de Val Thorens (7,5 M€ sur la période 2017-2022), ne sont pas particulièrement affectés à l’adaptation au changement climatique.

Une redéfinition plus récente de sa stratégie lui fixe désormais comme priorité la réhabilitation de structures d’accueil collectif de loisir destinées à la jeunesse. Cette orientation et le choix des sites accompagnés peut offrir des conditions d’accueil favorables à un tourisme moins dépendant du ski, mais ne suffit pas à impulser une stratégie globale à l’échelle départementale.

Plus fondamentalement, la capacité du Département à proposer un nouveau modèle touristique moins dépendant de la neige reste également incertaine, et surtout, rien n’indique pour l’heure qu’il serait en mesure de compenser la perte d’attractivité liée à des conditions d’enneigement de moins en moins favorables. La fréquentation estivale évolue notamment très peu et l’attrait pour les activités hors ski reste très variable, malgré des capacités d’accueil existantes, et au final, les retombées commerciales et immobilières apparaissent, dans tous les cas, inférieures à ce qui existe aujourd’hui avec le ski.

RECOMMANDATIONS

  • Recommandation n° 1 : Inclure un critère d’évaluation de l’adéquation des projets soutenus avec les conséquences du changement climatique.
  • Recommandation n° 2 : Évaluer l’impact des financements accordés dans le cadre d’appel à projet sur la diversification touristique afin de définir les orientations de l’intervention du Département.
  • Recommandation n° 3 : Impulser, dans le cadre des participations que détient le Département, une stratégie d’adaptation des territoires aux enjeux du changement climatique.