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Collectivité de la Polynésie française - Politique agricole (Polynésie française)

CTC POLYNÉSIE FRANÇAISE

Le contrôle de la politique agricole a été mené sur la période 2010-2017. Secteur clef en Polynésie, l’agriculture poursuit plusieurs objectifs : elle doit assurer à la population la possibilité d'obtenir une alimentation de qualité, en quantité suffisante et à un prix accessible, elle représente un pourvoyeur d’emplois, avec 17% des actifs, elle joue un rôle en terme d’aménagement du territoire en stabilisant les populations dans leurs archipels, et constitue enfin un amortisseur social grâce au soutien du prix de certaines productions ou la location de terres domaniales.

Après plusieurs années d’immobilisme, le secteur a été marqué, à partir de 2010, par des changements d’importance, avec notamment la formalisation d’un cadre programmatique 2011-2020, ainsi que la réforme des aides financières.

Toutefois, la dynamisation et la structuration du secteur agricole attendues ont été fortement obérées par l’instabilité gouvernementale qui a caractérisé la période et par la pluralité des objectifs poursuivis par le programme agricole 2011-2020, qui en font davantage un catalogue d’actions qu’une planification des priorités.

Les nouveaux dispositifs d’accès aux aides financières, s’ils ont posé les bases pour garantir l’efficience des subventions, sont mis en œuvre en fonction des crédits disponibles et non selon une priorisation des projets, ce qui a nécessairement réduit les bénéfices escomptés en terme de production ou de modernisation des exploitations.

De manière générale, la programmation 2011-2020, tout comme les dispositifs d’aides, sont dépourvus de toute démarche évaluative, que la Chambre Territoriale des comptes avait pourtant appelé de ses vœux en 2008.

L’état des lieux du secteur, dressé à l’occasion du recensement général agricole en 2013, ainsi que les statistiques agricoles annuelles, montrent que la production, principalement tournée vers l’autosubsistance, s’avère en repli, alors que le niveau des importations est passé de 38 MM F CFP à 44,7 MM F CFP entre 2010 et 2015. La hausse des exportations entre 2014 et 2015 est portée par l’augmentation de la production de coprah mais masque le repli des productions qui ont traditionnellement soutenu les exportations agricoles, telles que la vanille ou le noni.

En effet, le secteur connaît toujours les handicaps structurels identifiés depuis les années 1990 : le manque de foncier disponible, la faible qualification des agriculteurs et le manque de modernisation des pratiques culturales.

Si le Pays s’est fixé l’objectif de corriger les difficultés d’accès au foncier par la location de lots agricoles sur son domaine public, cette démarche est toutefois lourdement entravée par la pluralité des services gestionnaires, qui relèvent de ministères différents, le manque de suivi juridique et financier et l’insuffisante évaluation des résultats obtenus par les bénéficiaires. En l’absence de coordination, le Pays n’a aucune connaissance de l’ensemble de ses ressources foncières agricoles ou de leur disponibilité, alors que le programme foncier est présenté comme l’un des axes prioritaires de sa programmation pour 2011-2020.

L’examen des dépenses de soutien au secteur et de l’organisation des filières de production montre que les objectifs d’ordre social et économique prévalent sur les objectifs alimentaires tournés vers les consommateurs.

S’agissant des dépenses de soutien à l’agriculture, la Polynésie accorde annuellement environ 2,3 MM F CFP aux actions de ce type ; 71% de cette somme est consacré au soutien des prix du coprah, dont l’objectif est exclusivement social puisqu’il s’agit de garantir des moyens de subsistance aux populations à faible revenu et les maintenir dans leurs archipels. Toutefois, aucune évaluation des retombées économiques de cette politique de soutien n’a été effectuée et le revenu réel perçu par les coprahculteurs n’a jamais été établi.

S’agissant de l’organisation des filières de production et de la régulation du marché, l’objectif de satisfaction des besoins des consommateurs apparaît secondaire. En effet, afin de garantir des débouchés à la production locale, les importations de certains produits sont interdites ou soumises à l’ouverture de quotas d’importation en cas de pénurie. Nonobstant le caractère contestable de cette démarche au regard du droit de la concurrence applicable en Polynésie, la protection de la production locale génère une inflation constante des prix, exclusivement supportée par les consommateurs, qui financent, in fine, une politique protectionniste qui les prive d’un approvisionnement régulier en produits variés et de qualité.

Si la Polynésie s’est engagée dans la formalisation de ses objectifs en matière de développement agricole, il lui faut désormais les outils indispensables à leur réalisation, dont le Pays apparaît aujourd’hui dépourvu : la composition réelle des prix de vente « producteurs » n’a jamais été déterminée, les déficits de compétitivité qui touchent les agriculteurs polynésiens n’ont jamais été identifiés, les revenus réels des agriculteurs ainsi que des coprahculteurs sont inconnus, les effets des aides financières ou foncières accordées n’ont jamais été évalués, …

La réforme récente du service du développement rural devrait permettre à ce dernier d’assurer ses missions d’ordre stratégique et de doter le Pays de ces outils, à condition qu’elle s’accompagne concomitamment de la réforme de la Chambre d’agriculture et de la pêche lagonaire, afin que cette dernière assume pleinement son rôle de représentation, de conseil et d’accompagnement des agriculteurs.

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