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LA POLITIQUE DE PRÉVENTION SPÉCIALISÉE DE LA VILLE DE PARIS
Évaluation de politique publique
La chambre régionale des comptes d’Ile-de-France a évalué la politique de prévention spécialisée de
la Ville de Paris à compter de 2018.
La prévention spécialisée est née après la seconde guerre mondiale pour venir en aide aux jeunes en
souffrance et en voie de marginalisation. Elle propose un accompagnement individuel et contribue aux
actions collectives visant à faciliter leur insertion sociale. Mise en
œ
uvre par des éducateurs spécialisés
parfois appelés éducateurs de rue, elle est originale par son mode d’intervention : la rencontre dans la
rue avec des jeunes marginalisés et le respect de trois principes qui guident son action :
la libre
adhésion du jeune, l’anonymat et l’absence de mandat nominatif.
La prévention spécialisée est, depuis
la loi de décentralisation de janvier 1986, une mission départementale.
Au terme de son évaluation, la chambre porte une appréciation positive sur la politique de
prévention spécialisée de la Ville de Paris. Quelques évolutions sont
cependant attendues pour
améliorer la qualité de la réponse sur l’ensemble des territoires concernés.
À Paris neuf associations agissent dans 48 secteurs répartis dans 11 arrondissements (9e, 10e, 11e,
12e, 13e, 14e, 15e, 17e, 18e, 19e et 20e).
L’enjeu de l’évaluation de cette politique était d’établir dans quelle mesure elle restait pertinente et
avait réussi à surmonter les difficultés auxquelles elle est confrontée
: financement, recrutement
d’éducateurs spécialisés, intervention de nouveaux acteurs auprès des jeunes en voie de
marginalisation, articulation avec la priorité assignée au plan national aux politiques de prévention de
la délinquance et de lutte contre la violence des jeunes.
La chambre a répondu à
trois questions évaluatives
:
1-
Les objectifs de la prévention spécialisée sont-ils cohérents ?
Ils le sont mais les conventions entre les associations et la Ville ne permettent pas d’éviter les
risques de redondance entre les différents acteurs agissant auprès des jeunes.
L’identification des territoires est cohérente avec les caractéristiques de la population concernée
et les données concernant les actes de violence scolaire ou le nombre de rixes.
2-
Quel est l’impact de la prévention spécialisée sur le parcours des jeunes ?
Cette politique permet une action éducative reconnue auprès des jeunes marginalisés, mais qui est
inégale selon les territoires. Les données démographiques, le niveau de précarité des habitants et
la taille des équipes d’éducateurs ne suffisent pas à expliquer ces disparités.
La prévention spécialisée s’adresse aux jeunes de 12 à 21 ans et prioritairement aux adolescents de
12 à 18 ans. Or, les jeunes de moins de 12 ans, plus que les générations précédentes, sont
confrontés plus tôt aux phénomènes de violence et au risque de déscolarisation.
En matière d’insertion professionnelle, son action bénéficie de partenariats formalisés avec la
mission locale de Paris et avec le bailleur social Paris Habitat. Les chantiers éducatifs permettent
l’apprentissage des normes sociales et l’acquisition de compétences.
L’impact sur la lutte contre le décrochage scolaire est variable selon les territoires. Il faut préciser
les missions de la prévention spécialisée et mieux partager l’information entre établissements
scolaires et éducateurs spécialisés.
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3-
Dans quelle mesure la prévention spécialisée a-t-elle un impact sur la pacification des quartiers
et la lutte contre les rixes ?
Son impact est reconnu par tous les acteurs dans la lutte contre les rixes.
Son efficacité nécessite des partenariats solides. C’est pourquoi les relations entre les éducateurs
et la police nationale devraient être améliorées par une meilleure connaissance réciproque de leurs
missions et cadres d’intervention.
Les recommandations
Valoriser et mobiliser les rapports d’activité des associations de prévention spécialisée pour définir
leurs objectifs sur les différents territoires.
Examiner si, et dans quelles conditions, l’action de la prévention spécialisée doit intégrer les jeunes
de moins de 12 ans.
Diffuser auprès du rectorat et des principaux de collèges une information concernant les missions
de la prévention spécialisée.
Organiser avec le rectorat une réunion annuelle d’évaluation des partenariats entre les collèges, les
lycées et les équipes de prévention spécialisée.
Trois chiffres clés
12 200
: nombre de jeunes accompagnés par les équipes de prévention spécialisée en 2023 (3 000
jeunes de moins en 5 ans)
30 %
: part des jeunes accompagnés qui ont une difficulté d’insertion (moyenne 2018/2022)
450
: nombre de jeunes ayant participé à un chantier éducatif rémunéré en 2023 (
150
chantiers
éducatifs réalisés chaque année)
Une évaluation de politique publique, c’est quoi ?
En vertu de l’article L. 211-15 du code des juridictions financières, les chambres régionales des comptes
sont compétentes en matière d’évaluation des politiques publiques territoriales. La chambre peut, de
sa propre initiative, procéder à une évaluation de politique publique relevant des collectivités
territoriales et organismes soumis à sa compétence de contrôle des comptes et de la gestion.
Conformément aux normes professionnelles des juridictions financières, un soin particulier a été
apporté au recueil de l’avis des parties prenantes. Un comité d’accompagnement réunissant des
experts et des parties prenantes a été réuni trois fois pour conseiller et donner un avis à chaque étape
de l’évaluation qui s’appuie sur des données exploitées par le croisement de méthodes quantitatives
et qualitatives.
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Pour retrouver le rapport et sa synthèse :
specialisee_paris.pdf