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COMMUNICATION A LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES DU SENAT
(art. LO 132-3-1 du code des juridictions financières)
L
E REGIME D
ASSURANCE MALADIE COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE
D
’A
LSACE
-M
OSELLE
NOVEMBRE 2011
Sommaire
AVERTISSEMENT
......................................................................................
5
RESUME
.......................................................................................................
7
RECAPITULATIF DES RECOMMANDATIONS
.................................
11
INTRODUCTION
.......................................................................................
13
CHAPITRE I UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE
ANCRE DANS L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
...............
15
I
- L’histoire du régime local de protection sociale en Alsace-Moselle.. 15
II
- Des prestations couvertes par un système de financement contributif
et solidaire
....................................................................................................
20
A - Les bénéficiaires du régime local
.......................................................
21
B - Des prestations qui réduisent le ticket modérateur
.............................
26
C - Un système de financement solidaire
.................................................
29
III
- Des charges de fonctionnement faibles
.............................................
32
A - Une structure de gestion récente et réduite
........................................
32
B - Des prestations et des cotisations gérées par des tiers
........................
37
C - Des circuits de trésorerie et comptables distincts de ceux du régime de
base
..........................................................................................................
41
CHAPITRE II UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI
PAR DES REGLES DE GESTION SPECIFIQUES
...............................
47
I
- La situation financière du régime local
...............................................
48
A - L’évolution des soldes comptables
....................................................
48
B - Un équilibre financier acquis grâce aux réserves
...............................
50
C - Des dispositions réglementaires de régulation pour garantir une
situation financière cumulée excédentaire
................................................
52
4
COUR DES COMPTES
II
- Des indicateurs de dépenses de santé comparables à ceux du reste du
territoire
.......................................................................................................
53
A - Des comportements de consommation médicale similaires à ceux des
autres départements
..................................................................................
53
B - Des dépassements d’honoraires sans lien apparent
avec l’existence
d’un régime complémentaire obligatoire
..................................................
61
III
- Un impact moindre des transferts de charges de l’assurance
maladie de base sur le régime local
...........................................................
63
A - Des transferts plus limités que ceux subis par les organismes
complémentaires facultatifs
......................................................................
63
B - Des mesures de gestion du risque pour éviter des dépenses
supplémentaires
........................................................................................
65
CHAPITRE III LA PROBLEMATIQUE D’UNE EXTENSION DU
REGIME LOCAL AU RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL
..........
67
I
- Un exemple inédit de trois étages d’assurance maladie
.....................
68
A - Un champ d’intervention plus proche de celui du régime de base
.....
68
B - Un coût total de couverture complémentaire plus faible avec le régime
local pour les familles, les
titulaires de revenus les plus modestes et les
retraités
.....................................................................................................
71
II
- Les modes de gestion du régime local : une source d’inspiration pour
des évolutions plus générales de l’assurance maladie
..............................
75
A - L’utilisation du régime local pour expérimenter des mesures nouvelles
de gestion du risque
..................................................................................
76
B - L’intérêt de la mutualisation de la gestion des prestations d’assurance
maladie de base et d’assurance maladie complémentaire
.........................
78
CONCLUSION
...........................................................................................
81
ANNEXES
...................................................................................................
83
Annexe 1
Lettre de saisine de la présidente de la commission des affaires
sociales du Sénat
......................................................................................
85
Annexe 2
Glossaire
.................................................................................
86
Avertissement
Saisine de la Cour
La présidente de la commission des affaires sociales du Sénat a
demandé au Premier président de la Cour des comptes, par un courrier du
2 décembre 2010, la réalisation d’une enquête sur « l’examen des
spécificités du régime d’assurance maladie en Alsace-Moselle », en
application de l’article LO.132-3-1 du code des juridictions financières,
de façon à
« étudier les conditions de fonctionnement d’un régime en
situation d’équilibre financier susceptible d’inspirer des propositions
d’améliorations fructueuses ».
Déroulement de l’enquête
Pour réaliser cette enquête, la Cour a mené des investigations de
mai à août 2011. Des entretiens ont été tenus avec la direction de la
sécurité sociale, la caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs
salariés (CNAMTS), l’agence centrale des organismes de sécurité sociale
(ACOSS), ainsi qu’avec les acteurs locaux concernés par la gestion du
régime local d’assurance maladie complémentaire obligatoire (caisse
primaire d’assurance maladie du Bas-Rhin, caisse régionale d’assurance
maladie d’Alsace-Moselle, instance régionale de gestion du régime local).
Des échanges ont également eu lieu avec l’Institut du droit local, la
Mutualité de l’Est et la Mutualité sociale agricole d’Alsace.
Procédure contradictoire
La
contradiction
a
été
conduite
avec
12
organismes
(administrations centrales, CNAMTS, ACOSS, caisses locales, caisses de
retraite de régimes spéciaux, deux mutuelles de la région Alsace).
Le présent rapport, qui constitue la synthèse de l’enquête
effectuée, a été délibéré, le 19 octobre 2011, par la sixième chambre
de la Cour des comptes, présidée par M. Antoine Durrleman, président
de chambre, et composée de Mme Levy-Rosenwald, MM. Phéline,
Bonin, Jamet, conseillers maîtres, M. Klinger, conseiller maître en
service extraordinaire.
Le rapporteur étant Mme Kermoal-Berthomé,
rapporteure extérieure, et le contre-rapporteur M. Braunstein, conseiller
maître.
COUR DES COMPTES
6
Il a ensuite été examiné et approuvé, le 25 octobre 2011, par le
comité du rapport public et des programmes de la Cour des comptes,
composé de MM. Migaud, Premier président, Bénard, procureur
général, Picq, Babusiaux, Descheemaeker, Bayle, Bertrand, rapporteur
général du comité, Mme Froment-Meurice, MM. Durrleman et Levy,
présidents de chambre.
Résumé
Le régime local d’assurance maladie en Alsace-Moselle, issu du
droit social allemand de la fin du XIXème siècle, est lié à l’histoire des
trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, annexés à
l’Empire allemand de 1871 à 1918. Ces départements ont bénéficié dès
1884 d’un régime d’assurance maladie obligatoire. La création du régime
général de sécurité sociale en 1945 n’a pas mis fin au droit social qui
préexistait dans ces territoires et qui était plus favorable que celui mis en
place après la guerre. Depuis, une majorité des salariés du régime général
et du régime agricole (les fonctionnaires n’y étant pas éligibles), soit 2,1
millions de personnes représentant les deux tiers de la population de ces
territoires, sont couverts, au-delà du régime général d’assurance maladie
par une couverture maladie complémentaire obligatoire, deuxième étage
de protection sociale entre l’assurance maladie de base et l’assurance
maladie complémentaire facultative.
Les évolutions de ce régime au cours des années 1990, avec la
mise en place d’un pouvoir de décision au niveau local, ont pérennisé ce
dispositif original. La récente décision du Conseil constitutionnel du
5 août 2011 a conforté les spécificités du droit local alsacien-mosellan en
dégageant un nouveau principe fondamental reconnu par les lois de la
République. C’est, pour le régime d’assurance maladie complémentaire
obligatoire d’Alsace-Moselle, une assise juridique complémentaire.
*
Les prestations servies par le régime local permettent de compléter
la prise en charge des dépenses de santé par le régime général, jusqu’à
100 % du tarif conventionnel pour les dépenses hospitalières et 90 % pour
les soins ambulatoires.
La première caractéristique de ce régime est son mode de
financement contributif et solidaire. Celui-ci repose sur une cotisation
(actuellement de 1,6 %), déplafonnée, payée par les seuls assurés, assise
sur les revenus du travail et, depuis 1989, sur les revenus de
remplacement. Cette cotisation est due par tous les salariés du secteur
privé et les contractuels de droit public qui exercent leur activité dans l’un
des trois départements de l’Alsace-Moselle. Les textes prévoient
également qu’elle est acquittée par les salariés travaillant en dehors des
trois départements de l’Alsace-Moselle mais dans des entreprises dont le
siège social est situé dans ces territoires. Cette disposition, difficilement
applicable,
a fait l’objet
tout dernièrement d’une réforme qui n’a pu
aboutir, l’article législatif correspondant ayant été annulé par le Conseil
constitutionnel pour des raisons de procédure.
COUR DES COMPTES
8
La deuxième caractéristique est le faible niveau des charges de
fonctionnement (4,3 M
en 2010, soit moins de 1 % des prestations). Elle
s’explique par le mode d’organisation du régime : les prestations sont
versées par les caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) ; les
cotisations sur les revenus d’activité sont recouvrées par les unions de
recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations
familiales (URSSAF) et les cotisations sur les revenus de remplacement
sont précomptées par les organismes chargés du versement de ces
revenus. La structure de gestion propre du régime local est donc très
réduite. L’essentiel des charges de fonctionnement (89 %) correspond aux
frais de gestion dus à la CNAMTS et à l’ACOSS pour les services rendus
au régime local. Toutefois le caractère forfaitaire de ces frais de gestion
(0,5 % des prestations pour la CNAMTS et 0,5 % des cotisations pour
l’ACOSS) ne permet pas d’appréhender la réalité exacte des coûts
complets de la gestion du régime local pour les branches maladie et
recouvrement du régime général.
*
Si, sur les trois derniers exercices, le résultat d’exploitation du
régime local est déficitaire, notamment du fait de l’impact de la crise
économique sur la masse salariale, les résultats comptables consolidés
intégrant les résultats financiers et les résultats exceptionnels sont
toutefois globalement positifs depuis 2003. En 2010, le régime dégage
ainsi un excédent de 7,7 M
.
Cette
situation
financière
équilibrée
résulte
non
pas
de
comportements de santé plus vertueux que dans d’autres régions, mais
d’un mode de régulation qui donne au conseil d’administration du régime
le pouvoir de modifier à tout moment le niveau des prestations et celui de
la cotisation supplémentaire dans la limite d’une fourchette comprise
entre 0,75 % et 2,5 %.
Ces règles ont permis au régime local de s’ajuster notamment aux
effets des transferts de charges qui ont pu intervenir entre l’assurance
maladie de base et l’assurance maladie complémentaire. Elles ont aussi
été à l’origine de réserves qui ont contribué, d’une part, à couvrir les
déficits d’exploitation constatés depuis 2008 et, d’autre part, à éviter une
augmentation des cotisations, ce qui a préservé le pouvoir d’achat des
salariés. Fin 2010, le niveau des réserves financières atteignait 270 M
.
Cette situation d’équilibre du régime complémentaire ne reflète
pas celle du régime de base. Il n’y a aucune raison pour que le régime
général ne soit pas déficitaire en Alsace-Moselle comme dans le reste de
la France, la consommation de soins étant comparable à celle des autres
régions et les recettes suivant la même tendance qu’ailleurs sous l’effet de
la crise économique.
RESUME
9
*
La transposition de ce régime d’assurance maladie complémentaire
obligatoire au reste de la France est difficilement envisageable car elle
impliquerait une augmentation des cotisations sociales des seuls salariés
de 1,6 % dans un contexte où le pouvoir d’achat est déjà affecté par la
crise économique. L’existence d’un régime complémentaire obligatoire
ne se substitue pas au demeurant aux assurances complémentaires
facultatives. L’analyse de la situation des assurés sociaux des trois
départements concernés montre en effet que ceux-ci ont également
recours aux organismes complémentaires facultatifs dans une proportion
quasi équivalente à celle des autres Français.
L’exemple
alsacien-mosellan
de
couverture
complémentaire
obligatoire gérée par les caisses du régime général peut toutefois être
utilisé pour réfléchir à une meilleure articulation entre assurance maladie
obligatoire et assurance maladie complémentaire. Comme le suggère les
instances du régime local pour l’expérimentation éventuelle du secteur
optionnel, qui a pour objectif de limiter les dépassements d’honoraires il
pourrait être utilisé, le cas échéant, pour y introduire localement et
évaluer les impacts de certains nouveaux dispositifs de régulation de
l’offre de soins. Dans un souci de réduction des frais de gestion et
d’interlocuteur unique pour les assurés, il peut plus largement encourager
le développement de la gestion de prestations complémentaires par les
CPAM au titre de l’aide à la complémentaire santé (ACS), comme cela a
été le cas pour la gestion des contrats de couverture maladie universelle
complémentaire (CMU-C) pour les assurés les plus modestes.
Récapitulatif des recommandations
1.
Réaliser les études nécessaires à la bonne connaissance
statistique des bénéficiaires du régime local d’assurance maladie ;
2.
préciser,
par
une
disposition
législative,
le
champ
d’application de la cotisation de 1,6 % due par les salariés du régime
local (salariés du régime général et du régime agricole) pour mettre les
textes en conformité avec la pratique s’agissant de l’assujettissement de
salariés ne travaillant pas en Alsace-Moselle mais dépendant d’un
entreprise ayant son siège social sur ce territoire ;
3.
clarifier
le
cadre
réglementaire
et
conventionnel
déterminant les modalités de recouvrement de la cotisation de 1,6 % due
au régime local ;
4.
modifier le système de facturation par la CNAMTS et
l’ACOSS des coûts de gestion du régime local pour parvenir à une
facturation au coût réel (modification de l’article D.325-10 du code de la
sécurité sociale) ;
5.
développer le contrôle des indus versés aux bénéficiaires du
régime local ;
6.
améliorer la connaissance du recours des assurés sociaux
aux assurances maladie complémentaires en Alsace-Moselle par une
étude de l’observatoire régional de santé en Alsace ;
7.
étudier la faisabilité, en s’inspirant du mode de gestion du
régime local d’assurance maladie d’Alsace-Moselle, d’un développement
des dispositifs de gestion de la couverture complémentaire par les
régimes de base, notamment en direction des publics en difficulté par la
gestion, au-delà de contrats au titre de la couverture maladie
complémentaire (CMU-C),
de contrats souscrits grâce à l’aide à la
complémentaire santé (ACS).
Introduction
Le régime local d’assurance maladie en Alsace-Moselle est un
régime de sécurité sociale applicable de manière obligatoire dans les trois
départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle à certaines
catégories de salariés et anciens salariés (en sont exclus notamment les
fonctionnaires). Il assure à ces derniers une couverture complémentaire
qui s’ajoute aux prestations de base servies par le régime général ou le
régime des salariés agricoles. Il existe en effet deux dispositifs distincts
comme il existe deux régimes de base pour les salariés : le premier
s’applique aux salariés et anciens salariés du régime général (98 % des
bénéficiaires), le second aux salariés et anciens salariés du régime
agricole (2 % des bénéficiaires)
1
. Ce mécanisme se définit concrètement
par l’existence d’un deuxième étage de protection sociale entre la
couverture de base et la couverture complémentaire facultative par les
organismes complémentaires (mutuelles, assurances ou instituts de
prévoyance).
Cette organisation de l’assurance maladie, unique sur le territoire
français, est liée à l’histoire de cette région, annexée à l’Empire allemand
de 1871 à 1918, qui a hérité d’un système de protection sociale
obligatoire plus précoce et plus généreux que celui introduit dans les
autres départements après la seconde guerre mondiale.
La situation financière de ce régime local d’assurance maladie,
financé par une cotisation supplémentaire à la charge des seuls salariés et
anciens salariés de 1,6 % des rémunérations et revenus de remplacement,
est en 2010, grâce aux produits financiers, très légèrement excédentaire
malgré l’impact de la crise économique sur la masse salariale des trois
derniers exercices. L’accumulation des excédents passés permet de
maintenir un niveau élevé de réserves dont le montant s’élève à 270 M
au 31 décembre 2010.
*
1 L’enquête de la Cour a porté principalement sur le régime complémentaire pour les
assurés du régime général.
COUR DES COMPTES
14
Le présent rapport analyse les modes de fonctionnement de ce
régime et son articulation avec le régime de base et avec les organismes
complémentaires facultatifs. Il examine plus particulièrement sa situation
financière et cherche à mesurer l’impact des comportements des assurés
sur les dépenses de soins et l’effet des modes de régulation sur les
résultats comptables. Il s’attache ensuite à la question de l’extension au
reste du territoire français de ce régime complémentaire obligatoire qui
est régulièrement posée d’autant qu’il dégage des excédents cumulés.
Chapitre I
Un régime complémentaire obligatoire
ancré dans l’histoire et la culture locales
Le régime local d’assurance maladie en Alsace-Moselle offre à une
majeure partie des assurés du régime général de l’Alsace et de la Moselle
un niveau de remboursement des dépenses de santé plus important pour
des charges de fonctionnement faibles au regard des assurances maladie
complémentaires facultatives.
I
-
L’histoire du régime local de protection sociale
en Alsace-Moselle
Ce régime spécifique d’assurance maladie résulte de l’histoire de
ces départements qui ont été annexés en 1871 par l’Empire allemand.
Celui-ci a institué en 1883 l’assurance maladie obligatoire pour les
ouvriers. Ce dispositif fut étendu en 1884 à l’Alsace Lorraine. Lors du
retour de ce territoire à la France en 1918, la législation française n’y fut
pas introduite systématiquement ; des dispositions du droit local ont ainsi
été maintenues, notamment dans les domaines pas ou moins développés
dans le droit français.
En 1945, l’instauration du régime général de sécurité sociale a
posé la question du devenir du régime local. L’ordonnance du 4 octobre
1945 a introduit le régime général sur l’ensemble du territoire national
tout en reconnaissant la spécificité des départements du Bas-Rhin, du
Haut-Rhin et de la Moselle avec le principe de mesures transitoires. Le
décret d’application du 12 juin 1946 a finalement conforté le régime local
puisqu’il
prévoit,
à
titre
transitoire,
un
niveau
de
prestations
COUR DES COMPTES
16
supplémentaires en contrepartie d’une cotisation plus importante dans ces
trois départements. Le régime local devient ainsi un régime légal
complémentaire.
Ce n’est qu’en 1991
2
, après une période de débats sur la pérennité
du régime confronté à des difficultés financières
3
, que le régime local
d’assurance maladie perd son caractère transitoire et devient pérenne.
Trois ans plus tard, la loi du 25 juillet 1994 donne au régime local une
autonomie de gestion et permet au conseil d’administration de l’instance
de gestion, nouvellement créée, de prendre les décisions nécessaires à la
gestion du régime et son équilibre financier.
Les textes législatifs et réglementaires déterminants dans
l’histoire du régime local d’assurance maladie en Alsace-Moselle
Loi du 15 juin
1883
Création du régime d’assurance maladie obligatoire
par Bismarck
Loi du 17 octobre
1919
Maintien du code des assurances sociales allemandes
et fixation d’un régime transitoire
Loi du 1
er
juin
1924
Confirmation du maintien en vigueur de la législation
locale
Ordonnance du 4
octobre 1945
Extension du régime général aux trois départements
d’Alsace-Moselle
Renvoi à un décret pour déterminer « les dispositions
du régime local qui restent provisoirement en vigueur
et les modalités suivant lesquelles s'effectuera le
passage du régime local antérieur au régime général »
Décret
46-
1428 du 12 juin
1946 prévoyant
Décret fondateur qui prévoit les mesures transitoires
pour l’application dans les départements du Haut-
Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle du nouveau
régime de sécurité sociale : ticket modérateur de
10 % pour les prestations en nature d’assurance
maladie et prise en charge intégrale des frais
d’hospitalisation
2 Loi n° 91-1406 du 31 décembre 1991 (article 5).
3 Mission confiée en mars 1990 par le ministre de la santé au président du comité
économique et social d’Alsace . Rapport d’information de la commission des affaires
sociales du Sénat, 17 juin 1992.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
17
Loi n° 91-1406
du 31 décembre
1991
Fin du caractère transitoire des dispositions du régime
local
Loi n° 94-637 du
25 juillet 1994
Décret n° 95-349
du 31 mars 1995
Création d’une instance de gestion, dotée d’un
conseil d’administration chargé de prendre les
mesures nécessaires à l’équilibre financier du régime
Loi n° 98-278 du
14 avril 1998
Base
législative
complète
qui
détermine
les
conditions d’affiliation et le fonctionnement du
régime local
Loi n° 2002-73
du
17
janvier
2002
Précisions sur les règles d’affiliation et de cotisations
des retraités
Source : Cour des comptes
L’assurance maladie n’est pas le seul secteur qui bénéficie d’un
droit spécifique en Alsace-Moselle. L’héritage de la législation allemande
se retrouve dans des domaines aussi divers que :
le droit du travail (deux jours fériés légaux supplémentaires,
règles particulières pour le repos dominical, maintien intégral
du salaire sans délai de carence pour les salariés en cas d’arrêt
de travail, etc.) ;
le régime des cultes (pas d’application en Alsace-Moselle de la
loi du 9 décembre 1905 consacrant la séparation des Eglises et
de l’Etat ; quatre cultes reconnus et des ministres des cultes
rémunérés
par
l’Etat
et
les
collectivités
territoriales ;
enseignement religieux dans les écoles, etc.) ;
le droit des associations (application de la loi de l’Empire
allemand de 1908; inscription au registre du tribunal d’instance,
possibilité pour le préfet de s’opposer à cette inscription ;
possibilité d’avoir un but lucratif, etc.) ;
l’aide sociale (obligation de secours aux indigents qui se traduit
par une aide des communes aux personnes qui ne bénéficient
pas du revenu de solidarité active) ;
l’organisation de la justice (compétences des tribunaux
d’instance plus étendues, pas de tribunaux de commerce, règles
spécifiques pour les transmissions des charges de notaires et
des huissiers…) et l’existence d’une procédure de faillite civile
pour les particuliers qui sont en état d’insolvabilité ;
le contrôle des actes budgétaires des collectivités locales ;
la chasse, l’apprentissage, la publicité foncière, etc.
COUR DES COMPTES
18
En matière de sécurité sociale, des particularités régionales
existent, pour le risque maladie mais également en matière d’assurance
vieillesse et d’accidents du travail.
le régime local d’assurance vieillesse est en voie d’extinction
puisqu’il s’agit d’un droit d’option ouvert aux personnes
liquidant leur retraite et ayant cotisé en Alsace-Moselle avant la
mise en place du régime général en 1946 et leur permettant de
bénéficier du régime antérieur à 1946 dès lors qu’il est plus
favorable. En revanche, le paiement mensuel et d’avance des
prestations
4
perdure pour tous les retraités ressortissants de ces
trois départements et les prestations sont servies par la caisse
régionale d’assurance vieillesse (CRAV) de Strasbourg,
organisation unique dans l’organisation administrative des
caisses de sécurité sociale
5
;
la législation sur les accidents du travail est héritée des lois
allemandes de 1884. Elle repose sur une tarification spécifique.
Il existe également, pour les salariés et non salariés agricoles,
une assurance « accidents agricoles » qui se caractérise par une
organisation spécifique (une caisse d’assurance accidents
agricoles
dans
chacun
des
trois
départements)
et
un
financement assis notamment sur des cotisations foncières
applicables à l’ensemble des propriétés non bâties ;
pour l’assurance maladie, il existe, comme déjà évoqué, outre
le régime s’appliquant à certaines catégories d’assurés sociaux
relevant du régime général, un second régime couvrant les
assurés du régime des salariés agricoles.
4 Contrairement à la pratique au niveau national (versement à l'issue du mois
concerné «à terme échu »), la CRAV d'Alsace-Moselle effectue ses versements des
pensions de retraite tous les mois d'avance (paiement « à terme à échoir »).
5 En Ile-de-France et en Alsace-Moselle, les CRAM, puis les caisses d’assurance
retraite et de santé au travail (CARSAT) qui les remplacent depuis la loi du 21 juillet
2009, ne versent pas les pensions de retraite. Cette prestation est assurée par la CNAV
pour la région parisienne et par la CRAV pour l’Alsace-Moselle. La proposition de loi
modifiant certaines dispositions de la loi HPST, déposée le 26 octobre 2010, avait
prévu par amendement la fusion de la CRAM et de la CRAV d’Alsace-Moselle en
une CARSAT dotée de règles particulières pour tenir compte des particularités du
droit local en Alsace-Moselle. La disposition a été censurée par le Conseil
constitutionnel dans sa décision du 4 août 2011 au motif qu’elle n’avait pas de lien
avec la proposition de loi initiale.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
19
Le régime local agricole
Les salariés des professions agricoles et forestières des départements
du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle disposent d’une couverture
maladie complémentaire obligatoire.
Si, jusqu’en 1995, les flux financiers du régime local agricole ont été
confondus soit avec ceux du régime local général soit avec ceux du régime de
base agricole, la gestion a ensuite été suivie de manière autonome. Puis la loi
n° 99-1125 du 28 décembre 1999 a créé, sur le modèle de ce qui existait pour
le régime local des assurés du régime général, une instance de gestion du
régime local agricole d’assurance maladie. Les décrets n° 2000-500 et 501 du
6 juin 2000 sont venus préciser les conditions de fonctionnement de cette
instance.
Les cotisations et les prestations du régime local agricole sont
différentes de celles du régime local des bénéficiaires du régime général.
Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2011-157 du 5 août
2011 en réponse à une question prioritaire de constitutionnalité
6
, a dégagé
un nouveau principe fondamental reconnu par les lois de la République en
matière de droit applicable dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-
Rhin et de la Moselle. Il a ainsi pleinement reconnu la spécificité du droit
local antérieur à la Constitution de 1946 en indiquant que la différence de
traitement résultant de ce particularisme et le reste du territoire national
ne pouvait être critiquée sur le fondement du principe constitutionnel
d’égalité devant la loi. Il n’y a toutefois pas de garantie constitutionnelle
du maintien des dispositions législatives ou réglementaires constituant le
droit local. Le Parlement ou le pouvoir réglementaire peuvent à tout
moment modifier ou abroger les dispositions du droit local pour les
remplacer par les dispositions du droit commun ou les harmoniser avec
celles-ci.
7
6 Par un arrêt du 24 mai 2011, la chambre criminelle de la Cour de cassation a
renvoyé au Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité posée
par la société Somodia portant sur la conformité de l’article L. 3134-11 du code du
travail (interdiction du travail du dimanche en Alsace-Moselle) aux principes
constitutionnels de la liberté d’entreprendre et d’égalité des citoyens devant la loi.
7 Cf. commentaire aux cahiers de la décision n° 2011-157 du Conseil constitutionnel
COUR DES COMPTES
20
Le régime local d’assurance maladie bénéficie d’un ancrage
culturel important et d’un attachement fort de la part des populations des
trois départements d’Alsace-Moselle. Une enquête d’opinion réalisée en
novembre 2005 par l’institut du droit local montrait que 99 % des
personnes sondées connaissaient le régime local d’assurance maladie et
que 98 % en étaient satisfaits. En 1984, un précédent sondage relatif au
financement du régime local en cas de difficultés financières avait montré
qu’un peu plus de 75 % des personnes interrogées étaient prêtes à voir les
cotisations augmenter ou les prestations diminuer pour préserver le
régime local
8
.
La place du régime local dans les instances régionales chargées des
politiques de santé est une illustration de l’ancrage de ce régime
complémentaire dans le paysage régional. Le président du régime local
est membre du conseil de surveillance des agences régionales de santé
(ARS) d’Alsace et de Lorraine au titre des personnalités qualifiées. Le
régime local est également représenté au sein de la conférence régionale
de la santé et de l’autonomie
9
(CRSA) et de la commission de
coordination dans les domaines de la prévention, de la santé scolaire, de
la santé au travail et de la protection infantile.
II
-
Des prestations couvertes par un système de
financement contributif et solidaire
Le régime local d’assurance maladie couvre les deux tiers de la
population des trois départements concernés. Il se singularise par un
mode de financement très solidaire (avec une cotisation sociale qui pèse
sur le salarié et non directement sur l’employeur) qui permet une
redistribution entre les différentes catégories de revenus et une
redistribution intergénérationnelle.
8 Cf. « Des chemins différents pour la solidarité » de Daniel Lorthiois, Novembre
1993 – p. 101.
9 Le président actuel du régime local est le président de la conférence régionale de
santé et de l’autonomie d’Alsace.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
21
A - Les bénéficiaires du régime local
1 - Les catégories éligibles au régime local
Le champ des bénéficiaires est défini à l’article L. 325-1 du code
de la sécurité sociale. Il n’a, dans ses contours, pas évolué depuis 1946 et
couvre :
-
les salariés du secteur privé et les contractuels de droit
public travaillant dans l’un des trois départements, ou
travaillant en dehors de ces départements, mais dépendant
d’une entreprise qui y a son siège,
-
les titulaires de revenus de remplacement (chômage,
préretraite, invalidité) ayant préalablement cotisé au
régime local,
-
les titulaires d’une pension de retraite qui peuvent justifier
d’années de cotisations suffisantes au régime local ainsi
que leurs ayants droit.
Il n’y pas de revendication d’extension du régime local aux
catégories socioprofessionnelles qui n’en bénéficient pas et qui
représentent près d’un million d’assurés.
COUR DES COMPTES
22
Assurés des trois départements d’Alsace-Moselle éligibles au
régime local d’assurance maladie
Bénéficient du régime local (et
leurs ayants droit) : 2,1 millions de
personnes
Ne bénéficient pas du régime
local : environ 920.000
personnes
10
- les salariés du secteur privé qui
travaillent
dans
l’un
des
trois
départements du Haut-Rhin, Bas-
Rhin et Moselle
-
les
salariés
du
secteur
privé
travaillant hors de ces départements
dans des entreprises dont le siège
social est situé en Alsace-Moselle
- les contractuels de la fonction
publique
d’Etat,
de
la
fonction
publique
hospitalière
et
de
la
fonction
publique
territoriale
qui
exercent
leur
activité
dans
les
départements du Bas-Rhin, Haut-
Rhin ou de la Moselle
- les chômeurs et pré-retraités qui
relevaient du régime local durant leur
activité
- les titulaires de pension d’invalidité
qui ont préalablement bénéficié du
régime local
-
les
titulaires
de
pension
de
vieillesse
qui
remplissent
les
conditions de durée de cotisation au
régime local.
- d’autres catégories d’actifs comme
les salariés du Port autonome de
Strasbourg, les salariés frontaliers
(…)
-
les
fonctionnaires
des
trois
fonctions publiques
- les travailleurs indépendants
(artisans,
commerçants,
professions libérales)
- les exploitants agricoles
- les salariés des régimes spéciaux
(mines, SNCF…)
- les bénéficiaires du RSA et de
l’allocation
adulte
handicapée
(AAH)
qui
n’ont
pas
préalablement cotisé au régime
local…
Source : Cour des comptes, à partir de l’article L. 325-1 du code de la
sécurité sociale
10 Source : données du recensement INSEE (1
er
janvier 2008) de l’Alsace et de la
Moselle (2,88 millions) desquelles a été retranché le nombre de bénéficiaires du
régime local.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
23
Contrairement au régime de base de sécurité sociale qui a connu
une généralisation des prestations avec la couverture maladie universelle,
le régime local d’Alsace-Moselle est resté contributif, son bénéfice étant
directement lié au paiement actuel ou passé d’une cotisation. Ainsi pour
les retraités, les règles d’affiliation ont été précisées par la loi précitée du
14 avril 1998 puis par la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 de
modernisation sociale. Pour bénéficier du régime local d’assurance
maladie, un retraité, quel que soit son lieu de résidence en France ou dans
les départements d’outre-mer, doit justifier de la plus longue durée
d’affiliation au régime général (par rapport aux éventuels autres régimes
de retraite de base) puis remplir l’une des trois conditions suivantes :
il doit avoir relevé du régime local pendant les 5 années qui
précèdent le départ à la retraite ;
il doit avoir relevé du régime local pendant 10 ans durant les 15
années qui précèdent le départ en retraite ;
il doit avoir relevé du régime local pendant 15 ans (60
trimestres) au cours de sa carrière professionnelle et faire la
demande du bénéfice du régime local.
2 - Les données statistiques sur les bénéficiaires
Le régime local d’assurance maladie (régime général) compte
2,1 millions de bénéficiaires en intégrant les ayants droit
11
.
Les données transmises par la CNAMTS et les caisses primaires
d’assurance maladie du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle diffèrent
de manière assez sensible de celles communiquées par l’instance de
gestion du régime local : 2,1 millions de bénéficiaires et 1,45 millions
d’assurés cotisants pour la première source contre 2,54 millions de
bénéficiaires et 1,59 millions d’assurés cotisants pour la seconde. Les
données des CPAM et de la CNAMTS correspondent aux effectifs
présents dans leurs fichiers à une date précise et sont issues de la base de
données opérantes (BDO) qui recense les données d'identification et de
gestion nécessaires aux opérations de production des CPAM. Elles ont été
obtenues après avoir neutralisé les assurés décédés, ceux qui ont changé
d'organisme d'affiliation, les doubles affiliations d’enfants sur le compte
du père et de la mère. Ces neutralisations ont été permises par
l'exploitation d'indicateurs issus du répertoire national inter-régimes de
l'assurance maladie (RNIAM). Les données communiquées par l'instance
de gestion du régime local recensent tous les assurés et ayants droit qui
11 Le régime local agricole d’assurance maladie couvre 42.311 bénéficiaires au 31
décembre 2009.
COUR DES COMPTES
24
ont bénéficié du régime local sur l’exercice annuel 2010 (le mode de
comptabilisation sur l’année entière tient compte des effets d’entrées et de
sorties) et n’intègrent pas les neutralisations mentionnées précédemment.
Elles sont issues du système Erasme régional. Interrogée sur ces écarts
statistiques par la Cour, l’instance de gestion du régime local a répondu
qu’une étude avait été engagée pour une meilleure coordination des
données de comptabilisation.
Répartition des bénéficiaires
CPAM
Assurés
Ayants droit
Total
%
Bas-Rhin
542 591
227 650
770 241
36,59 %
Haut-Rhin
347 070
154 866
501 936
23,85 %
Moselle
469 395
216 955
686 350
32,61 %
Autres
départements
95 067
51 356
146 423
6,96 %
Total
1 454 123
650 827
2 104 950
100 %
Source : CNAMTS - septembre 2011
La très grande majorité des bénéficiaires (93 %) réside dans les
trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle.
L’instance de gestion du régime local ne connaît pas en routine le nombre
de bénéficiaires en dehors de ces départements. A la demande de la Cour,
elle a réalisé une évaluation qui estime le nombre de ces bénéficiaires à
187 104 bénéficiaires. La CNAMTS a également réalisé à la demande de
la Cour une requête spécifique auprès des CPAM pour obtenir cette
même donnée qui s’établit à 146 423 bénéficiaires hors Alsace-Moselle.
Il n’a pas été possible de disposer d’informations sur la répartition
entre secteurs d’activité des bénéficiaires du régime local. En revanche,
sa répartition par âges est disponible et reprise au tableau ci-après.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
25
Répartition des bénéficiaires (années 2010) par tranche d’âge
Tranche d’âge
Pourcentage
0-19 ans
26 %
20-39 ans
32 %
40-59 ans
25 %
60-79 ans
14 %
80 ans et plus
4 %
Source : CRAM Alsace-Moselle – instance de gestion du régime local
3 - L’application de la règle de territorialité
La clarification du champ géographique d’application du régime
local, souhaitée par son instance de gestion, n’a pu aboutir.
L’article 58 de la proposition de loi modifiant certaines
dispositions de la loi portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à
la santé et aux territoires (HPST), déposée par le sénateur Jean-Pierre
Fourcade le 26 octobre 2010, prévoyait en effet de supprimer le principe
d’une affiliation au régime local de salariés travaillant en dehors de
l’Alsace-Moselle d’une entreprise dont le siège social est situé dans ces
départements. L’objectif était de légaliser une restriction déjà pratiquée
par les organismes chargés du recouvrement de la cotisation affectée au
régime local
12
. Sous réserve des situations existantes avant le 1
er
janvier
2012, date d’entrée en vigueur de la disposition introduite dans la
proposition de loi précitée, ne devaient donc plus être affiliés au régime
local que les salariés travaillant dans l’un de ces trois départements et les
salariés d'un établissement implanté dans ces départements qui exercent
une activité itinérante dans d'autres départements.
Pour sa part, le régime local agricole, par crainte de perdre des
cotisants, a toujours appliqué littéralement les dispositions de l’article
L. 325-1 du code de la sécurité sociale et n’avait pas souhaité suivre cette
12 Lettre collective ACOSS n° 2002-47 du 27 mars 2002. Suite à des revendications
de certains salariés, cette interprétation restrictive du champ territorial a été remise en
cause par la lettre collective ACOSS n° 2006-17 du 11 janvier 2006. Mais sur
demande de la direction de la sécurité sociale, l’ACOSS est revenue à sa position de
2002 (lettre collective n° 2006-155 du 15 juin 2006).
COUR DES COMPTES
26
même évolution du critère géographique. Un amendement introduit en
deuxième lecture au Sénat avait maintenu, pour les salariés agricoles,
l’affiliation de salariés travaillant en dehors de l’Alsace-Moselle dans une
entreprise dont le siège social est situé dans cette région.
Mais les dispositions de l’article 58 de la loi modifiant certaines
dispositions de la loi HPST ont été censurées par le Conseil
constitutionnel dans sa décision du 4 août 2011 au motif qu’elles étaient
sans lien avec l’objet initial de la proposition de loi. Un nouveau support
législatif est ainsi à rechercher pour cette clarification, dès lors qu’en
absence de texte l’autorisant, l’exclusion du bénéfice de ce régime des
salariés de sociétés ayant leur siège en Alsace-Moselle, mais travaillant
en dehors des trois départements concernés, demeure irrégulière.
B - Des prestations qui réduisent le ticket modérateur
Le régime local a maintenu depuis 1946 des prestations qui, pour
l’essentiel, sont restées stables et qui reposent sur un double principe : la
gratuité de l’hospitalisation et un ticket modérateur limité à 10 % pour les
frais de soins ambulatoires. Il s’agit de prestations complémentaires à
celles du régime de base, calculées sur la base des tarifs conventionnels.
Pour les personnes prises en charge à 100 % par le régime général au titre
d’une affection longue durée (ALD) et pour les autres cas d’exonération
totale de ticket modérateur, il n’y a pas de participation au financement de
ces exonérations par le régime local.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
27
Principaux taux de remboursement
Nature des dépenses
Taux de remboursement
Régime général
Taux de remboursement
Régime général + régime local
Hospitalisation
-
Frais de séjour
-
Honoraires médicaux
-
Auxiliaires médicaux, analyses
-
Forfait journalier
Médecine de ville ou consultations
externes des hôpitaux
-
Médecins et chirurgiens
dentistes – généralistes ou
spécialistes – sages-femmes
-
Auxiliaires médicaux
(infirmiers, masseurs-
kinésithérapeutes,
orthophonistes…)
Médicaments
-
Spécialités irremplaçables et
coûteuses
-
Vignettes bleues
-
Vignettes blanches
-
Vignettes oranges
-
Autres frais pharmaceutiques
(accessoires, pansements…)
Frais d’optique et prothèses
Frais d’analyse et de laboratoire
Frais de transport
Cures thermales
-
Hospitalisation médicalement
justifiée
-
Cure thermale libre
Honoraires médicaux
Frais d’hébergement,
frais de transport
Frais d’hydrothérapie
80 %
80 %
80 %
non pris en charge
70 %
60 %
100 %
30 %
65 %
15 %
60 %
60 %
60 %
65 %
80 %
70 %
65 %
65 %
100 %
100 %
100 %
pris en charge en intégralité
(18
par jour en hôpital ou en
clinique ; 13,50
en
établissement psychiatrique)
90 %
90 %
100 %
80 %
90 %
15 %
(pas de financement
complémentaire par le régime
local)
90 %
90 %
90 %
100 %
100 %
90 %
65 %
90 %
Source : données de la CNAMTS (site ameli.fr) – taux au 2 mai 2011
COUR DES COMPTES
28
Pour éviter une dégradation de la situation financière du régime
local du fait des différentes décisions de déremboursement des
médicaments par l’assurance maladie, le conseil d’administration du
régime local a décidé en décembre 2005
13
de déroger au principe d’un
ticket modérateur résiduel de 10 % pour les soins ambulatoires sur deux
points (cf. infra) :
remboursement des médicaments à vignettes bleues à 80 % au
lieu de 90 % précédemment ;
refus de prise en charge par le régime local des vignettes
oranges (remboursées à 15 % par le régime de base) pour
encourager le recours aux médicaments à service médical rendu
effectif.
En revanche, le régime local prend en charge le forfait journalier
hospitalier instauré en 1983. Malgré les fortes réticences des caisses
locales
14
, le décret n° 85-1507 du 31 décembre 1985 l’avait en effet
prévu. Ce décret a été annulé par le Conseil d’Etat en 1993
15
mais
l’article 66 de la loi 94-43 du 19 janvier 1994 relative à la santé publique
et à la protection sociale a permis de donner un fondement cette fois
législatif à la prise en charge du forfait journalier par le régime local.
Le régime local prend également en charge la participation
forfaitaire de 18
incombant à l’assuré pour les actes médicaux coûteux
(d’un montant égal ou supérieur à 120
ou ayant un coefficient égal ou
supérieur à 60)
16
.
En revanche, en application de l’article L. 325-1 (I) du code de la
sécurité sociale, le régime local ne rembourse pas la participation
13 Décision du conseil d’administration de l’instance de gestion du régime local – 19
décembre 2005.
14 Les huit CPAM se sont prononcées contre la prise en charge à titre permanent du
forfait journalier.
15 Dans sa décision du 9 juillet 1993, le Conseil d’Etat, saisi par des organisations
syndicales de cadres et par des administrateurs de caisses primaires d’assurance
maladie d’Alsace-Moselle, a annulé le décret n° 85-1507 du 31 décembre 1985 relatif
au forfait journalier et à la cotisation d’assurance maladie pour les assurés
ressortissant du régime local d’assurance maladie au motif que les auteurs du décret
ont méconnu les dispositions de la loi du 19 janvier 1983 qui excluait, à l’exception
de certains cas d’hospitalisation, la prise en charge du forfait journalier par les
régimes obligatoires de protection sociale.
16 Instituée par la loi n° 2005-1579 du 19 décembre 2005 pour le financement de la
sécurité sociale pour 2006.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
29
forfaitaire de 1
17
qui est due par l’assuré pour les consultations,
examens radiologiques ou analyses biologiques, ni les franchises
applicables depuis le 1
er
janvier 2008 aux médicaments, actes des
auxiliaires médicaux et transports sanitaires.
Jusqu’au milieu des années 1980, le régime local finançait
également des prestations facultatives au titre de son action sanitaire et
sociale : indemnités de frais funéraires, supplément pour hébergement en
cure thermale, bilans de santé pour les personnes âgées, indemnités
journalières complémentaires pour les arrêts de travail supérieurs à
6 mois, remboursement complémentaire des frais d’optique…. A la suite
des difficultés financières du régime, ces prestations ont été supprimées.
Le régime local dispose cependant encore de la faculté de financer des
actions de prévention (cf. infra).
C - Un système de financement solidaire
Le régime local d’assurance maladie est financé par une cotisation
précomptée
appliquée
aux
revenus
d’activité,
aux
revenus
de
remplacement (allocations chômage, préretraite…) et aux retraités
assujettis à la contribution sociale généralisée (CSG). Pour les cotisants
du régime local relevant du régime général, il n’existe pas de cotisation
employeur à la différence du régime local agricole
18
. C’est une forte
spécificité du régime du régime local par rapport à l’assurance maladie du
régime général alimentée, indépendamment de la CSG, par des
cotisations employeurs. Il s’agit d’une cotisation salariale qui, comme les
autres cotisations sociales, est déductible de l’impôt sur le revenu. Cette
perte d’assiette de l’impôt sur le revenu constitue une forme d’aide
publique indirecte à un régime complémentaire ciblé sur trois
départements. Elle ne fait cependant l’objet d’aucun chiffrage.
17 Participation forfaitaire de 1
instituée par la loi du 13 août 2004 relative à
l’assurance maladie
18 Le régime local agricole d’assurance maladie est financé par une cotisation de
1,2 % sur les salariés, 0,1 % sur les employeurs et 1,2 % sur les revenus de
remplacement. Le taux applicable aux salariés et aux retraités a été réduit de 0,1 point
au 1
er
juillet 2011 sur décision du conseil d’administration du régime local agricole du
31 mai 2011.
COUR DES COMPTES
30
Evolution des taux de cotisations
Revenus
Textes
Taux
Assiette
Décret du 12 juin 1946
2 %
Salaire plafonné
Décret du 23 août 1947
1 %
Salaire plafonné
Décret du 20 septembre 1967
1,5 %
Salaire plafonné
Décret du 31 décembre 1985
1,5 %
Salaire déplafonné
Décret du 3 août 1989
1,7 %
Salaire déplafonné
Décret du 14 janvier 1993
1,6 %
Salaire déplafonné
Décret du 30 décembre 1993
2,15 %
Salaire déplafonné
Décision du conseil
d’administration du 20 décembre
1,95 %
Salaire déplafonné
Décision du conseil
d’administration du 7 décembre
1,8 %
Salaire déplafonné
Décision du conseil
d’administration du 24 juin 2000
1,65 %
Salaire déplafonné
Décision du conseil
d’administration du 28 décembre
1,7 %
Salaire déplafonné
Décision du conseil
d’administration du 8 janvier
1,8 %
Salaire déplafonné
Décision du conseil
d’administration du 9 juin 2007
1,7 %
Salaire déplafonné
Revenus
d’activité
Décision du conseil
d’administration du 19 décembre
1,6 %
Salaire déplafonné
Décret du 3 août 1989
0,75 %
Uniquement avantages
vieillesse (base et
Décret du 30 décembre 1993
1 %
Uniquement avantages
vieillesse (base et
Décision du conseil
d’administration du 7 décembre
1996
1 %
Nouvelle cotisation sur les
allocations chômage et de
préretraite
Décision du conseil
d’administration du 28 décembre
1,25 %
Vieillesse, chômage,
préretraite
Décision du conseil
d’administration du 20 décembre
1,50 %
Vieillesse, chômage,
préretraite
Décision du conseil
d’administration du 28 décembre
1,7 %
Alignement de tous les taux
quelle que soit la nature des
Décision du conseil
d’administration du 8 janvier
1,8 %
Vieillesse, chômage,
préretraite
Décision du conseil
d’administration du 9 juin 2007
1,7 %
Vieillesse, chômage,
préretraite
Revenus
de
remplacement
Décision du conseil
d’administration du 19 décembre
1,6 %
Vieillesse, chômage,
préretraite
Source : Cour des comptes à partir des données de la CRAM – instance de
gestion du régime local
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
31
Le caractère solidaire du financement du régime local est lié :
au déplafonnement des cotisations sur les revenus d’activité
depuis 1985
aux exonérations similaires à celles appliquées pour la CSG
pour les chômeurs et les retraités.
Le déplafonnement
19
des cotisations d’assurance maladie du
régime local a été instauré par l’article 2 du décret du 31 décembre 1985
pour assurer le financement de la prise en charge du forfait hospitalier. Ce
décret a été, comme indiqué ci-dessus, annulé par le Conseil d’Etat en
1993 au motif que la prise en charge du forfait journalier hospitalier par le
régime local n’était pas conforme aux dispositions législatives et que le
déplafonnement des cotisations était indissociable du forfait journalier
puisqu’il visait à en assurer le financement. Toutefois, l’article 66 de la
loi du 19 janvier 1994 susmentionnée a repris les dispositions du décret
de 1985 et a supprimé à l’article L. 242-13 du code de la sécurité sociale
la référence à la limite du plafond de la sécurité sociale. La possibilité de
déduire cette cotisation de l’impôt sur le revenu atténue cependant
légèrement l’effet redistributif du déplafonnement des cotisations.
Pour les retraités bénéficiant du régime local, la cotisation a été
introduite par l’article 3 de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 portant
diverses mesures d’ordre social. D’emblée, avant même la mise en place
de la CSG, ce texte prévoyait que des exonérations pouvaient être prévues
en cas d’insuffisance de ressources. Le décret du 3 août 1989, pris en
application de cet article 3 de la loi de 1987, institue un taux largement
inférieur à celui applicable aux revenus d’activité (0,75 % contre 1,7 % à
cette date) et une exonération des personnes retraités non imposables à
l’impôt sur le revenu. Les autres revenus de remplacement ont été
assujettis à la cotisation d’assurance maladie du régime local encore plus
tardivement, en 1996
20
avec un alignement du taux sur celui appliqué aux
avantages vieillesse. L’application d’un taux unique quelle que soit la
nature des revenus n’a été décidée qu’en 2002 pour répondre au
vieillissement de la population et aux besoins de financement du régime.
Le pourcentage de bénéficiaires de revenus de remplacement exonérés
n’est pas connu de manière systématique par l’instance de gestion du
régime local. Une évaluation de la CRAV d’Alsace-Moselle réalisée en
19 Le déplafonnement des cotisations d’assurance maladie dans le régime général de
base a commencé en 1976 et s’est achevé en 1984.
20 Article 40 de la loi n° 94-637 du 25 juillet 1994 relative à la sécurité sociale. Le
décret n° 95-349 du 31 décembre 1995 fixe une fourchette pour les taux de cotisation
entre 0,75 % et 2,5 %. Le conseil d’administration de l’instance de gestion du régime
local arrête en décembre 1996 un taux de 1 % pour les revenus de remplacement.
COUR DES COMPTES
32
2010, sous réserve des approximations méthodologiques
21
, montre qu’un
peu plus de 50 % des bénéficiaires d’une retraite du régime général
seraient exonérés. Le pourcentage de chômeurs exonérés n’a pu être
communiqué à la Cour
22
.
Ce mode de financement permet une redistribution entre les
différentes
catégories
de
revenus
et
une
redistribution
intergénérationnelle. C’est une grande différence par rapport au mode de
financement des organismes complémentaires facultatifs, lesquels fixent
généralement des cotisations ou primes indépendantes des revenus des
assurés et qui augmentent avec l’âge du bénéficiaire.
III
-
Des charges de fonctionnement faibles
Le régime local d’assurance maladie a la particularité de
fonctionner grâce aux caisses du régime général. Les prestations
complémentaires du régime local sont en effet versées par les CPAM et
les cotisations sont recouvrées majoritairement par les URSSAF
23
.
A - Une structure de gestion récente et réduite
Jusqu’en 1995, le régime local d’assurance maladie ne disposait
pas d’instance propre avec un pouvoir décisionnel. Le service d’intérêts
communs et de coordination (SICC), créé en 1946 et composé des
présidents et directeurs des caisses primaires d’assurance maladie des
trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle ainsi que
de la CRAM et de la CRAV d’Alsace-Moselle, était l’instance locale de
dialogue et de propositions mais sans aucun pouvoir de décision. Celui-ci
appartenait en effet aux conseils d’administration de toutes les CPAM qui
devaient se prononcer à la majorité. Toute décision était de surcroît
suspendue à l’acceptation de la tutelle. De fait, le régime local était
largement géré (notamment pour la fixation des cotisations et des
prestations) au niveau central.
21 Données extraites par la CRAV à partir de l’infocentre mais la catégorie « non
assujettis » recouvre à la fois les bénéficiaires du régime local d’assurance maladie
qui sont exonérés et les titulaires d’une pension versée par la CRAV qui ne sont pas
bénéficiaires du régime local.
22 Pour la CSG, l’exonération appliquée aux indemnités chômage représentait 75 %
de l’assiette de ces indemnités en 2008 (source : rapport de la commission des
comptes de la sécurité sociale de juin 2009).
23 De la même manière, les prestations et les cotisations du régime local agricoles
sont gérées par les caisses de MSA.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
33
La loi du 25 juillet 1994
24
et le décret d’application du 31 mars
1995 instituent une autonomie de gestion du régime local avec
l’instauration d’un conseil d’administration et le principe d’une gestion
des opérations de recettes et de dépenses distinctes de celles du régime
général.
Composition du conseil d’administration du régime local
(Article D.325-3 du code de la sécurité sociale)
Les membres du conseil d’administration sont nommés par arrêté du
préfet de région pour une durée de six ans renouvelable.
Membres délibérants :
23
représentants
des
assurés
sociaux
désignés
par
les
unions
interprofessionnelles départementales du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la
Moselle des organisations syndicales nationales de salariés représentatives
visées au 1° de l’article L. 221-3 :
- CFDT : 7
- CGT : 6
- CGT-FO : 4
- CFTC : 4
- CFE-CGC : 2
1 personne qualifiée appartenant à une organisation de salariés désignée
par le préfet de région
1 représentant de la mutualité désigné par la fédération nationale de la
mutualité française (FNMF)
Membres consultatifs :
1 représentant des associations familiales désigné par l’union nationale des
associations familiales (UNAF);
1 médecin-conseil désigné par le médecin-conseil régional du régime
général de sécurité sociale de la région de Strasbourg ;
1 représentant désigné par les comités départementaux des retraités et des
personnes âgées du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle ;
24 Article 39 de la loi du 25 juillet 1994.
COUR DES COMPTES
34
3 représentants des employeurs désignés par les unions départementales
des organisations professionnelles d’employeurs du Haut-Rhin, du Bas-Rhin
et de la Moselle (3 représentants de l’union professionnelle artisanale - UPA-
actuellement membres du CA).
Le directeur et l’agent comptable du régime local assistent sans voix
délibérative au conseil d’administration.
Le président du conseil d’administration est élu par les membres
délibérant pour la durée du mandat des administrateurs.
Le conseil d’administration est compétent pour
déterminer la nature et le niveau des prestations prises en
charge par le régime local ainsi que les assiettes et taux de
cotisations (dans une fourchette de taux de cotisations
comprises entre 0,75 % et 2,5 % du salaire brut) ;
les opérations budgétaires et comptables (établissement d’un
état prévisionnel des dépenses, arrêté des comptes, fixation des
réserves…) ;
les actes de gestion du régime (règlement intérieur du conseil
d’administration, nomination du directeur et de l’agent
comptable, examen du rapport annuel d’activité…).
Les dispositions législatives ou réglementaires ne précisent pas si
le régime local est doté d’une personnalité juridique propre. Dans le
silence des textes sur la capacité pour ce régime d’ester en justice,
l’existence d’un organe délibérant (le conseil d’administration) et d’une
instance de gestion ne semble pas suffire, au regard de la jurisprudence de
la Cour de cassation
25
, à octroyer la personnalité morale à ce régime.
La tutelle du régime local est exercée, depuis 2009
26
, par la
mission nationale de contrôle et d’audit des organismes de sécurité
sociale (MNC) qui dispose de neuf antennes interrégionales dont une à
Nancy.
Le directeur et l’agent comptable sont choisis parmi les directeurs
et agents comptables des CPAM des trois départements, de la CRAM ou
25 Cour de cassation, 28 janvier 1954, arrêt « Saint-Charmond » qui reconnait la
personnalité morale aux comités d’entreprise même dans le silence de la loi : « La
personnalité civile n’est pas une création de la loi ; elle appartient, en principe, à tout
groupement pourvu d’une possibilité d’expression collective pour la défense d’intérêts
licites, dignes, par suite, d’être juridiquement reconnus et protégés ; »
26 Le décret n° 2009-1597 du 18 décembre 2009 a modifié l’article D.325-5 du code
de la sécurité sociale qui prévoyait que la tutelle était exercée par le préfet de région.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
35
de la CRAV. Actuellement, le directeur du régime local est aussi le
directeur commun de la CRAM et de la CRAV
27
. L’agent comptable du
régime local est l’agent comptable de la CRAM. L’instance de gestion du
régime local comprend au total 5,2 équivalents temps plein
28
dont le rôle
est de faire l’interface avec les CPAM et les URSSAF, préparer les
délibérations du conseil d’administration et les documents réglementaires
(rapport d’activité, rapport de l’agent comptable), assurer la veille
juridique et financière et mettre en oeuvre des actions de prévention en
santé. Statutairement, ces agents sont des salariés de la CRAM d’Alsace-
Moselle.
Compte tenu de cette organisation et du caractère forfaitaire de la
facturation des frais de gestion par la CNAMTS et l’ACOSS (cf. infra),
les charges de fonctionnement du régime local représentent 4,3 M
en
2010, soit moins de 1 % du montant des prestations servies et moins de
1 % des produits (0,94 % des produits totaux et 1,04 % du produit des
cotisations). L’essentiel de ces charges correspond aux frais de gestion
facturés par la CNAMTS et l’ACOSS pour les services rendus au régime
local.
27 Direction commune CRAM – CRAV depuis le 1
er
juillet 2009 dans la perspective
de la création d’une CARSAT Alsace-Moselle
28 2 agents à temps plein, 2 agents à 75 %, 1 agent à 52 %, 1 agent à 88 % et 1 agent
à 30 %. Ces chiffres ne comprennent pas la quotité de travail consacré à la gestion du
régime local par le directeur, le directeur adjoint, l’agent comptable et le fondé de
pouvoir de la CRAM (données : instance de gestion du régime local)
COUR DES COMPTES
36
Ventilation des charges de fonctionnement du régime local
Autre frais
3%
Frais de gestion
ACOSS
39%
Frais de gestion
CNAMTS
50%
Frais de
personnels CRAM
affectés au
régime local
8%
Source : CRAM – instance de gestion du régime local
Rapport de gestion de l’agent comptable pour l’exercice 2010
Les charges de fonctionnement, inférieures à 1 % des prestations et
à 1 % des cotisations, apparaissent relativement faibles au regard des
chiffres habituellement constatés pour le régime de base ou pour les
organismes complémentaires.
Pour la CNAMTS, les charges de gestion du régime général
représentent 4,2 % des prestations versées et 3,9 % des cotisations et
taxes affectées
29
. Toutefois, dès lors que les frais de gestion du régime
local dus à la CNAMTS et à l’ACOSS sont forfaitaires, ces charges
n’intègrent pas les coûts réels afférents au versement des prestations et au
recouvrement des cotisations du régime local et notamment ceux
nécessités par l’adaptation des systèmes d’information.
Pour
les
organismes
complémentaires,
les
charges
de
fonctionnement sont supérieures à 20 % des primes perçues.
29 Source : calculs à partir des comptes combinés 2010 de la branche maladie du
régime général
(charges de gestion courante de 5,9Md
pour 142Md
de prestations
et 152Md
de cotisations et taxes affectées)
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
37
Charges de gestion des organismes complémentaires
Charges de
gestion
totales (en
M
)
dont
frais de
gestion
dont
frais
d’acquisi
tion
dont
frais
d’admini
stration
Primes de
l’exercice
Charges de
gestion en
%
des primes de
l’exercice
Mutuelles
3 427
660
775
1 992
16 192
21,2 %
Assurances
2 126
459
1 022
645
8 070
26,3 %
Institutions de
prévoyance
885
240
208
437
5 097
17,4 %
Total OC
ayant répondu
à l’état
comptable E4
6 438
1 359
2 005
3 074
29 359
21,9 %
Source : Direction de la sécurité sociale (DSS) à partir de l’annexe 2 du
rapport 2010 sur la situation des organismes complémentaires (rapport
prévu à l’article 12 de la LFSS pour 2009) – Données : autorité de contrôle
prudentiel et calculs DREES
Les
charges
de
gestion
importantes
des
organismes
complémentaires, notamment des sociétés d’assurances, proviennent pour
partie des frais engagés pour la commercialisation des produits (dépenses
publicitaires incluses dans la catégorie des frais d’acquisition), dépenses
que n’ont pas à supporter les régimes obligatoires comme le régime
général ou le régime local d’Alsace-Moselle. Même en faisant abstraction
de ces dépenses de commercialisation et en ne prenant en considération
que les dépenses de gestion et les frais d’administration (ventilation du
plan comptable selon que les dépenses sont rattachables ou non à la
gestion effective des contrats), le coût de gestion des organismes
complémentaires s’élève en moyenne à 15 % des primes.
B - Des prestations et des cotisations gérées par des tiers
1 - Les principaux acteurs : les CPAM et les URSSAF
L’instance de gestion du régime local n’assure aucune opération
auprès des assurés et des cotisants du régime local. Les CPAM affilient
les assurés et leur versent les prestations du régime local en même temps
que les remboursements au titre du régime de base. La CRAV d’Alsace-
Moselle
vérifie
les
conditions
d’affiliation
des
retraités
et
l’assujettissement ou non à la cotisation d’assurance maladie selon le
niveau de revenus des retraités. L’ACOSS, via les URSSAF, centralise
les cotisations du régime précomptées sur les salaires. Des conventions
ont été signées avec la CNAMTS (1996) et l’ACOSS (2001) pour
formaliser ces opérations.
COUR DES COMPTES
38
La liquidation des prestations et le recouvrement des cotisations
pour le compte du régime local concernent avant tout les trois CPAM et
les trois URSSAF du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle mais pas
uniquement. En effet, les bénéficiaires du régime local peuvent être
rattachés à des CPAM des autres départements s’ils résident en dehors de
l’Alsace-Moselle. Ce peut être en principe (cf supra) le cas d’un actif
travaillant dans l’un des trois départements mais résidant en dehors de ces
départements, mais il s’agit essentiellement de retraités. Ceux-ci ne sont
en effet soumis à aucune condition de territorialité. Il leur suffit d’avoir
rempli les conditions suffisantes de cotisations au régime local en tant
qu’actif et, pour les retraités imposables, d’acquitter la cotisation de
1,6 %.
Pour les URSSAF, la part des produits de cotisations assises sur les
revenus
d’activité
recouvrés
en
dehors
de
l’Alsace-Moselle
est
substantielle puisqu’elle s’élève à 18 %. Elle résulte de la possibilité pour
les employeurs d’une entreprise ayant plusieurs implantations de verser
l’ensemble de ses cotisations en un lieu unique et du dispositif « très
grandes entreprises » qui oblige les entreprises de plus de 2000 salariés à
effectuer les déclarations et le paiement des cotisations et contributions
sociales auprès de l’une des 8 URSSAF désignées à cet effet.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
39
Répartition des prestations versées et des cotisations
recouvrées sur les revenus d’activité en 2010
Prestations versées par
les CPAM
30
Cotisations recouvrées
par les URSSAF
(revenus d’activité)
Bas-Rhin
136,9 M
40,1 %
137,7 M
42,0 %
Haut-Rhin
84,7 M
24,8 %
57,5 M
17,5 %
Moselle
117,7 M
34,5 %
73,3 M
22,3 %
Autres
départements
2,1 M
0,6 %
59,7 M
18,2 %
Total
341,5 M
100,0 %
328,2 M
100,0 %
Source : cotisations données ACOSS – prestations données CNAMTS
2 - Les frais de gestion dus à la CNAMTS et à l’ACOSS
La rémunération des services rendus par les CPAM et les URSSAF
a été fixée par le décret du 23 mai 1996
31
à 0,5 % des prestations versées
et 0,5 % des cotisations recouvrées, ce qui représente, en 2010, 2,2 M
pour la CNAMTS
32
et 1,7 M
pour l’ACOSS. Il s’agit d’un montant
forfaitaire qui n’est assis sur aucune comptabilité analytique.
L’essentiel des coûts pour la CNAMTS comme pour l’ACOSS est
lié
au
développement
des
systèmes
d’information.
En
gestion
quotidienne, la liquidation des prestations du régime local par les CPAM
ne représente pas une charge de travail supplémentaire notable dans la
mesure où les prestations sont versées en même temps que celles du
régime général. La CPAM du Bas-Rhin ne dispose ainsi pas d’agents
spécifiquement dédiés à la gestion du régime local. Les statistiques sur les
taux de rejet montrent que ce taux est de 2,53 % en 2010 pour la CPAM
du Bas-Rhin, soit un taux proche de la moyenne nationale qui s’établit à
2,57 %. En neutralisant les rejets imputables aux prestations du régime
local, le taux du Bas-Rhin serait de 2,33 %.
30 Les données indiquées dans ce tableau sont celles communiquées par l’agence
comptable de la CNAMTS mais diffèrent de celles communiquées par l’instance de
gestion du régime local (total des prestations versées en 2010 = 376,4 M
) sans
qu’une explication ait pu être donnée à la Cour à ce stade.
31 Décret n° 96-457 du 23 mai 1996 (article D.325-10 du code de la sécurité sociale)
32 Le paiement des frais de gestion à la CNAMTS est suspendu depuis novembre
2008 suite à une décision du conseil d’administration du régime local du 25 novembre
2008 visant à contester l’absence de développement informatique par la CNAMTS
pour mettre en oeuvre le remboursement intégral du ticket modérateur par le régime
local pour les médicaments génériques. La charge à payer comptabilisée à ce titre
s’élève à 4,8 M
au 31.12.2010.
COUR DES COMPTES
40
La connaissance des coûts réels pour le régime général (branche
maladie et branche recouvrement) doit impérativement être améliorée par
le développement des outils de comptabilité analytique. L’essentiel des
coûts supportés résultant des développements informatiques, l’évaluation
pourra porter d’une part sur la charge de travail imputable aux
développements spécifiques pour le régime local et d’autre part sur les
temps passés par les agents en production pour le compte du régime local,
y compris le cas échéant sur des tâches qui concernent à la fois la gestion
des prestations d’assurance maladie de base et des prestations du régime
local.
3 - Les contrôles des prestations effectués par les caisses
primaires d’assurance maladie
Le service rendu par les caisses primaires d’assurance maladie
pose la question du contrôle des indus éventuels versés au titre du régime
local. La condition d’affiliation n’est pas réexaminée chaque année et un
assuré peut continuer à percevoir des prestations du régime local alors
même qu’il n’acquitte plus la cotisation de 1,6 % (ce peut être le cas d’un
assuré qui a une mutation professionnelle dans un département voisin
sans changement de domicile et donc de CPAM de rattachement).
La détection de la perte du bénéfice du régime local est effectuée
au cours des travaux des CPAM visant à améliorer la qualité du fichier
des assurés (à partir d’études de dossiers particuliers) ou au moment de la
liquidation des prestations en espèces lorsqu’est constaté sur la feuille de
paie le non versement de la cotisation due au régime local. Selon la
CPAM du Bas-Rhin, la perspective, à l’horizon 2012-2013, d’une
transmission des traitements nationaux des données annuelles de salaires
devrait se traduire par une ouverture et une fermeture automatique des
droits au régime local selon que la cotisation est payée ou non. Cette
amélioration pourrait toutefois ne pas suffire à supprimer le versement
d’indus dès lors que la carte Vitale des assurés n’est pas mise à jour.
Aujourd’hui, selon les éléments communiqués par la CPAM du Bas-Rhin,
les flux de prestations en nature hors établissements ne sont en effet pas
rejetés en l’absence de mise à jour de la carte Vitale ; les prestations
complémentaires du régime local continuent donc d’être versées même si
la personne n’est plus affiliée.
Au vu de cette situation, il importe de mettre en oeuvre des
rapprochements entre les données disponibles dans les systèmes
d’information de la branche maladie et celles de la branche recouvrement
concernant les bénéficiaires du régime local (par exemple en utilisant les
déclarations préalables à l’embauche des salariés des départements
limitrophes de l’Alsace-Moselle). Il conviendrait par ailleurs d’examiner
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
41
la possibilité de procéder à des rejets de versements de prestations dès
lors que la carte Vitale d’un assuré qui vient d’être désaffilié au régime
local n’a pas été mise à jour.
C - Des circuits de trésorerie et comptables distincts de
ceux du régime de base
Le décret n° 96-457 du 23 mai 1996 dote le régime local
d’assurance maladie d’une autonomie financière en distinguant la gestion
du régime local par rapport à celles des autres organismes de sécurité
sociale.
1 - Les flux de trésorerie
Les circuits de trésorerie garantissent l’absence d’avance de
trésorerie par le régime général pour le versement des prestations sauf la
situation minoritaire des prestations versées par les CPAM en dehors de
l’Alsace-Moselle (2 M
en 2010), comme le synthétise le schéma ci-
après.
Pour le recouvrement des cotisations, le cadre conventionnel
n’apparaît pas totalement conforme aux textes réglementaires, l’article
D.325-10 du code de la sécurité sociale prévoyant que l’ensemble des
cotisations, quelle que soit l’assiette, sont recouvrées par les URSSAF. Si
les cotisations sur les revenus d’activité sont bien recouvrées par les
URSSAF, ce n’est pas le cas pour les revenus de remplacement.
Une convention a certes été signée le 14 mai 2001 entre l’ACOSS
et l’instance de gestion du régime local pour les cotisations assises sur les
revenus de remplacement (« cotisations visées à l’article L. 242-13 I-2°
du code de la sécurité sociale »)
33
.
Toutefois, en 2008, le dispositif de recouvrement par les URSSAF
a été remis en cause pour les cotisations sur les prestations de retraite
complémentaire servies par l’AGIRC et l’ARRCO. Une convention
spécifique a en effet été signée en juin 2008 pour introduire à partir du
1
er
janvier 2009 un prélèvement des cotisations du régime local par
l’AGIRC/ARRCO et un reversement des sommes ainsi recouvrées au
33 L’instance de gestion du régime local considère que cette convention de 2001 vise
également, à l’article 3, les cotisations assises sur les revenus d’activité. La Cour
constate au contraire que l’article 3 ne fait référence aux revenus d’activité que pour
préciser que les modalités d’encaissement puis de reversement des cotisations sur les
revenus de remplacement suivent celles applicables aux cotisations sur les revenus
d’activité
COUR DES COMPTES
42
régime local. Un avenant à la convention du 14 mai 2001 a été signé en
mars 2009 pour tenir compte de cette évolution.
Pour le recouvrement des cotisations sur les retraites de base, les
cotisations sont précomptées sur les prestations vieillesse par la CRAV
d’Alsace-Moselle qui les reversent au régime local (convention du
1
er
janvier 2010). Pour les cotisations des retraités ne dépendant pas de la
CRAV d’Alsace-Moselle, ce sont les caisses de retraite compétentes qui
versent la cotisation au régime local.
Pour le recouvrement des cotisations sur les allocations chômage,
le flux de trésorerie est également un flux direct entre Pôle emploi et
l’instance de gestion du régime local (convention du 5 juin 1998 avec des
frais de gestion égaux à 0,5 % des cotisations précomptées). Le transfert
du recouvrement des cotisations chômage aux URSSAF au 1
er
janvier
2011 n’a pas impacté le circuit de trésorerie sur le recouvrement de la
cotisation de 1,6 % précomptées sur les allocations chômage.
RESUME
43
Principaux flux de trésorerie avec le régime local d’assurance
maladie
Source : Cour des comptes à partir des informations de l’instance de gestion
du régime local et des dispositions des articles D.325-16 à D.325-20 du code
de la sécurité sociale
URSSAF
URSSAF
URSSAF
ACOSS
Régime local Alsace Moselle
15 du mois : versement d’un
acompte puis régularisation
CPAM 67
CPAM 68
CPAM 57
Paiement ex ante : virement
quotidien correspondants aux
besoins de trésorerie pour paiement
des prestations en J+1
(informations données par chacune
des 3 CPAM)
CNAMTS
1)
Dotation globale : acompte
dernier jour du mois et
régularisation fin d’exercice
2)
Paiement sur facture (ex post)
pour les dépenses engagées
pour le régime local par les
CPAM autres que 67, 68 et 57
et les CGSS
Pôle emploi
CRAV
Cotisations sur allocations chômage
Cotisations sur
retraites de base
Organismes de retraite
complémentaire
Cotisations sur
retraite
complémentaire
URSSAF
Cotisations
revenus d’activité
Autres régimes de base
44
COUR DES COMPTES
2 - Les procédures comptables
Les comptes du régime local d’assurance maladie, qui bénéficie de
l’autonomie financière, sont établis par l’agent comptable de l’instance de
gestion du régime local et arrêtés par le conseil d’administration de
l’instance de gestion du régime local. Depuis l’exercice 2009, ces
comptes font l’objet, à la suite d’une initiative de l’instance de gestion du
régime local, d’une mission confiée à un commissaire aux comptes qui en
a certifié la sincérité, la conformité et l’image fidèle pour les exercices
2009 et 2010.
Une difficulté juridique a été soulevée par le régime local sur le
mode d’approbation des comptes à la suite de la suppression des comités
régionaux d’examen des comptes (COREC). Jusqu’à la loi organique du
2 août 2005 relative aux lois de financement de la sécurité sociale,
l’approbation des comptes du régime local suivait en effet le même
régime juridique que les organismes de sécurité sociale du régime général
(examen par le COREC puis approbation par le directeur régional des
affaires sanitaires et sociales). La loi organique du 2 août 2005 en
prévoyant une validation des comptes des organismes de base par l’agent
comptable de la caisse nationale et une certification des comptes
combinés du régime général et des caisses nationales par la Cour des
comptes ne traite que des régimes de base de sécurité sociale. Les
comptes du régime local d’assurance maladie n’entrent pas dans le
périmètre de combinaison des comptes certifiés par la Cour des comptes.
Dans un courrier du 2 novembre 2010 adressé au directeur et à l’agent
comptable de l’instance de gestion du régime local, le directeur de la
sécurité sociale encourage la démarche de certification par un
commissaire aux comptes et confirme que le régime local étant un régime
complémentaire obligatoire et non un régime de base, il n’est pas
concerné par l’attestation de quitus de l’agent comptable.
Pour les exercices 2009 et 2010, le commissaire aux comptes a
certifié que les comptes annuels du régime local d’assurance maladie
étaient réguliers et sincères et donnaient une image fidèle du résultat des
opérations de l’exercice écoulé tout en formulant des recommandations
sur le contrôle interne (contrôle de l’exhaustivité des écritures
comptables, séparation de fonctions entre les agents en charge de la
préparation et de la validation des virements effectués par internet), sur la
comptabilisation des frais de gestion, sur le reclassement de certains
comptes de placement financiers et sur la comptabilisation des intérêts
courus non échus. Les comptes de l’exercice 2010 ont été pour la
première fois élaborés en droits constatés s’agissant des recettes de
l’ACOSS.
UN REGIME COMPLEMENTAIRE OBLIGATOIRE TRES ANCRE DANS
L’HISTOIRE ET LA CULTURE LOCALES
45
Par ailleurs, dans le cadre de son audit des comptes combinés de
l'activité de recouvrement, la Cour s'est assurée de la correcte répartition
entre le régime local d'Alsace-Moselle et les autres attributaires des
cotisations déclarées par les employeurs du secteur privé au cours de
l'année 2010.
__________
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
________
Le
régime
complémentaire
obligatoire
d’Alsace-Moselle
s’applique aux deux tiers des assurés de ces territoires mais les
statistiques sur les bénéficiaires ne sont pas homogènes, ce qui pose le
problème d’une connaissance fine de la population totale couverte. Il se
caractérise par un mode de financement très solidaire fondé sur une
cotisation complémentaire payée par les seuls assurés et assis sur les
revenus du travail et les revenus de remplacement. L’application de cette
cotisation et, par voie de conséquence, l’attribution du bénéfice du
régime complémentaire obligatoire, aux salariés travaillant en dehors
des trois départements concernés mais dans des entreprises dont le siège
social est situé dans ces territoire, n’est pas mise en oeuvre dans des
conditions irrégulières en l’absence de modification législative sur ce
point.
Les charges de fonctionnement très faibles du régime s’expliquent
par un mode de gestion assis sur le réseau des caisses du régime général
(CPAM et URSSAF). Le caractère forfaitaire des frais de gestion versés
par le régime local ne permet toutefois pas d’appréhender la réalité
exacte des coûts de la gestion du régime local pour les branches maladie
et recouvrement du régime général.
La Cour recommande ainsi de :
1. réaliser les études nécessaires à la bonne connaissance
statistique des bénéficiaires du régime local d’assurance maladie ;
2. préciser, par une disposition législative, le champ d’application
de la cotisation de 1,6 % due par les salariés du régime local (salariés du
régime général et du régime agricole) pour mettre les textes en
conformité avec la pratique s’agissant de l’assujettissement de salariés
ne travaillant pas en Alsace-Moselle mais dépendant d’un entreprise
ayant son siège social sur ce territoire ;
3. clarifier le cadre réglementaire et conventionnel déterminant les
modalités de recouvrement de la cotisation de 1,6 % due au régime
local
;
COUR DES COMPTES
46
4. modifier le système de facturation par la CNAMTS et l’ACOSS
des coûts de gestion du régime local pour parvenir à une facturation au
coût réel (modification de l’article D.325-10 du code de la sécurité
sociale) ;
5. développer le contrôle des indus versés aux bénéficiaires du
régime local.
Chapitre II
Un équilibre financier du régime,
garanti par des règles de gestion
spécifiques
Le régime local d’assurance maladie est actuellement un régime
équilibré avec un résultat excédentaire de 7 M
en 2010 et un niveau de
capitaux propres de 270 M
au 31 décembre 2010. Cette situation ne
permet toutefois pas de faire des comparaisons avec celle du régime de
base d’assurance maladie. Le régime local est en effet un régime
obligatoire mais complémentaire avec des règles de gestion propres.
Il n’est pas possible de construire un compte de résultat
« régional » de l’assurance maladie de base en rapprochant les prestations
d’assurance maladie versées par les trois CPAM de la région et les
recettes du régime général recouvrées par les trois URSSAF et affectées à
la branche maladie. La principale difficulté est liée au mode de
recouvrement des cotisations et contributions sociales. Celles qui sont
recouvrées par les trois URSSAF d’Alsace-Moselle ne rendent en effet
pas compte des produits correspondant à la masse salariale de ces
départements du fait des dispositifs juridiques sur le versement en lieu
unique
34
et sur les très grandes entreprises.
Il n’y a cependant aucune raison pour que la partie « régime de
base d’assurance maladie » ne soit pas déficitaire dans cette région
d’Alsace-Moselle comme dans le reste de la France. Les consommations
34 Les trois URSSAF d’Alsace-Moselle encaissent des cotisations pour des
entreprises situées hors des trois départements. Inversement, certaines entreprises
installées dans les trois départements versent les cotisations à une URSSAF d’un autre
département.
COUR DES COMPTES
48
de soins sont en effet comparables. Pour ce qui est des recettes, l’Alsace
est une région où le taux de chômage est plus faible que dans le reste de
la France (8,3 % contre 9,3 % France entière au dernier trimestre 2010
35
)
mais qui a été davantage touchée par la dégradation de la situation
économique
36
. C’est aussi l’une des régions où la proportion de foyers
non imposables est la plus forte (40,5 % en 2008
37
).
I
-
La situation financière du régime local
La situation financière du régime local a beaucoup fluctué sur les
dernières décennies. Les difficultés rencontrées dans les années 1980 ont
conduit à modifier les règles de gestion du régime et à instaurer des règles
de régulation permettant de garantir un niveau minimal de réserves et
ainsi une situation financière cumulée excédentaire.
A - L’évolution des soldes comptables
La situation financière du régime local n’a pas toujours été
équilibrée. Dans les années 1980, le compte de résultat s’est fortement
dégradé sous l’effet notamment de la prise en charge du forfait journalier
hospitalier institué en 1983. Les déficits se sont accumulés entre 1983
(déficit de 10,8 M
) et 1989 (déficit record de 15,9 M
) provoquant une
réduction très forte du fond de roulement (de +66 M
en 1982 à -15,2 M
en 1989). Le redressement opéré à partir de 1990 est imputable à
l’augmentation de 0,2 % du taux de cotisation sur les salaires et à
l’instauration d’une cotisation sur les pensions de retraite.
Les difficultés financières du régime local sont à l’origine des
débats qui ont eu lieu au début des années 1990 sur l’avenir du régime
(mission confiée en mars 1990 au président du comité économique et
social d’Alsace – rapport d’information de la commission des affaires
sociales du Sénat en juin 1992) et qui ont abouti à l’autonomie de gestion
du régime. Depuis la mise en place de son nouveau statut en 1994-1995,
la situation financière du régime a été équilibrée à l’exception des années
2001, 2002, 2003 et 2008.
35 Source : INSEE
36 Cf. rapport de l’observatoire régional de santé d’Alsace « Etat de santé et
déterminants de santé en Alsace », septembre 2010.
37 Source : rapport précité de l’observatoire régional de santé d’Alsace – données
DGFIP
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
49
Résultats comptables du régime local 2001-2010
-9,94
-16,63
7,67
28,53
73,91
-0,24
-3,60
16,65
7,71
0,29
-30,00
-20,00
-10,00
0,00
10,00
20,00
30,00
40,00
50,00
60,00
70,00
80,00
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
En millions d'euros
Charges, produits et résultats du régime local 2004-2010
Année
Charges
Produits
Résultat
2004
417,9 M
434,5 M
16,6 M
2005
423,5 M
431,1 M
7,6 M
2006
426,6 M
455,1 M
28,5 M
2007
433,1 M
506,9 M
73,9 M
2008
465,1 M
464,9 M
-0,2 M
2009
451,6 M
451,9 M
0,3 M
2010
452,8 M
460,5 M
7,7 M
Source : graphique Cour des comptes – données instance de gestion du
régime local
En 2010
38
, les produits du régime local atteignent 461 M
. Les
cotisations sur les revenus d’activité représentent 72 %, les cotisations sur
les pensions de retraite de base 10 %, les cotisations sur les retraites
complémentaires 8 % et les cotisations sur les autres revenus de
remplacement moins de 1 %. Les produits financiers, issus des
38 Source : rapport de l’agent comptable du régime local – exercice 2010
COUR DES COMPTES
50
placements des réserves, sont non négligeables (6,3 M
et 1,4 % des
produits). Pendant longtemps ont subsisté des carences dans le
recouvrement des cotisations sur les avantages vieillesse des retraités
polypensionnés malgré les démarches mises en oeuvre par l’instance de
gestion du régime local. Celle-ci, suite à une décision du conseil
d’administration du 29 novembre 2010, a mis en demeure 17 régimes
d’assurance vieillesse pour exiger qu’ils prélèvent la cotisation due au
titre du régime local et la lui reversent. Cette démarche a été suivie
d’effets à l’exception du régime social des indépendants (RSI).
L’essentiel des dépenses porte sur les prestations maladie versées
aux assurés, aux établissements de santé ou aux professionnels de santé
en cas de tiers payant (85 %). Le forfait journalier hospitalier représente à
lui seul 13 % des charges du régime local. Celui-ci participe également au
financement de la dotation globale hospitalière (12 % des charges du
régime) et de différents fonds nationaux (fonds pour la modernisation des
établissements de santé publics et privés [FMESPP]; établissement pour
la prévention des risques d’urgence sanitaire [EPRUS]). Les actions de
prévention (maladies cardio-vasculaires et cancer) représentent moins de
0,1 % du budget. Les dépenses de fonctionnement s’établissent à moins
de 1 % ( du fait notamment des frais de gestion forfaitaires).
B - Un équilibre financier acquis grâce aux réserves
En 2010, le résultat comptable excédentaire de 7 M
est obtenu
grâce aux produits financiers. Hors résultat financier et résultat
exceptionnel, le résultat d’exploitation est en effet déficitaire de 1,5 M
.
Il en était de même en 2009.
Résultats d’exploitation et résultats globaux
En millions d'euros
2005
2006
2007
2008
2009
2010
Résultat d'exploitation
-15,8
22,3
33,1
-8,7
-14,4
-1,5
Résultat comptable global
7,7
28,52
73,9
-0,23
0,3
7,7
Source : rapports d’activité et financier des années 2005 à 2010 de l’instance
de gestion du régime local
A la fin de chaque exercice, le solde disponible est affecté dans un
fonds de réserve en application de l’article L.325-10 du code de la
sécurité sociale. La situation financière du régime, majoritairement
excédentaire depuis 1990, a permis de reconstituer un niveau de réserve
important qui atteint, au 31 décembre 2010, 270 M
.
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
51
Résultats annuels et évolution des réserves
173,14
156,50
152,90
169,55
177,22
205,75
279,66
262,16
262,45
270,16
-9,94
-16,63
-3,60
16,65
7,67
28,53
7,71
73,91
0,29
-0,24
0,00
50,00
100,00
150,00
200,00
250,00
300,00
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
En millions d'euros
-30,00
-20,00
-10,00
0,00
10,00
20,00
30,00
40,00
50,00
60,00
70,00
80,00
Réserves = capitaux propres
Résultat de l'exercice
Source : graphique Cour des comptes – données instance de gestion du
régime local
Le régime local peut placer ses disponibilités en placements ou
valeurs d’Etat ou garantis par l’Etat, en billets de trésorerie ou certificats
de dépôts et dans des organismes de placements collectifs en valeur
mobilière (OPCVM)
39
. Les décisions en matière de placement sont prises
par une commission créée par le conseil d’administration et réunissant
certains de ces membres, la commission des marchés. La gestion de
placements relève de l’agent comptable. Les placements représentent, au
20 juillet 2011, 312,6 M
. L’essentiel de ces placements sont constitués
d’obligations de moyen terme (inférieures à 10 ans). Les établissements
bancaires sont sélectionnés, sur des lots prédéfinis, par la commission des
marchés du régime local et selon une procédure d’appel d’offre. Le
39 Article D.325-20 du code de la sécurité sociale
COUR DES COMPTES
52
rendement financier a atteint 5,32% en 2008, 3,83% en 2009 et 3,03% en
2010.
C - Des dispositions réglementaires de régulation pour
garantir une situation financière cumulée excédentaire
L’autonomie du régime local en 1995 s’est accompagnée de la
mise en place d’un cadre juridique garantissant l’équilibre financier du
régime (article D.325-12 à D.325-14 du code de la sécurité sociale). Il est
créé un fonds spécifique pour l’affectation des excédents (le fonds de
réserve). Le mécanisme de régulation fonctionne en deux temps :
la 1
ère
étape intervient en cours d’exercice sous la responsabilité
du conseil d’administration. Si, au 1er octobre, les prévisions
de l’agent comptable montrent que le fonds de réserve est
inférieur à 8 % des prestations versées l’année précédente, le
conseil d’administration doit, avant le 15 décembre, prendre les
mesures nécessaires pour rétablir l’équilibre financier (modifier
la liste des prestations, réduire les taux de prise en charge,
majorer la cotisation) ;
la 2
ème
étape s’ajoute à la 1
ère
si celle-ci n’a pas suffi et
intervient à la clôture des comptes, sous la responsabilité des
ministres de tutelle. Si le déficit n'est pas résorbé, le préfet de
région saisit le ministre chargé de la sécurité sociale et le
ministre chargé du budget qui prennent les décisions de
régulation, sous forme de mesures réglementaires, à la place du
conseil d’administration.
Inversement, dès que le montant des crédits du fond de réserve
excède 20 % des prestations versées l’année précédente, le conseil
d’administration peut décider de diminuer le taux des cotisations (dans
une fourchette comprise entre 0,75 et 2,5 %).
Ce mécanisme, décentralisé, dont l’objectif initial était de remédier
au manque de réactivité des décisions prises nationalement avant 1995,
fonctionne bien. Les décisions d’évolution des prestations et des
cotisations sont prises par le conseil d’administration, le plus souvent de
manière consensuelle, en fonction de la situation du fonds de réserve de
manière plus prudente que ce que prévoient les textes réglementaires.
Ainsi, depuis 1995, s’agissant des revenus d’activité, les
cotisations ont été augmentées à deux reprises (décisions du conseil
d’administration de décembre 2002 et de janvier 2006) et réduites à
quatre reprises (décisions du conseil d’administration de décembre 1995,
juin 2000, juin 2007 et décembre 2007).
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
53
Ce système, même s’il se traduit par des déficits d’exploitation
(hors résultat financier et résultat exceptionnel) sur les trois dernières
années,
peut
permettre
une
politique
contracyclique
en
évitant
d’augmenter les cotisations en période de crise économique grâce aux
réserves financières accumulées les années précédentes.
II
-
Des indicateurs de dépenses de santé
comparables à ceux du reste du territoire
Une analyse comparée des dépenses de santé en Alsace-Moselle et
dans le reste du territoire est intéressante à un double titre. Elle permet,
d’une part, d’examiner si une prise en charge obligatoire plus importante
des dépenses d’assurance maladie par la solidarité nationale (ou
régionale) peut être une source de dépenses de santé plus importantes.
Elle permet, d’autre part, de regarder si l’équilibre financier du régime
local est dû à des comportements des assurés plus vertueux que dans les
autres départements. La plupart des données disponibles, notamment
celles du rapport du Gouvernement au Parlement de septembre 2010 en
application de l’article 122 de la loi HPST du 21 juillet 2009
40
, sont
présentées par région. Les développements qui suivent se concentrent par
conséquent sur l’Alsace et ne couvrent pas systématiquement le
département de la Moselle rattaché à la région Lorraine.
A - Des comportements de consommation médicale
similaires à ceux des autres départements
1 - Des indicateurs de l’état de santé légèrement plus défavorables
Plusieurs indicateurs peuvent être utilisés pour étudier l’état de
santé de la population : l’espérance de vie à la naissance, la mortalité
prématurée avant 65 ans, le nombre de personnes en affections longue
durée (ALD), etc.
En termes d’espérance de vie, l’Alsace se situe en 2007 dans la
moyenne nationale (77,8 ans pour les hommes, soit 0,3 années de mieux
que la moyenne nationale, et 84 ans pour les femmes soit 0,3 année en
40 L’article 122 de la loi du 21 juillet 2009 prévoit que le gouvernement présente au
Parlement, avant le 15 septembre 2010, un rapport évaluant l’intérêt qu’il y aurait à ce
qu’un sous-objectif de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie identifie
une enveloppe destinée à contribuer à la réduction des inégalités interrégionales de
santé.
COUR DES COMPTES
54
dessous de la moyenne nationale). La mortalité prématurée avant 65 ans y
est en revanche moins fréquente que dans la plupart des autres régions.
Avec un taux de décès de 187 pour 100.000, l’Alsace est en effet la 4
ème
région en termes de taux standardisé de mortalité prématurée sur la
période 2005-2007
41
.
L’Alsace est la région où le taux comparatif d’admissions en ALD
est le plus important, essentiellement en raison des taux d’admissions très
élevés pour les maladies cardio-vasculaires et le diabète. Près de 40 000
personnes sont admises en affection de longue durée chaque année dans
cette région. En cinq années (2000-2002 à 2005-2007), le nombre
d’admissions a progressé de 17 %, ce qui s’explique aussi par le
vieillissement et l’augmentation de la population régionale.
42
2 - Une offre de soins caractérisée par un secteur hospitalier
proportionnellement plus important que le secteur ambulatoire
L’Alsace a une forte tradition hospitalière qui n’est probablement
pas sans lien avec l’existence du régime local d’assurance maladie qui
prend en charge à 100 % les dépenses hospitalières. C’est aussi une
région où se sont historiquement développés des établissements privés
confessionnels. L’Alsace est de surcroît une région dotée d’un centre
hospitalier universitaire (CHU) important à Strasbourg qui attire des
patients venus d’autres régionaux, en particulier de Lorraine, bien que
cette dernière soit aussi bien dotée en nombre de lits par habitants que
l’Alsace.
41 Source : rapport de l’observatoire régional de santé d’Alsace (ORSAL) « Etat de
santé et déterminants de santé en Alsace », septembre 2010.
42 Source : idem (rapport ORSAL)
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
55
Densité de lits et places en établissements de santé
pour 10 000 habitants en 2008
Source : SAE 2008.
Source : rapport du Gouvernement au Parlement de septembre 2010 en
application de l’article 122 de la loi HPST du 21 juillet 2009
En termes d’offre de soins ambulatoires, la situation est plus
contrastée selon les départements et selon les spécialités. Le Bas-Rhin, du
fait de la présence d’un CHU, se singularise par une forte proportion de
généralistes et de spécialistes. De manière générale, les données de
l’année 2007 montrent que la densité de médecins généralistes est
légèrement plus forte que dans le reste de la France et que la densité
d’infirmières et surtout de masseurs-kinésithérapeutes y est en revanche
plus faible.
COUR DES COMPTES
56
Densité des professionnels de santé libéraux (pour 100.000
habitants) en 2007
Généralistes
Spécialistes
Infirmiers
Masseurs-
kinésithérapeutes
Alsace-
Moselle
90
83
66
52
Moselle
85
66
81
48
Bas-Rhin
101
101
65
60
Haut-Rhin
80
78
47
44
France
hors
Alsace-
Moselle
86
86
90
74
Source : tableau DSS – données SNIR (système national inter-régimes)
3 - Une consommation de soins très proche de la moyenne
nationale
Sur les soins de ville, la dépense moyenne par assuré en Alsace est
de 1 005
en 2007, c’est-à-dire équivalente à la moyenne nationale de
1 006
. L’Alsace se classe ainsi au 11
ème
rang des régions de France
métropolitaine. En tenant compte de l’état de santé de la population
(ALD, mortalité, etc.) et de sa structure par âge, la dépense par personne
et par an est de 955
et place l’Alsace au 17
ème
rang, bien en-deçà de la
moyenne nationale. La meilleure prise en charge de la dépense par
l’intervention complémentaire du régime local par rapport au régime
général ne semble donc pas induire un accroissement de la consommation
des soins de ville.
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
57
Consommations de soins de ville par région
La moyenne nationale pour la consommation de soins de ville est de
1 006
par assuré.
Rang
Régions
Consom-
mation
observée
(
/tête)
% de
plus de
65 ans
Indice
d’exonéra-
tion pour
ALD
Indice
ICM
(indicateur
comparatif
de
mortalité)
Ecart à la
moyenne
expliquée par
les
caractéristiques
de la population
(
/tête)
Consom-
mation
standardisée
(
/tête)
1
Corse
1 553
17 %
120
105
285
1 268
2
PACA
1 315
17 %
108
101
139
1 1176
3
Languedoc-
Roussillon
1 243
16 %
108
104
115
1 128
4
Aquitaine
1 108
16 %
103
101
84
1 023
5
Midi-
Pyrénées
1 095
15 %
100
101
10
1 084
6
Limousin
1 079
18 %
100
102
96
983
7
Auvergne
1 023
17 %
117
108
139
884
8
Nord Pas de
Calais
1 021
11 %
98
119
-92
1 113
9
Bourgogne
1 018
17 %
104
102
96
922
10
Lorraine
1 010
14 %
92
112
-49
1 059
11
Alsace
1 005
14 %
104
105
50
955
12
Picardie
996
13 %
101
114
-19
1 015
13
Bretagne
988
15 %
106
111
37
950
14
Champagne-
Ardenne
977
14 %
96
109
-7
984
15
Rhône-Alpes
975
14 %
97
98
-48
1 023
16
Poitou-
Charentes
974
16 %
90
99
-30
1 004
17
Centre
966
16 %
96
101
-2
968
18
Haute-
Normandie
956
14 %
104
108
-19
975
19
Franche-
Comté
930
15 %
98
106
-21
950
20
Basse-
Normandie
916
15 %
95
105
-40
956
21
Ile de France
873
12 %
98
90
-72
945
22
Pays de Loire
866
14 %
94
97
-112
979
Source : annexe 7 du PLFSS 2010 – données 2007 CNAMTS, calculs DREES
COUR DES COMPTES
58
En revanche, la structure des soins de ville peut être impactée par
l’existence du régime local. La part des dépenses exonérées de ticket
modérateur par rapport à celles non exonérées est en effet moins forte en
Alsace-Moselle (44 % de la dépense en 2007) que sur l’ensemble du
territoire métropolitain (55 % pour la même année). Ce constat peut
sembler d’autant plus surprenant que la proportion de personnes en ALD
est plus importante en Alsace-Moselle que dans le reste de la France
(17,4 % en Alsace contre 16 % France métropolitaine en 2009).
Pour les dépenses hospitalières, l’Alsace se situe très légèrement
au-dessus de la moyenne nationale. La dépense moyenne par assuré est de
637
dans cette région contre 632
France entière. Après corrections en
fonction des facteurs sanitaires et démographiques, cette dépense en
région Alsace s’établit à 666
par assuré.
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
59
Consommations hospitalière par région (court séjour)
La moyenne nationale pour la consommation hospitalière est de 632
par
assuré.
Rang
Régions
Consommat
ion
observée
(
/tête)
% de plus
de 65 ans
Indice
d’exonérat--
ion pour
ALD
Indice ICM
(indicateur
comparatif
de
mortalité)
Ecart à la
moyenne
expliquée par les
caractéristiques de
la population
(
/tête)
Consommation
standardisée
(
/tête)
1
Corse
729
17 %
120
105
60
669
2
Bourgogne
712
17 %
104
102
52
660
3
Limousin
706
18 %
100
102
95
610
4
Lorraine
692
14 %
92
112
16
676
5
Champagne-
Ardenne
686
14 %
96
109
18
669
6
Languedoc-
Roussillon
672
16 %
108
104
38
634
7
Aquitaine
666
16 %
103
101
38
628
8
PACA
665
17 %
108
101
28
636
9
Poitou-
Charentes
664
16 %
90
99
48
616
10
Picardie
657
13 %
101
114
-2
659
11
Basse-
Normandie
657
15 %
95
105
34
623
12
Auvergne
650
17 %
117
108
66
584
13
Midi-Pyrénées
644
15 %
100
101
23
622
14
Nord Pas de
Calais
643
11 %
98
119
0
643
15
Alsace
637
14 %
104
105
-29
666
16
Centre
634
16 %
96
101
25
603
17
Franche-
Comté
633
15 %
98
106
9
624
18
Bretagne
629
15 %
106
111
44
585
19
Haute-
Normandie
922
14 %
104
108
-2
624
20
Rhône-Alpes
598
14 %
97
98
-27
626
21
Pays de la
Loire
591
14 %
94
97
-9
600
22
Ile de France
571
12 %
98
90
-92
663
Source : annexe 7 PLFSS 2010 – données CNAMTS 2007, calculs DREES
COUR DES COMPTES
60
Comme le montrent les analyses du rapport du gouvernement au
Parlement de septembre 2010 en application de l’article 122 de la loi
HPST du 21 juillet 2009 (cf. graphique ci-dessous), la consommation
annuelle de soins de ville par habitant en Alsace est inférieure de 5 % à la
moyenne nationale de consommation de soins de ville et celle de soins
hospitaliers de court séjour est supérieure de 5 % à la moyenne nationale
de consommation par habitant de soins hospitaliers. Au total, l’Alsace se
classe donc en 12
ème
position sur 22.
Écarts régionaux de consommations standardisées de soins de
ville et de soins hospitaliers de court séjour par rapport aux
consommations moyennes nationales correspondantes
-15%
-10%
-5%
0%
5%
10%
15%
20%
25%
30%
35%
Auvergne
Haute-Normandie
Bretagne
Pays de la Loire
Franche-Comté
Ile-de-France
Centre
Basse-Normandie
Rhône-Alpes
Bourgogne
Alsace
Picardie
Champagne-Ardenne
Nord-Pas-de-Calais
Poitou-Charentes
Limousin
Midi-Pyrénées
Aquitaine
Lorraine
Languedoc-Roussillon
Provence-Alpes-Côte d'Azur
Corse
Soins de ville
Soins hospitaliers
Source : rapport du Gouvernement au Parlement de septembre 2010 en
application de l’article 122 de la loi HPST du 21 juillet 2009
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
61
B - Des dépassements d’honoraires sans lien apparent
avec l’existence d’un régime complémentaire
obligatoire
L’Alsace est, avec la région parisienne, les Alpes Maritimes et le
Rhône, un des territoires où les taux de dépassements d’honoraires est le
plus important. Elle se caractérise à la fois par une forte proportion de
médecins à honoraires libres et par des niveaux de dépassements élevés.
La dernière étude réalisée par la CNAMTS
43
montre qu’en 2010, 26 %
des médecins exercent en secteur 2 en Alsace (4 % chez les généralistes
et 46 % chez les spécialistes). Au niveau national, 24 % des médecins
sont en secteur 2 (7 % pour les généralistes et 41 % pour les spécialistes).
Les spécialités les plus concernées par cette activité en honoraires libres
sont la chirurgie (85 % en Alsace comme au niveau national), la
gynécologie-obstétrique (70 % en Alsace et 66 % au niveau national),
l’ORL (68 % en Alsace et 56 % au niveau national), l’ophtalmologie
(55 % en Alsace et 53 % au niveau national). La tendance est plutôt à un
accroissement du secteur 2 avec un tiers des nouveaux médecins qui
s’installent dans ce secteur en Alsace. Cette forte présence du secteur 2
est plus sensible dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin. La situation du
département de la Moselle est en revanche très différente : seuls 10 % des
praticiens exercent en secteur 2.
Part des effectifs en secteur 2 (ou secteur 1 avec droit à
dépassement permanent) – année 2010
Bas-
Rhin
Haut-
Rhin
Moselle
France
entière
Généralistes
(sans
mode
d’exercice
particulier)
5 %
3 %
2 %
7 %
Spécialistes
49 %
40 %
18 %
41 %
Anesthésistes
67 %
47 %
0 %
34 %
Chirurgiens
90 %
76 %
59 %
85 %
Gynécologues
obstétriciens
71 %
66 %
26 %
66 %
ORL
75 %
54 %
38 %
56 %
Ophtalmologues
67 %
33 %
27 %
53 %
Total médecins
28 %
22 %
10 %
24 %
Source : CNAMTS
43 Point d’information CNAMTS 17 mai 2011 – données départementales obtenues
par la CNAMTS le 2 septembre 2011
COUR DES COMPTES
62
Le dépassement facturé moyen n’a cessé d’augmenter. Il est passé
de 36 % en 1996 à 60 % en 2010 du tarif opposable. Parmi les 7
spécialités (dermatologie, la gynécologie, l’ophtalmologie, la gastro-
entérologie, l’ORL, la psychiatrie et la rhumatologie) étudiées par
l’Union régionale des caisses d’assurance maladie (URCAM) Alsace en
septembre 2008
44
, le montant des dépassements représente en moyenne,
en secteur 2, 64 % du montant remboursable.
Evolution des taux de dépassement en secteur 2 en Alsace-
Moselle
1996
2000
2005
2009
2010
Généralistes
38 %
44 %
41 %
44 %
46 %
Spécialistes
34 %
42 %
52 %
59 %
60 %
Chirurgiens
45 %
52 %
67 %
76 %
81 %
Anesthésistes
34 %
47 %
64 %
71 %
73 %
Gynécologues obstétriciens
et médicaux
40 %
46 %
61 %
72 %
73 %
ORL
34 %
35 %
40 %
47 %
48 %
Ophtalmologues
33 %
45 %
53 %
62 %
61 %
Pédiatres
25 %
30 %
37 %
49 %
49 %
Total médecins
36 %
43 %
52 %
58 %
60 %
Source : CNAMTS
Toutefois, il n’est pas possible d’établir une corrélation entre
l’existence du régime local d’assurance maladie et l’importance des
dépassements d’honoraires. L’Alsace n’est pas la seule région confrontée
à cette problématique. C’est aussi le cas d’autres régions ou départements
avec des métropoles importantes dotées de grands centres hospitaliers
universitaires (région parisienne, Rhône, Alpes Maritimes). La Moselle
qui bénéficie pourtant du même niveau de couverture d’assurance
maladie obligatoire que l’Alsace n’est de surcroît pas concernée par ce
phénomène de dépassements d’honoraires plus importants que dans le
reste de la France. La situation de l’Alsace serait donc davantage le fait
d’un pouvoir d’achat de la population relativement élevé et de la présence
d’un CHU important.
44 URCAM Alsace « Dépassements d’honoraires et accès aux soins, la situation en
Alsace », 12 septembre 2008
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
63
III
-
Un impact moindre des transferts de charges
de l’assurance maladie de base sur le régime local
Comme les organismes complémentaires facultatifs, le régime
local a subi depuis trente ans des transferts de charges de l’assurance
maladie obligatoire, mais dans des proportions plus limitées puisque son
champ d’intervention et son régime fiscal sont différents de ceux des
mutuelles, des sociétés d’assurances et des institutions de prévoyance.
Les décisions prises localement par le conseil d’administration de
l’instance de gestion ont de surcroît permis de réduire les effets de ces
transferts.
A - Des transferts plus limités que ceux subis par les
organismes complémentaires facultatifs
Les dépenses du régime local se sont modérément accrues ces
dernières années (+8,4 % entre 2004 et 2010). Une partie de cette
progression est imputable aux transferts de charges opérés depuis
l’assurance
maladie
obligatoire
de
base.
Ces
transferts
sont
essentiellement de trois ordres :
le forfait hospitalier journalier, créé en 1983, et dont la prise en
charge par le régime local a été imposée par le pouvoir
réglementaire malgré l’opposition à l’époque des conseils
d’administration des caisses primaires d’assurance maladie. Le
montant du forfait hospitalier a régulièrement augmenté,
passant de 3,05
(20 francs) à 18
par jour aujourd’hui (13,50
pour un séjour en établissement psychiatrique). La charge du
forfait journalier pour le régime local représente, en 2010,
60,7 M
soit 13 % de ses dépenses ;
la baisse du taux de remboursement de certains médicaments
opérée de manière régulière par l’assurance maladie de base
depuis les années 1980. Jusqu’en 2005, le régime local
remboursait toute dépense ambulatoire jusqu’à 90 % du tarif
conventionné. Les baisses du taux de remboursement se sont
donc traduites mécaniquement par une hausse de la prise en
charge par le régime local. Le coût total de ces transferts n’est
pas connu
45
;
45 En 1992, le rapport d’information du Sénat susmentionné indiquait que le plan
Séguin de 1987 qui déremboursait 1 500 médicaments a, en 1988, première année
d’application, accru la charge du régime local de 90M de francs (13 M
).
COUR DES COMPTES
64
les participations forfaitaires :
o
la participation forfaitaire de 1
, créée en 2005 sur
les consultations et visites des médecins et sur les
actes de biologie ;
o
depuis 2006, la participation forfaitaire de 18
sur
les actes techniques dont la valeur dépasse 91
(120
depuis le 1
er
mars 2011) ;
o
les franchises instituées en 2008 et portant sur les
boîtes de médicaments, les actes infirmiers et les
transports sanitaires.
Le régime local, comme d’ailleurs les contrats responsables des
organismes complémentaires, ne prend en charge ni la participation
forfaitaire de 1
ni les franchises qui constituent donc des transferts vers
les assurés. En revanche, il rembourse la participation forfaitaire de 18
.
Cette dépense représentait 2,2 M
en 2007 pour le régime local et 6,2 M
en 2010. En cumulé, sur la période 2007-2010, la dépense du régime local
au titre de la participation forfaitaire s’élève à 20,4 M
.
En revanche, le régime local d’assurance maladie n’a pas subi les
effets d’autres mesures de transferts qui ont impacté les organismes
complémentaires. Se limitant à compléter la prise en charge par le régime
de base et dans la limite du tarif opposable à la sécurité sociale, le régime
local a au contraire bénéficié, par exemple, des déremboursements
intégraux ou de baisses de tarifs des radiologues et des biologistes. Ne
relevant pas du code de la mutualité ou des assurances, il n’est par
ailleurs
pas
soumis
à
la
même
fiscalité
que
les
organismes
complémentaires et n’acquitte ni la contribution au fonds de la couverture
maladie universelle (fonds CMU), ni la taxe sur les conventions
d’assurance. A titre d’exemple, si le régime local était assujetti à la
contribution au fonds CMU (1,75 % à sa création en 2000 puis 2,5 % en
2005, 5,9 % en 2009, 6,27 % en 2011), cela aurait représenté une charge
cumulée de 96,4 M
de 2005 à 2010
46
qui aurait affecté d’autant le
montant des réserves du régime local.
Au titre des transferts de charge de l’assurance maladie
complémentaire
vers
l’assurance
maladie
obligatoire,
l’effet
de
l’augmentation des admissions en ALD est difficile à appréhender. Sur un
territoire où le nombre de patients en ALD est particulièrement important,
il n’y a pas de raison que le constat de la DREES dans sa publication sur
46 En prenant comme assiette de la contribution au fonds CMU le montant des
cotisations du régime local.
UN EQUILIBRE FINANCIER DU REGIME, GARANTI PAR DES REGLES
DE GESTION SPECIFIQUES
65
les comptes nationaux de la santé en 2010
47
, montrant que la part de la
sécurité sociale de base dans le financement de la consommation de soins
et biens médicaux continue d’augmenter (0,1 point entre 2008 et 2010)
sous l’effet de la progression des dépenses des assurés en ALD, ne
s’applique pas à Alsace-Moselle. Les chiffres disponibles (données de
l’instance de gestion du régime local) ne permettent toutefois pas de
démontrer clairement ce phénomène. Ils indiquent que les dépenses du
régime local pour les patients en ALD ont progressé, entre 2009 et 2010,
de 5,5 %. Sur cette même période, la dépense du régime général pour ces
mêmes assurés a augmenté de 4,5 %. Cette situation serait liée à une
croissance naturelle des dépenses hors ALD pour les patients atteints
d’ALD.
B - Des mesures de gestion du risque pour éviter des
dépenses supplémentaires
Dotée de son autonomie de gestion, le conseil d’administration du
régime local a pris des décisions pour éviter l’accroissement des charges
lié à des transferts en provenance de l’assurance maladie de base. Ainsi,
lors de sa réunion du 19 décembre 2005, il décida de ne pas participer au
remboursement des médicaments à vignettes orange dont la prise en
charge par le régime général est prévue à 15 % et de rembourser les
médicaments à vignette bleue (base de remboursement du régime général
à 35 %) jusqu’à 80 % au lieu de 90 % précédemment.
En 2010, l’impact financier pour le régime local est estimé, par
l’instance
de
gestion
du
régime
local,
à
22 M
48
pour
le
déremboursement des médicaments à vignettes orange et à 4,4 M
pour la
baisse du niveau de remboursement des médicaments à vignettes bleues.
Ces mesures marquent une évolution majeure dans la gestion du
régime puisqu’elles rompent avec le principe d’un ticket modérateur
résiduel pour les assurés de 10 % pour les soins ambulatoires. Elles ont
toutefois permis de conserver une prise en charge à 100 % pour les soins
hospitaliers (y compris le forfait journalier et la participation forfaitaire
47 DREES, Etudes et résultats, septembre 2011, « Les comptes nationaux de la santé
en 2010 »
48
Source : instance de gestion du régime local. Les dépenses du régime général au
titre des « médicaments à 15 % » pour les assurés du régime local est, en 2010, de
4,5 M
. Avant 2005, la sécurité sociale remboursait ces médicaments majoritairement
au taux de 35 % et le régime local complétait jusqu’à 90 %. Si le régime local devait
poursuivre le remboursement de ces médicaments jusqu’à 90 % (15 % régime général
et 75 % régime local), cela lui aurait coûté, en 2010, 22 M
.
COUR DES COMPTES
66
de 18
pour les actes lourds réalisés en établissement ou en ambulatoire)
et de limiter les cotisations. Celles-ci ont même pu être réduites à 1,6 %
en 2008 et maintenues à ce niveau depuis malgré les effets de la crise
économique sur la masse salariale.
__________
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
________
La situation financière globale du régime complémentaire
obligatoire d’assurance maladie en Alsace-Moselle est équilibrée non
pas pour des raisons de comportements de santé plus vertueux que dans
d’autres régions mais du fait d’un mode de régulation qui donne au
conseil d’administration du régime le pouvoir de modifier à tout moment
le niveau des prestations et le niveau de la cotisation supplémentaire
dans la limite d’une fourchette comprise entre 0,75 % et 2,5 %. Ces
règles ont permis au régime local de s’ajuster notamment aux effets des
transferts de charges qui ont pu intervenir entre l’assurance maladie de
base et l’assurance maladie complémentaire. Elles ont aussi été à
l’origine de réserves qui ont permis, d’une part, de couvrir les déficits
(hors résultats exceptionnels et financiers) constatés depuis 2008 et,
d’autre part, d’éviter une augmentation des cotisations ce qui a préservé
le pouvoir d’achat des salariés
Chapitre III
La problématique d’une extension du
régime local au reste du territoire
national
La question de l’extension du régime d’Alsace-Moselle est
régulièrement posée. Elle peut s’entendre de deux façons : une approche
radicale qui serait la généralisation de ce dispositif d’assurance maladie
complémentaire obligatoire au reste du territoire et une approche par les
modes de gestion qui pourraient être une source d’inspiration pour
l’organisation de l’assurance maladie.
La première approche nécessite d’analyser l’articulation du régime
d’Alsace-Moselle avec la couverture complémentaire facultative car
l’assurance complémentaire obligatoire ne se substitue pas à l’assurance
maladie facultative.
La deuxième approche invite à s’interroger sur certaines
particularités de fonctionnement du régime local d’assurance maladie qui
pourraient utilement être transposées au régime général. La première de
ces particularités tient au mode de gouvernance instauré en 1995 qui
garantit une autonomie de gestion aux instances locales que ce soit pour
les recettes ou les dépenses. La seconde particularité est l’intégration très
forte avec les organismes du régime général (CPAM et URSSAF) qui
permet de mutualiser les charges de fonctionnement et qui explique des
coûts de gestion très faibles.
COUR DES COMPTES
68
I
-
Un exemple inédit de trois étages d’assurance
maladie
Le régime local se positionne comme un deuxième étage de prise
en charge des dépenses de santé, entre l’assurance maladie de base et
l’assurance maladie complémentaire servie par les mutuelles, les
institutions de prévoyance ou les sociétés d’assurance. L’existence d’un
régime complémentaire obligatoire ne fait pas disparaître le rôle de ces
assurances complémentaires facultatives dont le taux d’adhésion est assez
comparable à celui constaté sur le reste du territoire. L’analyse du coût
total de l’assurance maladie complémentaire, obligatoire et facultative,
montre toutefois des différences de coût, en fonction de la configuration
familiale et du niveau des revenus, entre le système alsacien mosellan et
celui applicable dans les autres départements.
A - Un champ d’intervention plus proche de celui du
régime de base
Les dispositions juridiques relatives au régime local d’Alsace-
Moselle relèvent du code de la sécurité sociale et non du code de la
mutualité ou du code des assurances. Dans le même temps, le régime
local fait partie de l’union nationale des organismes complémentaires
d’assurance maladie (UNOCAM)
49
aux côtés des représentants des
organismes complémentaires facultatifs.
Le régime local se cantonne à un financement complémentaire au
régime de base de sécurité sociale dans la limite du tarif opposable au
régime général et ne se situe donc pas dans un champ concurrentiel avec
les organismes complémentaires. Ainsi il ne rembourse pas les
dépassements d’honoraires et intervient très marginalement dans la prise
en charge des frais dentaires et d’optique, de prothèses auditives ou
d’autres dispositifs médicaux puisque l’assiette du remboursement est
celle du tarif opposable à la sécurité sociale. A ce titre, la comparaison
des garanties offertes par le régime local avec celles des organismes
complémentaires facultatifs, selon la méthodologie adoptée par la Cour
dans son rapport annuel sur l’application des lois de financement de la
49 Créée en 2005, l’UNOCAM rassemble la fédération nationale de la mutualité
française (FNMF), la fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), le centre
technique des institutions de prévoyance (CTIP), le régime local d'Alsace-Moselle, le
groupement des entreprises mutuelles d’assurance (GEMA) et la fédération nationale
indépendante des mutuelles (FNIM).
LA PROBLEMATIQUE D’UNE EXTENSION DU REGIME LOCAL AU
RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL
69
sécurité
sociale
de
septembre
2011
50
,
montrerait
que
l’indice
représentatif du régime local serait très faible (entre 0 et 0,5), illustration
du faible niveau de garanties par rapport aux contrats d’assurance maladie
complémentaire proposés par les mutuelles, les institutions de prévoyance
ou les sociétés d’assurance.
Le régime local n’entre pas dans le champ des contrats
responsables puisqu’il s’agit d’un régime de sécurité sociale obligatoire.
Toutefois, il respecte les principes de non prise en charge des franchises
et de la participation forfaitaire de 1
. De même, pour le remboursement
des honoraires hors parcours de soins, le régime local ne complète le
régime de base que jusqu’à 50 % du tarif opposable. En revanche, son
niveau de remboursement des soins ambulatoires ne suit pas les règles qui
s’imposent aux contrats responsables pour le remboursement des
honoraires du médecin traitant (100 %), des médicaments (95 % pour les
vignettes blanches) ou encore des visites de prévention.
La majorité des assurés du régime local dispose d’une couverture
complémentaire facultative. Les statistiques communiquées par les
CPAM des trois départements montrent que 81 % des assurés du régime
local disposent d’une couverture complémentaire facultative. Pour les
assurés des trois départements concernés qui ne sont pas affiliés au
régime local mais qui dépendent du régime général, la proportion de
recours à un organisme complémentaire est de 78,3 %, soit légèrement
inférieure à celle des assurés du régime local. Ces chiffres sont toutefois à
considérer avec précaution. Ils constituent un minorant car ne sont
enregistrés dans les systèmes d’information de la CNAMTS que les
organismes complémentaires qui ont un accord avec les CPAM pour le
transfert automatique des données de liquidation. Ainsi, la proportion de
personnes bénéficiant d’une couverture complémentaire au sein de la
population non affiliée au régime local (78,3 %)
51
apparaît faible au
regard du taux national (94 % selon la dernière enquête de l’Institut de
recherche et documentation en économie de la santé - IRDES - en 2008).
Cet écart entre le chiffre national (94 %) et le chiffre régional (78,3 %)
s’explique également par des différences de méthodologie. Les données
de l’IRDES sont issues d’une enquête réalisée en 2008 et non d’un
recensement exhaustif alors que les données des CPAM résultent
50 Chapitre XI : Les aides publiques au financement de la couverture maladie
complémentaire. Pour mesurer finement la qualité des différents contrats d’assurance
maladie complémentaire, la Cour a construit un indice représentatif du panier de soins
pondéré par l’importance de chaque catégorie de soins dans les dépenses supportées
par les organismes complémentaires.
51 Ce chiffre intègre les bénéficiaires de la couverture maladie universelle
complémentaires.
COUR DES COMPTES
70
d’extractions retraitées des systèmes d’informations de l’assurance
maladie
52
.
Part des assurés de l’Alsace-Moselle disposant d’une
complémentaire santé facultative connue de la CPAM
Régime général
Régime local
Total des assurés
Assurés
75,0%
80,8%
80,2%
Ayants droit
86,3%
86,3%
86,0%
Total
77,0%
82,4%
81,9%
Assurés
75,1%
78,5%
78,0%
Ayants droit
83,2%
84,4%
84,3%
Total
77,2%
80,3%
79,9%
Assurés
77,6%
78,2%
78,1%
Ayants droit
87,0%
84,1%
84,4%
Total
80,1%
80,1%
80,1%
Assurés
76,0%
79,3%
78,9%
Ayants droit
84,8%
85,0%
85,0%
Total
78,3%
81,0%
80,7%
Bas-Rhin
Haut-Rhin
Moselle
Région Alsace Moselle
Source : CPAM Bas-Rhin, CPAM Haut-Rhin, CPAM Moselle
Données à partir des assurés ayant des droits actifs au 31.03.2011
La CNAMTS ne dispose pas de données nationales sur ce même
champ des assurés du régime général couverts par un organisme
complémentaire déclaré auprès des CPAM. Toutefois, dans sa réponse à
la Cour, la CNAMTS fait référence à une enquête nationale conduite en
2009
qui
montre
que
le
taux
de
bénéficiaires
sans
mutuelle
complémentaire active connue de la CPAM est supérieur pour les 3
caisses concernées (27,4 %) à la moyenne constatée sur l’ensemble des
caisses voisines (caisses rattachées au centre informatique Grand Est –
22,02 %) ainsi qu’à la moyenne nationale (24,78 %). Cette étude ne
permet certes ni de distinguer les bénéficiaires du régime local des autres
bénéficiaires dans la région Alsace-Moselle, ni d’intégrer les contrats
complémentaires des assurés non connus des CPAM. Elle présente
52 Une requête au niveau de la CPAM du Bas-Rhin, prenant en compte les données
brutes des fichiers (aucune neutralisation n'a été effectuée), montre d’ailleurs que le
taux de couverture par un organisme complémentaire passe de 77 % à 86,9 % pour les
bénéficiaires du régime général, et, de 82,4 % à 91,3 % pour les bénéficiaires du
régime local.
LA PROBLEMATIQUE D’UNE EXTENSION DU REGIME LOCAL AU
RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL
71
toutefois un double intérêt : elle permet d’une part d’illustrer les effets de
la différence de méthode entre les données CPAM (moyenne nationale de
75,22 % de recours à une complémentaire) et l’enquête IRDES (94 %) et
d’autre part de confirmer le fait que le taux de recours aux
complémentaires en Alsace-Moselle est relativement comparable à celui
constaté sur le reste du territoire.
B - Un coût total de couverture complémentaire plus
faible avec le régime local pour les familles, les
titulaires de revenus les plus modestes et les retraités
Les assurés du régime local d’assurance maladie bénéficient
d’offres spécifiques de la part des organismes complémentaires que ce
soit pour les contrats collectifs ou les contrats individuels. A niveau de
prestations équivalentes à celles servies à l’ensemble des assurés, le taux
des cotisations des organismes complémentaires est en effet minoré pour
les affiliés du régime local afin de tenir compte des moindres
remboursements à la charge de l’organisme complémentaire.
Des cas-types ont été élaborés par la Cour pour évaluer le coût
comparatif d’une couverture complémentaire d’un assuré du régime local
et d’un assuré qui est uniquement au régime général. Différents
paramètres (configuration familiale, âge, revenus) ont été pris en
considération dans les simulations.
Cas-type n° 1 : contrat collectif (salariés des organismes de sécurité
sociale locaux)
Hypothèses : montant des cotisations mensuelles de l’assurance
complémentaire facultative
Forfait isolé
Part employeur
Part salariale
Régime général
9,46
+ 0,775 % de la
tranche A
9,46
+ 0,775 % de la tranche
A
Régime local
5,72
+ 0,464 % de la
tranche A
5,72
+ 0,464 % de la tranche
A
Forfait famille
Part employeur
Part salariale
Régime général
18,92
+ 1,55 % de la
tranche A
18,92
+ 1,55 % de la tranche
A
Régime local
11,43
+ 0,928 % de la
tranche A
11,43
+ 0,928 % de la tranche
A
NB : la tranche A fait référence à la 1ère tranche de cotisation ARRCO
COUR DES COMPTES
72
Résultats des simulations : coût total mensuel des cotisations pour une
couverture complémentaire (obligatoire et facultative)
Régime
général
Régime
local
Gain (-) ou coût (+)
régime local par
rapport au régime
général
1) salarié célibataire 1 SMIC
40,08
45,95
+12,77 %
2) salarié marié 2 enfants 1 SMIC
80,16
70,03
-14,45 %
3) salarié célibataire 2 SMIC
61,24
80,45
+23,89 %
4) salarié marié 2 enfants 2 SMIC
122,47
117,21
-4,49 %
5) salarié célibataire 5 SMIC
64,58
147,98
+56,36 %
6) salarié marié 2 enfants 5 SMIC
129,17
186,74
+30,83 %
NB : le coût total intègre la cotisation versée par l'employeur
Cas-type n° 2 : contrat individuel (simulations à partir des conditions de
garanties et de tarifs constatés localement dans des mutuelles)
Hypothèses : montant des cotisations mensuelles de la complémentaire facultative
Mutuelle n° 1
Régime local
Régime général
niveau 1
(minimal)
niveau 4
(maximal)
niveau 1
(minimal)
niveau 4
(maximal)
1 adulte de moins de 35 ans
25,73
65,93
50,07
94,05
1 adulte de plus de 35 ans
35,46
75,21
68,40
108,15
1 enfant
15,25
34,64
28,74
51,10
2 enfants
24,36
49,69
47,09
72,42
3 enfants et plus
30,98
64,76
59,96
93,74
Cotisation majorée pour adhésion à partir de 61 ans
68,69
147,02
134,84
213,15
Mutuelle n° 2
Régime local
Régime général
niveau 1
(minimal)
niveau 3
(maximal)
niveau 1
(minimal)
niveau 3
(maximal)
Adulte seul
30-39 ans
30,20
64,75
66,65
116,85
60-69ans
43,95
93,30
92,75
173,50
70-79 ans
49,05
97,85
96,25
178,10
Conjoint
30-39 ans
27,55
53,70
53,45
89,20
60-69ans
37,15
68,85
68,50
123,90
70-79 ans
42,50
74,10
74,35
127,35
Forfait enfants (quel que soit le nombre d'enfants)
22,20
37,55
41,75
73,30
LA PROBLEMATIQUE D’UNE EXTENSION DU REGIME LOCAL AU
RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL
73
Résultats des simulations : coût total mensuel des cotisations pour
une couverture complémentaire (obligatoire et facultative)
Mutuelle n° 1
Mutuelle n° 2
Régime
général
Régime
local
Gain (-) ou coût
(+) régime local
par rapport au
régime général
Régime
général
Régime
local
Gain (-) ou coût
(+) régime local
par rapport au
régime général
1) 1 adulte 36 ans 1
SMIC contrat de base
68,40
57,30
-19,37 %
66,65
52,04
-28,07 %
2) 1 adulte 36 ans 1
SMIC contrat maximal
108,15
97,05
-11,44 %
116,85
86,59
-34,95 %
3) famille (2 adultes et
2 enfants) 1 SMIC
contrat de base
183,89
117,12
-57,01 %
161,85
101,79
-59,00 %
4) famille (2 adultes et
2 enfants) 1 SMIC
contrat maximal
288,72
221,95
-30,08 %
279,85
101,79
-174,93 %
5) 1 adulte 36 ans 2
SMIC contrat de base
68,40
79,14
+13,57 %
66,65
73,88
+9,79 %
6) 1 adulte 36 ans 2
SMIC contrat maximal
108,15
118,89
+9,03 %
116,85
108,43
-7,77 %
7) famille (2 adultes et
2 enfants) 2 SMIC
contrat de base
183,89
138,96
-32,33 %
161,85
123,63
-30,91 %
8) famille (2 adultes et
2 enfants) 2 SMIC
contrat maximal
288,72
243,79
-18,43 %
279,35
199,68
-39,90 %
9) 1 adulte 36 ans 5
SMIC contrat de base
68,40
144,66
+52,72 %
66,65
144,66
+53,93 %
10) 1 adulte 36 ans 5
SMIC contrat maximal
108,15
184,41
+41,35 %
116,85
184,41
+36,64 %
11) famille (2 adultes
et 2 enfants) 5 SMIC
contrat de base
183,89
204,48
+10,07 %
161,85
189,15
+14,43 %
12) famille (2 adultes
et 2 enfants) 5 SMIC
contrat maximal
288,72
309,31
+6,66 %
279,35
265,20
-5,34 %
COUR DES COMPTES
74
13) un retraité de 65
ans (adhésion tardive
après
61
ans)
au
minimum
vieillesse
(742,28
/mois)
134,84
68,69
-96,30 %
92,75
43,95
-111,04 %
14)
un
couple
de
retraité
de
75
ans
(adhésion
tardive
après 61 ans) assujetti
à l'impôt sur le revenu
(retraite de 2689
/mois)
269,68
180,40
-49,49 %
170,60
134,57
-26,77 %
Source : Cour des comptes
Ces cas-types montrent que le régime local est plus intéressant
pour les salariés aux revenus les plus modestes, pour les familles dont les
deux conjoints sont affiliés au régime local et pour les retraités. En
revanche, le régime local est plus onéreux qu’un système complémentaire
facultatif intégral pour les personnes célibataires et les salariés aux
revenus élevés. Ces résultats sont l’illustration du mode de financement
solidaire du régime local fondé sur des cotisations proportionnelles et
déplafonnées, qui font l’objet d’exonérations pour les retraités non
imposables et qui ne s’appliquent pas aux enfants et au conjoint inactif. A
l’inverse, les cotisations des organismes complémentaires facultatifs sont
le plus souvent forfaitaires et non proportionnelles (sauf pour les contrats
collectifs), elles augmentent avec l’âge de l’assuré et sont dues également
pour les enfants (avec des formules « famille »).
Une généralisation du régime local devrait donc prendre en compte
ces deux réalités :
l’assurance maladie complémentaire obligatoire, telle qu’elle
existe en Alsace-Moselle, ne se substitue pas à l’assurance
maladie facultative
le système de protection complémentaire obligatoire, basé sur
un système de financement proportionnel, est plus solidaire que
le système actuel de protection complémentaire facultative. Sa
mise en place se traduirait par des effets de redistribution
importants vers les assurés les plus modestes
53
.
53 Les effets de la redistribution seraient atténués par le caractère déductible de la
cotisation de l’impôt sur les revenus.
LA PROBLEMATIQUE D’UNE EXTENSION DU REGIME LOCAL AU
RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL
75
Au-delà de ces considérations, la généralisation du régime local
pose la question politique d’une augmentation des cotisations sociales qui
pèserait sur tous les salariés
54
. Une telle généralisation, si elle
s’appliquait à tous les salariés du régime général, y compris aux
fonctionnaires qui en sont exclus dans le système alsacien mosellan
actuel, générerait une recette supplémentaire pour la CNAMTS de l’ordre
de 14 Md
par an, soit 10 % du montant des produits de cotisations, des
contributions sociales et des taxes affectées constatés en 2010. Dans un
contexte de déficits importants de l’assurance maladie et d’une situation
de l’emploi peu favorable, une telle perspective semble peu réaliste.
II
-
Les modes de gestion du régime local : une
source d’inspiration pour des évolutions plus
générales de l’assurance maladie
Le régime local doit sa longévité à l’attachement historique et
culturel des populations alsaciennes-mosellanes à leur régime d’assurance
maladie complémentaire obligatoire mais aussi à la réforme conduite au
début des années 1990 qui a permis de donner au régime sa pleine
autonomie de gestion. L’équilibre financier est le fruit de la réactivité des
décisions de gestion pour ajuster les prestations ou les cotisations à la
situation financière du régime. Le régime local est également soucieux
d’accompagner ou de préfigurer une politique de meilleure gestion du
risque. L’autre particularité du mode de fonctionnement du régime est le
niveau faible des charges de fonctionnement lié notamment à l’intégration
très forte avec les organismes du régime général (CPAM et URSSAF) qui
permet des économies de mutualisation, même si la facturation forfaitaire
de frais de gestion ne permet pas de mesurer avec précision ces dernières.
Sur ces deux points, gestion du risque et coût de gestion, il est intéressant
de s’interroger sur l’influence que pourraient avoir une transposition au
niveau national des choix opérés pour le régime local.
La question d’une transposition au reste du territoire national du
système de gouvernance du régime local pourrait également être posée :
le dispositif de régulation en cas de baisse du niveau des réserves en
dessous d’un certain seuil prévu par la règlementation est garant de la
soutenabilité financière du régime et la décentralisation du pouvoir de
décision a permis de responsabiliser l’organe délibérant du régime local,
54 Ce calcul est fait sur la base de l’assiette 2010 de la CSG maladie sur les revenus
d’activité et les revenus de remplacement (part de la CSG affectée à la branche
CNAMTS).
COUR DES COMPTES
76
en l’occurrence le conseil d’administration, sur la nécessité de prendre les
mesures de recettes et de dépenses, dans le respect du cadre
réglementaire, permettant d’assurer l’équilibre financier du régime. Une
telle transposition, qui reviendrait à l’esprit des Ordonnances de 1967,
jamais appliquées sur ce point, impliquerait cependant, au-delà même du
fait que les sommes en cause et les populations couvertes n’ont rien à
voir, un changement complet du mode actuel de gestion des régimes de
base dont l’analyse dépasse le cadre du présent rapport.
A - L’utilisation du régime local pour expérimenter des
mesures nouvelles de gestion du risque
Le régime local affiche l’ambition d’être un « laboratoire » pour
des expériences permettant de rationaliser les dépenses de santé.
L’initiative la plus aboutie, mais qui a avorté faute des évolutions
nécessaires des systèmes d’information de la CNAMTS, est la décision
du conseil d’administration le 19 décembre 2005 de rembourser les
médicaments génériques à 100 %
55
pour favoriser la prescription de ces
médicaments plutôt que les molécules princeps plus onéreuses. La mise
en oeuvre de cette mesure supposait une évolution de la réglementation,
qui fut opérée en mars 2007
56
avec la modification de l’article D.325-7
du code de la sécurité sociale, et une adaptation des programmes
informatiques nationaux de l’assurance maladie, mais la CNAMTS,
malgré les nombreuses relances du régime local et la suspension du
versement des frais de gestion depuis novembre 2008 comme mesure de
rétorsion, n’a pas mis en oeuvre cette évolution des systèmes
d’information. Interrogée par la Cour, la CNAMTS a indiqué que la
mesure souhaitée par le régime local nécessiterait des développements
informatiques particulièrement lourds, considérés comme non prioritaires
par rapport à la mise en oeuvre des réformes et évolutions réglementaires
impactant le régime général. Elle précise toutefois qu’une démarche
concertée va être mise en oeuvre avec le régime local pour réexaminer la
question ainsi que la reprise du versement des frais de gestion. Pour la
CNAMTS, la mesure du régime local, même si elle est censée répondre à
un objectif de maîtrise des dépenses de santé, ne s’inscrit toutefois pas
55 Cette mesure signifie la prise en charge par le régime local de l’intégralité du ticket
modérateur pour les médicaments génériques et pour les médicaments princeps dont
le prix est inférieur ou égal au prix du générique
56 Décret n° 2007-350 du 14 mars 2007 relatif à la modulation du taux de prise en
charge du ticket modérateur pour les assurés relevant du régime local d'assurance
maladie des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle
LA PROBLEMATIQUE D’UNE EXTENSION DU REGIME LOCAL AU
RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL
77
dans la politique actuelle de fixation du niveau de remboursement des
médicaments qui vise à tenir compte du service médical rendu.
Dans le même esprit, le président du régime local souhaiterait que
l’Alsace-Moselle puisse expérimenter la mise en place d’un secteur
optionnel
57
permettant de limiter les dépassements d’honoraires dont
l’importance dans la région Alsace a été rappelée supra (cf. supra). Le
ticket modérateur des actes des praticiens qui adhéreraient au secteur
optionnel serait pris en charge intégralement par le régime local. Sur ce
sujet, le régime local s’inscrit dans les évolutions souhaitées par
l’assurance maladie obligatoire de base. Devant les difficultés rencontrées
au niveau national pour parvenir à un accord avec les organismes
complémentaires sur la prise en charge des dépassements d’honoraires
des médecins adhérant au secteur optionnel, l’initiative du régime local
pourrait présenter l’intérêt de pouvoir tester, sur un champ territorial
limité, la faisabilité du secteur optionnel et d’en évaluer les impacts en
termes financiers et sur la régulation effective des dépassements
d’honoraires. Une disposition législative serait nécessaire d’une part pour
permettre de négocier au plan local un accord sur un nouveau secteur
d’activité et d’autre part autoriser le régime local à prendre en charge les
dépassements d’honoraires liés au secteur optionnel. Une telle mesure ne
serait pas sans conséquence pour les régimes complémentaires facultatifs
qui se positionnent avant tout sur la prise en charge des dépassements
d’honoraires.
Enfin, le régime local accorde une place particulière aux actions de
prévention. Depuis la loi du 14 avril 1998, les excédents comptables
peuvent être affectés, dans la limite de 0,5 % des dépenses de prestations,
à des actions de santé publique ou à des actions expérimentales relatives
aux filières et réseaux de soins
58
. Sur les dix dernières années, le régime
local a consacré en moyenne 0,5 M
par an, soit 0,13 % des charges, à la
politique de prévention. Ses actions sont ciblées sur les pathologies
cardio-vasculaires
59
et sur les cancers
60
, thématiques inscrites dans les
57 Le secteur optionnel, actuellement en discussion dans le cadre des négociations
conventionnelles entre la CNAMTS et les médecins, est un nouveau secteur
d’exercice entre le secteur 1 (tarifs conventionnés) et le secteur 2 (honoraires libres).
Il prévoit qu’une fraction des actes des médecins libéraux (30 % au moins) soit
réalisée sans dépassements d’honoraires et que pour les autres actes, le montant des
dépassements ne dépasse pas 50 % du tarif conventionnel.
58 Article L. 325-2 du code de la sécurité sociale, modifié par l’article 90 de la loi
HPST du 21 juillet 2009 pour introduire le taux maximal de 0,5 % des dépenses de
prestations de l’exercice.
59 Délibération du conseil d’administration du 21 juin 1999
60 Délibération du conseil d’administration du 22 novembre 2004
COUR DES COMPTES
78
plans régionaux de santé publique d’Alsace et de Lorraine, et sont
conduites en partenariat avec d’autres acteurs de la région participant à la
politique de prévention. Le régime local n’organise pas lui-même
d’opérations de prévention mais verse des subventions à des organismes
(associations, administrations, collectivités) qui mettent en place les
actions. Il est cependant difficile de porter une appréciation sur cette
politique qui agit sur les facteurs de risques de certaines pathologies et
dont les effets ne sont visibles que sur le long terme.
B - L’intérêt de la mutualisation de la gestion des
prestations d’assurance maladie de base et d’assurance
maladie complémentaire
La mutualisation de la gestion des prestations, comme c’est le cas
pour les prestations du régime local versées par les CPAM simultanément
à celles du régime général, présente un double intérêt : une simplification
des procédures pour l’assuré qui reçoit un versement unique et une
économie de gestion pour les organismes.
Cette mutualisation du versement des prestations peut prendre
deux formes. La première consiste pour l’organisme de base à verser les
prestations complémentaires. C’est le cas des CPAM pour le régime local
d’Alsace-Moselle mais aussi au plan national pour la couverture maladie
complémentaire des bénéficiaires de la CMU-C (85 % des bénéficiaires
de la CMU-C, soit 3,7 millions de personnes choisissent leur caisse de
base comme organisme complémentaire). Les coûts marginaux de gestion
de la CMU-C sont estimés par la CNAMTS à 1,2 % des prestations, ce
qui est comparable aux coûts de gestion du régime local d’Alsace-
Moselle.
Certaines caisses de mutualité sociale agricole développent par
ailleurs des accords avec des organismes complémentaires
61
pour verser,
pour le compte de ces derniers, la part complémentaire à leurs assurés.
A
l’inverse,
l’organisme
complémentaire
peut
verser,
sur
délégation de gestion, les prestations d’assurance maladie de base. Cette
deuxième situation est la plus fréquente pour le régime général et a été
critiquée par la Cour des comptes dans son rapport de septembre 2006 sur
61 Chaque caisse de MSA conduit sa propre politique d’offre de services aux
organismes complémentaires. La MSA d’Alsace a par exemple versé 29,7 M
de
prestations pour le compte de tiers (dont 5,5 M
pour le régime local agricole
d’Alsace-Moselle
et
environ
20 M
pour
des
organismes
complémentaires
facultatifs).
LA PROBLEMATIQUE D’UNE EXTENSION DU REGIME LOCAL AU
RESTE DU TERRITOIRE NATIONAL
79
l’application des lois de financement de la sécurité sociale. La Cour
rappelait alors que la gestion de l’assurance maladie obligatoire déléguée
à des organismes complémentaire concernait plus de 11 millions
d’assurés sociaux : 17 % des assurés du régime général (essentiellement
les fonctionnaires et les étudiants), 10 % des exploitants agricoles et la
totalité des assurés du régime social des indépendants. Les frais de
gestion pour ces délégations de gestion semblent élevés par rapport à
ceux dûs par le régime local à la CNAMTS. Le régime local est en effet
redevable de frais de gestion de 0,5 % du montant des prestations alors
que le régime général verse des remises de gestion à hauteur de 5 % des
prestations aux mutuelles de fonctionnaires, de 21 % aux mutuelles
d’étudiants et de 4 % aux autres mutuelles. Les modalités de calculs des
remises de gestion, basées sur le coût moyen par bénéficiaire pour une
CPAM avec des règles de réfaction et de majoration particulièrement
complexes, sont très différentes des frais de gestion forfaitaires imputés
au régime local. L’absence de comptabilité analytique pour les deux
systèmes est à ce titre très regrettable. Les moyens en personnels
nécessaires pour la gestion déléguée aux organismes complémentaires
sont d’une autre ampleur que ceux requis pour la gestion des prestations
du régime local. La Cour des comptes, dans son rapport précité de 2006, a
estimé à 10.000 le nombre de salariés des mutuelles et assurances gérant
le régime obligatoire de base d’assurance maladie. Le réseau des CPAM,
de son côté, n’a pas d’agents spécifiquement dédiés à l’affiliation et à la
liquidation des prestations pour le compte du régime local. Des progrès
ont été réalisés depuis 2006 notamment en matière de sécurisation des
flux de données issues des mutuelles et d’articulation des systèmes
d’information. Même si les modalités de la gestion des prestations de
base déléguée aux organismes complémentaires sont très différentes, la
comparaison avec le régime local d’Alsace-Moselle invite néanmoins à se
réinterroger sur le système des délégation de gestion, système qui répond
à des considérations historiques des logiques d’efficience et de qualité du
service rendu à l’assuré.
Le régime général, s’il est aujourd’hui davantage confronté à des
situations où il délègue la gestion des prestations de base à un organisme
complémentaire, pourrait, après la gestion de contrats souscrits au titre de
la CMU-C, se positionner plus largement sur la gestion de la couverture
complémentaire pour certains publics. L’instauration d’une faculté
générale de versement de la part complémentaire par les CPAM pour le
compte d’un organisme complémentaire nécessiterait de lever de
nombreux obstacles juridiques (au regard du droit communautaire de la
concurrence notamment), politiques (l’opposition certaine des organismes
complémentaires) et techniques (hétérogénéité des garanties prévues dans
les contrats souscrits par les assurés). Dans ce contexte, la gestion par
COUR DES COMPTES
80
l’assurance maladie de base de contrats complémentaires « types » pour
des publics en difficulté, publics qui renoncent aujourd’hui aux soins
faute de prise en charge suffisante des dépenses de santé et aussi en raison
de la complexité du système présente un réel intérêt. En ce sens, la
possibilité pour les régimes de base d’assurance maladie de base de gérer
des contrats souscrits grâce à
l’aide à la complémentaire santé (ACS)
devrait être étudiée dans le prolongement des analyses de la Cour dans
son dernier rapport sur l’application des lois de financement de la sécurité
sociale sur l’insuffisante pénétration de ce dispositif
62
. Cette possibilité
pourrait permettre d’obtenir un meilleur taux de recours à l’ACS et
d’améliorer le niveau des garanties, les frais de gestion étant beaucoup
plus faibles pour les organismes de base que pour les complémentaires
(cf. supra).
__________
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
________
La transposition de ce régime au reste de la France n’est guère
envisageable car elle impliquerait une augmentation des cotisations
sociales des seuls salariés de 1,6 % dans un contexte où le pouvoir
d’achat est déjà affecté par la crise économique sans dispenser de
recourir à une assurance complémentaire facultative. L’analyse de la
situation des assurés sociaux des trois départements d’Alsace-Moselle
montre en effet que ceux-ci ont également recours aux organismes
complémentaires facultatifs dans une proportion quasi équivalente à celle
des autres Français. L’exemple alsacien-mosellan de couverture
complémentaire obligatoire gérée par les caisses du régime général peut
toutefois être utilisé pour réfléchir à une meilleure articulation entre
assurance maladie obligatoire et assurance maladie complémentaire.
La Cour recommande ainsi de :
6. améliorer la connaissance du recours des assurés sociaux aux
assurances maladie complémentaires en Alsace-Moselle par une étude de
l’observatoire régional de santé
;
7. étudier la faisabilité, en s’inspirant du mode de gestion du
régime local d’assurance maladie, d’un développement
des dispositifs de
gestion de la couverture complémentaire par les régimes de base
notamment en direction des publics en difficulté par la gestion, au-delà
de contrats souscrits au titre de la CMU-C, de contrats souscrits auprès
d’eux grâce à l’aide à la complémentaire santé (ACS).
62 RALFSS 2011 Chapitre XI : Les aides publiques au financement de la couverture
maladie complémentaire.
Conclusion
Peu étudié, le régime local d’Alsace-Moselle d’assurance maladie
complémentaire obligatoire présente des caractéristiques originales.
Ce
système
se
caractérise
par
un
champ
d’intervention
relativement limité puisque les dépenses s’élèvent à un peu plus de
450M
et par un financement solidaire fondé sur une cotisation
supplémentaire payée par les seuls assurés. Depuis l’autonomie de
gestion qui lui a été conférée en 1995, il est piloté de manière
satisfaisante grâce à un mode de régulation qui permet au conseil
d’administration d’ajuster, à tout moment, le niveau des prestations et
celui de la cotisation.
Toutefois, ce régime local laisse subsister un certain nombre
d’interrogations : l’exacte connaissance des bénéficiaires n’est pas
disponible, les données statistiques de la CNAMTS différant de celles de
l’instance de gestion du régime local ; une part importante (1/3) des
assurés de l’Alsace-Moselle ne bénéficie pas de ce régime, l’application
de la règle de territorialité pour l’assujettissement de salariés ne
travaillant pas en Alsace-Moselle pose de nombreux problèmes et le coût
de gestion complet du régime local pour les branches maladie et
recouvrement du régime général n’est pas connu.
Si ce dispositif de couverture complémentaire obligatoire est
difficilement transposable au reste du territoire, il montre l’intérêt de
mieux organiser la gestion de l’assurance maladie de base et de
l’assurance maladie complémentaire. Pour la CNAMTS, il s’agit du
premier exemple de gestion d’une couverture complémentaire par les
caisses primaires d’assurance maladie, expérience qui s’est poursuivie
avec la CMU-C qui représente, pour le régime général, deux fois plus de
bénéficiaires que le régime complémentaire d’Alsace-Moselle. Au total,
avec la CMU-C et le régime complémentaire obligatoire d’Alsace-
Moselle, le régime général d’assurance maladie sert des prestations
complémentaires à un peu plus de 10 % de ses assurés. Ce mouvement
pourrait être utilement poursuivi, notamment en direction des publics les
plus défavorisés qui souffrent de difficultés d’accès aux soins.
ANNEXES
ANNEXES
85
Annexe 1
Lettre de saisine de la présidente de la commission des
affaires sociales du Sénat
Annexe 2
Glossaire
AAH
Allocation adulte handicapée
ACOSS
Agence centrale des organismes de sécurité sociale
ALD
Affection longue durée
ARS
Agence régionale de santé
CARSAT
Caisse d’assurance retraite et de santé au travail
CHU
Centre hospitalier universitaire
CJF
Code des juridictions financières
CMU
Couverture maladie universelle
CMU-C
Couverture maladie universelle complémentaire
CNAMTS
Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés
COREC
Comité régional d’examen des comptes
CPAM
Caisse primaire d’assurance maladie
CRAM
Caisse régionale d’assurance maladie
CRAV
Caisse régionale d’assurance vieillesse
CRPP
Comité du rapport public et des programmes
CRSA
Conférence régionale de la santé et de l’autonomie
CSG
Contribution sociale généralisée
CSS
Code de la sécurité sociale
DGFIP
Direction générale des finances publiques
DP
Dépassement permanent
DREES
Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des
statistiques
DSS
Direction de la sécurité sociale
ENIM
Etablissement national des invalides de la marine
EPRUS
Etablissement pour la prévention des risques d’urgence sanitaire
FMESPP
Fonds pour la modernisation des établissements de santé publics
et privés
Fonds CMU
Fonds pour la couverture maladie universelle
HPST (loi)
Hôpital, patients, santé et territoires
ANNEXES
87
HUS
Hôpitaux universitaires de Strasbourg
ICM
Indicateur comparatif de mortalité
INSEE
Institut national de la statistique et des études économiques
IRDES
Institut de recherche et documentation en économie de la santé
LFSS
Loi de financement de la sécurité sociale
MSA
Mutualité sociale agricole
OPCVM
Organismes de placements collectifs en valeur mobilière
ORL
Oto-Rhino-Laryngologie
ORSAL
Observatoire régional de santé d’Alsace
RALFSS
Rapport d’application sur la loi de financement de la sécurité
sociale
RATP
Régie autonome des transports parisiens
RL
Régime local (d’assurance maladie d’Alsace-Moselle)
ROP
Rapport d’observations provisoires
RSA
Revenu de solidarité active
RSI
Régime social des indépendants
TGE
Très grandes entreprises
UCANSS
Union des caisses nationales de sécurité sociale
UNOCAM
Union nationale des organismes complémentaires d’assurance
maladie
URCAM
Union régionale des caisses d’assurance maladie
URSSAF
Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et
d’allocations familiales
VLU
Versement en lieu unique