La chambre régionale des comptes actuelle n’est pas la première juridiction financière à siéger à Rouen. Elle peut même se référer à un héritage fort ancien, qu’elle partage avec la chambre régionale de Basse-Normandie.
En effet, le duché de Normandie possédait, une organisation financière perfectionnée, très en avance sur la France capétienne. L’existence d’une institution ducale, spécialement chargée de vérifier les comptes des officiers chargés des dépenses et de l’encaissement des recettes, comme de trancher les contestations financières, est attestée dès le XIIe siècle : elle est connue sous le nom d’Echiquier des comptes, probablement en raison de la table recouverte du tapis quadrillé grâce auquel on effectuait les calculs.
D’abord installée à Caen, l’Echiquier s’est fixé à Rouen avec le rattachement à la couronne de France. Il y tient des séances ordinaires « aux dates habituelles de Pâques et de la Saint-Michel ». Mais peu à peu, alors que l’institution et même le nom s’enracinent en Angleterre (chancelier de l’échiquier), l’Echiquier des comptes normand disparaît, et ses compétences, en matière de contrôle financier, passent progressivement à la chambre des comptes de Paris.
L’occupation anglaise, liée à la Guerre de Cent Ans, rend brièvement son autonomie à l’administration financière normande. Ce n’est qu’en 1580, que le Roi de France crée, à Rouen, la Chambre des comptes de Normandie, cour souveraine chargée d’apurer et de juger les comptes des receveurs et autres comptables normands. Ceux-ci seront désormais déchargés de l’obligation de se rendre à Paris, afin de « compter » devant leurs juges
La chambre élit domicile dans l’élégant hôtel Romé (XVIe siècle) dont des vestiges subsistent toujours, près de la cathédrale. Devenue, Cour des comptes, aides et finances de Normandie, la juridiction connut, tout au long du XVIIIe siècle, le même sort que les autres cours souveraines du royaume. Le 29 mars 1791, Barthélémy Thomas Le Coulteux, Premier Président, la réunit pour la dernière fois.
La création de la Cour des comptes, en septembre 1807, par Napoléon, repend le modèle de contrôle des finances publiques, par une haute juridiction collégiale. Mais avec une différence de taille : la Cour, dont le ressort est national, voit sa compétence unifiée et reconnue sur tous les comptes de l’Etat et tous les comptes publics locaux. Jusqu’en 1982… Date à laquelle la Cour transmet son héritage aux jeunes chambres régionales des comptes.
Jeton d'argent de la chambre des comptes de Normandie (datant de 1583)
Musée des Antiquités départementales de la Seine-Maritime