La chambre régionale des comptes d’Aquitaine est installée dans un bâtiment chargé d’histoire, au coeur du « Triangle », secteur sauvegardé du Bordeaux classique du XVIIIème.
La fondation du premier couvent de l'ordre des Dominicains (plus tard appelés Jacobins) se situe à Bordeaux vers 1230 à la périphérie de l'enceinte étroite de la cité.
L'agitation des Bordelais, sous le règne de Charles VII, amène le roi à édifier le fort du Hâ et le Château Trompette. A partir de 1653, Louis XIV fait procéder à l'agrandissement du Château Trompette au détriment du couvent des Dominicains dont la destruction s'étale sur six ans jusqu'en 1681.
Du couvent au Château Trompette …
Dès 1676, les Dominicains décident de rebâtir leur église et le couvent en arrière de leur première fondation.
Pierre-Michel DUPLESSY, ingénieur militaire chargé de reconstruire le Château Trompette, et le Frère Jean MAUPEOU collaborent pour édifier la nouvelle bâtisse.
Malgré le manque de traces des plans du couvent, on peut assurer qu'il y avait deux cloîtres dont il ne reste plus que celui attenant à l'église, complètement défiguré par la suite. Au nord de celui-ci, demeure la salle capitulaire, voûtée d'arêtes.
Après la période d'agitation révolutionnaire, les bâtiments conventuels des Dominicains sont le lieu de différentes assemblées :
Le 16 avril 1790, la société des Amis de la Constitution (premier club créé à Bordeaux) se réunit dans le couvent où l'on entend les voix des Girondins tels que VERGNIAUD, GENSONNE, GUADET, GRANGENEUVE, DUCOS, BOYER-FONFREDE.
C'est là qu'ont lieu les élections municipales le 3 novembre 1791.
Mais le décret du 13 février 1790 ayant supprimé les communautés religieuses et confisqué leurs biens, les Dominicains sont contraints de quitter définitivement leur local en 1792.
Les Amis de la Liberté et de l'Egalité de Bordeaux tiennent leur réunion dans ces mêmes lieux en janvier 1793.
Le 23 décembre 1797, c'est la manutention militaire qui prend possession de l'ancien bâtiment des Jacobins. Un étage est entièrement réservé à la manutention avec dépôts, logements, archives et fours qui donnent au rez de chaussée sur la boulangerie de la manutention qui était auparavant la fameuse salle capitulaire.
Puis à la bibliothèque municipale …
L'Etat cède à la ville de Bordeaux cet édifice le 24 février 1883. Le conseil municipal décide d'y installer la nouvelle bibliothèque municipale.
De nouvelles façades sont réalisées. Les travaux d'aménagement sont confiés à l'architecte Charles DURAND avec la collaboration d'Ernest LACOMBE.
L'élévation des quatre travées de la rue Diderot est empruntée à la Bibliothèque Sainte-Geneviève d'Henri LABROUSTE, construite en 1843-1850 sur la place du Panthéon à Paris.
Ainsi, la bibliothèque publique de la ville, fondée en 1736 grâce à un legs de Jean-Jacques BEL est transférée en 1891 dans l'ancien couvent des Dominicains. Elle est inaugurée le 14 décembre en présence du maire, Adrien BAYSSELANCE.
La cour du cloître est utilisée pour le Musée des Antiques après établissement d'une couverture en verre.
En 1953, le Musée des Antiques quitte ces lieux : le cloître devient complètement fermé.
Après avoir installé un plancher de béton à la hauteur du premier étage et obturé les arcades de la galerie du rez de chaussée par de minces cloisons de briques, deux étages de rayonnage métallique pour les livres sont placés dans la cour du cloître.
Cent ans après son installation rue Mably, la bibliothèque municipale ouvre les portes de ses nouveaux locaux dans le quartier de Mériadeck.
Et la chambre régionale des comptes
Un accord de principe est signé en 1986 entre le maire de Bordeaux et le premier président de la Cour des comptes en vue de la restauration du couvent et l'installation de la chambre régionale des comptes d'Aquitaine.
Après la signature entre l'Etat et la ville en 1990 d'un bail emphytéotique : la ville cède pour 99 ans l'immeuble à l'Etat, en se réservant la libre disposition du rez-de-chaussée, la bibliothèque municipale quitte les lieux, et les travaux de restauration débutent en 1992. Les nouveaux locaux de la chambre régionale des comptes d'Aquitaine sont inaugurés le 30 septembre 1994.
Etrange destinée de cet édifice qui, en trois siècles, accueillit dans ses murs successivement les moines dominicains, après les bouleversements de la Révolution, les militaires, et, avant la chambre régionale des comptes, les étudiants et les chercheurs.